Chinamerique

Les relations internationales en vues croisées de Washington et Pékin.

Un 1er octobre de fierté nationale à Pékin

Thomas Baïetto
Etudiant à Pékin
Publié le 02/10/2009 à 11h38


Sur l’écran géant de mon campus, deux étudiants regardent le président Hu Jintao passé les troupes en revue (Thomas Baïetto)

(De Pékin) En ce 1er octobre un peu particulier, où la Chine populaire fête ses 60 ans, nous savions pertinemment que nous ne pourrions pas gagner la place Tiananmen pour voir le défilé. Qu’importe, l’idée était d’humer l’atmosphère de la ville et de voir d’encore plus près le dispositif de sécurité mis en place pour l’événement

A 300 mètres de l’avenue Chang’nan, le barrage de police

Depuis Beiwai, la nouvelle ligne de métro permet, via la station Xidan, de gagner l’avenue du défilé, Chang’an, au nord de la place. Comme il fallait s’y attendre, impossible de descendre à Xidan, ni même à la station suivante. Mais la précédente est ouverte.

A peine sortis et nous voilà déjà dans l’ambiance. L’avenue Xidan, qui mène à Chang’an, est fermée à la circulation. Quelques policiers se chargent de filtrer les véhicules. La perpendiculaire, Lingjing Hutong, est remplie de cars, placés sous la surveillance de militaires. L’accès étant autorisé pour les piétons, nous poursuivons sur Xidan, vers le sud.


Au bout de l’avenue Xidan, le barrage de police (Thomas Baïetto)

Notre progression s’arrête quelques centaines de mètre plus loin. Les trottoirs sont barrés par des rubans, derrière lesquels on trouve des volontaires, des policiers et des militaires. La chaussée est libre mais quiconque s’y aventure, même pour prendre un cliché, se fait bruyamment rappeler à l’ordre.

Des badauds, chinois dans leur très grande majorité, se massent derrière le ruban, dans l’espoir d’apercevoir le défilé qui passera à 300 mètres de là. Après avoir jeté un dernier coup d’oeil, nous décidons de regagner l’université pour suivre le défilé à la télévision. Sur le chemin, nous nous faisons dépasser dans un grand claquement de bottes par trois groupes de militaires.


Un groupe de soldat marche au pas le long de l’avenue Xidan (Thomas Baïetto)

Le défilé sur l’écran géant de mon université

De retour à l’université, nous découvrons qu’un écran géant est installé à deux pas du stade. Il n’y a pas foule (environ 200 personnes). Il faut dire que beaucoup d’étudiants ont profité des vacances nationales - une semaine - pour regagner leur province.

La cérémonie commence, la réalisation est grandiose, avec de jolis plans de la Cité interdite et de la place, dont nous découvrons la disposition. Adossé au monument aux héros du peuple, un portrait de Sun Yat-sen, le père de la république chinoise (et fondateur du Kuomintang, parti ennemi du PCC durant la guerre civile), répond à celui de Mao, accroché sous le balcon de la porte de la Paix céleste (nord de la place).

Entre Sun Yat-sen et le drapeau, situé juste avant l’avenue Chang’nan, l’espace est rempli de figurants qui, avec leur carton de couleurs, forment, à la manière des tifos de nos stades, différents motifs. Le drapeau de la Chine, les caractères de Patrie, quelques slogans...

Le passage d’un tableau à l’autre est plutôt impressionant, si l’on excepte le plantage sur le 9 de 2009, dont le faîte n’est pas complet. Viens ensuite l’avenue, déserte, où se fera le défilé. Puis, les ponts qui mènent à la porte. Ils ont été recouverts de tapis rouges pour l’occasion. Enfin, pour compléter le tout, juste au dessus de Mao, sur le balcon, se tient un aéropage de dignitaires.

Le coup d’envoi est donné à 10h00 précises, lorsque Hu Jintao, accompagné de ses 8 collègues du bureau politique et de son prédécesseur Jiang Zemin, fait son apparition au balcon. L’assistance applaudit. Pour l’occasion, Hu a troqué son habituel costard noir, chemise blanche, cravate rouge pour un costume noir à col Sun Yat sen (plus connu sous le nom de col mao), s’habillant comme Mao Zedong il y a 60 ans.

Les canons tonnent, un groupe de soldats exécute la cérémonie du lever de drapeau et les premières notes de l’hymne nationale s’envolent dans le ciel bleu de la capitale. Autour de nous, les étudiants se lèvent et se mettent à chanter. Puis, Hu disparaît.

Soudain, une image particulièrement forte apparaît à l’écran. Hu, debout sur sa limousine noire, alors que celle-ci gagne l’avenue par le tapis rouge. Le président chinois passe les troupes, amassées le long de l’avenue, en revue, les saluant d’un « Bonjour camarades » auquel ils répondent en coeur.

Hu, la CCTV et les femmes de l’armée

Un aller-retour plus tard et revoilà Hu sur le balcon, pour un très court et très creux discours. Les troupes se mettent alors à défiler. A son passage devant la balcon, chaque compagnie se met au pas de l’oie, sous les applaudissements nourris des étudiants autour de nous.

A l’applaudimètre, les compagnies qui font le plus gros score sont les compagnies féminines. Sur ce point, la mise en scène se distingue par sa finesse. D’abord, aucune compagnie mixte ne défile. Ensuite, les soldates ont le droit à un uniforme particulier, en l’occurence des jupes !

Enfin, la cerise sur le gâteau nous est offerte par la télévision chinoise qui, à un plan des compagnies féminines au pas de l’oie, fait systématiquement succéder un gros plan sur un Hu Jintao particulièrement dynamique dans son salut...

Après le défilé des troupes, c’est au tour de l’histoire de la Chine communiste de parader. En tête, vient naturellement Mao. Puis Deng Xiaoping, Jiang Zemin et Hu Jintao. Le rituel est le même : portrait + grands principes + extrait sonore.

A chaque fois, les applaudissements sont en rendez-vous, même si la vision de Jiang et Hu applaudissant leur propre portrait géant semble amuser quelque peu les étudiants présents.

Enfin, le défilé est cloturé par les provinces de Chine, les différents corps de la société mais également un char « Beijing 2008 »... Des colombes puis des ballons sont lâchés dans le ciel, avant le traditionnel feu d’artifice prévu pour le soir.

Inévitablement, celui-ci nous annonçait-on serait « grandiose », avec deux fois plus de pétards que pour la cérémonie d’ouverture des jeux olympiques.

Photo 1 : Sur l’écran géant, deux étudiants chinois regardent Hu Jintao passer les troupes en revue (Thomas Baïetto)

Photo 2 : Au bout de l’avenue Xidan désertée, le barrage de police (Thomas Baïetto)

Photo 3 : Un groupe de militaire dans l’avenue Xidan (Thomas Baïetto)

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  • jpouille
    jpouille
    Fils du vent
    • Posté à 12h41 le 02/10/2009
    • Internaute 31114
      Fils du vent

    Quelle fierte que s’asseoir son regime sur la memoire de quelques 100 millions de chinois, vitimes de ce regime barbare.
    Quelle fierte de savoir que ce regime facture aux familles les balles qui servent a tuer leurs membres, quelle fierte que de coloniser, deporter et assassiner des minorites....
    mmmmmh, la Chine, honte de l’Humanite, honte du genre humain, combien d’atrocite ont ete commise en ton nom ?

    • parti le 15 janvier 2012
      • Posté à 13h31 le 02/10/2009
      • Internaute 31016

      à peu prés le millionième des atrocité commises au nom de (au hasard) la religion ou du capitalisme ou du colonialisme .

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 14h13 le 02/10/2009
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    J’ai vu une photo super étrange sur le site du Monde, on voit des véhicules avec une peinture camouflage... bleue !
    Y’a une photo où ce sont des véhicules blindés qui ressemblent à des transport de troupes, du coup je me suis dit que ce sont des véhicules amphibies, donc camouflage aquatique (sauf que la mer bleue... c’est pas tous les jours : D)
    Mais y’a aussi des véhicules lance-missiles, ce qui me surprend assez... ou alors ceux-là aussi sont amphibies ? (tu vas voir ta gueule Taiwan : D)

    En tout cas c’est joli, impressionnant même. De quoi foutre la honte au 14 Juillet qui descend la plus belle galerie commerciale du monde.

    • daniel
      daniel répond à Keldan
      daniel
      • Posté à 18h46 le 02/10/2009
      • Internaute 5273
        daniel

      Oui, c’est impressionnant, en même temps on a l’impression de voir défiler des robots.

      Le défilé chinois m’a fait penser à une reconstitution humaine d’une animation flash...

  • ysengrimus
    • Posté à 14h52 le 02/10/2009
    • Internaute 12674

    Je suis pour. Vive la Republique Populaire de Chine. Cela me fait penser, vous êtes vous déjà demandé ce que signifient ces étoiles sur le drapeau de la Chine ? Selon la symbolique officielle, la grande étoile symbolisait initialement le phare du Parti Communiste autour duquel se rallient la flamme des quatre principales classes sociales chinoises (représentées par une des petites étoiles) : les paysans, les travailleurs, la « petite bourgeoisie » et les « capitalistes patriotes »…

    Visiblement, ce sont ces derniers qui ont du faire un effort spécial pour la nation pour que les festivités soient si pharaoniques… et pourquoi non… C’est bien leur tour...
    Paul Laurendeau

    • chengyang
      chengyang répond à ysengrimus
      • Posté à 17h56 le 02/10/2009
      • Internaute 38622

      Vous, vous cherchez les ennuis ici !
      La classe ouvrière, plutôt que celle des « travailleurs », dans la rhétorique marxiste...
      Les « capitalistes patriotes », qui ont désormais (depuis Jiang Zemin) le possibilité d’adhérer au pcc.

      • balipit
        balipit répond à chengyang
        bonne
        • Posté à 17h13 le 03/10/2009
        • Internaute 72335
          bonne

        le capitalistes patriotiques : sont ils ceux qui complétent les revenus - insufisants - des fonctionnaires ?

    • Addie
      Addie répond à ysengrimus
      • Posté à 21h48 le 02/10/2009
      • Internaute 40854

      je croyais que les étoiles du drapeau, c’était : les ouvriers, les paysans, les marchands et les étudiants.

  • parousnik
    • Posté à 21h03 le 02/10/2009
    • Internaute 18991

    Rue 89 censue... Je ne faisait pourtant que la parellele avec Paris. Mais c’est vrai le Rue devient le Figaro...

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