L'abécédaire de la rentrée littéraire (2/2) : de G à Z
Cette rentrée offre de réelles découvertes et des déceptions, comme chaque année, mais plus de confirmations que les précédentes : l’arrivée à maturité de romanciers qui, dorénavant, sont des auteurs importants. Voici le deuxième volet de l’abécédaire de la rentrée littéraire.
Le roman francophone retrouve le monde. Les livres lus en cette rentrée confirment une chose : la littérature ouvre un sillon nouveau. Faisant de plus en plus confiance en des récits qui mêlent fiction et non-fiction, psychologie et voyage. La littérature ose enfin envisager ce pour quoi elle est faite : boxer le réel.
G comme « Géants Non Nobélisés » (GNN)


Devrons-nous pour toujours vivre dans un monde où Joyce Carol Oates et Philip Roth, plusieurs fois annoncés en finale, n’ont pas les grâces de l’Académie Nobel ? Le 1er octobre sort en France leurs nouveaux romans respectifs.
« Fille noire, fille blanche » (Philippe Rey) fait revenir la romancière dans les années 70, dans l’Amérique des campus, et Joyce Carol Oates revient sur les tensions raciales. Un roman psychologique et démoniaque.
Chez Roth, c’est le retour du double : Nathan Zuckerman, alter ego de Roth, revient dans le New York post-11 septembre. Dans une Amérique qui va replonger en apnée : en novembre 2004, Bush est réélu. « Exit le fantôme » (Gallimard) est un grand Roth. Aussi parce que c’est une réponse en tous points -littéraire, politique, romanesque- somptueuse à « L’Ecrivain fantôme » (1979), une des premières aventures de Zuckerman.
H comme Haïti
Dany Lafferrière a toujours parlé de l’exil, de l’humour, des femmes, de la colère (souvenez-vous de « Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer »).
Mais Laferrière n’avait jamais écrit de fiction en y mélangeant ses propres poésies. Laferrière n’avait jamais parlé si intimement son l’exil. Donc « L’Enigme du retour » (Grasset) est le plus beau roman de Lafferrière.
I comme incendie

« Guide de l’incendiaire des maisons d’écrivains en Nouvelle-Angleterre » (Albin Michel) révèle un écrivain ironiste, l’Américain Brock Clarke. Un homme est accusé d’avoir cramé la maison de l’écrivain Emily Dickinson. Soudain, d’autres maisons de célèbres écrivains brûlent aussi...
Fable cynique sur le statut des Lettres, ce livre rappelle directement l’humour des meilleurs John Irving et est une vengeance littéraire contre cette Amérique en quête éternelle de coupables.
L comme Los Angeles
C’est l’autre ville de la rentrée. Outre « L.A. Story » de James Frey, « L.A. Noir » (Le Cherche-Midi), premier roman du scénariste Tom Epperson, plonge dans cette période où l’Amérique abandonnait la Prohibition, au début des années 30, quand la mafia dût passer du trafic d’alcool à la came.
« Vendetta », le nouveau R.J. Ellory (Sonatine), se déroule en partie à L.A., et entièrement dans la mafia.
O comme Ovaldé
Car « Ce que je sais de Vera Candida » est mon plus gros coup de cœur de la rentrée française.
P comme perdus
Une femme, pour PPDA (un cru honnête) et ses « Fragments d’une femme perdue » (Grasset). Son propre père pour Sorj Chalandon dans une superbe « Légende de nos pères » (Grasset), dont Pascal Riché a parlé en avant-première.
S comme « Sépharade“et comme soi (dépassement de soi)

‘Sépharade’, c’est le titre du nouveau roman d’Eliette Abecassis (Albin Michel). Où celle qui a offert de subtils livres sur le féminisme est ici parvenue à faire le roman-monde qui mêle histoires des croyances, des inconscients religieux, de l’histoire d’une religion (juive) dans le monde. Ecrit simplement, c’est le genre de fictions qu’on a envie de lire sur les religions.
Le dépassement de soi concerne deux livres superbes. ‘L’Homme qui ne savait pas dire non’, où Serge Joncour imagine Beaujour,
personnage symptomatique de notre époque consensuelle, qui n’a pas le pouvoir de dire non. Lorsqu’il rencontre une femme à son travail, il va bien devoir apprendre. Joncour, cocasse comme toujours, compose ici l’histoire d’un homme qui trouve sa voix.
‘La Délicatesse’, le meilleur David Foenkinos (Gallimard). L’histoire d’une femme en deuil, et qui à sa grande surprise va le dépasser. L’histoire d’un homme de peurs, qui à sa grande surprise va se dépasser. Un roman qui dépasse la fiction, par une créativité intense.
T comme ‘très gros coups de cœur’ (TGCC)
- ‘Trois femmes puissantes’ de Martie NDiaye
- ‘La Délicatesse’ de Davis Foenkinos (Gallimard)
- ‘L’Homme qui ne savait pas dire non’ de Serge Joncour (Flammarion)
- ‘Les Enfants de Las Vegas’ de Charles Bok (L’Olivier)
- ‘La Faculté des rêves’ de Sara Sridsberg (Stock)
- ‘Le Prisonnier’ d’Anne Plantagenet (Stock)
- ‘Honecker 21’ de Jean-Yves Cendrey (Actes Sud)
- ‘Mathilda Savitch’ de Victor Lodato (Liana Levi)
- ‘Ce que je sais de Vera Candida’ de Véronique Ovaldé (L’Olivier)
- ‘L.A. Story’ de James Frey (Flammarion)
- ‘Mal Tiempo’ de David Fauquemberg (Fayard)
V comme ville et comme Vollmann

La ville, personnage de la littérature, s’il en est. Citons, outre les berlinois évoqué plus haut, le nouveau Richard Price, ‘Souvenez-vous de moi’ (Presses de la Cité), que je vous signalais en juin, et dont nous reparlerons vite.
Citons les très belles ‘Heures souterraines’ de Delphine de Vigan (Lattès), où l’auteur qui avait tant parlé d’amour et d’anorexie, parle ici d’amour toujours et de la condition humaine dans les villes modernes, celles où nous vivons quasi effacés.
William T. Vollmann, un des plus grands auteurs yankee vivants et ancien reporter (notamment en 1982 avec des islamistes afghans), est aussi un des tout meilleurs ‘écrivains reporters’ de l’époque. ‘Pourquoi êtes-vous pauvres ?’ (2008) était un tour du monde des précaires, SDF, gens de la rue et victimes économiques.
Voici le ‘Livre des Violences’ (Tristram), une enquête de terrain critique de l’activité terroriste, défensive, militaire et policière, combinée avec certaines pensées d’ordre plus général, sur les moments où la violence pourrait être appropriée.
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Fils de pub
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Par idéal
le 19/08/2009 à 15 : 22, vu 880 fois, 8 nombre de réactions
Info non vérifiée par la rédaction du Post.
« Un roman français », tel est le titre du nouveau Beigbeder. Tirage 60 000 exemplaires et titre non moins exemplaire ; Nous reconnaissons bien là l’ex-pubeux et son art d’habiller les produits. La classe le titre mais par contre la polémique qui accompagne la sortie est nettement moins chicos.
Moins chic mais d’une efficacité redoutable puisque dans le petit milieu germanopratin il n’y a que de ce livre dont on parle pour cette rentrée ; Je devrais plutôt écrire qu’il n’y a qu’une seule affaire pour remplir les pages « culture » des magazines préférés de nos adorables bobos qui rentrent de leurs vacances dans le Lubéron.
Le précédent bouquin de Fred, écrit à deux mains avec l’inénarrable BHL, avait fait un flop compte tenu de l’artillerie médiatique qui avait entouré sa sortie alors, cette fois, il ne fallait pas se louper.
Là c’est du sérieux, du littéraire comme scandale car on parle de censure, oui oui, de censure ! Figurez-vous que pas moins de quatre pages de « l’oeuvre begbeidesque » aurait été caviardées ! C’est grave quand même ! L’éditeur, Grasset, aurait été contraint, sous la pression, de faire disparaître les mots terribles de l’auteur à l’encontre de Jean-Claude Marin (procureur de la République) ; Il faut savoir que ce dernier avait infligé à Fred une nuit supplémentaire de dépôt après son arrestation pour usage de stupéfiant sur le capot d’une voiture. Vous n’imaginiez tout de même pas que l’écrivain allait benoîtement sniffer confortablement installé au creux d’une banquette en moleskine bien à l’abri dans son club privé favori, là où il n’avait aucune chance de se faire gauler ! Vous n’y pensez pas, le truc aurait été complétement inexploitable pour un auteur de sa dimension. Tandis que là, nous sommes carrément dans le film ; Beigbeder, vêtu de blanc, penché élégamment sur la capot blanc de la Bentley de 53 (au hasard pour faire plaisir à Francky) et portant la neige immaculée à hauteur de sa narine frémissante avec à ses côtés, deux magnifiques créatures en tailleur rouge et là, pas de bol : « You’re under arrest guy ! ! ! » (pour MB).
Je voulais faire court mais là, ce n’est pas possible car je dois à l’écrivain en question de faire quand même un peu littéraire pour vous narrer son plan média. Quelques journalistes et libraires auraient reçu des exemplaires in extenso et selon la rumeur, Fred, afin de consommer sa vangeance, au lieu de tremper sa plume dans du bon virtiol première pression à froid aurait utilisé un acide frelaté, une dope coupée avec du sirop d’orgeat et il n’y avait pas de quoi, selon certains lecteurs, faire fonctionner la guillotine à manuscrits mais bon, ça arrange tout le monde, l’auteur, les médias, l’éditeur, le procureur Marin qui n’est pas le premier matelot venu puisqu’il est quand même le procureur de la République de Paris et un petit coup de pub ne peut pas nuire (après ça peut faire un bon bouquin) et moi je ne suis pas mécontent non plus de pouvoir faire un petit post sympatoche et j’allais vous oublier, vous, mes fidèles lecteurs lettrés, si toutefois vous n’avez pas été découragés par la longueur du billet.
Allez, pour vous recompenser je vous mets en prime le dessin qui va avec.
Pour le dessin c’est sur LePost.fr Lien




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