California dreamin'

Le regard de la journaliste française Armelle Vincent sur la Californie et le Mexique.

Beverly Hills : « Ce sont les riches qui ont le plus perdu »

Armelle Vincent
Journaliste
Publié le 23/12/2008 à 09h53

Les « rich and famous » californiens se font rares dans les boutiques de luxe, dont les ventes ont chuté de 40%.



Jordan Tabach-Bank, PDG de la Berveny Loan Company (Sue Zeidler)

Il fut un temps où s’aventurer dans une boutique de Rodeo Drive, l’avenue la plus chic de Beverly Hills, sans porter une tenue adéquate, c’est-à-dire hors de prix, vous valait des regards méprisants, voire des questions insolentes de vendeuses dédaigneuses, du style : « Vous cherchez ? » Traduction : mais que pouvez-vous bien faire ici, vous qui avez l’air d’une pauvrette (pensez à Julia Roberts dans le film « Pretty woman »).

J’ai fait ça deux fois, à mon arrivée à Los Angeles, la première par curiosité, la deuxième pour confirmer que je n’avais pas rêvé. Après l’humiliation, je n’ai jamais recommencé. Je me suis mise à éviter Rodeo Drive, Beverly Drive, Camden Drive, où de toutes manières, je n’avais rien à faire, à part des interviews de stars de loin en loin dans un palace du coin.

Et puis, ce lundi, j’ai décidé d’y retourner pour voir si la crise avait rendu quelque humilité aux hautaines vendeuses.

Un ami français qui travaille, ou plutôt qui travaillait (il est au chômage depuis six mois) dans l’industrie du luxe à Las Vegas me racontait la semaine dernière que c’est la catastrophe, qu’il n’y a plus que les Chinois ou les Indiens fortunés qui dépensent, que du coup, personne n’embauche.

Il y a encore un an, un type du pedigree de Christophe pouvait passer d’un emploi à l’autre dans l’une des boutiques de Vegas. Aujourd’hui, il contemple un avenir sombre. La maison qu’il a achetée il y a quatre ans a perdu le tiers de sa valeur en quelques mois.

Toujours est-il qu’à défaut de me rendre à Vegas, je suis allée faire un tour à Beverly Hills pour voir si les « rich and famous » se faisaient vraiment rares dans les artères commerçantes.

A 17 heures et à quelques jours de Noël, Rodeo Drive était presque vide. Les énormes chandeliers de cristal suspendus au-dessus des rues faisaient triste mine. Je suis entrée dans les magasins où je n’avais jamais remis les pieds : Chanel, Tiffany, Versace, etc.

Il n’y avait pas un chat. Les vendeuses me poursuivirent immédiatement de leur sollicitude, sourire aux lèvres, mielleuses à souhait. On voit bien qu’elles n’en mènent pas large. Comme me l’a raconté Christophe :

« Chez un grand couturier français que je préfère ne pas nommer, ils ne paient plus qu’à la commission. Il n’y a plus de fixe. J’ai une amie qui travaille dans la boutique de Vegas. Elle ne prend même plus son déjeuner, de peur de perdre une vente. »

Certains vendeurs se tiennent debout sur leur pas de porte et essaient d’attirer le client. Mais le panorama qui s’offre au dehors est plutôt déprimant. En me voyant sortir mon carnet et mon stylo, le manager de Leon’s Fine Jewelry, l’un des bijoutiers les plus prospères de Los Angeles, me dit :

« Ce n’est pas la peine de prendre des notes. Je serai bref. Nos ventes sont en chute de 40%. Les riches sont plus touchés que les autres. Ils ne meurent pas de faim, mais ce sont eux qui ont le plus perdu. Et ils n’ont certainement pas les moyens d’acheter des bijoux. »

Il y en a quand même qui achètent du fromage, ce qui, ici, n’est pas donné. Le Cheese Store de Beverly Drive est plein et en dix minutes, je vois trois clients dépenser plus de 300 dollars en victuailles.

Mais à une centaine de mètres de là, il y en a d’autres qui viennent discrètement échanger leurs trésors contre des prêts sur gages. Niché au 3ème étage d’un immeuble ordinaire, la Beverly Loan Company, une sorte de mont de piété pour nantis, fait en ce moment de sacrées affaires. Comme me le précise son jeune PDG, Jordan Tabach-Bank :

« Si je vous disais qui vient me trouver pour obtenir un prêt, vous seriez complètement choquée. Evidemment, je ne peux divulguer l’identité de mes clients, mais je peux vous dire que ce sont des stars, des producteurs, des réalisateurs, des hommes d’affaires, des avocats connus dont personne ne s’imagine qu’ils ont des problèmes d’argent. »

D’après Jordan, ces clients-là sont pris à la gorge comme tout le monde. Ils viennent déposer des bijoux de prix (il y a un collier d’une valeur de 300 000 dollars) ou des oeuvres d’art (il y a un Picasso) pour payer soit les hypothèques de leurs palaces, soit leurs employés. Jordan ajoute :

« Certains arrivent en vélo dans l’allée et me téléphonent en arrivant pour que ce soit moi qui descende les trouver. Ils ne veulent pas être vus. Imaginez un peu que ça se sache. »

Décidemment, les temps sont durs...

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  • pablico
    pablico répond à mass0
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 12h49 le 23/12/2008
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    ce genre de riches qui perdent tout, ne sont pas des riches professionnels.

    un riche professionnel ne met jamais tous ses œufs dans le même panier..

    signé : un pauvre professionnel.

  • Lemmy_Nothor
    Lemmy_Nothor
    - Gone fishing !
    • Posté à 13h24 le 23/12/2008
    • Internaute 12434
      - Gone fishing !

    J’aurai plus tendance à dire que les riches deviennent encore plus riche en temps de crise. Je parle des riches, pas de ceux qui en donne l’impression. Hollywood, ses acteurs, ses producteurs, les sportifs, et toute la bande de pipole......ne sont que des clowns qui servent a cacher les vrais riches.....ceux qui ne sont pas dans Paris Match. Ceux qui, en ouvrant leur journal le matin, ont déjà gagné l’équivalent des salaires de toute une équipe de football.....avant même de prendre leur douche. Même pas rasé.

    Toutes ces industries qui se plantent, seront rachetées, à dix pour cent de leur valeur, et encore. Regardez Buffet.....il arrete pas d’investir en ce moment....il rachète tout ce qu’il peut, pour des queues de cerises. A long terme, il decuplera ses avoirs.

    Pour Noel, invitez Tom Cruise pour couper la buche

  • skalpa
    skalpa
    actif et militant ?
    • Posté à 14h15 le 23/12/2008
    • Internaute 7181
      actif et militant ?

    Pauvres riches !

    Un riche qui perd beaucoup perdra toujours moins qu’un pauvre qui perd peu !

    Lien

  • Antonin Sabot
    Antonin Sabot
    Journaliste
    • Posté à 16h22 le 23/12/2008
    • Journaliste 13678
      Journaliste

    Putain c’est la merde !
    Pourquoi tu dis ça ?
    Chez moi c’est la misère 8
    Ah ouais t’as trop raison,
    Allez reprends du champagne man, d’toute façon c’week-end on s’barre sur la côte...

    Lienenvoyé par Lien

  • Servais-Jean
    Servais-Jean répond à sefero49
    43
    • Posté à 16h53 le 23/12/2008
    • Internaute 4591
      43

    Ben oui, quand les riches maigrissent les pauvres crèvent de faim.
    (proverbe kowetty)

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