Cabinet de lecture

L'actualité des livres, par Hubert Artus.

Les tribulations d'un « écrivain-voyou »

Publié le 22/05/2007 à 23h18

Il verra la « France d’après » de dehors. Après trois ans de peine déjà effectués, Abdel-Hafed Benotman est sorti de prison, à la surprise de même de ses proches, qui ne prévoyaient pas de sortie avant les semaines à venir. Et ce le jour même où le nouveau locataire de l’Elysée entrait au château.

Cet homme de quarante-sept ans a vu sa vie ponctuée par plusieurs périodes de détention, et s’était très souvent vu attribué des quartiers de haute sécurité pour insubordination. Entre les dernières de ces périodes, il s’était mis à l’écriture (trois ouvrages publiés aux Editions Rivages, de genre plutôt noir), à militer contre les conditions d’incarcération en France (notamment dans la militante publication L’Envolée), et à animer des ateliers (il travaillait parfois pour l’association Dire, Faire contre le racisme, parrainée par Danielle Mitterrand). Mais il avait aussi, à la surprise de certains de ses proches, recommencé les braquages.

Le mercredi 30 juin 2004 avait été un jour noir pour les Editions Rivages, et pour deux auteurs maison : ce jour-là, en début d’après-midi, la Cour d’appel du Tribunal de Paris donnait un avis favorable à l’extradition vers l’Italie de Cesare Battisti (en cavale depuis lors, il a été arrêté au Brésil en mars dernier), et juste après Hafed Benotman comparaissait lui aussi au tribunal. Il avait été récemment arrêté pour quatre braquages.

Le 9 septembre 2003, il s’était présenté à une agence bancaire de la rue de Rivoli, dans le 4ème arrondissement de la capitale, d’où il était sorti bredouille malgré sa sacoche remplie de ce qui ressemblait à des explosifs. Les 22 octobre et 12 décembre 2003, ainsi que le 2 janvier 2004, il avait réitéré l’opération dans trois autres agences bancaires, avec semble-t-il le même mode opératoire. Mais pour un meilleur succès : un total de 22.319 €.

Il avait donc été arrêté et placé en détention en attendant son procès aux Assises. Il avait, un temps, voisiné avec Jean-Marc Rouillan (Action Directe) à Fresnes, il avait réclamé (et obtenu, grâce aux soutiens de ses proches) un ordinateur dans sa cellule afin de pouvoir écrire, et s’était également marié en 2005, en détention.

Le procès s’est tenu le 3 mai dernier. Benotman risquait trente ans de prison pour trois extorsions et une tentative d’extorsion avec arme. Il a été reconnu coupable, et a été condamné à cinq ans d’emprisonnement dont un avec sursis, assortis d’une mise à l’épreuve d’une durée de trois ans ; l’avocat général avait demandé six ans fermes.

Hafed Benotman ayant effectué presque trois ans de préventive, et compte tenu de sa bonne conduite et des remises de peine, il était prévisible qu’il recouvre la liberté dans les mois à venir. C’est venu plus rapidement : il est sorti de prison en fin de journée, mercredi 16 mai. « En me mettant dehors, ils ont voulu se séparer de moi ! “, a-t-il commenté avec humour.

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  • Anonyme

    Cet article, quel intérêt ?

    • Hubert Artus
      Hubert Artus
      Rue89
      • Posté à 11h21 le 23/05/2007
        rédacteur
      • Journaliste 56
        Rue89

      Je comprend votre réaction à cette information sur un auteur, en cette période électorale. Pour autant, son dernier livre, paru en 2003, avait fait un peu de bruit et trouvé beaucoup de lecteurs, comme peu d’auteurs français « de genre » dès leur deuxième livre... J’imagine que ces lecteurs (et -trices), comme tout le monde à présent, lit Rue 89 !

  • Anonyme

    c’est vrai que pour certains (suivez mon regard ;)), la littérature française est morte depuis la chute de Paul-Loup S. dans ses gogues... Dommage !

  • Anonyme

    La littérature française s’appelle Hafed Benotman, de nos jours. J’ai eu sous la main, mal ronéotypée et extraite de cellule, une copie de ses toutes premières nouvelles, en 1995.

    Il est ce que l’on appelle un écrivain, qui est une espèce bien vivante, au fond des caves, derrière des murs bétonnés.

    Je suis bien heureux qu’il soit dehors ; mais lui on ne sait pas : c’est que les taules sont au dedans des gens de l’extérieur, de nos jours...

    cyp
    en ligne et à l’oeil

  • Anonyme

    Pour avoir la chance de connaître Hafed Benotman depuis 2000, je fais partie de ses amis heureux de sa sortie et admiratifs de son talent.
    Un seul conseil, lisez-le ! !
    Chez Rivages
    « Les Forcenés »
    « Eboueur sur échafaud »
    « Les Poteaux de torture »
    Accrochez-vous, ça déménage ! !
    Sophie

  • Raphaël Zacharie de IZARRA
    • Posté à 17h39 le 25/06/2007
    • Internaute 11111

    Un chanteur populaire vient d’être condamné par la Justice pour avoir payé 10 000 euros d’impôts au lieu de 3 millions qu’il devait réellement et risque pour cela 10 mois de prison ferme.

    Ainsi aux fraudeurs fiscaux l’on réserve la prison, laquelle non seulement forme une atteinte à la dignité humaine du condamné à qui l’on reproche des impôts impayés (délit pour le moins relatif), broie certains -et parfois définitivement-, ne règle rien sur le plan financier, mais en plus fait supporter des dépenses supplémentaires à la société ! Chaque jour de prison en effet coûte au contribuable une centaine d’euro par prisonnier.

    Laisser en liberté le fraudeur serait un meilleur calcul pour tous.

    Cela permettrait déjà au fraudeur de s’amender, s’il le peut. La liberté lui est au moins nécessaire afin qu’il puisse s’engager à régler les impayés s’il est solvable. S’il ne l’est pas, la société pourrait lui demander d’effectuer des travaux civiques afin qu’il paye ses dettes sous une autre forme. Les deux parties seraient ainsi gagnantes, au lieu d’être perdantes en optant pour la prison. En faisant le choix de la prison le condamné est perdant, la société est perdante, le FISC est perdant.

    Mais la Justice - allez savoir pourquoi - préfère les pires solutions, destructrices, négatives, inhumaines et parfaitement stupides : l’emprisonnement coûteux, stérile, facteur de ressentiment, de perturbations et dérèglements moraux, mentaux, sociaux. Même si le fraudeur laissé en liberté ne peut pas réparer sa faute, la prison ne règlera de toute manière pas le problème. Elle ne fera que l’empirer. Pourquoi en ce cas ne laisserait-on pas le temps aux fraudeurs de se racheter au lieu de les enfermer ? Les priver de liberté ne contribuera jamais à remplir les caisses du FISC, mais au contraire à les vider encore un peu plus. L’homme y perd, l’économie y perd... Quelle cause sert-on en jetant des mauvais payeurs en prison ?

    Emprisonné, le fraudeur fiscal risque de perdre travail, réputation, belles idées sur la république, sans compter les dégâts psychologiques à long terme.

    Un fraudeur fiscal ne représente pas un danger pour la société. La prison en ce cas me semble être une pure vengeance de la société contre le citoyen mauvais payeur. La coupable incohérence, la parfaite irresponsabilité de la réponse judicaire face au fraudeur fiscal saute aux yeux : on enferme comme de vulgaires assassins les tricheurs fiscaux, avec l’argent du fisc précisément, les prisonniers étant encadrés et entretenus avec l’argent des impôts... Ne serait-il pas plus pédagogique, intelligent, constructif de laisser en liberté le condamné afin qu’il s’en serve pour réparer, du moins essayer de réparer sa faute ? 10 mois de prison ne régleront strictement rien et ne feront que retarder, compliquer, voire rendre définitivement impossibles les remboursements au FISC !

    Les juges parfois sont de sinistres incompétents, de tristes clowns d’une république inique, des petits serviteurs d’un État sans hauteur, de vils rendeurs de justice servant des intérêts qui n’en sont pas.

    Raphaël Zacharie de Izarra

  • Raphaël Zacharie de IZARRA
    • Posté à 17h40 le 25/06/2007
    • Internaute 11111

    Certains juges français (je dis bien certains -donc une minorité- et non pas tous) sont des âmes abjectes, des êtres foncièrement malfaisants. Authentiques pédophiles actifs et infâmes détraqués sexuels oeuvrant en toute impunité dans le secret de leurs demeures huppées et insonorisées, pervers sans nom au-dessus de tout soupçon se livrant sans remords à leurs passions criminelles avec dans la plupart des cas la complicité d’autres notables fortunés et puissants qui profitent de leur statut privilégié pour échapper aux foudres de la société, ces grands magistrats intouchables sont les dernières des crapules.

    Ha ! Si l’on pouvait déchirer le voile de l’hypocrisie sociale, s’il nous était loisible de voir ce qui se trame derrière les apparences les plus honorables !

    Le vice se développe plus souvent chez les mandarins de la société que chez le peuple simple.

    Ce que je dis est une évidence. Il ne reste plus qu’à donner des noms. Personne ne les a mais nous avons tous l’idée de la chose, de sa réalité, aussi rare, exceptionnelle soit-elle. Cela existe et c’est assez pour que cela soit inacceptable. Une seule pomme pourrie sous les ors de la Justice suffit pour décrédibiliser, désacraliser, démystifier toute le reste de la magistrature de notre pays, les membres composant ce corps formant un bloc, une entité républicaine indivisible.

    J’invite donc les esprit libres épris de hauteurs trans-républicaines à cracher sur notre Justice française.

    C’est gratuit, c’est simple, c’est courageux et c’est JUSTE.

    Raphaël Zacharie de Izarra

  • Anonyme

    L’actualité nous montre fréquemment les aberrations de notre système judiciaire, plus particulièrement le manque de dignité, de pénétration, d’humanité de ceux qui exercent la fonction de magistrat.

    Attention, je n’affirme pas que tous les magistrats sont d’odieux imbéciles qui déshonorent la fonction. Il y a dans le corps de la magistrature un nombre important d’hommes pétris d’humanité, authentiquement justes, patients, humbles, consciencieux, soucieux d’autrui, voire magnanimes. Hélas ! Un nombre semble-t-il tout aussi important de juges incapables et vaniteux à l’esprit étriqué instruisent des dossiers graves dans lesquels la liberté d’innocents est mise en jeu...

    La première des choses que l’on est en droit d’exiger de la part d’un juge qui d’une signature peut envoyer un citoyen sous les verrous, c’est qu’il possède de grandes qualités humaines, prenne le temps d’écouter, soit capable de ressentir la souffrance de son prochain. Bref, qu’il fasse preuve d’humilité, de compassion, de scrupule. Or chez un certain nombre de théoriciens de la loi sans hauteur, purs légalistes pressés de monter en grade, les plus basses motivations les ont placés sur leur trône indu : assise sociale, éclat de la fonction, succès dans leur cercle mondain, revanche sur leur destin familial ou leur origine sociale...

    Rien que la vanité ! Sans omettre l’aspect lucratif de leur situation.

    Plus sensibles aux honneurs, à leur avancement, à leur salaire revu à la hausse qu’au sort des citoyens-pantins (parfois sans défense psychologique ou intellectuelle) broyés entre leurs mains, ces bandits sous hermine ont trouvé dans les textes de la loi de quoi se tailler une place en or dans la société.

    Une place dans l’ignominie des gens bien vêtus.

    La gloire et la gloire seule motive ces opportunistes haut placés. Orgueilleux à l’extrême, bêtes, vicieux, ces juges insolents refusent de reconnaître leur erreurs. L’orgueil constituant leur inébranlable pilier, la soif de succès leur plus chère alliée, il leur est intolérable de regarder la vérité en face.

    La vérité qu’ils sont censés faire triompher envers et contre tout, ils préfèrent la couvrir d’un voile de pudeur professionnelle et faire éclater à la place leur révoltante bêtise.

    C’est que leur ascension sociale est incompatible avec la conscience... Ces businessmen du code civil n’ont pas de temps à perdre avec la vérité : l’iniquité est plus efficace et gratifiante pour leur carrière.

    Honte à ces magistrats coupables, mais honte également à notre système faussement égalitaire et en réalité pervers qui permet de placer de tels malfaisants aux sommets d’une institution aussi noble que la Justice !

    Raphaël Zacharie de Izarra

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