California dreamin'

Le regard de la journaliste française Armelle Vincent sur la Californie et le Mexique.

Planquez vos friches : la guérilla du jardinage a commencé

Publié le 26/09/2008 à 11h45


Opération de guérilleros du jardinage de Los Angeles (LA Guerilla Gardening).

(De Los Angeles) Scott se considère comme un guerillero. La nuit, lorsque les forces de police se font plus rares dans les rues, il camoufle son équipement dans le coffre de sa voiture et se dirige vers l'un de ses champs de bataille. Arrivé sur place, il jette des coups d'oeil furtifs autour de lui. Il tient à s'assurer qu'il n'est pas surveillé.

Rassuré par l'absence d'activité humaine, il sort l'arsenal : bêches, râteaux, binettes, arrosoirs. Il lui arrive de retrouver des compagnons de lutte, des frères d'armes qui se livrent comme lui à la délinquance la nuit pour retrouver leurs jobs sans histoires le jour. Scott est fonctionnaire.

Le groupe livre une drôle de guerre. Son activité illicite ? Jardiner, planter des fleurs et des arbustres, des arbres fruitiers et des plantes grasses, bref tout ce qui peut embellir les quartiers que la ville abandonne aux mauvaises herbes et à la sécheresse. Leur mouvement, le Guerrilla Gardening, est né à Londres, puis a gagné Los Angeles, San Francisco, Miami et Berlin.

En gros, ces jardiniers de fortune sillonnent la ville à l'affût de lopins de terre en friches, qu'ils se mettent à cultiver, comme ça, pour rien, sinon pour le plaisir des yeux et pour agrémenter le béton d'un peu de verdure. Leurs actions sont illégales dans la mesure où il n'est pas permis à des personnes privées de cultiver des espaces publics.

« Techniquement, nous vandalisons des terres qui ne nous appartiennent pas. »

Mais même si Scott et ses compagnons ont déjà reçu de multiples amendes, aucun n'a vraiment été poursuivi en justice. Des punitions trop sévères risqueraient d'être impopulaires et de se retourner contre les élus. Surtout que les guerrilleros tendent à sélectionner des plantes natives nécessitant un minimum d'arrosage.

« Techniquement », admet Scott, « nous vandalisons des terres qui ne nous appartiennent pas. » Mais les résidents des quartiers dans lesquels ils opèrent, souvent les plus défavorisés, sont évidemment ravis. Les mauvaises herbes envahissant les trottoirs sont arrachées et remplacées par des fleurs, les îles centrales des larges avenues et boulevards deviennent de petits bijoux de verdure. Et les jardiniers ne se contentent pas de planter. Ils reviennent régulièrement sur les lieux de leurs « crimes » pour arroser et entretenir leurs oeuvres.

Communiquant via Internet, ils se passent des tuyaux et s'entraident dans le plus grand secret. « Scott est le 007 du jardinage », confiait récemment Ramon Arevalo, le paysagiste en chef de la ville de Long Beach au Los Angeles Times. Loin de vouloir sanctionner Scott et ses compères, Ramon rêve de les rencontrer pour les féliciter et leur offrir un café.

Comme n'importe quel agent secret, Scott a des ennemis. Les agaves qu'il a récemment plantés le long de la rivière San Gabriel ont déjà été arrachées. Un vol dont il soupçonne le motif : « Je pense qu'ils ont servi à faire de la téquila », explique-t-il.

Photo : Opération de guérilleros du jardinage de Los Angeles (LA Guerilla Gardening).

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  • ragondine
    ragondine
    du poitou
    • Posté à 12h01 le 26/09/2008
    • Internaute
      du poitou

    Allez, nous aussi on va jardiner les friches de nos banlieues, je suis partante. J'ai tous les plants qu'il me faut dans mon jardin . en avant pour les altéas, les passiflores, roses trémières etc...

  • lesuperdidou
    • Posté à 12h14 le 26/09/2008

    Sous les pavés : l'alpage !

  • antonh
    • Posté à 12h34 le 26/09/2008

    super, encore un peu on va redécouvrir le jardin ouvrier qui faisait vivre la petite famille y'a pas encore si longtemps. on pourrait y ajouter quelques poules et lapins pour la viande et les oeufs...
    espérons que les voisins ne ralerons pas pour le coq qui les réveille la nuit à cause du lampadaire (depuis qu'on entend plusles bagnoles...).
    évidemmment ça pourrait aussi être un truc de bobos qui plantent de jolis fleurs, ne supportent pas les coqs et roulent en 4x4, mais on est pas dans un monde comme ça ! !

  • Weatherboy
    Weatherboy answers to caro
    v2=notes articles en moins...
    • Posté à 15h57 le 26/09/2008
    • Internaute
      v2=notes articles en moins...

    J'allais écrire un commentaire et je tombe sur le tiens avec lequel je partage la même interrogation et le même regard mitigé :

    plus beaux et donc plus acceptables ( ? )

    Après tout ces gens pourraient très bien être, avec une bonne dose de cynisme, financés par un ministère quelconque. C'est un peu comme aller planter des roses à côté d'un SDF, d'aller faire fleurir la Somalie ou de peindre les banlieues en rose bonbon...

    Baudrillard l'avait très bien rappelé à propos des émeutes de 2005, ce sont toujours les signes de ce genre là qui brûlent en premier, tout ce qui essaye de rendre acceptable, une situation qui dans le fond ne l'est pas et ne peut pas l'être.

    « Justement tout ce par quoi on aimerait les intégrer, les materner ! ... “Nique ta mère”, c'est au fond leur slogan. Et plus on tentera de les materner, plus ils niqueront leur mère. »
    Lien

    C'est bien dans la destruction de tous ces signes là que nait la révolte vers un état plus juste, pas dans son acceptation ou l'embellisement de la résignation par un bouquet de fleur.

    Il sera toujours bon d'aller fleurir le monde et de respirer le parfum des roses une fois que ces injustices là seront vraiment enterrées.

  • Tanta Ju
    Tanta Ju answers to Weatherboy
    • Posté à 17h24 le 26/09/2008

    On se materne tres bien tout seuls, merci. La plupart du temps, ce sont les gens qui habitent la qui plantent des fleurs (en tout cas chez moi a Berlin, Neukölln). Et franchement, moi j'aime mieux les fleurs que les megots, bouteilles vides et autres crottes de chien, que les gens ne jettent pas aux endroits qui ont ete fleuris. On laisse meme les nains de jardin tranquilles dans leur coin de verdure.
    C'est pas rendre le beton acceptable, c'est montrer aux passants : j'habite la, j'y fais mon nid et je voudrais bien qu'on le respecte. Et ca marche tres bien, on a meme pas besoin de se cacher la nuit pour jardiner.

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