Cabinet de lecture

L'actualité des livres, par Hubert Artus.

Alaa el-Aswany : « Cette Egypte, c'est la nôtre »

Publié le 09/04/2011 à 15h29

Deux mois et demi après le début de la révolution égyptienne, Alaa el-Aswany, l’auteur, entre autres, de « L’Immeuble Yacoubian », continue à manifester place Tahrir. Après notre première interview, il explique pourquoi tout reste à faire en Egypte.

Le Cabinet de lecture :
A quels rassemblements, réunions et mobilisations participez-vous à lheure actuelle ?

Alaa el-Aswany  : Je fais ce que je dois faire : chaque vendredi, nous faisons une manifestation place Tahrir, et j’y participe. Tous les éléments de la société sont présents : musulmans, coptes, riches, pauvres... tout le monde. Le peuple a payé le prix de cette liberté, qui n’est jamais gratuite… Il doit l’avoir. On parle de 1 000 morts, de 4 000 disparus [le bilan connu fait état de 565 morts et 5 500 blessés, ndlr] quand même…

Comment les revendications sont-elles reçues par l
armée au pouvoir ?

Ce qui s’est passé n’a pas été parfait pour nous. Nous voulions former un groupe, un collectif, pour écrire une Constitution. Nous voulions des élections au plus tôt. Le peuple a fait la révolution, mais jusqu’à présent il n’a pas l’autorité : c’est l’armée qui l’a obtenue.

Nos manifestations ont pour but de faire pression sur le gouvernement, afin que nos demandes soient plus entendues et réalisées. Tout ça est très lent, mais nous devons faire en sorte que ça marche. Nous allons continuer jusqu’aux élections du premier Parlement élu, en septembre prochain. Car à ce moment, la révolution sera représentée au Parlement.

Quelles sont vos attentes concernant ces élections ?

Qu’elles soient propres, pour commencer. Mais je pense que personne ne jouera à les trafiquer : dorénavant, on ne peut plus faire ça en Egypte. De la même manière qu’un officier de police ne peut plus torturer, car il serait immédiatement puni par le peuple. L’Egypte dans laquelle je vis est de ce point de vue totalement différente de l’Egypte d’avant le 25 janvier. En fait, je suis certain que ces élections seront propres.

L
état durgence est toujours en place…

L’armée a promis de le lever avant les élections, probablement en août. Mais comme les criminels libérés par Moubarak en janvier sont toujours dans les rues, et comme il y a beaucoup moins de police, il y a des problèmes de sécurité partout. L’armée a donc encore besoin de cet état d’urgence. Vous savez, on l’a déjà supporté pendant trente ans, alors on peut le supporter encore trois mois !

Au quotidien, quelles sont les principales différences entre avant et après la révolution ?

Tout est différent en fait. Les Egyptiens avec lesquels je vis maintenant sont très différents : il y a en eux l’espoir, la dignité, le sentiment d’avoir libéré le pays. Le sentiment que cette Egypte, c’est la nôtre. Du coup, on doit y faire attention, construire notre nouvelle Egypte. Des sentiments très positifs ont été libérés par la révolution, qui n’existaient pas avant. Après avoir été volée par la dictature pendant longtemps, l’économie se relève peu à peu. Des spécialistes disent même que d’ici un an ou deux, le pays peut parvenir à un niveau acceptable.

Que vous inspirent les évènements en Libye ?

Les dictateurs arabes sont tous des criminels, vous le voyez au Yémen, vous l’avez vu en Egypte. Ils sont préparés à tuer leur propre peuple pour rester au pouvoir. La Libye est cependant un cas spécial : monsieur Kadhafi n’est pas seulement un criminel, mais il est également fou.

► Interview réalisée par téléphone

Aller plus loin
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  • Danielle29
    Danielle29
    Soutien à amonhumbleavis
    • Posté à 16h04 le 09/04/2011
    • Internaute 30791
      Soutien à amonhumbleavis

    Les Tunisiens et les Egyptiens sont devenus pour les peuples du monde les symboles de la liberté, de la volonté de justice et d’équité, et de la démocratie en marche.
    Salutations fraternelles à eux.

  • spleenlancien
    spleenlancien
    Manant, de passage sous le (...)
    • Posté à 16h17 le 09/04/2011
    • Internaute 78672
      Manant, de passage sous le (...)

    L’armée semble renouer avec certaines pratiques dont il est difficile de se defaire.
    2 morts par balle dans la nuit de vendredi à samedi, au cours d’une manif qui a rassemblé des dizaines de milliers de personnes, à l’appel de collectifs formés de jeunes cyberactivistes, à cette nouvelle manifestation contre la corruption dans le cadre d’un « Vendredi de la purification et des responsabilités ».

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  • Bismallus
    Bismallus
    ...
    • Posté à 20h15 le 09/04/2011
    • Internaute 88648
      ...

    Ce type est la définition même de l’opportunisme.

    On ne le voit plus depuis son « débat » avec Ahmed Chafik où il a confondu liberté d’expression et irrespect !

    Sans parlé de son populisme et de ses faux exemples.

    Double discours aussi entre ce qu’il dit sur les chaines égyptiennes et les journalistes étrangers...

    Y en a d’autre des écrivains (re)connu en Egypte ! !

  • de personne le journal
    de personne le journal
    Une info scénario
    • Posté à 16h46 le 10/04/2011
    • Internaute 142875
      Une info scénario

    le Caire brisé
    Qui peut confisquer la révolution égyptienne ?

    La plupart d’entre nous étaient à peine des hommes qui ont décidé du jour au lendemain de se donner la peine de rompre toutes les chaînes…
    d’un pouvoir aux abois, parce qu’il ne tient plus personne en laisse… à part… les CHIENS.
    Contre les cyniques il n’y a qu’une solution chimique à base d’acide sulfurique… que nous jetions dans les yeux de l’opinion publique…
    pour réclamer de tous, le droit à un minimum de dignité… à un maximum de liberté…

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