Chez Pierre Polard

On peut remettre en cause la forme actuelle du capitalisme sans forcément s’inspirer de la Corée du Nord

Prêter sa maison : un moyen de lutte contre la pauvreté ?

Pierre Polard
Membre du Conseil National du Parti Socialiste - Motion 4
Publié le 28/01/2013 à 14h58

Alors que le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a présenté en début de semaine son « plan pluriannuel contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale », deux informations ont retenu mon attention :

  • la première concerne un riche avocat américain, Tony Tolbert, qui a prêté pour un an sa maison à une famille de sans-abris ;
  • la seconde (JT de France 3, le reportage commence au bout de vingt minutes) nous apprend qu’un entrepreneur lyonnais, Alain Sitbon, a investi deux millions d’euros de ses deniers personnels pour construire des villages préfabriqués pour les plus démunis.

« Vous voulez les pauvres secourus... »

Que l’on ne se méprenne pas sur mon propos, je n’ai pas l’intention de critiquer ces deux initiatives. Je trouve cela formidable que des « riches » se préoccupent de la situation des plus pauvres… et surtout agissent !

Les deux millions d’euros d’Alain Sitbon sont mieux employés de cette façon que s’il avait investi dans un complexe hôtelier de luxe aux Seychelles, ou parié sur des produits dérivés sur les denrées alimentaires ! Mais combien faudrait-il de Tony Tolbert aux Etats-Unis et d’Alain Sitbon en France pour aider tous ceux qui en ont besoin ? Comment assurer que leurs initiatives individuelles ne sont pas redondantes ? Sur quels critères choisir les bénéficiaires de ces aides ? Même si elle traduit la prise de conscience de la gravité du problème de la pauvreté, cette nouvelle forme de charité ne peut le résoudre.

« Vous voulez les pauvres secourus, moi je veux la misère supprimée », écrivait Victor Hugo dans « Quatrevingt-Treize ». Là réside toute la différence entre la juxtaposition d’actions individuelles, si louables soient-elles, et l’action publique qui seule peut prendre en compte toutes les dimensions de la question.

Un plan qui va dans le bon sens

La première de ces dimensions est la façon dont sont perçus les pauvres. Le plan présenté par le gouvernement est très clair :

« C’en est fini de la dénonciation de la paresse ou de la malhonnêteté des ménages modestes. Les personnes en situation de pauvreté ou de précarité veulent s’en sortir, le sens des politiques sociales est de les y aider. »

On est loin des propos outranciers de Laurent Wauquiez, stigmatisant le « cancer de la société française » que constituaient à ses yeux « dérives de l’assistanat ». Certes, la fraude sociale existe, mais elle est sans commune mesure avec la fraude fiscale qui coûterait entre 60 et 80 milliards d’euros par an à l’Etat.

Il convient aussi de prendre en compte la nature et la dimension du problème de la pauvreté. Le plan est très clair à ce sujet :

« Face à l’ampleur et à la diversité des situations de pauvreté, on ne peut plus continuer à considérer les pauvres et les précaires comme une minorité marginale, peu ou prou responsable de sa situation. »

Selon la définition habituellement retenue (seuil de pauvreté à 60% du revenu médian), il y avait en France 8,6 millions de pauvres en 2010, soit 14,1% de la population française. Depuis 2008, plus de 780 000 hommes et femmes sont venus grossir leurs rangs.

Devant un phénomène aussi massif, comment peut-on imaginer qu’il puisse être le résultat de (mauvais) choix individuels ? Comment ne pas voir les tristes résultats de la crise, voire d’un système économique de plus en plus inégalitaire ?

On peut aller plus loin

Une fois ces principes posés, il faut agir en combinant mesures d’urgences et mesures de fond. La première des mesures d’urgence consiste à revaloriser le RSA socle, aujourd’hui de 475 euros par mois pour une personne seule. Le plan du gouvernement prévoit un rattrapage de 10%... d’ici 2017. Pourquoi ne pas faire ce rattrapage dès maintenant ?

Impossible en période de disette budgétaire, me répondront les gens « responsables » ! Au fait, combien cela coûterait-il ? 10% de 475 euros, cela fait 47,5 euros soit 570 euros par an. Appliqué aux 1,4 million de bénéficiaires, cela donne environ 800 millions d’euros. Finalement, ce n’est pas si énorme, comparé par exemple aux 20 milliards du pacte de compétitivité. Mais les minima sociaux français sont déjà les plus généreux d’Europe !

Pas si évident que cela, car selon une étude de la Drees de 2006 [PDF], la France était moins généreuse que ses principaux voisins européens. Et cela n’a pas dû s’améliorer car, alors qu’en 1988 le RMI représentait 50% du smic, le RSA socle n’en représente plus que 42% en 2012.

Voir la « misère supprimée »

Si la revalorisation des minima sociaux est nécessaire, elle ne saurait être suffisante. Il est nécessaire de renforcer les filets de sécurité, mais si l’on veut voir la « misère supprimée », il faut agir sur ses causes profondes.

La première de ces causes est bien sûr le chômage. Un emploi à temps plein au smic « suffit » à sortir de la pauvreté. Existe-t-il des solutions miracles pour créer des millions d’emplois en période de croissance faible ? Non, mais il serait intéressant d’explorer certaines pistes aujourd’hui balayées d’un revers de main. La réduction du temps de travail en fait partie. Comme le rappelle le mensuel Alternatives Economiques :

« Si on abaissait le temps de travail des Français au niveau de celui des Néerlandais, on pourrait espérer créer 15% de postes supplémentaires, soit quelque 3,4 millions d’emplois. »

Mais lutter contre la pauvreté, c’est aussi faire en sorte qu’elle ne se transmette pas au sein de la famille. Les enfants pauvres ont quatre fois plus de chance de connaître l’échec scolaire que les autres, et donc une plus grande probabilité d’entrer dans la spirale infernale de la pauvreté. Le système éducatif a donc un rôle important à jouer dans la lutte contre la pauvreté.

Pour cela, il convient de mettre l’accent sur l’école maternelle et élémentaire où se décident pour le plus grand nombre l’échec ou la réussite du parcours scolaire. On ne peut que se féliciter que l’école élémentaire fasse partie des sept grands axes du projet de refondation de l’école présenté par le ministre de l’Education nationale, Vincent Peillon. C’est une contribution importante à la lutte contre la pauvreté, qu’il faudrait compléter par un plan visant à rattraper le retard en matière de places d’accueil dans des structures collectives [PDF] pour les enfants de moins de 3 ans.

Transformer la société

Entre 1998 et 2008, le revenu global des ménages après impôts et prestations sociales s’est accru de 260 milliards d’euros. Les 10% les plus riches ont capté 31,7% de ce montant, les 10% les plus pauvres devant se contenter de 2,8%...soit 11 fois moins !

Logiquement, les 10% les plus riches sont les seuls à avoir vus leur part de la richesse nationale augmenter sur cette période. Et la tendance est la même en 2009 et 2010… Est-ce vraiment bon signe pour la lutte contre la pauvreté, et plus globalement pour la justice sociale ? N’est-il pas temps de remettre les « pendules à l’heure » avec une grande réforme fiscale qui corrige ces dysfonctionnements manifestes ?

La pauvreté touche aujourd’hui une personne sur sept. Elle fait en quelque sorte partie de notre société. On ne pourra pas lutter contre elle par des mesures isolées. Le plan du gouvernement va dans le bon sens en refusant de stigmatiser les pauvres et en s’attaquant à la pauvreté en tant que problème global. Mais la victoire contre ce fléau nécessite une transformation de fond de notre société qui ne pourra avoir lieu qu’en mettant en place des politiques novatrices dans de nombreux domaines : emploi, fiscalité, logement, éducation…

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  • Druuna
    Druuna
    Prout
    • Posté à 16h37 le 28/01/2013
    • Internaute 195244
      Prout

    Ah oui, 522,5€ c’est vachement mieux que 470€...

    Et parlons-en de la refondazione de l’école...

    « École publique : obligation et gratuité remises en question

    La réforme Peillon dite “ des rythmes scolaires ” est officialisée par décret depuis samedi et dévoile son contenu au fil des commentaires politiques. Alors que l’école publique est gratuite et obligatoire, le ministre de l’Education nationale déclare que les activités périscolaires prolongeant la journée de classe qui, elle, sera écourtée de 45 minutes en moyenne, seront facultatives et pourront être payantes. » Lien

  • Druuna
    Druuna
    Prout
    • Posté à 16h53 le 28/01/2013
    • Internaute 195244
      Prout

    Après avoir rappelé au ministre que la concertation n’a aucunement permis l’établissement d’un « consensus », Force Ouvrière a indiqué que le projet de loi (comme d’ailleurs le projet de décret relatif aux rythmes scolaires) confirme toutes les craintes qu’elle a déjà exprimées.

    Force Ouvrière ne peut cautionner les principes du « socle commun de compétences » ou de « l’école du socle », érigés ici en nouveau fondement de l’enseignement obligatoire.

    Avec les personnels, Force Ouvrière reste attachée aux connaissances et aux qualifications et ne veut pas qu’on leur substitue les « compétences » de l’école du socle, ni qu’on remette en cause les statuts particuliers des enseignants, qui sont garants de leur mission.

    Avec le projet d’acte III de décentralisation (annonces du gouvernement de transfert aux Régions de la formation professionnelle initiale et leur mise à disposition des conseillers d’orientation), cette logique entraînerait une différenciation territoriale des missions de l’école de la République, notamment par la mise en œuvre de « projets éducatifs territoriaux » ou par le renforcement de la présence des collectivités territoriales dans les Conseils d’administration et Conseils d’école ou par la création obligatoire de contrats d’objectifs tripartites (Etat, collectivité, établissement).

    Le texte portant atteinte aux principes de l’école publique, un des piliers de la République une et indivisible et ne répondant pas aux revendications des personnels, Force Ouvrière s’est prononcée contre ce projet de loi.
    Lien

  • Druuna
    Druuna
    Prout
    • Posté à 17h17 le 28/01/2013
    • Internaute 195244
      Prout

    Quelques 200 personnes ont manifesté malgré le froid à l’appel du comité du POI de la Seine-Saint-Denis, ce samedi devant le Conseil général à Bobigny, pour demander l’annulation de l’augmentation des tarifs des cantines scolaires, qui dans certains cas sont doublés.

    3700 signatures ont été recueillies auprès des habitants, outrés par cette mesure qui intervient alors que les prix du gaz, de l’électricité, tabac augmentent. « Des familles ont à payer 240 euros de plus par trimestre pour deux enfants, pour le même salaire, car elles ont changé de tranche. C’est énorme ! Le conseil général doit revenir sur sa décision, et sans augmenter les impôts locaux. » explique une mère de famille. Les familles ont du mal à boucler les fins de mois et plusieurs dizaines décident de retirer leurs enfants des cantines, faute de pouvoir faire face à cette augmentation des tarifs.

    Une manifestante s’insurge : « Quoi ? On sera obligé de laisser nos enfants sur le trottoir à manger quoi ? Des sandwiches ? »

    Jean-Jacques Karman, conseiller général PCF, qui s’était d’abord abstenu lors du vote sur cette question, a décidé de revoir sa position et de demander l’annulation de la mesure d’augmentation des tarifs. A l’issue de la manifestation, le président du Conseil général a fait savoir qu’une délégation sera reçue mercredi prochain à 16h.

    « On continue, on se bat pour les faire reculer » résume un manifestant, non membre du POI.

  • Lionel06
    Lionel06
    Dessoucheur
    • Posté à 17h23 le 28/01/2013
    • Internaute 30683
      Dessoucheur

    « Ce qui constitue la vraie démocratie, ce n’est pas de reconnaître des égaux, mais d’en faire. »

    Gambetta.

  • Soliman
    • Posté à 17h39 le 28/01/2013
    • Internaute 168169

    La principale raison de la misère n’est pas le chômage mais l’idée que le travail est le seul moyen d’intégration à la société.
    Il serait temps de démonter le dogme du plein-emploi et de reconnaître que la production et la croissance des richesses ne nécessitent pas que tout le monde travaille.
    Le jour où l’on ne confondra plus le bien-être de la société avec le fait de mettre tout le monde au travail on aura fait un grand pas et on pourra respirer un bon coup.

  • Daisy Notwise
    Daisy Notwise
    Hobbit
    • Posté à 18h09 le 28/01/2013
    • Internaute 172584
      Hobbit

    Augmenter le RSA va coûter X millions
    Le chômage coûte Y millions
    Pour les retraites il faut Z millions ...
    Pour les allocations familiales, ZZ millions
    Et W millions pour payer les fonctionnaires qui calculent tout ça et les immeubles dans lesquels ils calculent et l’électricité et les ordinateur pour calculer tout ça

    Alors je peux pas m’empêcher de me demander si une allocation universelle et inconditionnelle ça coûterait pas moins que W+X+ Y+Z+ZZ millions

    Je sais bien qu’il a y des gens qui s’occupent de ce genre de questions, je ne suis pas la seule à me les poser... mais plus je vois que la majorité des commentaires ici (sur rue89, pas ce blog en particulier) se contentent de gloser sur les mesures de lutte contre le chômage ou la hausse du RSA, plus je me dis que c’est stérile et ça ne résoudra rien (ni la glose ni les mesures).
    Je suis certaine qu’on a les moyens humains, financiers, technologiques, au niveau français, européen et mondial, de sortir de ce putain de rapport au travail comme unique moyen de vivre.

    Du travail il n’y en a pas pour tout le monde, pas au sens actuel, et y’en aura de moins en moins et c’est pas deux trois mesurettes sur le chômage et la retraite ou le RSA qui y changeront quoi que ce soit.
    C’est juste du temps perdu. Soit les gouvernements s’en rendent compte assez tôt, soit ça va finir dans le mur et le sang.

    • Noélie Buisson-Descombes
      Noélie Buisson-Descombes répond à Daisy Notwise
      Militante débutante, (...)
      • Posté à 23h46 le 28/01/2013
      • Internaute 167514
        Militante débutante, (...)

      Yes ! C’est aussi ce que je me suis dit en lisant l’article. Mais à force de lire des trucs et de penser à l’AU (ou revenu de base) je finis par radoter alors j’ose pas...

      • miha
        miha répond à Noélie Buisson-Descombes
        citoyenne qui veut croire à l' (...)
        • Posté à 11h36 le 29/01/2013
        • Internaute 10207
          citoyenne qui veut croire à l' (...)

        Radotons, radotons, ... il en restera toujours quelque chose qui finira par changer les mentalités et le concept de revenu de base deviendra pour l’opinion publique une évidence.
        Lien

  • Boutauvent
    Boutauvent
    Testeur de temps libre
    • Posté à 19h59 le 28/01/2013
    • Internaute 45018
      Testeur de temps libre

    Le jour où plus un seul « socialiste » ne confiera son épargne personnelle aux banques capitalistes (qui leurs versent des intérêts puisés sur le compte de la misère) pour leur préférer le crédit alternatif/coopératif, je commencerai à croire en leur sincérité.
    Jusqu’à présent, je les vois surtout s’évertuer à proposer des solutions bâtardes pour ne pas se trouver imposés/taxés autant que les autres capitalistes, si bien que je crois que la misère a encore de beaux jours devant elle.

  • Noélie Buisson-Descombes
    Noélie Buisson-Descombes
    Militante débutante, (...)
    • Posté à 23h47 le 28/01/2013
    • Internaute 167514
      Militante débutante, (...)

    Augmenter le montant du RMI... Ou augmenter le nombre de gens couverts ? Notamment les moins de 25 ans...
    D’un côté on améliore légèrement le niveau de vie de beaucoup de pauvres, de l’autre on sort de la grande pauvreté un nombre certes plus faible de gens. Peut-être faut-il se donner les moyens de faire les deux ?
    Comme Daisy cette réflexion me mène naturellement vers le revenu de Base (ou allocation universelle, inconditionnelle, etc.)

  • retour
    retour
    penseur barbon
    • Posté à 10h28 le 29/01/2013
    • Internaute 193410
      penseur barbon

    Autre exemple :

    Les non-sens de la loi Boutin sur les surloyers .
    Des amis retraités ayant obtenu il y a une trentaine d’années un appartement dans le cadre du 1% patronal ont changé depuis peu de statut d’habitation cette « ’résidence’’ devenue cité HLM suite au rachat par une société privée gérant des logements sociaux .

    Ces brave gens ayant touché une prime de départ en 2011 dépasse de ce fait le montant légal pour ne pas payer de surloyer dans le cadre des enquêtes annuelles sur les revenus basé bien évidement sur les revenus 2012 (soit un calcul sur imposition pendant deux ans) ils se retrouvent donc avec un surloyer de presque 500 euros alors que leurs revenus réel et actuel ne dépasse pas le montant légal ! De plus, il ont un enfant majeur à charge (chômage non indemnisé) mais non comptabilisé dans le calcul puisque n’apparaissant pas sur la feuille d’imposition.

    Toutefois dans le cas contraire s’il travaillais ces revenus serait pris en compte dans le calcul du surloyer puisque est pris en compte dans ce cas les personnes habitants le logement…. !

    Ces gens se retrouvent donc dans une précarité latente ayant les pires difficultés à finir les fins de mois et n’arrivant plus à faire face financièrement, n’ayant pas les moyens d’aller dans le locatif privé (ce qu’il souhaiterait face malheureusement à la dégradation de leur habitat) et ne pouvant assumer un surloyer hors du commun aux vues du montant.

    Je tenais à dénoncer cet état de fait menant un peu plus à la précarité d’honnête citoyens ayant bossés pendant 46ans pour l’un et 44ans pour l’autre n’ayant jamais reçu aucune aide puisqu’il travaillais, ayant toujours payé leurs impôts et ayant vécu en “’bon père de famille’’

    Madame Duflot et son gouvernement, ne devrait ’elle pas se pencher sur cette loi pour une simple équité des citoyens

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