Chez Charles-Antoine Brezac

A 26 ans, Charles-Antoine Brezac est tennisman professionnel, classé 258e mondial. Dans ce blog, il présente son quotidien, loin des tout meilleurs joueurs français si médiatisés. 

Pourquoi, à 23 ans, j'ai décidé de devenir tennisman professionnel

Charles-Antoine Brezac
Tennisman professionnel
Publié le 10/12/2011 à 15h46


Charles-Antoine Brezac (DR)

Je n’en avais pas très envie mais en octobre 2008, à la sortie de mon concours d’avocat, j’ai décidé de me lancer dans une carrière professionnelle de tennis et de mettre de côté mon avenir dans le droit. Comme le reste de ma famille, je suis passionné par ce sport depuis toujours.

Enfant, je passais ma vie à taper contre le mur de la maison de mes parents ou sur la porte du garage de ma grand-mère. Je fabriquais moi-même les tableaux des grands Chelems où je m’insérais discrètement aux côtés d’Agassi, Sampras et les autres. Je tapais contre le mur, affrontant mes adversaires imaginaires et au bout de cinq heures, je remportais Roland-Garros ou la Coupe Davis.

Les jours où la pluie s’invitait en Bretagne ( !), je jouais carrément, dans la maison, sur le tapis, dans le vide, en incarnant les deux joueurs tour-à-tour à chaque frappe de balle ! Ces rêves de victoires ont pris fin avec l’âge.

Un amateur peut gagner 60 000 euros par an

Une fois le bac en poche, j’ai fait des études de droit tout en participant à beaucoup de compétitions en amateur. Je me plaisais dans ce confort de pouvoir arrêter quinze jours sans le stress de perdre des points, des places au classement comme sur le circuit professionnel.

En plus, et cela peut paraître étonnant, le circuit français permet de bien gagner sa vie. Les frais sont limités, les tournois logent et restaurent les joueurs, choses qu’on ne retrouve pas toujours sur le circuit pro. Il n’est pas rare de gagner lors d’une bonne saison sur le circuit amateur français au moins 60 000 euros en incluant les matches par équipe.

C’est environ ce que peut gagner un joueur professionnel classé aux alentours de la 300e place mondiale. Le seul hic pour le joueur ATP, c’est qu’il faut soustraire à cette somme au moins 40 000 euros de frais ( voyages, hôtels, entraîneurs, repas, cordages…).

Quel est l’intérêt pour un joueur « moyen » de devenir pro ?

Plus facile de partir en vacances quand on est amateur !

Lors des compétitions de jeunes en Bretagne, je côtoyais deux joueurs de mon âge et de mon niveau qui avaient décidé de se lancer sur le circuit pro dès leur bac en poche. Je les voyais partir pour des tournées de trois semaines, souvent loin, dans des conditions difficiles et rentrer avec plus de défaites que de victoires.

Difficile pour moi d’être attiré par le circuit ATP alors que de mon côté, je glanais de nombreux trophées en deux ou trois jours de compétition et que j’enchaînais avec deux jours de plage avec les copains… Pourquoi changer ?

En plus, les tournois amateurs français apportent une certaine médiatisation. Les journaux locaux s’associent souvent aux tournois de la ville et permettent aux joueurs de se faire connaître, d’acquérir une petite notoriété et d’en tirer profit.

Le top 5 français, star des médias

A l’inverse, sur le circuit professionnel, la médiatisation est à 99% focalisée sur les plus forts (le top 5 français et le top 10 mondial). Normal, pourrait-on penser : les meilleurs font vendre et rêver. Pourtant, je sais qu’il existe de belles histoires, de belles anecdotes et que le public s’amuserait à découvrir la partie immergée de « l’iceberg ATP ».

Finalement, je me suis décidé à participer à quelques tournois ATP, histoire de me frotter aux pros du circuit.

A ma grande surprise, les résultats ont suivi, j’ai été médaillé de bronze aux Jeux olympiques universitaires à Bangkok avec au passage trois victoires contre des joueurs évoluant dans les 400 meilleurs mondiaux. J’en ai énormément parlé autour de moi, et finalement ma famille, mes amis, mon entraîneur et les joueurs du circuit que je connaissais m’ont tous tenu le même discours : lance-toi pour ne pas regretter.

Ce mode de vie est une véritable drogue

Je me suis projeté à l’âge de 30 ans et effectivement, je ne veux surtout pas regretter quand il sera trop tard. En octobre 2008, j’ai alors 23 ans et je me lance, malgré les doutes. Trois ans plus tard, je me sentirais triste de quitter ma nouvelle vie. Entre nous, joueurs, il nous arrive souvent de comparer ce mode de vie à une véritable drogue.

Si dans un premier temps l’idée de partir seul pendant trois semaines en Roumanie dans des clubs un peu pourris, des hôtels un peu miteux ne semble ne pas être reluisante, on fini par ressentir un manque. Très vite, on se prend aux jeux des voyages, on se demande quels tournois et quelles surfaces choisir.

Le circuit ATP, c’est un peu la course aux points, à la progression dans la hiérarchie. Les défaites ne me dépriment pas, elles me donnent envie de devenir meilleur.

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  • Imanol Corcostegui
    • Posté à 18h23 le 10/12/2011
      éditeur
    • Journaliste 100681
      Rue89

    Pour le lancement de son blog, nous avons choisi, avec Charles-Antoine, une première note pour présenter son parcours et son choix de devenir tennisman professionnel. Les notes à venir traiteront aussi bien du récit de son quotidien que de l’actualité du tennis.

  • chup
    chup
    Poirier
    • Posté à 19h36 le 10/12/2011
    • 177301
      Poirier

    A la vue des commentaires des uns et des autres, visiblement peu d’entre vous font ou ont fait du sport à un haut niveau et beaucoup n’ont pas lu l’article.
    Quelle honte à évaluer sa situation financière ? Quand on est conscient de ne jamais pouvoir atteindre le tout meilleur niveau mondial cela ma paraît normal. Aucun de vous ne prend donc en considération le salaire proposé à une proposition d’embauche ? Enfin d’après l’article, donnez-vous la peine de lire autre chose que les titres svp, l’auteur a précisément accepté l’idée de gagner moins d’argent afin de tenter l’expérience.
    En laissant de coté vos préjugés sur les sportifs peut être auriez-vous compris l’article, dommage que la bien pensance des braves gens enfoncés dans leur canapé triomphe tant.
    Personellement ancien apnéiste, j’ai du arrêter pour des raisons financières, je souhaite bonne chance à tous ceux qui ont le courage d’emprunter des chemins peu classiques car ne vous y trompez pas il est plus difficile d’atteindre le trés haut niveau quelque soit le sport, et plus généralement le métier, que de se contenter d’une petite place bien planquée.

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