California dreamin'

Le regard de la journaliste française Armelle Vincent sur la Californie et le Mexique.

Ma banque s'enrichit en m'incitant à vivre à crédit

Publié le 20/12/2009 à 06h08


Devant Westpac à Sydney le 6 mai (Daniel Munoz / Reuters)

J'ai récemment changé de carte de crédit. Le taux d'intérêt de la précédente était passé de 12,3% à 29% sans aucun préavis. Ma nouvelle carte ne m'accorde que la moitié du crédit de la précédente, mais c'est précisément ce que je voulais.

Par les temps qui courent, moins on a de dettes, mieux on se porte. Je supposais que je ne serais pas autorisée à dépasser ma ligne de crédit. Jusqu'à présent, il ne m'était jamais arrivé de le faire. Sinon, j'ai toujours payé ma facture à l'heure et respecté les modalités de la banque.

Une amende de 39 dollars pour un dépassement de 10 dollars

Quelle n'a donc pas été ma surprise, la semaine dernière, de constater que Chase, la compagnie de crédit, me facturait une « amende » de 39 dollars pour avoir dépassé ma limite de seulement 10 dollars ! Coup de fil pour leur demander des comptes : pourquoi m'avoir autorisée à dépenser au-delà d'une limite qu'ils m'ont eux-mêmes fixée ? Je connaissais bien-sûr déjà la réponse : pour mieux m'exploiter ensuite.

Il y a un an, une aventure similaire m'est arrivée avec ma banque. En ouvrant mon compte, je leur avais demandé de m'interdire les découverts. Pour être sûre de ne pas vivre au-dessus de mes moyens, vu que je ne suis pas la meilleure comptable. Ma banque n'en a rien fait. Elle m'a laissé tirer de l'argent au distributeur et payer des additions. Jusqu'à ce que je constate qu'elle m'avait facturé 39 dollars d'amende pour chaque transaction.

Virée chez mon banquier : je demande pourquoi il n'a pas respecté mon souhait de ne pas m'autoriser de découvert.

- Parce que c'est notre politique, me répond-il.
- Mais enfin, puis-je l'empêcher ?
- Non.

Les banques prennent leurs clients en otage

La banque ne va évidemment pas se priver de vous prendre de l'argent à chaque fois qu'elle le peut. Chaque jour, des millions d'Américains se font arnaquer par leurs banques ou compagnies de crédit. Libres de changer les règles du jeu, c'est-à-dire d'augmenter les taux d'intérêt, même rétroactivement, ainsi que le montant et la nature des amendes, elles ont pris leurs clients en otage, leur maintenant la tête sous l'eau à l'heure où ils sont parfois abattus par la perte d'un emploi ou d'une maison.

Excédée par les manoeuvres de ma banque, j'ai fait quelques recherches et je suis tombée sur un excellent documentaire de l'émission d'information « Frontline » de la chaîne PBS. Voici ce que j'ai appris : les consommateurs américains utilisent leurs cartes de crédit au rythme de 100 000 transactions par minute. Le montant de leur dette s'élève à 1 trillion de dollars.

A l'origine de cet endettement, on trouve une institution financière, Providian Financial et son ex-PDG Shailesh Mehta. Il y a trente ans, Providian a révolutionné le marché du crédit en le mettant à la portée de tous, et surtout des plus insolvables. L'objectif : recruter de 30 à 40 millions de bougres qui n'avaient jamais auparavant eu accès au crédit, se contentant par la force des choses, de vivre selon leurs moyens.

« Des gens qui seraient incapables de payer la totalité du solde mensuel, resteraient donc endettés et continueraient ainsi à payer des intérêts. L'objectif étant qu'ils nous soient redevables à perpétuité », admet Shailesh Mehta.

Les pauvres sont les victimes du système

Peu à peu, les consommateurs se sont enfoncés dans les dettes. Ils se sont mis à refinancer leurs emprunts immobiliers pour payer les dettes galopantes de leurs cartes de crédit.

Ce système pervers a engendré une injustice criante : les plus riches paient le moins puisqu'ils sont à même de régler leur solde mensuel tandis que les plus vulnérables paient le plus.

Alors que des millions d'Américains luttent pour survivre, les compagnies de cartes de crédit continuent de jouir d'une entière liberté pour déterminer les taux d'intérêt et amendes sans aucune limite. Une loi régissant leurs pratiques a bien été signée par Obama en mai dernier, mais elle ne doit prendre effet qu'en janvier prochain.

En attendant, les compagnies de cartes de crédit ont profité des huit mois de liberté écoulés pour faire payer les consommateurs à l'avance en leur imposant des augmentations vertigineuses de taux d'intérêt, souvent rétroactivement.

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  • ricasse
    ricasse answers to spouny_boy
    Etudiant
    • Posté à 20h29 le 20/12/2009
    • Internaute
      Etudiant

    Une raison pour laquelle les americains sont quasiment obligés de vivre avec une carte de crédit est que lorsqu'ils font un emprunt (un vrai, pour une maison par exemple), qu'ils cherchent un appartement, qu'ils achètent un téléphone portable, et dans probablement bien d'autres cas, la société avec laquelles ils signent un contrat (la banque, la compagnie de téléphone ou les propriétaires de l'appartement) vont regarder leur « credit score ». Celui-ci est basé en grande partie sur la façon dont ils ont remboursé leur carte de crédit (pas de débit). Si ils n'ont jamais eu de carte de crédit, et même si ils n'ont jamais eu d'accidents bancaires et qu'ils ont un bon boulot, ils n'auront pas d'emprunts (ou bien à des taux plus forts), ils seront obligé de laisser des cautions très importantes lorsqu'ils signent un contrat de téléphone portable ou d'adsl, trouver un logement sera plus difficile...

  • berengere1981
    berengere1981
    Riveraine
    • Posté à 21h20 le 20/12/2009
    • Internaute
      Riveraine

    Petit commentaire d'une conseillère bancaire..

    Comme notre fonction l'indique nous sommes conseillers, c'est à dire là pour guider nos clients dans leurs choix bancaires et financiers, et non pas leurs parents.

    Ce n'est pas à nous de réfléchir et de gérer le budget du client mais bel et bien à lui.

    Je suis toujours éberluée quand un client se plaint que je l'ai laissé etre à découvert.

    Naïvement je pensais qu'il valait mieux être à découvert que de voir rejeter des chèques qui vous ficheront à la banque de France ou avoir sa carte bleue bloquée.

    Chacun se doit d'être responsable et si bien sur les banques, et surtout les maisons de crédit, sont parfois coupables de preter cher et mal on ne peut leur reprocher de ne pas etre les comptables de leurs clients.

    A tous ceux qui crient avec l'auteur contre les méchants banquiers auraient crié de même si l'auteur s'était retrouvée au supermarché sans pouvoir payer ses courses pour cause de CB bloquée ou fichée pour 5 ans pour rejet de cheque.

    Nul n'a jamais dis que les banques étaient des services publiques. Il s'agit de commerces, comme d'autre, qui sont là pour faire des bénéfices, mais pas forcement de manière sale et irrespectueuse des intérêts des clients.

    On ne peut pas reprocher tout et son contraire aux banquiers : on prête trop et on surendette les gens, on restreint le crédit et on fragilise l'économie, on bloque la CB d'un client et on nous accuse de l'empêcher de nourrir sa famille, on le laisse faire et la aussi on le met en situation difficile.

    La solution est toute trouvée pour ceux qui ne savent pas gerer leurs budgets : il faut demander une carte à interrogation de solde type moa ou maestro... mais celle là en général les clients la refusent car elle ne marche pas partout......

    Seul point d'accord avec l'auteur : en effet les frais prélévés sont souvent abusifs et fragilisent un client déjà en situation difficile. Je suis tout à fait d'accord avec ce fait et malgré une réglemention qui a encadré les frais bancaires des efforts restent encore à faire

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