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Comment adapter un polar de Manchette : la leçon BD de Tardi

Publié le 28/11/2010 à 10h52

Cinq ans après « Le Petit Bleu de la côte ouest », Tardi adapte à nouveau le « pape du néo-polar », le si regretté Jean-Patrick Manchette. A l’occasion de « La Position du tireur couché », qui fut en 1981 le dernier roman achevé de son auteur, Tardi nous parle de Manchette, de polars, et nous donne un cours d’adaptation en bande dessinée !

On se rappelle l’adaptation, l’an dernier, du dernier roman de Manchette, ce roman non achevé : « La Princesse du sang », par Max Cabanes et Doug Headline, le propre fils de l’auteur.

On se rappelle qu’en 2005, Jacques Tardi disait du « Petit Bleu... » qu’il adapterait le dernier opus terminé de Manchette, paru en 1981. C’est chose faite : paru en épisodes l’été dernier dans Libération, l’album paraît chez Futuropolis cet automne. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, Tardi nous apprend qu’il s’attaquera bientôt à « Fatale ». (Voir la vidéo)


Dans l’œuvre de Jean-Patrick Manchette, « La Position du tireur couché » est un des systèmes narratifs les plus complexes. Le nom d’une des victimes n’est cité qu’une seule fois, et détermine pourtant l’identité des autres. Les indications temporelles, géographiques et physiques comptent aussi beaucoup.

Pas simple d’adapter un auteur économe de ses mots

Tout paraît simple, mais attention, car tout fait sens. Adapter un auteur aussi économe de ses mots, aussi visuel et aussi précis que Jean-Patrick Manchette est une tâche complexe.

Tardi a su faire siennes les dimensions réalistes, subversives, cocasses (quatre pages avec un tueur qui a l’auriculaire déboîté : rire strident garanti). Cela valait bien une séance de travaux pratique : le roman original d’un côté, l’album de l’autre, Tardi nous révèle quelques secrets de ses ellipses. (Voir la vidéo)


Adapté à trois reprises en bande dessinée, Manchette l’a été six fois au cinéma. Passionné et fin connaisseur du septième art (il fit critique ciné dans Charlie mensuel, puis Charlie Hebdo, des textes disponibles dans « Les Yeux de la momie », éd. Rivages, 1997), ce féru des salles obscures fut à chaque fois trahi.

Entre autres par Alain Delon, qui campa un des personnages fétiches de Manchette, Tarpon, dans « Pour la peau d’un flic » (1981), l’adaptation de « Que d’os ! » réalisée par… Alain Delon. Lequel, vingt ans plus tard, trahit Jean-Claude Izzo de la même façon, provoquant la colère de la famille de l’écrivain marseillais).

« Toutes les adaptations de Manchette au cinéma sont des catastrophes », tempête le dessinateur, qui sait à quel point les romans de l’écrivain sont « une horlogerie ».

Un polar toujours dans la bagarre

« Treize ans après sa mort, Jean-Patrick Manchette est encore là. Et c’est heureux », écrivais-je en 2008, lors de la parution du premier volume du « Journal » de Jean-Patrick Manchette. Cet auteur fut essentiel dans le dépoussiérage du polar français post-1968.

« A l’époque [de Manchette, ndlr], on parlait de l’idée du retour à la nature, pour les cadres et les gens qui vivaient en ville. Ce retour à la nature était un des prismes des polars de Manchette. Et ce sont des choses qu’on entend à nouveau aujourd’hui. »

Pour le dessinateur, le lien entre les polars de Manchette et l« époque actuelle se trouvent dans cette envie du “ retour à la nature ”.

Fidélité à l’homme, fidélité aux histoires

Au milieu des années 70, Manchette et Tardi avaient travaillé ensemble, à l’adaptation de “ Fatale ”, précisément. En 1976, ils avaient publié ensemble (scénario Manchette, dessin Tardi) une histoire inédite : “ Griffu ”.

C’est dire si Tardi reste fidèle à l’écrivain, et à quel point il connaît ce qui firent ses caractéristiques :

  • comportementalisme
  • inscription dans la politique d’une époque sans être militant
  • philosophie profondément ancrée à gauche
  • esprit subversif
  • connaissance parfaite des codes du polar pour mieux les détourner
  • rythme sec et nerveux
  • absence d’empathie pour les personnages
  • traitement équivalent de chacun d’eux

Tardi n’est pas arrivé chez Manchette par hasard. Il fait en effet partie de cette génération qui fut élevée au polar, au jazz, et à la BD quant ceux-ci étaient considérés comme des narrations underground et des mauvais genres -ce qui est toujours un peu le cas, à ceci près qu’à présent, le moloch libéral récupère, donc désamorce, tout ce qui peut être une contre-culture-

Ce n’est pas par hasard que les histoires de Tardi sont très “ polar ” (“Adèle Blanc-Sec”, “Ici Même”). De même, depuis 1981, illustre-t-il et adapte-t-il quelques grandes figures du patrimoine hexagonal du polar : Léo Malet, Jean Vautrin, Pierre Siniac, Didier Daeninckx. (Voir la vidéo)

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  • bloozmarch
    bloozmarch
    indocile heureux
    • Posté à 17h15 le 28/11/2010
    • Internaute 15731
      indocile heureux

    Pour paraphraser Brassens, je dirais de Tardi : « Quand on est grand, on est grand »
    Un grand merci pour toute son oeuvre, passée et à venir !

  • Vinosse
    Vinosse
    Poète des bas-côtés
    • Posté à 17h19 le 28/11/2010
    • Internaute 66673
      Poète des bas-côtés

    ICI MÊME (et nulle part ailleurs, bien entendu !) fut et reste pour moi, un personnage absolument inoubliable et indispensable à mon propre personnage ... Pour qui veut me connaitre.
    On demanda à Tardi d’illustrer des couvertures poches de Kafka, c’était dans l’esprit, mais pas tout à fait. ICI MÊME n’est pas Franz quand même...

  • A déménagé le 18-1
    • Posté à 17h39 le 28/11/2010
    • Internaute 116615
      bc

    J’ai lu la première adaptation de Manchette par tardi, longtemps après avoir lu le bouquin. On n’est pas déçu, c’est fidèle et bien foutu, l’image y apporte un plus mais qui n’altère pas votre première vision de lecteur et l’ambiance si particulière de Manchette
    Fan de burma, j’y ai trouvé le même plaisir. Je trouve que le noir et blanc ajoute à l’ambiance de ces polars. La ville, la nocturne ou celle des bas fonds populo en particulier est bonifiée par son dessin.
    Je dois à Tardi aussi d’avoir lu le voyage au bout de la nuit, illustré de quelques dessins chez futuropolis. Céline chez moi était interdit de séjour pour les raisons que tout le monde connait, j’ai donc pu accèder sur le tard et grace à Tardi, à cette fabuleuse écriture.
    Son oeuvre est monumentale, de haute tenue. Je connais des gens qui n’aiment pas spécialement la Bd, mais Tardi ça passe.Comme le regretté Hugo Pratt.

  • defix
    defix
    www.defix.org
    • Posté à 17h45 le 28/11/2010
    • Internaute 6431
      www.defix.org
  • a déménagé le 4 février 2011
    • Posté à 19h39 le 28/11/2010
    • Internaute 51971

    Je pense avoir tout lu de Tardi, inutile de dire donc ce que j’en pense...
    Si quand même, vous êtes grand M. Tardi ! Très grand ! ...

    Et merci à vous Hubert Artus pour ce papier...

  • Psyfou
    Psyfou
    pas glop
    • Posté à 10h02 le 29/11/2010
    • Internaute 102931
      pas glop

    Et également ses illustrations du Voyage et de Mort à crédit que j’ai pour ma part trouvé réussis, une fois la première surprise passée.
    Ses illustrations de Malet itou.
    Le cri du peuple, avec Vautrin également.
    Bref, j’aime tout...

  • puresonic
    puresonic
    Contempteur irascible
    • Posté à 15h34 le 29/11/2010
    • Internaute 55211
      Contempteur irascible

    ach....polizei.....roman polozier, roman Polanski

    désolé je fini juste le déjeuner...c’est la digestion....

  • fredpop
    fredpop
    referenceur
    • Posté à 20h38 le 29/11/2010
    • Internaute 96355
      referenceur

    Pour info, les relations de Manchette et le monde de la BD ne datent pas d’aujourd’hui, car il y a déjà eu (au moins) une contribution assez importante et remarquée de cet auteur comme traducteur du mémorable « WATCHMEN » de Moore et Gibbons !

  • Azza
    Azza
    Ingénieur en informatique (...)
    • Posté à 11h49 le 30/11/2010
    • Internaute 25467
      Ingénieur en informatique (...)

    Je sais que ca fait un peu demande au Pere (Tardi) Noel, mais ce dont j’ai toujours reve, c’est qu’il fasse une adaptation du livre « Remember Ruben » de Mongo Beti.

    Ca vous ennuie de lui passer le message ?

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