Canons de beauté

Canons de beauté est un vidéo-blog. Parce que la vidéo est mon mode d’expression privilégié et parce qu’elle me paraît être le medium idéal pour révéler les gestes esthétiques et mettre en lumière des beautés différentes.

Je proposerai des portraits de personnes dont l’activité, les préoccupations, la culture sont liées aux questions de l’apparence.

La quête de beauté à l'extrême vue par deux photographes

Stéphanie Haski
Réalisatrice
Publié le 17/01/2010 à 14h42

En beauté, il est de plus en plus souvent question du corps et de son modelage : comment le faire mincir ici, gonfler là, comment rajeunir, comment s’approcher au plus près de canons de beauté qui ne nous correspondent pas naturellement ?

Modelages rendus possibles et accessibles par l’évolution des technologies en esthétique ou en médecine plastique, et par l’étendue des offres proposées.

Ces offres sont partout : sur Internet, on m’aide à mincir ; à la télé, on me vante les mérites de telle crème anti-âge ; même ma dermatologue me propose l’épilation définitive ou le dernier traitement radical contre les rides d’expression.

Une telle offre est nécessairement le reflet d’une forte demande. Pourquoi un tel besoin ? Où s’arrêter dans sa quête de la beauté ? Qui devient-on lorsque l’on se jette à corps perdu dans ce qui, finalement, va à l’encontre de sa (la) nature ?

Quand la quête de la beauté devient monstrueuse, ridicule ou pathétique


Je me suis posée ces questions devant les photographies de Zed Nelson. Elles ont été diffusées le mois dernier dans un dossier du Monde Magazine intitulé « La beauté à tout prix ». On pouvait y voir notamment la photo d’une jeune candidate à un concours de beauté texan.

Zed Nelson a sans doute raison quand il se demande qui pourrait dire qu’il ne souhaite pas être attirant. Et que pour être attirant, il faut répondre à des normes.

Il n’empêche : certaines des photographies de sa série « Love Me » (« Aimez-moi ») présentent des personnes ayant poussé leur quête de la beauté à la limite du monstrueux, du ridicule ou du pathétique.

Le corps comme support identitaire féminin

Dans un autre genre, mais parfois tout aussi violent, la photographe Lauren Greenfield s’est également intéressée aux questions du rapport au corps et à l’apparence.

Avec sa série « Girl Culture » notamment, elle se penche sur les adolescentes américaines et leurs liens complexe avec le physique : le désir de paraître femme très tôt, les problèmes liés à la nourriture et au poids, le besoin de ressembler au groupe ou a ses idoles....

Dans cette vidéo de 2006 à l’occasion de la sortie de son travail (en anglais, hélas), Lauren Greenfield explique qu’elle a travaillé pendant six ans sur ce projet « Girl culture », parce que le corps est devenu, selon elle, le premier « lieu » d’expression de leur identité pour les jeunes filles et les femmes. (Voir la vidéo)

On le voit, elle s’interroge aussi sur les symboles de la féminité moderne en plongeant dans sa mémoire d’adolescente et de jeune femme, et, dit-elle, « en suivant son coeur ».

Elle s’intéresse particulièrement aux enfants qui, explique-t-elle, « expriment de manière très claire la culture qu’ils absorbent autour d’eux » -une idée que les images qu’elle prend reflète très bien.

Addendum le 17/1 à 21h53. RomainBR a eu la gentillesse de traduire les propos tenus par Lauren Greenfield dans cette vidéo :

« Depuis six ans, je travaille sur ce projet “ Girl Culture ”. Le but du projet était de voir comment le corps est devenue l’expression primaire de l’identité pour les filles et les femmes et la nature exhibitionniste de la féminité moderne.

Le projet était inspiré par mes propres souvenirs en tant qu’adolescente et en tant que femme dans la vie quotidienne. J’ai juste suivi mon coeur, et en quelque sorte suivi quelques idées sur ce qu’est devenue la culture féminine.

Une grosse partie de ce qui est dans “ Girl Culture ” est ce qu’il y a a autour de nous chaque jour. Et ce que j’ai essayé de faire, c’est selectionner des moments, des situations qui expriment ce qu’est cette culture.

Une chose extraordinaire lorque l’on photographie des enfants est cette façon sincère et directe d’exprimer les valeurs de cette culture dans laquelle ils sont absorbés. Les adultes aussi sont influencés mais bien moins que les enfants.

Regardez les filles populaires dans le Minnesota et toute la hiérarchie sociale qu’il y a en classe de cinquième. Vous savez, mêmes les filles populaires ont peur d’être moqués et il y a cette sorte de competition et rivalité et rumeurs parmis les filles, ce qui est en quelque sorte le côté sombre d’être une fille.

J’ai photographié une clinique traitant l’anorexie en Floride. Erin monte sur la balance à l’envers car elle ne pouvait pas supporter le chiffre car elle prenait du poids. En gros, si vous vous trouvez en dehors des normes de beautés dans cette culture, vous êtes un paria.

Finalement, j’ai le sentiment d’avoir communiqué avec les femmes en quelque sorte d’une manière universelle. Il y’a tellement une étendue d’enfance et de femmes dans le livre et il y’a tellement d’expériences diverses. C’est quelque chose que je crois presque toute les filles ou femmes peuvent se rapporter. »

Aller plus loin
  • 62555 visites
  • 101 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • alaixih
    • Posté à 15h08 le 17/01/2010
    • Internaute 19775

    Une telle offre n’est pas le reflet d’une demande.
    C’est tout simplement une source de revenus conséquente.
    Donc on propose. On propose jusqu’à faire croire aux gens par intériorisation que c’est vrai et qu’on a vraiment besoin d’une chirurgie.

  • alaixih
    • Posté à 15h11 le 17/01/2010
    • Internaute 19775

    Je me rappelle encore avec émotion d’une vieille dame avec des rides dans un foyer pour vieux.
    Elle était très belle. Elle avait des rides. C’est aussi ce qui faisait sa beauté. Il ne faut pas croire qu’être vieux c’est être laid. C’est pourtant ce qu’on nous fait croire.
    Au delà de 20 ans il est difficile de ressembler à une fille de 16 ans... C’est pourtant le modèle qu’on impose aux femmes. La beauté juvénile et « chirurgicalisée » standardisée, photoshopisée. C’est pour cela qu’il y a des complexes et des opérations.

  • bromius
    • Posté à 15h33 le 17/01/2010
    • Internaute 19043

    Le travail sur les apparences est inséparable de la socialisation. Même l’intellectuel prétendument affranchi de la dictature des apparences travaille soigneusement ce domaine : on lui demande à lui aussi de renvoyer un grand nombre de signes qui passent par le corps, ses postures, son attitude, la voix et la façon de parler, le vêtement, etc. Ce travail peut d’ailleurs être un travail d’élagage (pas de maquillage outrancier, pas de T-shirts avec inscriptions commerciales, etc.).

    J’ai donc toujours du mal avec les études ou les reportages qui stigmatisent les cultures populaires du corps en insistant à dessein sur les cas pathologiques au lieu de s’interroger sur la signification sociale de ces pratiques. Si la jeune femme américaine des milieux populaires est à ce point incitée à investir son corps, c’est sans doute sous le poids de représentations collectives qui, certes, ne tiennent généralement pas toutes leurs promesses. Mais c’est sans doute aussi parce que le capital esthétique féminin offre de réelles opportunités : socialisation émotionnelle et matrimoniale, voire insertion professionnelle.

    Avant de porter un jugement moral (en interdisant certaines pratiques individuelles ou collectives : c’est la solution puritaine), il faut réfléchir aux alternatives. Or, la société (dans son ensemble) n’est souvent pas en mesure de proposer mieux.

  • Chev
    Chev
    traduttore onde traditore
    • Posté à 15h40 le 17/01/2010
    • Internaute 69977
      traduttore onde traditore

    Effrayant en effet … Dans un registre pas si éloigné :

    « Nous nous moquerons de bon coeur d’une vieille femme au visage peint. Cela est comique. Mais nous ne pourrons plus rire de cette même femme si l’on apprend qu’elle se maquille ainsi parce qu’elle craint plus que tout la vieillesse et la mort ».

    Robert Antelme, à propos de « l’humorisme » propre à Luigi Pirandello (1867-1936).
    Donc, une fois encore, ces maux n’ont rien de nouveau. Ils ont en revanche pris une proportion énorme à l’heure des cultes du corps, du visage et de l’apparence en général, quelle que soit la sphère dans laquelle on évolue.
    D’autres études ont prouvé que des candidats corpulents avaient moins de chance lors d’un entretien que leurs homologues à la silhouette élancée, à CV égal (je n’ai pas les références sous la main), sans parler des origines et autres facteurs « visibles » de discrimination.

    Il ne nous resterait qu’à en rire, si toutefois ce même « humorisme » n’était, toujours selon R. Antelme, « l’explication possible des causes du comique qui empêche le rire ».

    Bon dimanche,
    Pierre

  • Hélène Crié-Wiesner
    • Posté à 16h21 le 17/01/2010
    • Internaute 57
      Binationale

    Les photos de Zed Nelson sont saisissantes ! Voyez spécialement le n°16 sur son site : une femme sans doute très âgée, si l’on regarde ses mains et ses poignets, que son look de lolita rend effrayante.

    Des comme elle, on en rencontre souvent aux Etats-Unis (et sans doute ailleurs, mais je n’y vis pas), et ça me flanque une sacrée trouille. Non pas que j’ai peur des monstres, mais j’ai peur de cette société qui culpabilise les femmes (et de plus en plus les hommes) de ne pas « s’occuper d’elles » si elles ne cèdent pas au remodelage minimum, désormais considéré comme une politesse pour les autres. En gros, si vous vous « laissez aller » physiquement, c’est que vous êtes plouc.

    Avant, il s’agissait juste de soigner ses cheveux, de les colorer quand ils grisonnaient, éventuellement de faire de la gym pour ne pas s’avachir, de soigner ses ongles... A présent, blanchir ses dents est un minimum en prenant de l’âge, et botoxer ses premières rides aussi. Faute de quoi, les autres vous regardent avec pitié comme si vous étiez la concierge de l’immeuble. Ces photos sont le reflet d’une société dictatoriale, dans laquelle il faut être sacrément costaud pour vivre heureux sans capituler.

  • Artemisia.G
    Artemisia.G
    Lulucarabine
    • Posté à 17h00 le 17/01/2010
    • Internaute 39119
      Lulucarabine

    A ce sujet il faut voir le savoureux « Little Miss Sunshine » de Jonathan Dayton qui montre l’univers des concours de beauté pour petites filles aux Etats-Unis de manière à la fois hilarante et critique, révélant le côté effrayant de ce formatage des enfants, transformées en poupées barbie.

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.