Le meilleur restaurant du monde est-il espagnol ?

Thierry Richard
Chroniqueur
Publié le 23/06/2007 à 18h47

(DR)

C’est en tout cas ce qu’ont décrété les 651 « spécialistes » de la gastronomie (restaurateurs, chefs, critiques, journalistes, éditeurs...) cornaqués par le magazine anglais « Restaurant » pour la sixième édition de leur Top 50 des meilleures tables du monde.

Sur la plus haute marche du podium de la renommée culinaire mondialisée, on trouve donc El Bulli, l’établissement du Catalan Ferran Adria, suivi du Fat Duck d’Heston Blumenthal, le prodige anglais, et du restaurant de Pierre Gagnaire, premier représentant de la cuisine française. Une hiérarchie identique à celle établie l’an dernier.

Ce classement, qui voit la France rester en tête du palmarès des nations gastronomiques avec 12 restaurants classés (devant les Etats-Unis avec 8, le Royaume-Uni 7, l’Espagne et l’Italie se maintenant à 6), n’a pas cessé depuis sa publication d’alimenter la polémique dans le petit monde de la gastronomie.

Bien sûr, il y a le résultat lui-même, qui suscite l’incrédulité de nombreux gourmets voyageurs, avec, par exemple, à peine un restaurant classé pour la totalité du continent asiatique (le Bukhara de New Delhi, 37e), pas un japonais, aucun chinois, un Bocuse dépassé toujours étonnamment présent (49ème).

Mais au-delà des appréciations diverses sur le contenu du palmarès, c’est l’utilité d’une telle démarche qui pose question. Jean-Claude Ribaut, chroniqueur gastronomique au Monde n’y va pas par quatre chemins : « Ce type de classement n’est pas très sérieux. Le jury ne teste pas toutes les tables, c’est davantage un classement de notoriété. »

François Simon, du Figaro, lui-même membre du jury depuis plusieurs années, après avoir tenté de faire monter la mayonnaise sur son blog, ( » Sacré(e)s veinard(e)s, vous allez hériter ce soir en primeur des résultats du vote des 50 meilleurs restaurants au monde ! « ) a dû se rendre à l’évidence sous l’afflux des remarques négatives des internautes gourmands.

Deux jours à peine après la publication des résultats, il déclarait à un journal suisse qu’il comptait jeter l’éponge et son bulletin de vote ( » J’en arrive à la conclusion qu’il est aujourd’hui impossible de faire une photographie mondiale de la cuisine. Je compte donc me retirer de ce jury. » ) Réaction salutaire mais bien tardive, et qui sera sans doute difficile à faire avaler au Figaro, l’un des multiples sponsors de l’opération.

En effet, comment imaginer pouvoir déterminer, même avec un jury international aussi pléthorique qu’une brigade de 3 étoiles, un classement universel des chefs de la cuisine mondiale, quand on sait à quel point tout cela recèle de subjectivité et d’influences culturelles ? A-t-on jamais vu un classement des 50 meilleurs peintres au monde ? Picasso devant Monet ? De Staël derrière Rembrandt ? Pourtant, on parle bien aussi de création derrière les fourneaux.

Que vaut donc un tel palmarès et quelle est sa réelle utilité dans ce monde gastronomique en plein bouleversement que nous vivons désormais au quotidien ? Comment pourrait-il prendre raisonnablement en compte l’intense bouillonnement de la cuisine mondiale en général et française en particulier ?

Surtout lorsque l’on sait que même les guides gastronomiques nationaux, Michelin en tête, sont désormais de plus en plus critiqués pour leur aveuglement (être totalement passé à côté du remue-ménages de la « bistronomie » , il fallait le faire) et leur immobilisme.

Bien évidemment, il n’est nullement question ici de nier que dîner chez Ferran Adria au El Bulli est une expérience des sens inoubliable, que la cuisine de Fulvio Pierangelini (Gambero Rosso en Italie) est bouleversante de netteté ou celle de Heston Blumenthal (Fat Duck en Angleterre) déconcertante de modernité. Aucune tentation de nier l’immense talent de défricheur d’un Pierre Gagnaire ou d’un Michel Bras.

Non, simplement, la cuisine, ce n’est pas seulement ça, cette réduction à une hiérarchie définitive, celle de ceux dont on parle - un cénacle lointain - et qui ne s’adresse que très modérément au commun des mangeurs.

Le plaisir de la table ne se condense pas en une liste de 50 noms quand il se trouve tant d’endroits, en France ou ailleurs, où passer de merveilleux moments, pour 30, 40 ou 50€.

Pour les curieux, voici quand même les 10 premiers :

Liste complète.

Retrouvez les chroniques gastronomiques de Thierry Richard et bien d’autres menus plaisirs sur son blog : Chroniques du Plaisir

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  • Anonyme

    Un magazine Anglais qui désigne le meilleur restaurant du monde, c’est à mourir de rire ! ! !

    • Anonyme

      Bonjour,
      Si vous vous interresiez un tant soit peu au sujet vous sauriez que les meilleurs guides de restos francais sont anglais !
      Et que la presence d’anglais dans ces restaurants est generalement très bon signe...
      Ils ne vont effectivement pas dans des restos anglais : -))

      • Anonyme

        Hello,
        Je ne sais si les meilleurs guides de restos sont anglais, je ne lis pas les guides. En revanche, je connais les dégats qu’engendre le Parker (le guide anglo-saxon des vins, pour ceux qui ne connaissent pas) pour me méfier de ce genre d’ouvrage : l’uniformisation du goût, très peu pour moi.
        Quant à dire que la présence d’anglais dans un resto est très bon signe, hum... En Dordogne, dans un coin où je passe souvent, des anglais vivant là (il y en a un bon paquet...) ont ouvert un resto, racheté à des français. La première fois où j’y suis rentré, je me suis étonné d’être le seul français, avec ma fille. Après avoir commencé à manger, j’ai compris... Entre amateurisme du service et côté immangeable de la nourriture, il n’y avait certainement pas de français de Dordogne prêts à se nourrir là ! En revanche, nos amis anglais avaient l’air de se régaler ! Grand bien leur fasse !
        Bien sûr il ne faut pas généraliser, il ne s’agit là que d’un exemple. Mais cessons de dire « les anglais ceci », les « français cela », ça ne veut rien dire !
        Quant aux guides, pour la plupart, ils sont là pour faire du fric, point. La véracité, l’honnêteté, l’objectivité, ce n’est pas pour eux...
        Otto Naumme

    • Anonyme

      Pour ainsi répondre, il faut et suffit n’avoir jamais vécu en Angleterre...essaie

    • icare
      icare
      Peut ont faire confiance a un (...)
      • Posté à 06h28 le 24/06/2007
      • Journaliste 3039
        Peut ont faire confiance a un (...)

      Les meilleurs restaurants du monde ne valent pas une patate comparai aux petits plats que fessai ma grand mère et que fait encore ma maman !

      • Anonyme répond à icare

        de joel je ne connais pas les grands restaurants mais si leur attitude est identique aux petits restos qui ne cherche qua faire du fric. j’arrive de cassis ou il faisait un soleil radieux sur 4 rstos 3 mon apporté du rosé chaud je voyai des allemands qui mettaient des glacons dans leurs verres c’est cela la gastronomie francaise .bonjour

  • pierrejcallard
    pierrejcallard
    http://www.nouvellesociete.org
    • Posté à 23h34 le 23/06/2007
    • Internaute 3366
      http://www.nouvellesociete.org

    Je crois qu’il y a un malentendu. On ne peut dire que l’un soit « meilleur » ; trop de subjectivité et, surtout, l’asservissement de chacun aux critères acquis par son propre périple culinaire. Qui suis-je pour discuter des mérites de deux plat d’insectes à Oaxaca, alors que je n’en ai pas vraiment l’expérience ? On ne peut discuter que de la cuisine que l’on connait.

    Cela dit, dans le cadre prédéterminé d’une cuisine « occidentale » - en fait, française & assimilées - on apporte un renseignement utile, en disant qu’un plus grand nombre de gourmets reconnus on préféré le restaurant A au restaurant B. Dans la mesure où l’on se présume les mêmes goûts que ces gourmets, on a plus de chance d’être satisfait en se fiant à leur classement.

    C’est pour la même raison - et aucune autre - que me fie au Michelin, pour une bonne cuisine française, sans nier que l’on puisse certain soir préférer un sashimi ou un katsudon, mais sans faire l’injure à mon meilleur Japonais de le classer dixième ni millième sur une échelle qui ne prétend pas mener au même paradis.

    Lien

    PJCA

  • Thierry Richard
    Thierry Richard
    Chroniqueur
    • Posté à 00h27 le 24/06/2007
    • Internaute 2952
      Chroniqueur

    Si le magazine Restaurant avait intitulé son palmarès « 50 restaurants d’exception » au lieu des « 50 meilleurs restaurants du monde », on aurait, je pense, été plus près de la réalité. Mais moins bon en termes de marketing, c’est évident... Et cela n’aurait sans doute pas plu aux multiples partenaires commerciaux de l’opération (San Pellegrino, Nespresso, Laurent-Perrier, American Express, Schweppes, pour ne citer que les plus connus).

    Et oui, il y a bien une échelle de valeur en matière de gastronomie, mais il y a aussi dans le monde sans aucun doute quelques milliers de restaurants pouvant prétendre à prendre place dans un tel palmarès ! Car le Top 50 de Restaurant Magazine prétend bien embrasser toutes les pratiques culinaires mondiales et ne pas se limiter au seul modèle « occidental ». Une ambition démesurée en somme...

  • Anonyme

    le meilleur resto du monde c est quand on est avec de (bons) amis et que l on se dit à la fin du repas« on a passé un moment merveilleux ensemble » Tout le reste n est que paillettes

  • René B.
    • Posté à 12h48 le 24/06/2007
    • Internaute 8952

    La gastronomie et la haute gastronomie ça existe. Le bon petit repas entre copain c’est merveilleux, en effet. Mais on ne parle pas de la même chose.
    Je vis près de Saint-Sébastien et je vous assure que l’inventivité de la cuisine basque aujourd’hui est exceptionnelle et parfaitement réjouissante. Ce qui est révoltant c’est que tout le monde ne puisse pas en profiter. La grande cuisine pour tous, voilà ce qu’il faut réclamer.
    Juste en passant : El bulli est un restau catalan et Mugaritz et Arzak basques. Ce n’est pas une histoire de clochers mais il est heureux de rentrer dans le patrimoine culinaire mondial par la porte modeste mais privilégiée des particularismes. Une réponse à la mondialisation.

    • Thierry Richard
      Thierry Richard répond à René B.
      Chroniqueur
      • Posté à 13h09 le 24/06/2007
      • Internaute 2952
        Chroniqueur

      Tout à fait d’accord avec vous. Mais plus de deux ans d’attente pour une table à El Bulli c’est quand même un peu rude... ; -)De la grande cuisine pour tous, c’est aussi la démarche de nombreux chefs français, dont Yves Camdeborde fut le précurseur où, après un parcours exemplaire chez les plus grands (palaces et étoilés) ils préfèrent ouvrir leur propre adresse et proposer une cuisine impeccable avec des produits très rigoureusement sélectionnés et pour une addition maîtrisée (L’Ami Jean, Chez Michel, L’Ourcine, Le Ribouldingue...) Ca bouge ici aussi !

    • Anonyme répond à René B.

      on ne parle pas de la même chose soit... Mais moi aussi je connais tres bien San Séb.et s il y a bien 1 cuisine et des restos(tapas cidreries ect...)conviviaux c est bien là ! et je ne les quitterai pour rien même pour 1 table classée dans les 1er mondiales...

  • Anonyme

    moi je préfere le meilleur restaurant de ma rue.

  • loraison du plus fort...
    • Posté à 16h10 le 24/06/2007
    • Internaute 8182

    Anne, ma soeur Anne, n’as tu rien vu venir ?

    Que font Maîté, Michel Oliver et leurs fan club des ménagères de plus de 50 ans et les aficionados (là on se rapproche déjà un peu du sujet) du canard (exécuté en direct) à l’orange ou de la bonne vieille soupe à l’oignon (j’ai ai encore les larmes aux yeux : pas par nostalgie mais à cause de la tonne d’oignon que j’ai coupé).
    Moi j’en étais resté là et puis voilà que la gastronomie régionale change d’échelle et nous conduis sur les 5 continents pour rencontrer les meilleurs, globalisation oblige.
    Mais qui peut bien se sentir concerné par une adresse en Australie ou en Inde ? Je me demande...

    La proximité de l’adresse ou de son programme télé en fait parfois bien plus pour la cause gastronomique que ce classement à offrir pour tout nouvel abonnement au magazine « Forbes ».

  • Anonyme

    Pff, les meilleurs restaurants du monde : à peu près autant de valeur que les plus belles filles du monde des concours de beauté : on n’a pas le temps de regarder les trois milliards de nanas qui peuplent la planète !

  • Anonyme

    a noter que l’espagne a 3 representants dans les 10 premiers(1er 7em et 10em)tout a fait etonnant pour un pays de 38 millions d’habitants....
    il est vrai que l’espagne est tres regionaliste et se livre une bataille interne(provincia en l’occurence)
    c’est la meme chose pour le football,les manifestations sportives(america cup,formule 1,jo d’ete,foot)bref une saine emulation entre province
    les basques les catalans la galice valence madrid majorquin...ont en parle dans le monde entier

  • Valerie_H
    • Posté à 16h47 le 25/06/2007
    • Internaute 3896

    J’ai eu la chance de dîner chez El Bulli en 2003. Croyez-moi, l’expérience est inouie. J’ai eu l’occasion de tester beaucoup de grandes tables mais jusqu’alors, rien d’approchant. Environ 25 plats (peut-etre devrait-on les appeler autrement ! ?) s’enchaînent, chacun ayant un rituel de dégustation... On mange de l’air, les plats sont parfois juste une bouchée, tout est d’une légèreté incroyable et pourtant, avant d’attaquer les desserts, j’ai dû faire un petit tour dans les jardins, tellement j’étais ivre de parfums, de goûts...
    Y retourner ? Oui mais pas la même saison car le menu ne change pas. Un petit tour tous les 2 ou 3 ans me semble raisonnable.
    La cuisine française a occupé les premières places de ce classement mondial pendant si longtemps, qu’un peu de vraie concurrence ne peut que la stimuler.

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