Canons de beauté

Canons de beauté est un vidéo-blog. Parce que la vidéo est mon mode d’expression privilégié et parce qu’elle me paraît être le medium idéal pour révéler les gestes esthétiques et mettre en lumière des beautés différentes.

Je proposerai des portraits de personnes dont l’activité, les préoccupations, la culture sont liées aux questions de l’apparence.

Coiffer, masser... et soulager : la beauté au service de la santé

Stéphanie Haski
Réalisatrice
Publié le 01/06/2010 à 11h57

Pascale a installé tous ses produits de beauté sur une petite table : crèmes hydratantes, lingettes nettoyantes, lime à ongle, maquillage. Elle va chercher Catherine qui attend patiemment dans une salle à côté.

« Que souhaitez-vous que l’on fasse aujourd’hui ? » Catherine est un peu tendue, elle aimerait un massage du visage et de la nuque.

Pascale et elle commencent à bien se connaître. Elles discutent des petits-enfants de Catherine qui semble si jeune pour être déjà grand-mère. Pascale note un changement dans sa coiffure : la frange a-t-elle été coupée ? Non, c’est la perruque qui a été ajustée.

Nous sommes à l’hôpital Claude Galien de Quincy-sous-Sénart (Essonne), au service oncologie où Catherine vient une fois toutes les trois semaines pour sa chimiothérapie.

Son cuir chevelu était douloureux et ses cheveux commençaient à tomber, il était préférable qu’elle les fasse raser. En prévision de ce moment, Pascale a conseillé Catherine sur le style de perruque qu’il valait mieux qu’elle achète : proche de son ancienne coupe et de sa couleur de cheveux, pour que le changement ne soit pas trop brutal.

Pascale est socio-esthéticienne.

« Les personnes se sentent mutilées »

Les socio-esthéticiennes travaillent autour du rôle de l’apparence, avec l’idée que celle-ci participe au bien-être et à l’insertion sociale. Elles aident les personnes en souffrance à se réconcilier avec leur image et à se rapproprier leur corps.

Les socio-esthéticiennes exercent aussi bien en milieu carcéral que dans les centres sociaux ou les maisons de retraites.

Pascale, elle, a donc choisi de travailler en oncologie. Elle est employée par l’association Essononco, réseau de cancérologie en Essonne qui s’est développé grâce au Plan cancer lancé par Chirac en 2003. Le plan, qui visait entre autres à « assurer aux patients un accompagnement global de la personne », a favorisé le développement de ce type de réseaux et des soins de support, dont la socio-esthétique.

Pascale navigue entre cinq hôpitaux différents -un par jour- et suit des personnes en chimiothérapie, en hospitalisation ou en soins palliatifs.

Le cancer est une maladie qui, en plus d’être grave et effrayante, abîme l’image corporelle. Elle abîme visiblement : avec l’alopécie, les cicatrices, les ablations, les gonflements ou au contraire l’amaigrissement. Et intérieurement : par la fatigue, l’impression d’un corps disloqué, la dépression. (Voir la vidéo)

A l’annonce de la maladie, les patients sont informés qu’une socio-esthéticienne est à leur service s’ils le souhaitent. Pascale va aussi d’elle-même à la rencontre des nouveaux patients. Elle sait que ce métier est encore mal connu, et elle sait également que beaucoup de personnes sont réticentes aux soins esthétiques. Les hommes, d’abord, qui associent souvent esthétique à féminité.

Mais Pascale affirme aussi que peu sont les personnes qui accordent de l’importance au simple fait de prendre soin de soi. Parce que cela coûte cher ou que le rythme de vie ne le permet pas.

Le rôle de la socio-esthéticienne : le soin et l’écoute

Les séances avec la socio-esthéticienne sont gratuites. Les soins et le temps qu’elle propose varient en fonction des besoins. Détente avec des massages ou de la relaxation, esthétique avec des conseils en maquillage « bonne mine » ou en prothèse capillaire.

Pascale peut également passer une heure avec un patient à simplement l’écouter. Si son rôle est de donner envie aux patients de prendre soin d’eux, il est aussi de faire oublier, le temps d’une séance, traitements et maladie.

Elle est la bouffée d’air des patients tout autant que de l’équipe soignante. Le bien-être des uns influe directement sur le travail des autres.

Parfois, ce sont les infirmières ou les médecins qui font appel à la socio-esthéticienne : parce qu’un patient réagit particulièrement mal à la chimiothérapie ou parce qu’il y a une mauvaise nouvelle à annoncer.

J’ai exclusivement assisté au travail de Pascale en hôpital de jour, auprès de personnes en chimiothérapie. J’ai été très impressionnée par l’effet immédiat qui se lisait sur leur visage après un soin : détendu et souriant. Ces sourires et ce soulagement : elle ne l’exprime pas ainsi, mais c’est ce qui rend Pascale fière et qui l’encourage à continuer.

Aller plus loin
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  • simacker
    simacker
    Enseignant
    • Posté à 12h14 le 01/06/2010
    • Expert 110642
      Enseignant

    Bravo !
    Vive l’hôpital public !

    • fonctionnaire_qui_travaille
      fonctionnaire_qui_travaille répond à simacker
      et immigrée de surcroit !
      • Posté à 21h28 le 01/06/2010
      • Internaute 97867
        et immigrée de surcroit !

      non, non, l’hôpital public n’a pas les moyens de payer ce genre de service, il s’agit d’une clinique privée, mais les services de la socio-esthéticienne sont financés par une association (essonnonco) et non par les médecins privés (à 60 euros la consult ! !)

      • Stéphanie Haski
        • Posté à 11h01 le 02/06/2010
        • Internaute 7046
          Réalisatrice

        Si, il y a des socio-esthéticienne dans le public aussi, mais vous n’avez pas complètement tort, les problèmes de budget n’aident pas à généraliser cette pratique à l’hôpital.

  • Gloria47
    Gloria47
    étudiante
    • Posté à 12h14 le 01/06/2010
    • Internaute 115977
      étudiante

    Je suis agréablement surprise après la lecture de cet article !
    Je ne connaissais pas l’existence de ce métier et c’est réellement une bonne initiative ! Les personnes souffrant de maladies graves doivent non seulement subir cette maladie mais en plus les conséquences qu’elles entrainent...et la dégradation physique des malades est souvent spectaculaire et source de biens des maux pour ceux qui en sont victimes...Je pense notamment aux victimes du cancer du sein, qui doivent parfois subir une ablation d’un sein...Ces femmes mutilées ne se sentent plus « femme », comme les hommes après une ablation des testicules ne se sentent plus « homme »...Toutes ces conséquences physiques sont très dures à vivre, et il est bon de savoir que des personnes sont là pour les aider dans cette épreuve.

    • Atalante
      Atalante répond à Gloria47
      Illusionnée
      • Posté à 16h09 le 01/06/2010
      • Internaute 24533
        Illusionnée

      Ma mère a subit une ablation du sein suite à un cancer et a eu la chance de bénéficier de ce service, directement dans sa chambre d’hôpital. Elle était trés heureuse de pouvoir parler sans tabou avec la socio-esthéticienne qui venait lui rendre visite de tous ces petits détails qui plombent le teint et le moral quand on souffre de cette maladie et que les proches ne savent pas toujours comment aborder.
      La famille, les amis sont démunis face à cette souffrance psychologique et on essaie souvent de « remonter le moral » en paraissant faussement enjoué alors que le/la malade a besoin de vraies réponses, que la famille ne sait pas apporter, comme par exemple : comment installer confortablement une perruque, comment se maquiller pour atténuer l’effet « masque » dû à la chimio, comment se sentir belle avec un sein en moins...

      Cete aide extérieure, ni médecin, ni psychologue, fait entrer une bouffée d’air frais dans la vie du malade, lui redonne confiance, assurance et dignité, quand les médecins (et c’est leur rôle) se concentrent sur les soins médicaux en oubliant parfois qu’il y a une personne derrière le patient, qui n’ose plus se regarder, s’apprêter, de peur d’être ridicule, de peur de ne pas savoir ou simplement à force de se voir renvoyer l’image du malade en pyjama avec une mauvaise mine, comme si c’était indécent de vouloir continuer à être jolie pendant sa chimio.

      J’ai juste envie de dire merci à ces femmes qui côtoient chaque jour la maladie, la souffrance, la mort parfois, et qui pourtant savent voir la personne au delà du malade et lui apprendre à se réapproprier son corps dans la joie et la bonne humeur.

  • achille 4d
    achille 4d
    Basta la Muerte
    • Posté à 13h45 le 01/06/2010
    • Internaute 114415
      Basta la Muerte

    Donner de son temps et de l’Amour , allié la parole et le geste : SUPERBE , chapeau bas à ces Femmes ;
    et en plus, elles sont bénévoles , et tout ça près de CHEZ NOUS.

    Malgré les épreuves ,et les chocs , certaines personnes nous rappellent que nous sommes que des mammifères doués de paroles et d’émotion , et d’un peu de conscience aussi .

    Des exemples pour les intellos et pseudos intellos de services .

    • Stéphanie Haski
      Stéphanie Haski répond à achille 4d
      Réalisatrice
      • Posté à 15h25 le 01/06/2010
      • Internaute 7046
        Réalisatrice

      Il y a confusions : elles ne sont pas bénévoles ! C’est leur métier. par contre ces soins sont gratuits pour les patients.

  • boboland
    boboland
    ex-o'placard
    • Posté à 13h55 le 01/06/2010
    • Internaute 104841
      ex-o'placard

    Trés bien !
    Par contre, j’ai été surpris d’appendre que dans certains grands hopitaux privés mais (je crois) chargés d’un service public ( IPC de M..) il y avait un supplément de 1000 euros pour réfection de sein aprés ablation pour cancer. C’est de la chirurgie réparatrice et non esthétique. C’est complétement remboursé par la Sécu. Pourquoi ces établissements prennent ils 1000 en plus ?

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 15h11 le 01/06/2010
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Les socio-esthéticiennes exercent aussi bien en milieu carcéral
    Histoire de se faire beau avant de ramasser le savon ? : D

    Quand on voit les tonnes de frics que les gens claquent dans les soins esthétiques pour se sentir bien dans leur peau, il n’est pas bien difficile de comprendre l’intérêt que cela peut avoir quand en plus on en chie avec un cancer.
    En plus si on s’en sort et qu’en convalescence on renoue avec le reste du monde, avoir meilleure mine même artificiellement permet de limiter les phrases à deux balles et la compassion hypocrite.

    • achille 4d
      achille 4d répond à Keldan
      Basta la Muerte
      • Posté à 12h08 le 02/06/2010
      • Internaute 114415
        Basta la Muerte

      En plus si on s’en sort et qu’en convalescence on renoue avec le reste du monde, avoir meilleure mine même artificiellement permet de limiter les phrases à deux balles et la compassion hypocrite.

      Du Genre ? ?

      La compassion comme tu dis , se fait pendant les soins ,pas après .

      • Keldan
        Keldan répond à achille 4d
        Now future & karpe diem
        • Posté à 14h03 le 02/06/2010
        • Internaute 5164
          Now future & karpe diem

        Du genre les phrases à la con que sorte la plupart des gens quand ils apprennent qu’une personne a ou avait une maladie grave.
        La plus célèbre étant certainement « je suis vraiment désolé » comme si le mec en était responsable et comptait faire quoi que ce soit pour remédier à cette situation.
        Mais ma préféré étant surement « T’as un cancer ? Je comprends, mon caniche aussi en est mort... » (celle-ci est rangée juste à côté de « t’es marocain ? ah ouais j’adore le couscous ! » : D)

        Utiliser le terme compassion pour désigner cela le dénature certainement de son sens premier, mais c’était plus court que d’écrire « la fausse pitié pour se donner bonne conscience » : D

  • A déménagé le 16-01-2012 3
    • Posté à 15h21 le 01/06/2010
    • Internaute 110430
      nc

    Cela ne devrait pas être réservé aux personnes en fin de vie mais étendu aux personnes âgées et souffrant de pathologies type alzheimer. Le toucher, l’écoute leur apporte beaucoup.
    Malheureusement ce n’est pas en grignotant sur l’aide à domicile comme l’a fait le gouvernement en se désengageant du financement de l’APA que nous pourrons continuer à faire notre métier dignement :

    de moins en moins formées

    de plus en plus sollicitées par nos associations pour des dossiers ménage et non plus pour de l’accompagnement

    des assos gérées par des bénévoles in-ca-pables et inconscients de la réalité de la profession et de sa dimension humaine (et là je pèse mes mots et j’accuse directement l’ADMR, je sais de quoi je parle)

    pas reconnues socialement mais heureusement par les personnes que nous accompagnons, oui !

    il nous reste encore des dossiers où nous avons le temps d’apporter ces petits « luxes » (coiffer, masser, mitonner des petits plats élaborés) mais sur les nouveaux dossiers ça devient hard...

    je vais vous donner le mot clé : ça ne RAPPORTE rien ! ! ! !

    • Stéphanie Haski
      • Posté à 15h30 le 01/06/2010
      • Internaute 7046
        Réalisatrice

      Là où travaille Pascale, c’est un service qui n’est pas réservé aux personnes en fin de vie ! de même que la socio-esthétique n’est pas réservée qu’aux seules personnes atteinte du cancer.

      • A déménagé le 16-01-2012 3
        • Posté à 17h55 le 01/06/2010
        • Internaute 110430
          nc

        Je me corrige donc : cela devrait être possible et facilité pour toute personne en grave souffrance mais merci de préciser car effectivement, beaucoup de cancers se guérissent actuellement...

  • mish
    mish
    ça va, merci
    • Posté à 15h39 le 01/06/2010
    • Internaute 38002
      ça va, merci

    Les socio esthéticiennes existent aussi à l’hôpital psy depuis pas mal de temps et permettent aux patients de se renarcissiser et aussi pour certains patients psychotiques de ressentir et reconnaitre les limites de leur corps.

  • Nitroglobus
    • Posté à 20h55 le 01/06/2010
    • Internaute 949

    Merci pour cet article qui met en valeur ce « soin gratuit », dans le sens où il n’est pas considéré comme indispensable au traitement médical. Certes les mutilations dues à la maladie sont toujours difficiles à accepter. Les soignants en sont particulièrement conscients. Sans doute parce qu’ils doivent tout de même exercer leur métier et suivre des protocoles qui peuvent être douloureux ou mutilants, ils cherchent à se protéger en évitant la confrontation directe avec cette souffrance. Il est difficile de les blâmer pour cela car cette attitude aident certains malades à accepter les traitements, surtout lorsqu’ils sont lourds.
    Cette attention dispensée en marge des soins thérapeutiques est à mettre en rapport non pas seulement avec les souffrances de la maladie, mais avec les conséquences néfastes de ces rapports dépourvus d’empathie entre soignants et patients. L’exemple des soins esthétiques dispensés aux patientes atteintes de cancer est frappant. D’autant plus que les métiers de santé doivent faire face à des réductions budgétaires catastrophiques. Devinez qui, à part les patientes, seront les premières à faire les frais de ces serrages de vis...

  • A déménagé le 6-2
    • Posté à 20h56 le 01/06/2010
    • Internaute 24833

    ça coute cher tout ça ! ! faut ferdézéconomie qu’il a dit le gouverne-ment ! ! allez zou, virez moi toutes ces zozoesthéticiennes qui servent à rien à part ogmentéledéficit

    signé : le gouvernement UMP

    • emma94
      emma94 répond à A déménagé le 6-2
      formatrice
      • Posté à 11h02 le 02/06/2010
      • Internaute 116089
        formatrice

      c ’est d’un goût ! !

      • A déménagé le 6-2
        • Posté à 11h50 le 02/06/2010
        • Internaute 24833

        bah humour noir, mais on en est là avec l’UMP et c’est pas vraiment drôle

         
        • emma94
          emma94 répond à A déménagé le 6-2
          formatrice
          • Posté à 13h20 le 03/06/2010
          • Internaute 116089
            formatrice

          ce blog n’est vraiment pas destiné à faire de la politique. Un peu de respect pour les malades qui se battent chaque jour ! !

          • A déménagé le 6-2
            • Posté à 14h42 le 03/06/2010
            • Internaute 24833

            mais justement : on est en plein dans la politique, ma chère, et vu comment le gouvernement traite le système de santé et les malades on peut s’attendre à ce que les soins de ce type soient sciemment supprimés pour « faire des économies », l’unique objectif de la droite !

        2 autres commentaires
  • emma94
    emma94
    formatrice
    • Posté à 11h01 le 02/06/2010
    • Internaute 116089
      formatrice

    Merci Stephanie pour cet article et cette video très fidèles à ce que nous vivons dans le service de chimio. Les séances de soins avec Pascale sont d’un bénéfice important et aide à poursuivre des journées souvent bien pénibles. J’y retourne prochainement et je demanderai à venir le jour de présence de pascale.

  • P a z
    • Posté à 11h55 le 02/06/2010
    • Internaute 36800

    Un seul mot : BRAVO !

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