Cabinet de lecture

L'actualité des livres, par Hubert Artus.

En exclusivité, un extrait du prochain livre de James Ellroy

Publié le 25/08/2009 à 20h55

1995 : « American Tabloïd » ouvre le cycle « Underworld USA ». Un triptyque qui doit son nom au film éponyme de Samuel Fuller (titre français : « Les Bas-Fonds de New-York »).

2001 : « American Death Trip » est du même tonneau : écriture ultra resserrée, chirurgicale, et descente en flammes de l’Amérique de Kennedy, Jonhson et Hoover.

Janvier 2010 : parution en France du troisième tome. Le titre provisoire est « American Madness ». Ce dernier opus couvrira la période 1968-1972, incluant notamment la mort de Hoover, les dernières années de la guerre au Vietnam, et les premières années de la présidence Nixon.

Le roman s’articule autour de deux femmes, Kathy et Joan et est structuré autour d’un trio de trois protagonistes masculins, avec un retour de Wayne Tedrow Jr. Le second personnage masculin est Don Crutchfield, détective privé. Le troisième devrait être Pete Bondurant.

Seul mystère : comment le roman arbodera-t-il le Watergate, Ellroy ayant souvent clamé que ce scandale ne l’intéressait pas.

En exclusivité, Rue89 publie ici quelques toutes premières lignes, à peine sorties de traduction (par Jean-Paul Gratias). Un passage qui se trouve entre le prologue (« Los Angeles, 24/2/64 ») et le premier chapitre (« Wayne Tedrow Junior. Las Vegas, 14 juin 1968 »). Quelques lignes, juste pour la saveur :

« L’AMÉRIQUE

Le nez au carreau, j’ai espionné notre Histoire pendant quatre ans. Ce fut une longue enquête itinérante et une extorsion à coups de pied dans la porte. J’avais le droit de voler et la bride sur le cou.

J’ai suivi des gens. J’ai posé des micros et mis des téléphones sur écoute et j’ai suivi les grands événements par ellipses. Je suis resté dans l’ombre. Mon travail de surveillance établit le lien entre “ Alors ” et “ Maintenant ” d’une façon qui n’a jamais été révélée auparavant. J’étais là. Mon reportage est étayé par des rumeurs plausibles et des indiscrétions d’initiés. Des masses de documents écrits permettent de le vérifier. Ce livre est construit sur des documents publics détournés et des journaux intimes dérobés. Il représente la somme de mon aventure personnelle et de quarante années d’études approfondies. Je suis à la fois un exécuteur littéraire et un agent provocateur. J’ai fait ce que j’ai fait et j’ai vu ce que j’ai vu et c’est à force de travailler sur le sujet que je suis parvenu à découvrir le reste de l’histoire.

La véracité pure des textes sacrés et un contenu du niveau des feuilles à scandales. C’est cet assemblage qui lui donne tout son mordant. Vous portez déjà en vous le germe grâce auquel vous vous laisserez convaincre. Vous vous rappelez l’époque que ce récit fait revivre et vous pressentez qu’il s’agit d’une conspiration. Je suis venu vous dire que tout est vrai et que ce n’est pas du tout ce que vous pensez.

Vous me lirez avec une certaine réticence et vous finirez par capituler. Les pages qui suivent vous contraindront à succomber.

Je vais tout vous raconter. »

(Extraits publiés avec l’aimable autorisation du traducteur et des éditions Rivages, que nous remercions.)

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  • regi
    regi
    luthier à Bratislava
    • Posté à 21h03 le 25/08/2009
    • Internaute 30490
      luthier à Bratislava

    bjr,
    Deux ou trois personnages masculins ?
    Et pas de Pete Bondurant ! Trop triste.

    Et pourquoi n’a-t-il pas été traduit par Michalsky ?

    • Hubert Artus
      Hubert Artus répond à regi
      Rue89
      • Posté à 21h18 le 25/08/2009
        rédacteur
      • Journaliste 56
        Rue89

      Vous aurez remarqué que, depuis quelques livres et nouvelles, le traducteur d’Ellroy n’est plus Michalski, mais Gratias...

      • regi
        regi répond à Hubert Artus
        luthier à Bratislava
        • Posté à 21h21 le 25/08/2009
        • Internaute 30490
          luthier à Bratislava

        OK mais il avait traduit les deux premiers...
        Et alors pas de sursis pour Pete ?

         
        • Hubert Artus
          Hubert Artus répond à regi
          Rue89
          • Posté à 21h28 le 25/08/2009
            rédacteur
          • Journaliste 56
            Rue89

          Gratias avait traduit le deuxième tome.
          Pour Bondurant, on peut gager qu’il sera le troisième homme...

          • ClmClm
            ClmClm répond à Hubert Artus
            Turbo Diesel Injection
            • Posté à 01h18 le 26/08/2009
            • Internaute 76889
              Turbo Diesel Injection

            Je me rappelle avoir moins apprécié le rythme d’American Death Trip - et j’avais mis ça justement sur le dos de l’absence de Michalsky (dont j’apprécie le boulot chez Palahniuk aussi).

            C’est une déception de le savoir à nouveau manquant à l’aventure.

            • Sergio-Bak
              Sergio-Bak répond à ClmClm
              Gribouilleur
              • Posté à 20h59 le 26/08/2009
              • Internaute 83730
                Gribouilleur

              Bonsoir,
              Dans « Death trip », le changement de rythme induit tant de répétitions, de martèlement de formules,(voire de phrases si brèves qu’elles semblent parfois à la limite de l’interjection) qu’il ne me paraît pas seulement dû au traducteur, mais bien à une violence accrue de l’écriture originale.

              Il faudrait comparer en lisant Ellroy dans le texte, mais heu... Compétence et courage, du coup !

              J’ai cru comprendre que le départ de Michalsky après « Tabloïd » était dû à un désaccord « de fond » avec Guérif (d’après ce dernier).
              Parfois, le lecteur aimerait bien en savoir plus sur le « fond » en question...

              Quand au Watergate, puisqu’Ellroy s’en désintéresse -pas étonnant- je ne serai guère surpris qu’il ne traite la chose à la manière du couple Marilyn-JFK dans « Tabloïd », en grand farceur qu’il peut être...

              Vivement que ça sorte, en tout cas !

        3 autres commentaires
  • A-A
    A-A
    En perdition (comme la planète)
    • Posté à 21h13 le 25/08/2009
    • Internaute 48720
      En perdition (comme la planète)

    yeahhhhhhhhhh

    Ca fait des années que je l attends celui-là.

    « American Tabloïd » et « American Death Trip » sont, selon moi, les 2 meilleurs romans d Ellroy (bien meilleur que le Dalhia Noir que je trouve très surquotés - mais chacun ses goùts)

    Allez, plus que 5 mois à attendre...... avant de se replonger dans l univers des tarés, fous furieux, et magouilleurs en tout genre.

    ca me laisse 5 mois pour relire les 2 premiers (que j ai déjà lu 3 fois chacun : D)

    • Resnick
      Resnick répond à A-A
      Traducteur
      • Posté à 22h33 le 25/08/2009
      • Internaute 88548
        Traducteur

      Petites précisions :

      A la fin du 2e tome, Pete Bondurant, très fatigué, avait pris sa retraite.
      Dans le dernier volet, les personnages principaux sont :
      le trio Wayne Tedrow Junior, l’agent Dwight Holly (bras droit de Hoover) et un petit nouveau, Don Crutchfield (dit Crutch) ;
      ajoutons à cela Jean-Philippe Mesplède, le Frenchie, toujours en forme pour casser du Rouge.
      Quant aux personnages féminins, il y en a quatre absolument remarquables : Joan, Celia, Karen et Mary Beth.
      Et en guest stars, des personnages réels : Howard Hughes, Nixon, Bebe Rebozo, Humphrey, Sal Mineo, et même Leonard Bernstein.

    • JFKbis
      JFKbis répond à A-A
      Libraire
      • Posté à 15h49 le 26/08/2009
      • Internaute 88598
        Libraire

      Si vous aimez vous plonger dans l’univers des « tarés, fous furieux, et magouilleurs en tout genre », lisez donc le « Mortelles connivences » d’André Delauré.
      Vous ne serez pas déçu.
      Le premier tome, « La banquière », décortique le monde glauque de l’argent pas net, et le second, « Les sous-traitants », encorne le milieu judiciaire, le tout sur fond de meurtres et suicides télécommandés.
      Comme dans l’univers d’Ellroy, vous aurez la joie de voir passer des stars de l’actu politique des années 2003 et 2004.
      Passionnant.

      • A-A
        A-A répond à JFKbis
        En perdition (comme la planète)
        • Posté à 19h31 le 26/08/2009
        • Internaute 48720
          En perdition (comme la planète)

        Merci pour le tuyau
        je les mets sur ma prochaine liste d achats.....

  • Avril
    • Posté à 23h14 le 25/08/2009
    • Internaute 24503

    Ah ? J’avais cru lire quelque part qu’Ellroy préparait plutôt une suite à « ma part d’ombre »... quelque chose comme « la rouquine »... intox, donc ?

    • Resnick
      Resnick répond à Avril
      Traducteur
      • Posté à 17h16 le 26/08/2009
      • Internaute 88548
        Traducteur

      La suite à « Ma part d’ombre est déjà écrite », elle s’appelle « Hilliker’s Curse ». Sortie chez Rivages à une date indéterminée (sans doute en 2011).

  • REMARQUEUR -Compte bloque-
    • Posté à 17h20 le 26/08/2009
    • Internaute 78816
      freelance

    Trop cool merci.
    Pete Bondurant reprazent !
    Il parait qu’HBO (Rome, les Sopranos, The Wire) a acheté les droits de la trilogie pour en faire une série...
    Tu aurais pu peut-être en profiter pour nous tenir au courant d’où ça en est...

    • A-A
      A-A répond à REMARQUEUR -Compte bloque-
      En perdition (comme la planète)
      • Posté à 21h43 le 28/08/2009
      • Internaute 48720
        En perdition (comme la planète)

      HBO + les meilleurs boukins d Ellroy
      ouhaaaaaaaaaa, ca va etre énorme ! ! ! !

  • Resnick
    Resnick
    Traducteur
    • Posté à 21h40 le 26/08/2009
    • Internaute 88548
      Traducteur

    à Sergio-Bak

    Non, le changement de rythme entre « Tabloid » et « Death Trip » n’est pas le fait du traducteur — quel qu’il soit, il doit rendre compte du style de la v.o.

    Voici 2 courts extraits :

    « American Tabloid », chap. 33 :

    « Banister supplied files and pedigree notes. Pete narrowed his prospects down to three men. His hotel room was file-inundated. He was deluged with rap sheets and FBI reports—the far-right South captured on paper. »

    « The Cold Six Thousand » (American Death Trip en France), chap. 22 :

    « The Summit. The penthouse and the Dunes—one big table.
    Decanters. Siphons. Candy and fruit. No cigars—Moe Dalitz was allergic. »

    • Sergio-Bak
      Sergio-Bak répond à Resnick
      Gribouilleur
      • Posté à 10h54 le 27/08/2009
      • Internaute 83730
        Gribouilleur

      Bonjour,
      Merci pour votre exemple, c’est donc bien ce que je supposais, un choix stylistique de la part d’Ellroy...

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