Cabinet de lecture

L'actualité des livres, par Hubert Artus.

Ma première rentrée littéraire : dans les librairies, la dictature du roman

Publié le 25/09/2010 à 19h07

Nouvel épisode de la « rentrée inside » de Natacha Boussaa. Mais ce billet innove : partant de vos réactions, notre « primo-romancière » réfléchit sur le genre romanesque, sa portée, son avenir. Vraiment « inside », donc. H.A.

Qu’est-ce qu’écrire aujourd’hui en France ? A l’issue des riches échanges que j’ai eus avec les riverains de Rue89 que sont Lancetre, Egide, Numerosix, Inspecteur crouton, Gringo4c, Sndoc, etc., j’ai eu envie de m’arrêter un instant sur cette question.

Déclin de l’essai, de la poésie, de la pièce... et dictature du roman

Aujourd’hui, la littérature française vit sous la dictature du roman. La poésie et l’écriture théâtrale, qui étaient jadis les deux formes littéraires privilégiées pour raconter le monde, sont désormais inexistantes.

Les essais et les pamphlets sont rejetés loin des tables en librairie par le genre « documents », ou par les torchons sur des épiphénomènes politiques jetables.

Les « grandes maisons » d’édition, entraînées dans une économie du livre de plus en plus compétitive, publient parcimonieusement ces formes littéraires. Quant aux libraires, sous la pression de charges exorbitantes, ils ne peuvent pas soutenir des formes qui se vendent peu.

Mais le facteur économique n’est pas la seule raison de cette désaffection : conséquence ou cause, ces formes, si importantes dans la vie culturelle française jusqu’à la moitié du XXe siècle, en sont aujourd’hui totalement exclues.

Elles ne parviennent plus à prendre part au débat culturel. Est-ce leur difficile diffusion qui les rend inexistantes ? Ou bien la poésie et le théâtre se sont-ils trop détournés des affaires du monde, engouffrés dans l’expérimental, pour intéresser quiconque ?

Quant à l’essai, est-ce là encore un problème de diffusion, d’époque qui ne s’intéresse plus à la pensée, ou bien devons-nous nous interroger sur l’amont, la fabrique des essayistes qu’est l’université ?

« Le roman s’est imposé avec le développement de la notion d’individu »

On peut aussi penser que ce sont des formes obsolètes, et expliquer le succès du roman par sa modernité : sa capacité à donner au lecteur une illusion de réalité, sa capacité à absorber tous les autres genres littéraires en empruntant à la poésie, aux situations théâtrales, aux passages argumentatifs, sa capacité, depuis l’émergence de la réflexion sur le langage, à se faire le lieu idéal d’une exploration formelle.

Mais le roman est aussi un produit du capitalisme, il en est l’expression littéraire la plus parfaite. Il s’est imposé avec le développement de la notion d’individu. C’est l’accès à la lecture et à l’éducation des masses, ainsi que l’essor de l’imprimerie et de l’édition qui en ont favorisé l’hégémonie.

Le roman est-il donc le fruit d’un nivellement par le bas ? Ou bien la forme littéraire la plus sophistiquée, faisant de la poésie, du théâtre et de l’essai des formes dépassées ?

Je me souviens d’une intervention de Régis Jauffret qui racontait combien la forme romanesque dans les années 70 était proscrite, « ringarde » et combien il devait « se cacher » pour écrire des romans.

Les auteurs se croient libres, mais ne le sont pas. Le débat culturel, l’édition et la diffusion influent directement sur la production littéraire de leur époque, et sur leur « inspiration ». L’auteur est insidieusement prié d’écrire un texte qui ne le tuera pas économiquement, mais surtout culturellement, symboliquement.

« Ah non ! Surtout pas d’histoires déprimantes ! »

Il est évidemment plus difficile de susciter l’intérêt du public avec de la poésie et de l’argumentatif qu’avec un roman. Plus difficile avec un texte expérimental que classique. Plus difficile avec une peinture du monde contemporain sans fard qu’avec une bluette confortable.

J’ai pu assister, dans des salons du livre, aux réactions de lecteurs face à quelques quatrièmes de couverture :

« Ah non ! Surtout pas d’histoires déprimantes ! C’est pour ça qu’on aime Anna Gavalda, c’est parce que ce n’est pas déprimant, c’est parce qu’on n’a pas envie de voir notre vie dans les livres. »

Et l’auteur de se défendre : « Mais ce n’est pas déprimant, c’est un roman qui transmet de l’énergie, et puis ça se termine bien. » Le lecteur est soudain rassuré : « Ça se termine bien ? » Cri du cœur d’une époque terrorisée par l’avenir.

Le succès du roman lui permet de se décliner dans une grande et heureuse variété de genres : réalistes, psychologiques, expérimentaux, fables, historiques, policiers, fantastiques, etc.

Le monologue du « je », procédé narratif omniprésent

On peut toutefois relever qu’un procédé narratif s’est imposé ces dernières années : le monologue d’un « je » racontant son histoire. Plus le roman est expérimental, plus il travaille à l’accidenter, le complexifier, ou le multiplier, mais il travaille tout de même à partir de ce monologue.

On peut l’expliquer. Après le diktat du Nouveau Roman et le marasme laissé derrière lui, l’autofiction a dominé la littérature française : il a fallu passer par un « je » outré, pour restructurer le « je » détruit par le Nouveau Roman, afin de pouvoir à nouveau regarder le monde, car on ne peut pas examiner le monde avec un « je » démoli.

Quelle sera la prochaine étape ? Le roman semble à nouveau remplir le rôle dévolu à la littérature : regarder le monde et proposer, face à ce puzzle, une construction, une représentation.

Bien que cette année, je participe moi-même à l’hégémonie du roman en en publiant un, j’appelle le débat culturel à une plus grande reconnaissance des autres genres littéraires. On ne peut pas laisser la littérature aux seules mains des romanciers. On a besoin des poètes, des dramaturges, et des essayistes, pourvu que ceux-ci soient tournés vers le monde.

Aller plus loin
  • 4044 visites
  • 21 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • Denis09
    • Posté à 19h44 le 25/09/2010
    • Internaute 125527

    Ce n’est pas tellement le roman qui est une dictature. C’est le tandem Loana - BHL. D’un côté le bouquin style « Moi-que-vous-avez-vu-ma-tronche-à-la-télé-dans-une-émission-de-merde-je-vous-livre-ma-vérité ». De l’autre l’usine à tamponner des mots qui nous assène son modèle de l’année, un nième machin indispensable qui va bouleverser l’écriture dans l’ensemble du système solaire (au minimum).

    Tout ça pour dire que votre livre, je ne l’ai pas lu. Mais qu’un ou une petit(e) jeune qui se lance, il faut lui faire confiance et la(le) soutenir. Alors, mes meilleurs voeux de réussite vous accompagne et je vous souhaite une longue carrière.

    • Denis09
      Denis09 répond à Denis09
      • Posté à 21h14 le 25/09/2010
      • Internaute 125527

      Comme mes meilleurs voeux sont plusieurs, ils vous accompagneNT.

    • lancetre
      lancetre répond à Denis09
      • Posté à 21h20 le 27/09/2010
      • Internaute 18658

      Il existe cependant un essai qui continue à se vendre comme des petits pains.

      Il s’intitule L’insurrection qui vient.

      Il est vrai que lorsqu’on bénéficie d’une campagne de pub aussi gigantesque, avec la « une » de TF1 comme de France 2...

       : -))))

      • natacha_boussaa
        natacha_boussaa répond à lancetre
        auteur
        • Posté à 16h27 le 28/09/2010
        • Internaute 124050
          auteur

        Oui, aux États-Unis, c’est un triomphe grâce à la chaîne Fox News : Gleen Beck y a déclaré que c’était un livre « diabolique »...

  • alangaja
    alangaja
    "Bank brother is watching you"
    • Posté à 22h53 le 25/09/2010
    • Internaute 93690
      "Bank brother is watching you"

    je veux bien croire que le roman est plus abordable a priori par rapport à la poésie ; ceci dit, c’est un genre littéraire de même que la littérature est une forme d’expression artistique. et dans tout domaine, c’est le travail et l’investissement qui comptent et seront évalués comme il se doit.
    le seul problème avec les gens comme les lecteurs de Marc Lévy ou BH, c’est qu’ils croient savoir ce qu’est un livre...

  • inspecteur crouton
    inspecteur crouton
    troll de tram
    • Posté à 01h18 le 26/09/2010
    • Internaute 118828
      troll de tram

    On a l’ impression en effet que le roman arrange tout le monde : l’ auteur qui peut y mettre ce qu’ il veut, son histoire, celle des autres ou un mélange des deux, l’ éditeur qui sait que le livre a plus de chances de (gros) succès, le critique qui y prend ce qui l’ intéresse, et le libraire qui peut décider de le prescrire ou pas à ses clients. Quant au lecteur final, il peut considérer qu’ une « fiction » est d’ une lecture plus aisée (que la poésie) et plus explicitement une oeuvre de création artistique (qu’ un essai).
    On voit bien que des auteurs comme Emmanuel Carrère ou, plus récemment, Claude Arnaud ( Qu’ as tu fait de tes Frères ?), appellent (eux ou leur éditeur) roman des livres qui à l’ évidence n’ en sont pas, mais qui du coup peuvent apparaitre sur une liste Goncourt et bénéficier d’ une visibilité (critique et en librairie) qu’ ils n’ auraient jamais obtenue autrement.
    Autre exemple, Sofi Oksanen (Purge) qui connait un remarquable succès avec un « roman » qui était au départ une pièce de théâtre (bonne chance pour le mettre en place et en faire parler dans la presse s’ il avait dû sortir sous cette forme !).
    Pour finir, même la BD a décidé de muter en s’ appelant non sans quelque pompe « roman graphique » histoire de gagner un public plus adulte, donc le cas échéant plus large et plus respectable.

    J’ ai presque terminé « Il vous faudra nous tuer », un vrai bonheur de lecture. Denoël pourrait se remuer un peu plus dessus, je trouve.

    • natacha_boussaa
      • Posté à 16h36 le 28/09/2010
      • Internaute 124050
        auteur

      Oui, ce sont d’excellents exemples, qui montrent bien le « tout roman » de notre époque.
      En outre, inspecteur, merci à vous d’avoir pris le temps de me lire et de m’en faire part...

  • Anonyme

    Peut-être serait-il intéressant de se tourner vers ceux qui pratiquent plusieurs genres littéraires - et vers tout ce qu’il font -, il ne sont pas si rares, finalement. Personnellement, je cherche désespérément Mausolée, défense des loups et autres poèmes d’ Enzensberger, qui a pratiqué tous les genres littéraires, en librairie, rien, il faut commander, seulement un livre, on aime le feuilleter avant de l’acquérir, moi en tout cas, surtout dans le cas d’un écrivain traduit.

    Mais elle existe, cette littérature à plusieurs facettes, et continue de nourrir ceux qui aiment la littérature. Gaudé (je crains d’en avoir déjà parlé) est romancier et dramaturge, Henry Bauchau est poète, romancier et dramaturge, pour ne prendre que deux exemples. D’autres écrivains se sont spécialisés dans un genre - Jaccottet, Alain Bosquet, pour prendre des exemples de poètes contemporains - seulement on parle peu d’eux sur, toujours par exemple, ce genre de sites : peut-être un effort à faire de ce côté-là...

    Et puis à nous, lecteurs, de demander que ces ouvrages soient accessibles au « feuilletage », avec le sourire, bien sûr...Et à nous de nous en emparer s’ils le deviennent et qu’ils nous parlent...La poésie d’un auteur donné, expérimentale ou pas, parle très vite (ou pas) à son lecteur. Une page nous suffit pour le savoir.

  • JJDULONG
    JJDULONG
    avocat
    • Posté à 17h57 le 26/09/2010
    • Expert 127137
      avocat

    Le roman de Natacha Boussaa est une oeuvre nouvelle car elle renoue de façon personnelle et talentueuse avec une tradition littéraire bien oubliée ces dernières années, le roman d’initiation du protagoniste au monde réel. Elle conte ainsi la maturation personnelle et en fin de compte assez complexe voire énigmatique de la narratrice que l’on se gardera de confondre avec l’auteur à travers un mouvement collectif qui débouche sur une victoire immédiate et précaire tout en préparant les conditions objectives à son corps défendant mais de manière objective du leadership de Sarkozy au sein d’une droite à la recherche de son homme providentiel.

    Son roman dément ainsi d’une certaine manière ce qu’elle écrit à propos de la dictature du roman où elle vise sans doute en réalité une certaine littérature qui n’est pas toute la littérature même si elle reste hégémonique et à propos de laquelle on peut s’interroger sur sa postérité.

    • natacha_boussaa
      natacha_boussaa répond à JJDULONG
      auteur
      • Posté à 19h16 le 28/09/2010
      • Internaute 124050
        auteur

      Bonjour Jjdulong
      merci de m’avoir lue. En effet, le mouvement contre le CPE me paraissait littérairement intéressant, car il s’est soldé par une victoire en faisant reculer le gouvernement, mais cette victoire s’est elle-même soldée par un échec, puisqu’elle a discrédité Dominique de Villepin et mis Nicolas Sarkozy au pouvoir. Ironie de l’Histoire : une victoire politique qui perd...

  • zorgg
    zorgg
    lecteur
    • Posté à 20h05 le 26/09/2010
    • Internaute 57999
      lecteur

    Vous avez raison ; on devrait lire davantage de poésie ou d’essais.Mais en même temps la forme romanesque peut vous emporter .Il faut que la forme soit renouvelé.

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 07h53 le 27/09/2010
    • Internaute 45067
      Littéral

    La forme romanesque parait hégémonique, sans doute parce le besoin d’histoires, de mythes, est la plus ardente demande des lecteurs.

    La perdition des individus dans l’immense espace suburbain standardisé est telle qu’ils ont besoin de récits qui les ancreraient une fois pour toutes (pendant un siècle ou deux) dans leurs lieux et dans leur époque.

    Mais il est toujours ainsi dans une période de transition, on ne perçoit que le déclin, les manques, et comme l’a écrit Pier-Paolo Pasolini, nous avons «  soif d’une chose  », qu’on voudrait atteindre et qui se dérobe par le fait même qu’elle est indéterminée, indicible aussi bien.
    Il ne reste que l’amertume de l’insatisfaction réitérée.
    La fureur de la création nouvelle mais qui tarde à voir le jour, complètée..

    Le théâtre et la poésie sont des formes qui n’ont de sens que pour un usage politique.

    Ces formes sont des armes de combat et leur pratique, une forme très subtile d’art martial et, comme la guerre, un autre moyen de faire de la politique.

    Nul doute qu’il y a des auteurs de pièces de théâtre et de poèmes, mais qui, pour le moment, ne sont pas encore entrés en politique.

    Et le premier moyen, presque le seul, peut-être, c’est, par ces formes, remettre en question la littérature même.
    Et le roman alors redevient un sous-genre de la poésie.
    Qui peut nier l’immense portée poétique d’Ulysse de James Joyce, ou de Mrs Galloway de Virginia Woolf ?

    Tandis qu’en France, les Bonnes de Genet, Le diable et le bon dieu de Sartre, mais aussi Le passage des Flandres de Claude Simon ou L’étranger transcendent le genre en refondant non pas le discours sur le politique mais remettent en question tant sur la forme que sur le fond les genres dont il use pour bousculer un certain état de fait du monde.

    À chaque fois, une figure littéraire fait les frais dans chacune de ces œuvres.

    Pour exemple, nous citerons la fin du héros romanesque comme symbole de l’homme en toute connaissance dans le monde.

    Albert Camus dans L’étranger, décrit un homme perdu, incapable de comprendre ce monde et qui paye de sa vie son ignorance et ses passions qui ne se fondent que lors d’un acte spontanée, impulsif et qui ne défait rien, qui ne règle rien qui ajoute à une situation passablement embrouillée encore plus de désordre.

    C’est Robbe-Grillet qui décèle ce dernier avatar du héros romanesque, anti-héros sans sans transcendance et dont le sacrifice est u très mauvais présage de la fin d’un monde.

    Si Albert Camus pouvait craindre le pire pour l’avenir, en 1943 quand parait ce livre, il ignore tout de de qu’il adviendra vingt ans plus tard. Du moins en a -t-il eu la prescience et ce que cela signifiait pour la littérature.

    Tant que les auteurs littéraire ne règlent pas leur compte avec la littérature par l’acte littéraire même, ces formes restent sans portée.

    Le Nouveau Roman est le dernier mouvement d’avant garde de la littérature moderne. Ses manifestes, ses colloques ses revues secouent toutes la littérature, critiquent pour les surpasser les littératures de leurs prédécesseurs.

    Depuis ? Rien ou pas grand-chose, pas de projet d’un mouvement.

    Refonder la littérature, je pense que cela doit être plus ardu aujourd’hui.

    Et les auteurs paraissent bien isolés.

    Pour les essais, il faut être dans une séquence longue de création, c’est par essence un travail collectif  :
    On lit les travaux des maitres afin de connaitre l’état de l’art. On critique, on corrige, on complète, mieux, on trouve un filon, une nouvelle voie prometteuse.

    Pour l’heure, ce n’est pas que nous n’avons pas de maîtres, c’est que nous ne les connaissons pas ou mal et qu’il faudrait les lire, avant d’essayer nous-mêmes.

    Ah Benjamin Fondane, quand ta nuit prendra fin ?
    Toi le poète, le penseur.

    L’artiste voué à son art, change sa vie, et s’il le peut, il a peut-être l’occasion le changer le monde.

    Artiste, ou bien, lecteur ou «  regardeur  », c’est difficile de se laisser changer.

    Penser, lire, regarder, entendre les arts et la littérature, c’est l’expérience de l’angoisse.
    Quelle fatigue disait Bataille que d’extraire cette part maudite.

    • Emma T.
      Emma T. répond à egide
      Camille est sur SeXpress
      • Posté à 10h30 le 27/09/2010
      • Internaute 40366
        Camille est sur SeXpress

      Excellemment dit Egide.

      Mais la nuit de Benjamin Fondane ne prendra pas fin...

      Ni Bernard Noël ni ses Sonnets de la mort.

      Ni la part maudite ni les larmes d’Eros.

    • natacha_boussaa
      natacha_boussaa répond à egide
      auteur
      • Posté à 18h06 le 28/09/2010
      • Internaute 124050
        auteur

      Bonjour egide,
      Vous évoquez Joyce. Il est très intéressant d’observer la façon dont chaque régime politique encourage ou au contraire réprouve les œuvres littéraires. Joyce, par exemple, était honni en URSS. De quoi s’interroger sur les courants littéraires qui parviennent à s’imposer comme la seule norme esthétique d’une époque.

      • egide
        egide répond à natacha_boussaa
        Littéral
        • Posté à 12h08 le 29/09/2010
        • Internaute 45067
          Littéral

        Bonjour,

        Tant de poètes inconnu(e)s doué(e) pour l’écriture ont échoué à rendre les mensonges-vrais selon la belle formule de Marthe Robert (Lire absolument son «  En haine du roman.  »).

        À l« époque où James Joyce publiait Ulysse Marie-Louise Dromart a écrit ce poème  :

              L e s   é t o i l e s .
         
        Que valent les calculs  ? que prouvent les systèmes  ?
        L’amour est la forme et le rythme suprêmes  !
        Celui-là ne sait rien dont le cœur est fermé
        Et qui, pauvre érudit, n’a pas encore aimé.
        Un secret qu’à l’oreille adorée on confie
        À raison mille fois de la philosophie,
        Et le sage est qui préfère au pourquoi décevant
        Le vers ailé qui fait d’un poète un savant.
        Le livre ne vaut pas la rose qui s’effeuille  !
        Et l’amour enrichit les heures que l’on cueille.
        Soyons donc deux captifs du songe, rien de plus  !
        Et ces problème froids que nul n’a résolus,
        Ces préceptes sacrés, que Dieu cache en ses voiles,
        Ne seront plus qu’un cercle éblouissant d’étoiles,
        Dont les chiffres sacrés, les points mystérieux
        S’inscriront au miroir infini de nos yeux  !

         
         
        En 1925, elle reçoit le prix Archon-Despérouses décerné par l’Académie Française, pour “ Le Bel Été ” (dont ce poème est extrait).

        Cette auteure est native des Ardennes et a fait ses études secondaires à Charleville.

        Ente les deux guerres la forme romanesque est honnie. Et les poètes sont légion qu’on publie encore.

        Cette effervescence poétique qui, il me semble, perdure depuis, n’attirent plus les lecteurs, disons depuis les années 1970.

        Et ce gout du récit dans une langue simple pour faire plus vrai, authentique même, réduit les romanciers à mentir ainsi qu’Aragon le constate.

        Pourtant une autre poétesse, Lucie Delarue-Mardrus ne manque pas de lucidité et qui préfigure Nathalie Sarraute, qui finit un de ses poèmes par  :
        Et qui donc a jamais guéri de son enfance  ? ...

        Je vous rejoins sur ce constat de l’hégémonie de la forme romanesque dans l’édition.
        Mais ne sont-ils pas auteurs littéraires que ceux qui lisent de la poésie même celles d’inconnu(e)s  ?
        Et le fait qu’on n’y porte que si peu d’attention nous rend, nous lecteurs, circonspects quand à nos gouts pour telle ou telle poésie.

        Aussi perdu que le “ regardeur ” duchampsien devant un tableau contemporain.

         
        • natacha_boussaa
          natacha_boussaa répond à egide
          auteur
          • Posté à 15h25 le 29/09/2010
          • Internaute 124050
            auteur

          C’est très beau. Voilà qui fait du bien.

        1 autres commentaires
  • Hulk
    Hulk
    Gros con de droite
    • Posté à 08h21 le 27/09/2010
    • Internaute 108405
      Gros con de droite

    « On a besoin des poètes, des dramaturges, et des essayistes, pourvu que ceux-ci soient tournés vers le monde. »

    Ah bon ?

    Si on vous suit, les poètes, dramaturges, essayistes introvertis devraient donc être exclus de l’édition ?

    C’est vous qui faites le cahier des charges de ce que devrait être un « bon écrivain » ?

    • natacha_boussaa
      natacha_boussaa répond à Hulk
      auteur
      • Posté à 17h47 le 28/09/2010
      • Internaute 124050
        auteur

      Bonjour Hulk,
      Il n’est pas question « d’exclure » quiconque de l’édition. Il y a bien assez de place pour que toutes les sensibilités s’expriment. Mais la littérature que je défends interroge le monde à partir d’une singularité et en offre une représentation. L’introspection a, d’après moi, suffisamment régné sur la littérature française.

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 09h43 le 27/09/2010
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    Il est vrai que dans un moment de désœuvrement et d’ennui on lira facilement un roman moyen ( je ne parle pas du votre que j’ai lu et approuvé ) ou une bande dessinée pas terrible. Alors qu’un essai , une pièce de théâtre ou de la poésie , on ne s’y risquera que si on apprécie et connait bien les auteurs, parce qu’ils sont des grands ou qu’ils sont connus pour d’autres choses littéraires ou qu’ils ont très bien causé à la télé chez Taddei, quand on a regardé la télé dans un moment de désœuvrement , d’ennui et d’insomnie ..

  • ma_langue_eta_moi
    ma_langue_eta_moi
    Disciplus Simplex
    • Posté à 18h10 le 28/09/2010
    • Internaute 124833
      Disciplus Simplex

    Bonjour,
    Je vous ai vue sur le plateau de Taddei la semaine dernière...
    Le thème du débat était biaisée (la réforme des retraites ou le choc des générations ?), avec des invités qui squattent la parole (notamment Louis Chauvel et l’inénarrable Philippe Sollers, qu’un petit malin a déclaré mort sur Wikipédia à la suite de ce débat...)... Mais vous en êtes bien sortie. : -)
    Vous avez eu le mérite d’amener la discussion sur LA question qui pour moi devrait se poser avant même de parler des retraites : le salariat et le rapport au travail dans notre société...
    Travailler plus longtemps, mais pour quoi faire ?
    Ça aurait mérité un débat entier là-dessus...

    • natacha_boussaa
      • Posté à 18h51 le 28/09/2010
      • Internaute 124050
        auteur

      Effectivement, la question du travail est essentielle aujourd’hui et assez peu posée. Il serait pourtant judicieux de s’y intéresser en plein débat sur les retraites.

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.