Cabinet de lecture

L'actualité des livres, par Hubert Artus.

En 2011, Google Edition lancé en Europe : retour d'une Arlésienne

Publié le 06/10/2010 à 20h14


Capture d’écran du site Google Books

A la veille de l’ouverture de la 62e Foire du livre de Francfort, Google a annoncé mardi le lancement de sa plateforme d’édition et de vente de livres numériques d’ici la fin de l’année aux Etats-Unis, et en 2011 en Europe. Ça ne vous rappelle rien ? La firme avait annoncé exactement la même chose il y a pile un an...

A Francfort, en octobre 2009, à la même Foire du livre, le géant du Web annonçait en effet déjà l’ouverture de Google Edition. En un an, il ne s’est donc rien passé, en tout cas en Europe : le projet mondial, lui, a avancé.

Google Editions aux Etats-Unis, en Europe... Quid de la France ?

Comme en 2009, c’est le responsable produit chez Google Livres, Abraham Murray, qui a fait cette annonce :

« Google Editions sera lancé d’ici la fin de l’année, d’abord aux Etats-Unis. Le démarrage dans les autres pays suivra l’an prochain, en Europe en commençant par le Royaume-Uni et un ou plusieurs autres pays. »

La question est : la France est-elle comprise dans ce « un ou plusieurs » pays ? Depuis 2006, de nombreux éditeurs hexagonaux portent plainte sur plainte contre Google pour contrefaçon ou numérisation pirate. Et pour le moment, ils l’emportent.

En mars, peu avant le Salon du livre de Paris, Philippe Colombet (« strategic partner development manager » pour Google Books) avait déjà annoncé le lancement du service à l’été 2010 dans six pays dont la France.

Près de 30 000 éditeurs étaient d’ores et déjà associés au projet, avait-il ajouté. Sauf que plusieurs actions étaient en cours, dont la procédure de La Martinière/Le Seuil.

Google avait reculé, et refusé tous contact sur le sujet avec la presse. Récemment encore, à toute demande de précision, je me voyais répondre qu’il n’y avait aucune avancée. Les choses ont donc bougé...

Ouverture « avec 400 000 titres du marché américain »

La librairie numérique de Google ouvrira « avec 400 000 titres du marché américain », a annoncé Abraham Murray. Ce qui montre qu’à ce jour, rien n’est fixé dans les autres pays et bassins linguistiques.

Si l’an dernier, Google disait avoir numérisé 12 millions de livres dans sa base Google Books, le chiffre actualisé cette année est de 15 millions, et le nombre d’éditeurs partenaires a été porté à 35 000.

En France, les principaux partenaires du programme sont L’Harmattan, Le Petit Futé et le guide Michelin. Aucun éditeur de littérature, aucune maison d’aucun grand groupe, n’a désiré signer le moindre accord avec Google. Et ni Gallimard ni Albin Michel, ni Flammarion, ni bien sûr La Martinière/Le Seuil ne l’envisageait dans les termes voulus par le géant américain. On attend leur réaction à cette annonce à l’issue de la Foire allemande.

Google espère passer par les libraires et sites spécialisés

En attendant d’avoir les droits des auteurs et des éditeurs, Google semble jouer la carte libraire. Google Edition sera aussi « une plateforme de distribution ouverte à tous les libraires indépendants, chaînes, sites spécialisés, revendeurs de quelque nature qu’ils soient », a aussi annoncé Murray à Francfort.

Entre l’annonce 2009 et l’annonce 2010, Google a signé un accord de partenariat avec la Fédération des libraires indépendants aux Etats-Unis (ABA).

En France, Livres hebdo estime les structures déjà présents sur Google Books à « une demi-douzaine de sites spécialisés, de chaînes ou de librairies de premier niveau, sous forme d’un lien renvoyant vers leur site les internautes désireux d’acheter un livre papier découvert sur le moteur de recherche ».

Blocage sur le « modèle d’agence » ou contrat de mandat

Mais alors, pourquoi ce retard ? Pourquoi le vide pendant un an ? Abraham Murray a indiqué mardi :

« La mise en place du modèle d’agence aux Etats-Unis a compliqué l’organisation de ce programme. »

Le « modèle d’agence » est l’équivalent aux Etats-Unis du contrat de mandat en droit français. C’est cet article qui fait que l’éditeur fixe seul le prix, qui interdit les rabais. C’est l’article que n’aime pas Google…

Selon les indications fournies par Google après sa -première- annonce, le système fonctionnerait ainsi : les titres sont indexés dans le moteur de recherche Google qui permet de consulter 20% du contenu gracieusement.

Celui qui souhaite acquérir l’intégralité de l’ouvrage appuie sur « acheter l’Edition Google », et déclenche l’achat. Il peut alors acheter le livre numérique directement sur Google, chez un libraire en ligne partenaire ou directement sur le site de l’éditeur, ou encore auprès d’une librairie physique.

Google percevra 37% des revenus si l’achat se fait en direct sur son site. Le reste allant à l’éditeur. Pour les livres livrés en libraire, la part de Google monte à 45% du prix de vente.

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  • didrew-
    didrew-
    nc
    • Posté à 20h22 le 06/10/2010
    • Internaute 119096
      nc

    comment détruire la littérature ?
    demander a Google, ils ont la réponse

    Lien

    • Tyrian
      Tyrian répond à didrew-
      Informaticien
      • Posté à 22h40 le 06/10/2010
      • Internaute 61861
        Informaticien

      Comme le téléchargement aurait soit-disant détruit la musique et le cinéma ? Ces 2 industries dans leur ensemble ne se sont jamais aussi bien portées. Surtout la musique où globalement un petit a désormais plus de chances que jamais auparavant, et seul. Le cinéma indépendant me semble avoir également plus de possibilité qu’avant de se développer.

      Alors indique nous pourquoi Google détruirait la littérature ?

  • Mr.White
    • Posté à 22h02 le 06/10/2010
    • Internaute 21805

    C’est une bonne nouvelle. Ça va à coup sûre faire très mal à Amazon et Apple, vu le nombre de bouquin qu’ils ont pu numérisé. Ça va réellement lancer le ebook. Google compte proposer un ePub sans drm et multi-plateforme (Android, iOS, Amazon, et bien sûre sur PC et Mac.)

    Je pense que ça va d’abord et avant tous permettre aux petites maisons d’éditions de sortir du lot plus facilement, comme ça été le cas avec l’avènement des stores de musique en ligne. Moi même j’ai plus tendance à sortir la carte bleue pour une petite maison de disque, d’édition ou un développeur d’application indépendant pour smartphone.

    Mais encore une fois les gros vont râler.

    • Morrobox
      Morrobox répond à Mr.White
      Etudiant
      • Posté à 00h31 le 07/10/2010
      • Internaute 128313
        Etudiant

      « Ça va à coup sûre faire très mal à Amazon et Apple »

      Apple ? ?

      Avec le nombre d’iPad qu’ils vont réussir à vendre, pas sûr que ça les dérange tant que ça...

  • obey-
    obey-
     : -\
    • Posté à 22h50 le 06/10/2010
    • Internaute 66286
       : -\

    C’est comme les deux gouvernements fantômes du PS, on les attend toujours.

  • mr_megot
    • Posté à 07h17 le 07/10/2010
    • Internaute 53015
      .

    Philippe Colombet (« strategic partner development manager » pour Google Books) fait vraiment un boulot de merde. Passer ses journées à démarcher des éditeurs pour google, qui représente le diable incarné dans le milieu (et qui est en procès avec la moitié des maisons d’édition), il faut vraiment avoir la foi.

    Au final il se retrouve avec le petit futé et l’harmattan, c’est vraiment la lose.

  • mlepoivre
    mlepoivre
    libre penseur
    • Posté à 15h01 le 07/10/2010
    • Internaute 115796
      libre penseur

    Au fond, a travers ce projet, se pose la question de la littérature : eh oui, qu’est ce que la littérature ? Pour l’instant on voit bien que celle-ci, sur le plan de son être même, de son identité, est consubstantielle au livre papier. Une oeuvre littéraire n’accède à l’existence que sous la forme d’un livre publié, objet matériel nettement délimité. Sinon l’oeuvre n’existe pas, n’est pas reconnue comme telle, même si elle est accessible sous forme numérique.
    Au delà des questions de monopole, c’est aussi pour ça que les éditeurs de littérature rejettent cet accord. Avec ce basculement, ce n’est tout simplement plus le même métier, l’oeuvre, le texte littéraire n’ont plus le même statut. Changeant de format, la littérature change de forme, et en un sens se noie dans l’informe. C’est peut être ça la post littérature dont on parle beaucoup. Ce conflit renvoie a mon avis à une guerre entre deux médiums : le papier et l’écran. Après tout, les éditeurs pouvaient très bien proposer un catalogue en ligne. Ce faisant, je reconnais qu’ils font un réel blocage qu’on peut qualifier de conservateur ou réactionnaire. Mais bon il en va de leur identité. C’est peut être un acte de désespoir, prélude à leur mort prochaine.
    Voilà pourquoi Google a pu signer des contrats avec des éditeurs liés à des projets de livres pratiques et non littéraire. Car dans ce cas la question de la littérature ne se pose pas. La littérature garde une dimension noble et sacrée, qu’on ne doit donc pas toucher, selon une logique un peu mystérieuse, elle est ce « don des morts ». De ce point de vue, l’initiative de Google apparaît comme une profanation, un sacrilège.

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