Le proces Colonna

Le 12 novembre a débuté le procès d'Yvan Colonna à la Cour d'assises spéciale de Paris. Sept magistrats professionnels sont chargés de juger le berger corse accusé de l’attaque de la gendarmerie de Pietrosella (Corse-du-Sud), le 6 septembre 1997, et de l’assassinat du préfet Claude Erignac à Ajaccio, le 6 février 1998.
Yvan Colonna clame lui son innocence. Il risque la réclusion criminelle à perpétuité. Cité dans plusieurs affaires nationalistes, son casier judiciaire demeure toutefois vierge. Plus de cent témoins devraient se succéder au cours de ce procès prévu pour durer un mois.

Les prévenus dénoncent des gardes à vue violentes

Gabriel Bourovitch
Journaliste
Publié le 05/12/2007 à 11h51

Les amis ne sont plus ce qu’ils étaient. Mardi, Yvan Colonna a carrément accusé les membres condamnés du « groupe des anonymes » de « prendre le risque de [le] laisser condamner pour protéger quelqu’un d’autre ».

Martin Ottaviani, le chauffeur du commando, prétend désormais qu’il serait aussi le guetteur, ce troisième homme aperçu par un témoin après l’assassinat de Claude Erignac. Une révélation aussi surprenante qu’incroyable.

Marcel Istria a été le dernier « anonyme » à témoigner. Il a été condamné en 2003 pour l’attentat de Pietrosella et l’assassinat du préfet Erignac, bien que l’enquête n’ait pas permis d’établir sa présence sur les lieux du second crime.

Il estime en avoir déjà assez dit : « Je me suis exprimé lors de mon procès. J’ai pris vingt ans de réclusion criminelle. Si s’exprimer, c’est se faire condamner, alors qu’on clame son innocence, alors je n’ai rien à dire. » Le ton est donné.

Il n’a pourtant pas fait appel de cette décision. Ses explications, il les réserve « pour plus tard, quand je pourrais avoir une conditionnelle. » Mais ce choix n’a rien d’égoïste. Au contraire : « Ce que j’avais dit, ça m’a condamné à vingt ans, alors je vais pas parler, sinon ça va faire condamner Monsieur Colonna. » Lapsus, antiphrase, ou contrepèterie ? Les sémanticiens ne trancheront pas de sitôt.

« En garde à vue, on m’a frappé parce que j’avais ni femme, ni enfants »

Autant Istria est resté évasif sur les faits incriminés, autant il s’est montré prolixe pour commenter sa garde à vue. Il est d’ailleurs le seul à s’en être plaint sur le moment. Selon lui, « on m’a frappé parce que j’avais ni femme, ni enfants ». Sans doute, aussi, parce qu’il refusait de parler.

Les sévices décrits par Istria ne sont ni raffinés, ni sophistiqués : coups de tête dans le mur, claques sur les oreilles -comme un écho des « méthodes » dépeintes la veille par Pierre Alessandri, qui précisait : « Le principe, c’est d’éclater le tympan. »

Ces accusations ont été portées sur procès-verbal. Istria s’est officiellement plaint de « mauvais traitements survenus pendant le prolongement de sa garde à vue ». Après les premières quarante-huit heures, qui « se sont bien passées », de son propre aveu. Après la première visite médicale.

Quand on lui demande de confirmer les déclarations de ses complices, il répond : « C’est pas vrai. » Quand on lui présente les procès-verbaux, il s’obstine : « C’est un faux, c’est des mensonges. » Les policiers n’apprécient guère les fortes têtes. « Ils étaient trois, se souvient-il, ils m’ont tapé dessus. » En vain : le suspect n’a pas avoué et n’a livré aucun nom.

« L’ambiance était excellente », se défend le policier

Tous les gardés à vue ne se sont pas montrés aussi coriaces que Marcel Istria. Depuis vendredi, le débat a beaucoup tourné autour des conditions d’interrogatoire des suspects et de leurs proches. Jusqu’où sont allées les « pressions », que tous ont reconnues ? Et d’abord le premier d’entre eux : Didier Maranelli (vint-cinq ans de réclusion criminelle), dont les révélations ont provoqué les aveux en chaîne de tous les autres membres du commando -sauf Istria. Vendredi, Maranelli a affirmé avoir subi des violences physiques au cours de sa garde à vue.

Le policier qui a obtenu ses confessions était à la barre ce mardi. Georges Lebbos, pour sa part, a vécu une véritable partie de plaisir. « L’ambiance était excellente », confie-t-il d’emblée. « Je l’ai laissé parler. Il s’est confronté à ses propres contradictions », poursuit-il. Une fois son alibi mis en pièce par les relevés GSM, « il a spontanément avoué avoir participé à l’assassinat ». Le reste va de soi.

Maranelli a soutenu qu’il avait parlé par peur de représailles judiciaires envers ses proches. « Je ne vois pas en quoi j’ai pu lui faire peur », avance Lebbos. « Il y a une pression naturelle, ça s’appelle la garde à vue. »

Maranelli prétend aussi que les policiers lui ont soufflé le nom d’Yvan Colonna. Lebbos conteste : « Ce sont les déclarations de M. Maranelli, rien d’autre. Quand il me donne les noms, je ne les connais pas. » En fait, si : « Je sais qui est en garde à vue à ce moment-là », concède-t-il. Mais Colonna ne fait pas partie du lot. « Pourquoi irais-je sortir un nom du chapeau ? “, remarque-t-il.

L’interrogateur est ‘un homme extrêmement violent’, selon une proche

Reste à savoir si le suspect était serein lorsqu’il est passé aux aveux. Lebbos se défend de toute brutalité : ‘Je n’ai jamais été violent envers qui que ce soit.’ C’est là que le bât blesse. Georges Lebbos a été condamné en première instance, en 2005, à six mois de prison avec sursis pour coups et blessures sur son ancienne compagne. Il s’est pourvu en appel. Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

A l’époque de leur séparation, sa femme se réfugie chez une amie inscrite sur liste rouge. Cette amie, convoquée par la défense, a révélé un aspect jusqu’ici insoupçonné de la personnalité du témoin : ‘C’est un homme extrêmement violent.’

Yvan Colonna est alors en cavale, l’affaire bat son plein. Lebbos détourne la procédure pour se procurer le numéro de téléphone de l’amie de sa femme. Ce faisant, il commet un faux en écriture au nom de son adjoint, qui en rapporte aussitôt à la direction de la DNAT.

Aujourd’hui, ce lieutenant a quitté ‘de son propre chef’ la police antiterroriste. Il s’est recasé au SRPJ de Montpellier. Leboss, lui, a pris du galon. ‘Monsieur Lebbos semblait indispensable à la poursuite de l’enquête’, a relevé son ancien adjoint. Peut-on décemment se passer d’un enquêteur aussi efficace ?

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  • personne
    • Posté à 13h30 le 05/12/2007
    • Internaute 21725

    Je ne sais toujours pas qui a tué Erignac, mais maintenant je sais où sont les terroristes.

    • Anonyme répond à personne

      Vraiment ?

    • Awopbopaloobop_Alopbamboom
      Awopbopaloobop_Alopbamboom répond à personne
      récalcitrant
      • Posté à 15h25 le 05/12/2007
      • Internaute 21692
        récalcitrant

      Il n’y a pas qu’eux qui subissent des gardes à vue violentes.
      Un / la France est très mal classée par les rapports d’Amnesty International.
      2/ ET qu’on arrête de faire la morale aux autres pays aprce que en Rusiie par exemple, le moindre pet de travers est une insultes aux droits de l’homme. Il y a eu un mort tué pendant un contrôle d’identité porte de Clignancourt )à Paris et PERSONNE N EN PARLE !
      Et la bagnole de Villeirs le Bel faudra m’expliquer...

    • Unter
      Unter répond à personne
      • Posté à 18h57 le 05/12/2007
      • Internaute 23922

      Demande aux copains de notre berger, toucheur de subventions de l’ « état colonial français » : c’est eux qui l’ont dénoncé...

      • Anonyme répond à Unter

        Ferrandi, l’ « idéologue » de cette bande de charlots ! ! ! Quand tu vois que Ferrandi passe pour l’intellectuel de la bande, lui qui n’est pas capable d’aligner trois mots sans bafouiller, t’imagines le niveau intellectuel et de « conscience politique » de l’arriéré de Cargèse ! ! !

         
        • Terence
          • Posté à 21h34 le 05/12/2007
          • Internaute 15208

          Courageux anonyme, c’est vous qui faisiez les garde-à-vue ?

          Lien

        1 autres commentaires
  • Anonyme

    Toutes les gardes a vue doivent être filmées. Et plus particulièrement celle des mineurs. Oui la Police brutalise, verbalement ou physiquement. Des faux en écriture il n’y a pas que chez eux, il y en a aussi dans les administrations. Plus de présomption d’innocence, anonymement on peut dénoncer n’importe qui, à force de brutalités on peut se faire dénoncer. A partir de l’interpellation, de la mise en garde à vue, vous vous retrouvez dans un univers clos, là ce jour toute votre vie, innocent ou coupable vous subirez les injures les outrages, les coups, et on fait de vous, ce que les policiers ou les politiques ont décidés. Il le faut du chiffre, alors si il n’y a pas de coupables, ils les créent et la justice est complice.

  • Anonyme

    Toutes les gardes a vue doivent être filmées. Et plus particulièrement celle des mineurs. Oui la Police brutalise, verbalement ou physiquement. Des faux en écriture il n’y a pas que chez eux, il y en a aussi dans les administrations. Plus de présomption d’innocence, anonymement on peut dénoncer n’importe qui, à force de brutalités on peut se faire dénoncer. A partir de l’interpellation, de la mise en garde à vue, vous vous retrouvez dans un univers clos, là ce jour toute votre vie, innocent ou coupable vous subirez les injures les outrages, les coups, et on fait de vous, ce que les policiers ou les politiques ont décidés. Il le faut du chiffre, alors si il n’y a pas de coupables, ils les créent et la justice est complice.

  • Anonyme

    S’il n’y avait pas eu mort d’homme (A sept pour tirer dans le dos d’un homme sans arme)...les déclarations de ces résistants d’opérette seraient à hurler...de rire ! ! !
    Allez un peu de courage messieurs les cagoulés, assez de faux semblants et de mensonges.
    Assumez vos actes, arrêtez de pleurnicher, voilà t’y pas qu’ils nous apprennent qu’ils ont été interrogé par la gestapo maintenant ! ! !
    Jusqu’ou vont ils descendre dans l’abjection et la lâcheté ? .
    Encore plus pitoyables que les posts de leurs sympathisants...
    Juste un rappel Colonna est bien le fils d’un député socialiste, conseiller de Jospin pour les affaires Corses...
    « Les affaires » quel nom prédestiné ! ! !

    • Unter
      • Posté à 19h01 le 05/12/2007
      • Internaute 23922

      Vous avez parfaitement raison ! Non seulement on a affaire à des imbéciles, mais aussi à des dégonflés ! ! ! Ils se sont liquéfiés devant les enquêteurs, dénoncés mutuellement, bref ils ont « craqué » comme des femmelettes, ne « supportant pas le stress » des interrogatoires ! ! ! Quels bande de baltringues ! ...

      • Borderie
        Borderie répond à Unter
        • Posté à 19h20 le 05/12/2007
        • Internaute 14126

        Et n’oubliez pas : ils ont quand même réussi à perdre un chargeur de pistolet dans l’opération, ces grands professionnels ! ! ! Leur copain, lui, c’était encore mieux : il s’était fait sauter la gueule en posant sa bombe (à Aix-en-Provence il y a un an)... Des vrais terreurs ces nationalistes corses... On comprend qu’ils se soient allongés tout de suite devant les flics !

         
        • Terence
          Terence répond à Borderie
          • Posté à 21h35 le 05/12/2007
          • Internaute 15208

          C’est courageux anonyme qui parle de cagoules !

          Mets ta cagoule !

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        • Terence
          Terence répond à Borderie
          • Posté à 21h42 le 05/12/2007
          • Internaute 15208

          Lors de l’une des garde à vue, les policiers - qui n’ont pourtant commis aucune erreur - ils ne font jamais d’erreur, ce sont des êtres parfaits - ont relâché leur surveillance et le gardé à vue s’est jeté par la fenêtre du troisième étage.

          Drôle de bilan. Il y a de quoi être fier de tous les côtés qu’on regarde.

          Effectivement.

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        2 autres commentaires
  • cinghiale
    • Posté à 17h48 le 05/12/2007
    • Internaute 23946

    Au « courageux anonyme » de 14h32. Pitoyable ? Les « sympathisants » comme tu dis relèvent simplement les doutes qui devraient profiter à l’accusé. Oui, il est possible que dans la France, réellement républicaine et civilisée, des policiers après 96 heures de pressions psychologiques, ou de coups, fassent avouer n’importe quoi à n’importe qui. D’autant plus que même si les membres du commando sont des nationalistes capables d’abattre un homme pour raison politique (acte condamnable) ce ne sont pas forcément des brutes assoiffées de sang et rompues à la résistance à ces « pressions » (doux euphémisme). N’oublions pas qu’aux USA, OJ Simpson a été acquitté parce qu’il était avéré que l’enquêteur était vaguement raciste. Là on a un enquêteur hyper-violent et ça n’émeut personne. Est-ce le même ou un autre qui a braqué son arme de service sur la tempe d’un gamin de 3 ans pendant l’interrogatoire de sa mère, épouse d’un accusé ? Les « non-sympathisants » eux sont pétris de certitudes. Camus appelait ça « le bonheur des pierres »...

    • Anonyme répond à cinghiale

      Ah évidemment ce n’est pas la même chose que de se mettre à sept pour tirer dans le dos d’un homme sans arme et sans protection.
      C’est beaucoup moins drôle dans un commissariat...
      Quand on est devant la police vous dites que ce ne sont pas des brutes, je dis que ce sont des lâches,
      lâches dans l’éxécution du malheureux préfet
      lâches devant les policiers
      laches devant les juges...

    • Thierry75
      Thierry75 répond à cinghiale
      • Posté à 19h14 le 05/12/2007
      • Internaute 12958

      Quand on a peu de choses dans le pantalon, on se contente de toucher son RMI et d’encaisser les subventions versées généreusement à des feignants pareils par l’état français... On va pas assassiner un préfet si on n’est même pas foutu de supporter un interrogatoire ! Bande de chochottes ! ! !

  • xavier-xavier
    xavier-xavier
    muntagnolu
    • Posté à 19h42 le 05/12/2007
    • Internaute 23086
      muntagnolu

    Ce blog sur le procès Colonna semble être un défouloir où se déverse un flot peu ragoûtant. C’est un peu triste.

  • Anonyme

    Quels « hommes » ces commentateurs...

    Affligeant !

  • Anonyme

    « A la guerre comme à la guerre ». Privilégiés que ces combattants nationalistes (car c’est ce qu’ils sont, des béligérants à motivation politique) : si l’Etat français avait VRAIMENT usé des mêmes méthodes qu’eux, la Justice aurait été rendu d’une balle dans la nuque. Sans autre forme de procès.

  • Anonyme

    « Georges Lebbos a été condamné en première instance, en 2005, à six mois de prison avec sursis pour coups et blessures sur son ancienne compagne. Il s’est pourvu en appel. Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

    A l’époque de leur séparation, sa femme se réfugie chez une amie inscrite sur liste rouge. Cette amie, convoquée par la défense, a révélé un aspect jusqu’ici insoupçonné de la personnalité du témoin : “C’est un homme extrêmement violent.”

    Je reprends sciemment cette partie de l’article pour préciser à qui veut le savoir que DE SOURCE ABSOLUMENT SURE ladite compagne de Monsieur L. a fait l’objet au cours de l’enquête sur coups et blessures d’un rapport psychiatrique affligeant en ce qui la concerne. C’EST UNE AFFABULATRICE soutenue par certains membres du service de police dans lequel elle travail et qui ont quelques comptes à régler......... GUEGUERRE DES POLICES ENCORE UNE FOIS et çà personne n’en parle ! ....

  • Anonyme

    il y à des hommes qui se battent pour la terre qui les nourrie et d’autres qui la vole pour étendre sur elle une sous culture

    les combats seront toujours violents le silence d’une geôle étant aussi violent qu’une atroce mort sur un trottoir quelconque

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