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L'actualité des livres, par Hubert Artus.

Michel Onfray versus Sigmund Freud, deuxième round

Publié le 15/11/2010 à 11h50

Au printemps, Michel Onfray déclenchait une belle polémique en s’attaquant à Freud avec « Le Crépuscule d’une idole ». A l’occasion d’une « Apostille au crépuscule », le philosophe revient pour Rue89 sur cette affaire, mais aussi sur le manque de soutien de son éditeur Grasset, sur les intellectuels français et sur ses engagements politiques.

Michel Onfray versus Sigmund Freud, le scandale

Paru en avril dernier, « Le Crépuscule d’une idole : l’affabulation freudienne » était la biographie non-autorisée et fort documentée d’un mythe : Onfray s’y attaque à Freud, dépeint comme un pervers sexuel, un conservateur, un philosophe qui déteste la philosophie, un camarade des régimes autoritaires fascistes, ou encore un homme qui fit exclure des confrères (Jung, Reich).

Certains de ces faits avaient été remarqués par des historiens, d’autres étaient connus des spécialistes, et d’autres encore ont déplu, choqué, secoué les dogmes.

Onfray ne s’attaquait pas à la psychanalyse, que Freud n’avait d’ailleurs pas inventée, mais seulement à la psychanalyse freudienne, démontrant qu’elle ne saurait être présentée comme la psychanalyse à elle toute seule.

Pour incendiaire que ça ait pu paraître, ça méritait bien un débat, qui n’a pas vraiment eu lieu. On a assisté à un pugilat, encore présent dans les esprits. On se rappelle la réponse virulente de la psychanalyste et philosophe Elisabeth Roudinesco. On se rappelle aussi l’article de Politis le 15 juillet, intitulé « La mort d’Onfray ».

Pas soutenu par son propre éditeur

Onfray affirme même que « Libération et Le Monde ont ostensiblement interdit la parution des papiers qui me défendaient ». Il revient sur cette période, sans oublier cette chose dont il n’avait pas encore parlé : l’absence de soutien de la maison qui l’édite, Grasset, qui n’a pas « allumé de contre-feux ».

Contacté par Rue89, l’éditeur d’Onfray, Jean-Paul Enthoven, était loin de Paris, et n’a pu répondre positivement à la sollicitation. Signalons qu’il est aussi l’éditeur, entre autres, de Bernard-Henri Lévy, un des détracteurs les plus virulents d’Onfray. Un détail qui peut gratter, mais en dépit duquel, précise Onfray, Enthoven fut le seul à le soutenir dans la maison.

Onfray reste néanmoins un « serial seller » (93 400 exemplaires vendu pour « Le Crépuscule » (selon Edistat) et un bon client télé, et c’est tant mieux. Et l’auteur de conclure, sur le sujet Grasset : « Il y aura une suite à ça. » Chez un autre éditeur ? (Voir la vidéo)

Pas un travail « contre », un travail « sur »

« Cette Apostille au crépuscule propose une aurore », écrit-il à la première page du livre. L’ouvrage se propose, comme le veut la définition même du terme « apostille », de rassembler notes, explications et addendum au livre scandale.

Quoique l’on pense de Michel Onfray, il faut dire et redire que « Le Crépuscule » est, intellectuellement, la suite logique de tout son travail, qui repose sur la « démythologisation », débutée en 1989 avec « Le Ventre des philosophes », poursuivie avec les volumes de la « Contre-histoire de la philosophie », puis avec le best-seller « Traité d’athéologie ».

Même lorsqu’il écrit une « Contre-histoire », Onfray travaille avant tout « sur », et non « contre » le matériau qu’il délimite, cartographie et analyse. Bien resituer l’évolution, approfondissement et la rigueur de son travail permet à Onfray de montrer qu’il n’est pas le populiste et le corbeau noir que ses détracteurs souhaiteraient qu’il soit.

Poursuivant dans son élan, le philosophe annonce d’ailleurs dans notre entretien qu’après la religion et la psychanalyse freudienne, il s’attaquera à l’écologie, pensant, ouvrages à l’appui, « que les variations du climat n’ont rien à voir avec le fait qu’on roule en mobylette ou pas ». Ca promet !

La psychanalyse freudienne, « une niche fiscale »

Si Onfray a vu arriver sur lui ces obus de toutes sortes, c’est qu’il attaquait une figure sacrée. Une pratique sacrée. Dans « L’Apostille », il pointe d’ailleurs ce que la psychanalyse freudienne a de commun avec la religion : un lien vertical, par là-même hiérarchique, entre l’homme et les mystères, de sorte que l’homme puisse aussi bien prétendre rencontrer sa vérité que son propre saint.

Pour la « psychanalyse existentielle, non-freudienne » à laquelle il appelle, comme pour la politique et les savoirs, Onfray est de ceux qui militent pour un lien horizontal entre l’homme et sa connaissance (le monde, les autres, le savoir, le goût, le voyage, la croyance).

Les outils de cette plateforme existent, répète-t-il dans son ouvrage : Bachelard, Sartre, Deleuze et Guattari, voire Wilhelm Reich en ont donné des clés. Aussi la psychanalyse freudienne lui semble-t-elle caduque.

Dans la version intégrale de notre interview, il voit même en la pratique pure de la méthode freudienne (paiement cash et main à main) une « niche fiscale » [le régime des psychanalystes, le plus souvent, est celui de la micro-entreprise, ndlr]. Onfray plaide pour une réunion des savoirs freudiens et marxistes, ouvrant une discipline existentielle où « l’inconscient est psychique et matériel ».

C’est parce qu’il croit que l’inconscient se structure après la naissance, et non avant comme le veut la tradition freudienne, qu’Onfray a pu, en 2007, apporter la contradiction au candidat Sarkozy sur la question du prétendu déterminisme génétique des délinquants. (Voir la vidéo)

« Mes illusions me conduisent vers Jean-Luc Mélenchon »

Certains pourront sourire de voir Onfray, dans son livre aussi bien que dans notre entretien, utiliser moult fois les termes « horizontal » et « plateforme ». A la plateforme pour une « psychanalyse existentielle » qu’il appelle ici de ses vœux, répond celle qu’il réclame pour la gauche antilibérale depuis des années, dans la droite ligne de son héritage de libertaire vivant en République.

Le passé récent l’a vu soutenir très officiellement Olivier Besancenot et le NPA, puis José Bové. Déçu par ce dernier, « qui va à l’Europe et est avec Cohn-Bendit, Eva Joly et François Bayrou », Onfray dévoile ici la figure qu’il voit incarner son idée de l’unité à gauche :

« Mes illusions me conduisent vers Jean-Luc Mélenchon, un homme concret et pragmatique. »

Deux caractéristiques qui, toujours, ont été les postulats philosophiques du philosophe. (Voir la vidéo)

► Voir la version intégrale de l’entretien. Outre les thèmes abordés ici, Michel Onfray y évoque : Bernard Henri-Lévy, Alain Badiou, la religiosité de la psychanalyse freudienne, la politique, la gauche, et l’inscription dans le temps de l’homme d’aujourd’hui.

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  • vieilanarfatigué
    vieilanarfatigué
    Changer le monde, c'est se (...)
    • Posté à 12h24 le 15/11/2010
    • Internaute 125168
      Changer le monde, c'est se (...)

    S’attaquer à Freud, pourquoi pas. C’est un débat de spécialistes qui n’intéressent qu’eux, finalement. Je ne doute pas un seul instant que cette attaque fasse oublier Freud au bénéfice d’Onfray, pour l’histoire et la postérité.
    Je ne doute pas non plus que les jugements de ces intellos éclairent le débat sur la politique ; ils font part de leur avis c’est tout , sans grande résonance dans le public ,conscient ou inconscient. Est ce dommageable ? ils pourraient se poser la question !

  • héliotrope
    héliotrope
    Ecocitoyen débutant, chercheur (...)
    • Posté à 12h31 le 15/11/2010
    • Expert 2978
      Ecocitoyen débutant, chercheur (...)

    Seul intellectuel capable de remettre à plat « la pensée unique » pour nous obliger à un retour sur soi, être enfin capable de s’accaparer notre propre vie, décider nous-même de ce qui nous convient sans s’en remettre toujours et encore à des « non-valeurs » d’autres temps.
    Et enfin de débarrasser des « acquis mal acquis », renaître à la vie, simplement.
    Essayez, ça fait même pas mal.

  • gaias
    gaias répond à Noun
    etudiant
    • Posté à 12h37 le 15/11/2010
    • Internaute 95428
      etudiant

    la psychanalyse est un procédé d’investigation des processus psychiques.

    Si on part de ce principe, la psychanalyse existe depuis toujours sous différentes formes.

    On pourrait dire que certains aspect du bouddhisme est une forme de psychanalyse.

    De mon point de vue la psychanalyse sert à se comprendre dans un premier temps.

    Et dans un second temps, la psychothérapie sert à se soigner des traumatismes.

    Tout ceci à un niveau neuronal comme dit Onfray.

    Le discours de Onfray est intéressant mais attention à ne pas mettre tous les psy dans le même panier, je trouve que c’ est l’ impression qu ’il a laissé sur le plateau de Ruquier.

    Beaucoup sont passés par l’ université, mais n’ adhère pas forcement à Freud sans pour autant tout rejeter de Freud.

    Je pense même que beaucoup de bons psychothérapeutes se font leur propre idée de la psychanalyse de par leur expérience
    « professionnelle ».

    Ils voient ce qui marche et ce qui marche pas et s’ oriente vers ce qui peut aider le plus leur patient en laissant Freud, pour d’ autres références.

  • Chou marin
    Chou marin
    sal'bête plein'd'poils
    • Posté à 12h39 le 15/11/2010
    • Internaute 12261
      sal'bête plein'd'poils

    Merci à M. Onfray d’en profiter pour dénoncer la souffrance additionnelle que la psychanalyse inflige aux enfants atteints d’autisme et leurs familles. Ce scandale trouve peu d’échos dans un pays qui n’intègre pas les handicapés et dont la plupart des médias servent de tribunes aux pseudo-philosophes qui se réclament de la psychanalyse pour donner leur avis sur tout et rien.

    Si Michel Onfray n’existait pas, il faudrait l’inventer !

  • gounzor
    gounzor
    en lutte
    • Posté à 12h45 le 15/11/2010
    • Internaute 129458
      en lutte

    n’importe quoi cet article et son parti pris, est ce que l’auteur de l’article à déjà lu du freud ?

    En passant par le déterminisme, que freud ne décrit pas vraiment de cette façon, (dans ses écrits sur l’homosexualité par exemple on y voit aucun determinisme bien au contraire).

    Puis par l’analyse « révolutionnaire » de Freud l’homme, que n’importe qu’elle personne attentive peut faire en lisant du Freud.

    Puis par le faux débat de l’invention de la psychanalyse.

    Ou comment remuer du vent, avec des idées faussements nouvelles, et des interprétations fausses, pour créer un non événement.
    En lisant Freud n’importe qu’elle personne un tant soit peu intelligente se dira que :

    -ça a été écrit il y a plus de cent ans.
    -Freud s’inclue bien trop souvent dans ses analyses.

    Cela dit il se dira aussi :

    -qu’il était un pionnier (inventeur ou pas quel faux débat),
    -qu’en tant que pionnier, il s’est parfois trompé, il a parfois erré, il a parfois été le jouet des idées fausses de son époque.
    -qu’il a fait exister médiatiquement la psychanalyse avec toutes les conséquences positives qu’il en découle aujourd’hui.

    Les gens qui achéteront ce livre, feraient mieux d’acheter des livres de Freud, puis de Jung, et de s’en faire leur propre idée.
    Comme l’auteur de cet article aurait du lui même le faire...

  • Orwelle
    Orwelle
    sarko-verdose.bbactif.com
    • Posté à 12h58 le 15/11/2010
    • Internaute 62370
      sarko-verdose.bbactif.com

    « quel est le sens de la campagne médiatique destinée à imposer un ouvrage basé sur la falsification des faits comme un ’livre évènement’ ?
    Le personnage Onfray est un révélateur de la décomposition sociale actuelle. Dans la postmodernité, quelque chose de notre humanité est touché et c’est de cette faiblesse que jouit l’auteur.
    Ce cas nous intéresse dans la mesure où il obéit à une attitude spécifique de notre époque, celle du déni de tout processus de connaissance et de la nécessaire reconnaissance intellectuelle et symbolique qu’il implique.
    Dans la postmodernité, dont Michel Onfray est un héraut, ce qui explique sa grande médiatisation, tout ordre symbolique, même imaginaire, doit être anéanti. L’enfant tout-puissant, figure centrale de cette nouvelle période historique, ne peut connaître aucune limite. »
    Extraits de « L’enjeu social de la polémique
    À quoi sert Michel Onfray ? ’
    par Jean-Claude Paye, Tülay Umay, sociologues
    Lien

  • Excédée
    • Posté à 12h59 le 15/11/2010
    • Internaute 61943

    Je ne crois pas que ça n’intéresse que les spécialistes.

    Entre autres forfaits, à l’écoute des récits de viols et d’attouchements sexuels subis dans l’enfance par ses clientes et perpétrés par des membres de leur famille, Freud a décidé que les coupables désignés étaient bien trop respectables et que ces accusations étaient trop fréquentes. Ça ne pouvait donc être que des affabulations et des fantasmes, c’est-à-dire des symptômes de trucs pas bien nets chez les (malheureuses) clientes.

    A la clé pour celles qui essaient de s’en sortir auprès d’un psy freudien et qui se laissent enfumer par ces conneries : culpabilisation, doute, horreur de soi, etc.

    Je peux vous dire que rien qu’avec ça, Freud a fait une quantité industrielle de victimes collatérales tout ce qu’il y a de plus non « spécialistes ». Ce déni fait des dégâts aussi violents que les agressions elles-mêmes.

    Je ne parle même pas de sa fatwa à propos des « vaginales » adultes et matures (bieeeeen) versus les « clitoridiennes » infantiles et immatures (paaas bieeeen). Bonjour le massacre sur la sexualité des femmes, au profit exclusif des hommes.

    Alors si quelqu’un peut faire tomber ce type malfaisant de son piédestal, à terme, ça va faire du bien à beaucoup de monde. Pas seulement à quelques spécialistes.

  • Chou marin
    Chou marin
    sal'bête plein'd'poils
    • Posté à 13h30 le 15/11/2010
    • Internaute 12261
      sal'bête plein'd'poils

    Les deux derniers livres d’Onfray sur Freud et la psychanalyse sont tous simplement des oeuvres d’interet public. La ou le Livre Noir avait réussi à sensibiliser mais avait échoué médiatiquement, ce justement à cause du lobby pro-« psychanalyse-partout-et-fermez-votre-gueule », Onfray était préparé à cette tempête de merde médiatique que les Roudinesco, Miller et co ont déclenché contre lui grace à leurs entrées dans les grands quotidiens.

    Ils ont même essayé de faire couper les subventions de son université ! Voir les articles parus dans la presse nationale, dont Libération et Le canard enchaîné, prouvant que Madame Roudinesco était intervenue au conseil régional pour s’étonner des subventions de la région à l’Up.

    problème : Onfray ne se laisse pas faire.

    Héhé.

  • Jana
    Jana
    bretonne en Normandie
    • Posté à 13h46 le 15/11/2010
    • Internaute 13372
      bretonne en Normandie

    Bonjour
    Je suis d’accord :
    « Onfray travaille avant tout “ sur ”, et non “ contre ” le matériau qu’il délimite, cartographie et analyse. »
    Pour avoir lu quelques uns de ses livres, l’avoir écouté en direct, l’avoir rencontré lors de débats en petits groupes , j’ai acquis la certitude de ses qualités humaines et intellectuelles.
    Cet homme est capable, à partir de sa propre histoire, avec le recul de ses recherches exigeantes, d’encourager chacun, avec intelligence, à construire son propre cheminement dans la vie.
    Il me semble que c’est ce qui dérange beaucoup ceux , et méchamment et confortablement, installés dans des chapelles lucratives, qui déversent tant de rancœur.
    Mais pas tous. Il en est parmi eux, du monde « psy » à n’avoir pas ajouté leurs aboiements à ceux de la meute, et qui ont aussi écrit intelligemment , et différemment, sur l’histoire de la psychanalyse...

    Michel Onfray dérange beaucoup, et c’est bon signe. Il donne envie d’apprendre, partage des repères , des clefs pour développer ouverture, et esprit critique.. y compris envers lui-même. Nul n’est parfait...et le chemin pour se construire n’est pas donné...
    Je lui dis un grand merci.

  • Lictor
    Lictor répond à gaias
    informaticien
    • Posté à 14h27 le 15/11/2010
    • Internaute 68450
      informaticien

    Il faut tout de même rappeler que la majorité des psychothérapeutes ne pratiquent pas la psychanalyse ! Il y a bien d’autres approches autre que la psychanalyses pour aider les patients... D’ailleurs, la psychanalyse est en perte de vitesse dans une bonne partie du monde, en dehors de la France et de l’Amérique du Sud....

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