Cabinet de lecture

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La guitare du rocker Bo Diddley, héroïne d'un polar français

Publié le 03/06/2008 à 11h47

Le livre, c'est comme un contact avec l'éternité. Ce lundi, on apprenait la disparition d'un des pionniers de la guitare électrique : Bo Diddley, l'homme qui assemblait lui-même certaines de ses guitares (parfois carrées ou rectangulaires), l'homme qui amena le trémolo et la réverbération au sein du répertoire des guitaristes rock, a claqué à 79 ans, après une année 2007 marquée par un accident vasculaire cérébral en pleine tournée et par un infarctus du myocarde. (Voir la vidéo.)


Il prétendait n'avoir empoché qu'une petite partie de ce qu'il avait gagné pendant sa carrière. Comme nombre de musiciens de sa génération, Diddley recevait une somme prédéterminée pour ses enregistrements et n'aurait ensuite récolté aucune redevance sur les ventes. Diddley, c'est le genre de type qui avait prétendu, tout bonnement, être à l'origine de l'expression « rock and roll ». Un type aux formules définitives, qui ornaient une inventivité et une poésie distillées en uppercuts.

Qui aime Goodis, Carver, Shepp ou le cinéma noir américain aime Marc Villard


Comme Marc Villard, un des poètes de la génération du « néo-polar français ». Or, en 2003, Marc Villard avait écrit « La Guitare de Bo Diddley ». Villard est marqué par les quartiers zones des années 80 et 90 parisiennes (Barbès, Les Halles), par le foot, par le jazz, et par la poésie. Avec sa langue issue de la poésie, ses phrases très courtes qui interpellent illico une image ou un son, le style de Villard frappe direct au cœur. Villard, c'est LE spécialiste de la nouvelle dans le paysage du polar français contemporain. Qui aime Goodis, Carver, Archie Shepp ou encore le cinéma noir américain aime Marc Villard.

« La Guitare de Bo Diddley » est un roman composé de courtes histoires qui s'enchaînent grâce à une guitare. Le livre parfait pour découvrir Villard, romancier et nouvelliste. Et un « tribute » idéal à Bo Diddley. Lequel, poursuivi pour ses dettes, avait dit un jour : « Un type avec un crayon est plus dangereux qu'un mec avec une mitrailleuse. » Un tel phrasé trouve ses échos dans la littérature de Villard.

Dans « La Guitare de Bo Diddley », on suit la trace la mythique guitare Blue Hawaï n°1, la Gretsch ayant appartenu à Bo Diddley himself. Le destin a envoyé en banlieue parisienne cet instrument qui va passer de main en main, au gré des deals et des meurtres, des putes et des paumés, des sans-papiers et des éducateurs de quartier, à travers sex-shops, tours de cités, terrains vagues, carcasses de voitures, rock ou crack. Provoquant un enchaînement de fatalités.

Un peu à la manière de l'arme de « Winchester 73 », le film d'Anthony Mann (à qui le livre est dédié), l'instrument et le lecteur traversent tous les thèmes chers à Villard, et les histoires qui composent la réalité francilienne des années 2000.

Ni angélisme, ni misérabilisme dans un polar minimaliste et réaliste

Comme toujours chez Villard, on est en plein behaviorisme (code de base du néo-polar : découvrir les personnages non par ce qu'ils disent, mais par ce qu'ils font). Une maîtrise stylistique et politique qui lui permet de passer finement d'un personnage à l'autre, en abordant les réalités les plus âpres sans aucun angélisme ni misérabilisme, donnant ses lettres de poésie au polar minimaliste et réaliste. Comme toujours chez Villard, jazz, blues et rock forment l'inconscient culturel du roman (« Les Blancs jouent le blues. Ils ne le comprennent pas, mais ils le jouent quand même »).

Et avant tout, le rythme. Chez Villard, par exemple, les personnages parlent peu mais efficace. D'autant qu'il n'est pas du genre à invoquer la bonne conscience, ou à hésiter sur le flingage. Ses dialogues sont rythmés comme des échanges de balles, sa langue est la même pour une scène d'amour ou une scène de meurtre. Et à la fin, le rythme monte toujours à la tête et la poésie aux yeux.

« La Guitare de Bo Diddley » est un polar tour à tour burlesque, ironique et fataliste qui trouve le temps, en cent-cinquante pages, d'offrir des portraits qui sont tout simplement de merveilleux riffs. Un livre parfaitement métaphorique de celui qui l'a invoqué. Lisez Marc Villard, vous n'oublierez pas. Ecoutez Bo Diddley, vous n'oublierez jamais.

La Guitare de Bo Diddley de Marc Villard – éd. Rivages / Noir – 2003 – 155p., 6.40€. Si votre libraire ne l'a pas en magasin, commandez-le ! Derniers livres parus : « Entrée du diable à Barbèsville », nouvelles ; « Tohu-Bohu », roman-cadavre exquis écrit avec Jean-Bernard Pouy, tous deux en Rivages/Noir, 2008.

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  • berco
    • Posté à 12h11 le 03/06/2008

    Dans « la guitare de Bo Diddley, on suit la trace de la
    mythique guitare blue Hawai N°1, la Gretsch ayant
    appartenu à Bo Diddley himself. Sauf que sur la
    couverture du livre, la guitare est une Fender de type
    Stratocaster.

    • Gringo
      Gringo answers to berco
      • Posté à 14h04 le 03/06/2008

      Si je ne m'abuse, c'est même une basse.

      edit : Oups, déjà posté plus bas... désolé Mr Low

  • Luc D.
    • Posté à 13h04 le 03/06/2008
    • Internaute

    L'argument rappelle beaucoup « Blues Mississipi Mud » écrit par le talentueux Patrick Raynal illustré par les photos de Patrick Bar (éditions Lamartinière-Gitanes Jazz Productions) 1993.
    Il s'agissait là de suivre les traces de la légendaire guitare (Mississipi Mud) de Robert Johnson.
    Après le blues, le rock, normal.

  • Mr_Low
    Mr_Low
    penseur libre
    • Posté à 13h10 le 03/06/2008
    • Internaute
      penseur libre

    Pour Berco :

    La couverture représente bien une Fender mais ce n'est pas une stratocaster, il s'agit d'une basse, à priori de type Jazzbass. De plus, si l'on vut être « jusqu'au boutiste », Gretsch est une marque appartenant à Fender ... Peu importe le contenant, pour peu que l'on ai l'ivresse de la lecture ...

    • zorglub
      zorglub answers to Mr_Low
      insulaire en exil
      • Posté à 13h41 le 03/06/2008
      • Internaute
        insulaire en exil

      les Gretsch ont des ouies ; -)

      Un pionnier du Blues vient de rejoindre « the dark side of the moon ».

      • cosmicludovic
        cosmicludovic answers to zorglub
        • Posté à 15h10 le 05/06/2008

        Il y a aussi des Gretshs solidbody (à caisse pleine) comme les electromatics réeditées récemment.

  • jcb29arz
    • Posté à 14h32 le 03/06/2008

    « Diddley »... Son pseudonyme lui vient du nom donné à un instrument rudimentaire, constitué d'un morceau de fil de fer accroché à un mur sur lequel on faisait glisser un goulot de bouteille selon la technique du bottleneck, et qui remplaçait la guitare chez les apprentis musiciens noirs des débuts du blues. Cet instrument, le diddle ou diddley est avec le jug (bouteille servant de basse dans laquelle on soufflait) à la base de l'invention des musiques afro-américaines.

    Respect... Bo !

    • zorglub
      zorglub answers to jcb29arz
      insulaire en exil
      • Posté à 15h10 le 03/06/2008
      • Internaute
        insulaire en exil

      sortons les washboard : -)

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