Chez Philippe Madelin

Les questions de sécurité analysées par un expert, Philippe Madelin, ancien journaliste et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet.

Clearstream : quand le procureur Marin condamne avant procès

Philippe Madelin
Journaliste
Publié le 29/08/2009 à 17h05

C’est la nouvelle mode au palais de justice de Paris : certains procureurs prononcent des condamnations avant même que les juges aient débattu des faits.

Nouvel épisode de cette curieuse pratique avec les déclarations du procureur Jean-Claude Marin à Europe 1,en préliminaire du procès Clearstream qui doit voir comparaître Dominique de Villepin, ancien Premier ministre, à partir du 21 septembre devant le TGI de Paris :

« Il y a le rôle de M. de Villepin dont les juges (d’instruction) disent qu’il est l’instigateur premier de l’ensemble du système (...) je dis qu’il est un des bénéficiaires collatéraux mais parfaitement conscient.

Je pense qu’il y a, par-delà un effet d’aubaine dans un combat politique que l’on connaît, il y a une utilisation frauduleuse d’une information que l’on savait fausse par un corbeau que l’on connaissait. » (Ecouter le son)

Audio file

Interview du procureur Jean-Louis Marin sur Europe 1 à propos du procès Clearstream

En outre le procureur Marin désigne comme corbeau l’ancien haut responsable d’EADS Jean-Louis Gergorin.

« Délit par abstention ou par conviction ? »

Dans l’entourage de Jean-Louis Gergorin, on se refuse à tout commentaire, en insistant sur le fait qu’on ne fait pas le procès avant le procès. Défenseur de Villepin, sur France Info, Olivier Metzner s’interroge :

« Est-ce qu’il s’exprime de sa propre initiative ? [Le procureur Marin] replace ce procès dans un contexte politique (...) ce qui me surprend quelque peu pour un magistrat qui est là pour faire du droit et pas de la politique. »

Pour Me Metzner, le procureur parle maintenant d’un « délit par conviction » après avoir évoqué un « délit par abstention, ce qui n’existe pas en droit », alors qu’il ne s’agit dans ce dossier « que d’une construction intellectuelle ».

Des pratiques dignes des justices soviétique ou chinoise

Outre une simplification pour le moins abusive de l’affaire, en particulier concernant le rôle de Gergorin, et une atteinte caractérisée à la présomption d’innocence, le procureur Marin adopte une position digne de la justice soviétique où le procureur désignait le coupable au tribunal chargé de juger.

La justice chinoise a au demeurant repris le même principe au nom de la prééminence de l’intérêt du peuple sur toute autre considération.

Déjà, le procureur Jean-Claude Kross, avocat général dans le procès Colonna en appel, m’avait annoncé quinze jours avant le procès quel en serait l’issue : Yvan Colonna devait être condamné à perpetuité, peine de sûreté maximum à l’appui.

Les vrais juges sont désormais les procureurs, qui semblent bénéficier d’une impunité absolue.

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  • Duc du Granlac
    Duc du Granlac
    Républicain
    • Posté à 17h29 le 29/08/2009
    • Internaute 86373
      Républicain

    Quand le sarkosysme s’effondrera il ne faudra pas oublier de tondre tout ses serviteurs zélés.

    Cette justice est une honte, je ne suis pas partisan de Villepin mais la faut bien reconnaitre que la méthode consistant à utiliser de manière si ostentatoire la justice pour régler des comptes politiques est affreuse.

    • Cinsault
      Cinsault répond à Duc du Granlac
      Graine de rosé
      • Posté à 17h56 le 29/08/2009
      • Internaute 24720
        Graine de rosé

      Et encore il y a encore des juges d’instruction plus ou moins indépendants pour mener l’enquête.
      Avec la réforme que veut Sarkozy, dans quelques mois, c’est ce procureur qui mènerait l’enquête à sa guise (ou à celle de ses supérieurs ...)

      • tlaloc
        tlaloc répond à Cinsault
        Retraité
        • Posté à 18h42 le 29/08/2009
        • Internaute 47359
          Retraité

        même pour l’Europe dans ce cas la justice française ne sera plus considérée comme indépendante ( les procs dépendent du ministre)

  • Terence
    • Posté à 18h17 le 29/08/2009
    • Internaute 15208

    Dans l’affaire Daniel Massé, c’est encore mieux, le président faisait des enquêtes à charge avant de diriger les débats et cela n’a choqué personne...

    Aujourd’hui, il y a une requête en révision, surtout, ne rien dire, ne pas en parler...

    Si l’on considère le fiasco judiciaire que cela représente, on comprend pourquoi. On inaugure la possibilité d’appel du parquet des acquittements aux assises par de multiples violations et irrégularités - à commencer par l’utilisation rétroactive, et par une monumentale erreur judiciaire.

    Que de dégâts, que d’incapacité, quel gâchis...

    Lien

  • tlaloc
    tlaloc
    Retraité
    • Posté à 18h38 le 29/08/2009
    • Internaute 47359
      Retraité

    Le juge suprême (et parti également) a tranché mais qui est vraiment à l’origine de cette manipulation ?

  • Philippe Mahieu de Warelles
    • Posté à 18h59 le 29/08/2009
    • Internaute 18856
      La Rochelle

    .../... » et une atteinte caractérisée à la présomption d’innocence, le procureur Marin adopte une position digne de la justice soviétique où le procureur désignait le coupable au tribunal chargé de juger.

    La justice chinoise a au demeurant repris le même principe au nom de la prééminence de l’intérêt du peuple sur toute autre considération. « 

    Analyse un peu sommaire d’un excellent journaliste (peut être) mais d’un bien piètre juriste (surement)

    L’intervention du procureur de Paris n’est pas scandaleuse. Il est, en tant que partie au procès, libre de donner son avis sur une affaire qu’il connait bien. Pourquoi ne devrait il y avoir que les avocats de la défense ou de la partie civile, et les journalistes autorisés à s’exprimer publiquement ? ?
    Certes, ce type d’intervention est rarissime, mais juridiquement fondée, et rien ne justifie les comparaisons ignobles de votre article, d’autant plus que notre système judiciaire prévoit bien que c’est le Procureur qui doit désigner le coupable au tribunal et demander un quantum de peine. La “justice soviétique” c’est autre chose. Vous êtes ou trop jeune ou trop mal renseigné.

    • Ph.Madelin
      • Posté à 19h39 le 29/08/2009
      • Internaute 61629
        écrivain

      Désolé pour vous, mais la référence aux systèmes judiciaires chinois et soviétique est précise, je les ai étudiés sur place. Je ne suis ni jeune ni inexpérimenté. J’ai même beaucoup travaillé la question. En Chine en compagnie de magistrats fameux et célèbres en France. En France, le procureur doit en effet requérir devant le tribunal pour énoncer les preuves et réclamer une peine. Mais pas en dehors du tribunal et avant les débats, c’est une faute déontologique grave.
      En principe elle est même un motif majeur de cassation. Sans compter l’atteinte à la présomption d’innocence qui est un délit relevant du TGI.
      Ma comparaison n’a rien « d’ignoble » ( je ne m’amuse pas à employer ce langage), elle est simplement réaliste.
      Cette affaire m’inquiète en effet car elle révèle une dérive pour le moins inquiétante de certains de nos magistrats.
      En plus, vous observerez que je parle à visage découvert, pas vous puisque je ne vois qu’une tête de bébé. C’est bien de porter des jugements « sévères » sans avoir le courage de les assumer.
      C’est chez moi une position constante.

      • FabiendeMénilmontant
        FabiendeMénilmontant répond à Ph.Madelin
        journaleux - blogueur
        • Posté à 19h58 le 29/08/2009
        • Internaute 14145
          journaleux - blogueur

        La tactique du clan Sarko est d’attaquer dès maintenant… car l’appel pour le piratage du compte Sarko ne sera examiné qu’en octobre.
        Dans cette histoire, Sarkozy a comme handicap d’être président (article 67), et par conséquent il y a sursis à statuer jusqu’à un mois après cessation de ses fonctions (mai 2012, 2017 ?).
        Si, pour une simple escroquerie de 167€ où le plaignant demande un euro la justice se refuse à se prononcer, il est logique que le Château prenne peur et fourbisse ses armes. Car l’Elysée craint que les magistrats de Paris fassent comme ceux de Versailles. Tout est bon, donc, pour emm… bêter Villepin et faire diversion afin que personne ne parle de cette saloperie d’escroquerie.
        D’ailleurs… Rue89 n’a jamais décortiqué le jugement, il me semble, ni annoncé que l’appel ne serait examiné qu’après l’ouverture de l’affaire Clearstream. L’Elysée avait pourtant tout tenté, début juin, avant les Européennes, sous couvert d’une ministre sur le départ, qui n’avait donc rien à perdre.
        Et ce ne sont pas les conclusions du rapport Léger (dans le JDD avant d’être sur le bureau de notre bon mètre) qui y feront quelque chose… ;) Elles vont, bien entendu, à l’encontre de ce que préconisait le Conseil de l’Europe :
        Lien
        mais Sarkozy n’en a cure.

      • Boréale77
        Boréale77 répond à Ph.Madelin
        • Posté à 09h15 le 30/08/2009
        • Internaute 19404

        N’oublions pas que Marin a créé l’affaire Julien Coupat. Il est de tous les coups tordus de ces deux dernières années.

        Voir biographie Marin sur wikipedia. On dirait Pasqua. Genre.

      • Philippe Mahieu de Warelles
        Philippe Mahieu de Warelles répond à Ph.Madelin
        La Rochelle
        • Posté à 10h31 le 30/08/2009
        • Internaute 18856
          La Rochelle

        Mais justement, le Proc, ici, n’a pas fait de requisitions, il s’est simplement exprimé, comme il en a le droit et comme en on le droit les avocats des prevenus et des parties civiles (et même les journalistes).
        Si vous avez etudié serieusement les systèmes judiciaires soviétiques et chinois, il n’aurait pas du vous échapper que se sont des systèmes radicalement differents du notre, comme peut l’être aussi le système anglo saxons de « common law »

        Pour trés rares qu’elles soient, ces interventions n’ont rien d’illégales et ne sauraient entrainer la cassation comme vous le prétendez.

        C’est pourquoi je maintiens que comparer notre système judiciaire aux sytème soviétique ou chinois et ignoble, que cela vous plaise ou non. Pour avoir lu certains de vos articles, je peux vous dire que dans les pays en question, vous ne les auriez jamais publié et peut être même seriez vous allé faire un séjour au goulag. Vous voyez donc bien que notre système n’a rien à voir avec ceux que vous citez, et que comparer le notre à ceux la est, effectivement, IGNOBLE.

        Quant à vos commentaires sur mon avatar, ils en disent plus sur vous que sur moi.........

         
        • piecam
          piecam répond à Philippe Mahieu de Warelles
          capenoule
          • Posté à 14h59 le 30/08/2009
          • Internaute 60079
            capenoule

          Il y a le rôle de M. de Villepin dont les juges (d’instruction) disent qu’il est l’instigateur premier de l’ensemble du système (…) je dis qu’il est un des bénéficiaires collatéraux mais parfaitement conscient.

          Le procureur « s’exprime »... Et il est est le seul a avoir le droit ?
          Mais où est la présomption d’innocence dans cette phrase ?
          Le procureur a déjà condamné M. de Villepin avant le procès.
          Où est le soit-disant secret de l’instruction ?
          Pourquoi inculper des journalistes quand un procureur le bafoue aussi ouvertement ?

          La comparaison avec les systèmes soviétique et chinois est peu-être injustifiée mais celle-ci me paraît plus pertinente :
          Acte constitutionnel n° 7 du 27 janvier 1941
          Nous, maréchal de France, chef de l’État français,
          Vu la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940.
          Décrétons :

          Article premier.
          Les secrétaires d’État, hauts dignitaires et hauts fonctionnaires de l’État prêtent serment devant le chef de l’État. Ils jurent fidélité à sa personne et s’engagent à exercer leur charge pour le bien de l’État, selon les lois de l’honneur et de la probité.

          Au moins, les choses étaient claires.

          • Ph.Madelin
            Ph.Madelin répond à piecam
            écrivain
            • Posté à 21h28 le 30/08/2009
            • Internaute 61629
              écrivain

            Ça c’est encore plus assassin que moi. Merci cher lecteur de rappler les abominations de cette période. Mais, attention, on va vous traiter d’ignoble !

        • Ph.Madelin
          • Posté à 16h16 le 30/08/2009
          • Internaute 61629
            écrivain

          Je ne discute pas avec un avatar, seulement avec des personnes qui se découvrent. Les interventions du proc hors procédure peuvent même être considérées comme des motifs de cassation.
          Et cessez d’utiliser des gros mots : vous vous dévalorisez.
          Il est en effet évident que dans le système soviétique j’aurais été condamné au Goulag ( savez-vous au moins ce que ça veut dire : seulement Direction des Camps ?)
          J’ai en effet étudié très sérieusement les systèmes soviétiques et chinois. Le premier grâce à des interlocuteurs universitaires, le second sur place. Priorité au Parquet, qui détermine les culpabilités, ensuite au tribunal de « débattre » sans possibilité de choix.

  • affreuxjojo
    • Posté à 19h46 le 29/08/2009
    • Internaute 29421

    En portant atteinte à la présemption d’innocence et en faisant preuve de partialité le procureur Marin fait exactement ce qu’avais fait Sarkozy dans l’affaire Colonna. Ce procureur est depuis toujours aux ordres de celui qui le maintient ou l’élève à son poste.
    Ayant toujours fait preuve d’une remarquable capacité pour sentir d’où vient le vent, le procureur Marin agit avec rigueur et opiniatreté dans deux directions précises. D’une part, classer sans suite ou faire trainer jusqu’à la prescription les affaires ou son maître, ses proches et ses amis pourraient être mis en cause. D’autre part, diligenter, enrichir, préjugé et publier les affaires mettant en cause les adversaires de son maître, de ses proches et de ses amis. Le juge Corrouye ami proche de Sarkozy fait exactement la même chose dans les Hauts de Seine, c’est à dire là ou l’ascension politique de Sarkozy a laissé nombre de traces politico-financière.
    La transformation d’une république de droit (ou fonctionne la séparation des pouvoirs garante de la démocratie) en république bananière (ou l’ensemble des institutions est mis au service exclusif d’un clan ou d’une oligarchie) est en cours. Le projet de suppression des juges d’instruction va dans le même sens
    Les Français risquent de se réveiller un poil trop tard.

    • Boréale77
      Boréale77 répond à affreuxjojo
      • Posté à 09h19 le 30/08/2009
      • Internaute 19404

      Il n’anticipe rien du tout le Marin. Il obéit. Il anticipe le prochain statut de fonctionnaire du procureur. C’est le scandale. Absolu.

  • sinclair
    • Posté à 21h42 le 29/08/2009
    • Internaute 2580

    Ils anticipent juste le futur rôle du Parquet. Ils s’entrainent quoi ! Ça promet pour l’avenir plus besoin de Juge, directement jugés dés qu’arrêtés. Un must on pourra même fermer quelques tribunaux de plus et faire des économies de personnels judiciaire.

  • Kereven
    • Posté à 21h43 le 29/08/2009
    • Internaute 29900

    De toutes ces affaires judicaires en cours, je me demande ce que sont devenues celles portant sur les ventes de sous-marins au Pakistan ? Les documents devaient être déclassifiés. Etrangement, on parle plus et plus longtemps des affaires touchant les opposants au régime actuel que celles concernant le pouvoir. Entre Colonna, Coupat et De Villepin, et la répression hypocrite contre les profs, les élèves et étudiants, certains syndicalistes, il y a de quoi s’inquiéter de l’avenir de notre droit.

    • Ph.Madelin
      Ph.Madelin répond à Kereven
      écrivain
      • Posté à 09h31 le 30/08/2009
      • Internaute 61629
        écrivain

      A ma connaissance classé sans suite faute de preuves suffisantes. C’est à vérifier.

  • Le Yéti
    Le Yéti
    yetiblog.org
    • Posté à 21h47 le 29/08/2009
    • Internaute 6095
      yetiblog.org

    RAR (Rien À Rajouter)

    Je ne trouve jamais rien à rajouter aux billets de Philippe Madelin. Mais je sais pourquoi j’ai mis leur auteur parmi « mes voisins » favoris de la Rue89 : à chaque fois impeccable dans ses arguments, tous tirés au cordeau. Comme ici.

    • zorbeck
      zorbeck répond à Le Yéti
      • Posté à 11h20 le 30/08/2009
      • Internaute 9110

      Impeccable dans ses arguments, je ne crois pas. Si on s’arrête à la forme, peut-être, mais sur le fond c’est un gros zéro. Dans n’importe quelle démocratie parlementaire qui se respecte, c’est Chichi qui aurait été inquiété. Mais nous sommes en France, Fouché est apparemment une référence acceptable quand on fait de la politique (c’est même Villepin qui le dit), des indications claires de toute la manigance du clan Chirac ont percé dans la presse (il suffit de consulter les archives du Monde ou les carnets de Rondot) mais bien sur il n’y a rien à voir, tout ça fait partie de la normalité ambiante.

      Je rappellerai quand meme qu’aux US, Nixon est tombé pour beaucoup moins que ca, d’avoir utilisé des services secrets pour s’informer de la stratégie de ses rivaux politiques. Ici, c’est carrément une machination politique via des juges et des documents truques, et vous applaudissez Madelin de ne surtout pas le voir, je ne comprends pas votre logique.

      Je comprends que l’on puisse s’offusquer du non respect du droit comme dans l’affaire Coupat, mais ici il y a des éléments solides qui méritent un peu plus d’attention que des arguties juridiques de forme plutôt que de fond. Je suppose évidemment que l’idée ne viendrait meme pas à Madelin de mettre Chirac en cause, puisque ce serait aller à l’encontre de la loi, que Chichi a promu juste avant de partir. Conception bien particulière d’un etat de droit, en effet, qui en ce qui me concerne ne vaut pas beaucoup de respect...

      L’ironie, que beaucoup des agitateurs anti-Sarko à 2 balles ne voient même pas, c’est que pérenniser le statut intouchable du President, c’est bien au nain de l’Elysee que ca profitera. Il se garde d’ailleurs tres bien de mettre Chichi en cause, ne me demandez pas pourquoi.

      • Ph.Madelin
        Ph.Madelin répond à zorbeck
        écrivain
        • Posté à 16h23 le 30/08/2009
        • Internaute 61629
          écrivain

        Vous avez tort au moins sur un point capital : j’ai fortement mis en cause Chirac dans plusieurs livres, au point que son clan me considère toujours comme un ennemi. Je ne suis pas contre ou pour quelqu’un : je raconte et j’analyse.
        En plus vous ignorez sûrement que je connais personnellement M. Marin qui, par le passé, a donné instruction de me livrer en totalité un dossier judiciaire avant les audiences au tribunal.
        Je ne suis pas un agitateur anti-Sarko, sa dérive judiciaire m’inquiète.
        A propos : avant de vous prononcer, consultez donc la rubrique à mon nom sur Wikipedia.
        A propos : j’aime bien parler à visage découvert, et j’apprécie quand mes interlocuteurs enlèvent leur masque. C’est une politesse fondamentale, non ?

         
        • zorbeck
          zorbeck répond à Ph.Madelin
          • Posté à 07h57 le 31/08/2009
          • Internaute 9110

          Vous ne me répondez pas sur le fond. Que le procureur ait dépassé les bornes de la coutume - et non la loi - en exprimant ses convictions avant le procès est pour moi un détail, et je ne suis d’ailleurs pas convaincu que cela soit contraire aux intérêts de la défense.

          Le problème n’est pas là. Le problème, c’est l’intouchabilité du Président que tout le monde oublie, et vous en premier. Il est évident que le commanditaire véritable se trouvait à l’Elysée, mais tout le monde ferme les yeux, vous y compris. C’est ça que je dénonce. Le pouvoir présidentiel dispose en France d’un statut et de prérogatives monarchiques qui lui permettent des pratiques qu’aucune autre démocratie parlementaire ne tolèrerait : ce fut le cas des écoutes de Mitterrand, ca a été le cas ici de la tentative d’instrumentalisation de juges par le duo Villepin/Chirac, et ca risque de l’être une fois de plus avec Sarko, si ce n’est pas déjà fait. Bien sur que toute dérive judiciaire est inquiétante, je ne dis pas autre chose, à ceci près que pour moi la véritable dérive, c’est bien d’ignorer le cas Chirac, et de maintenir ainsi, sans la plupart du temps s’en rendre compte, une autoroute ouverte pour son successeur. Sur le fond, il ne sert à rien de couper la tête au Roi si c’est pour en arriver comme aujourd’hui à élire un monarque tous les 5 ans (qu’il soit de droite ou de gauche ne change rien à mon propos).

          Pour ce qui est du masque, je veux bien être poli mais je crains fort qu’il n’y ait quiproquo.

        1 autres commentaires
    • cabral amilcar
      cabral amilcar répond à Le Yéti
      peureux célèbre
      • Posté à 21h55 le 30/08/2009
      • Internaute 29973
        peureux célèbre

      très juste mais aidons les gens à comprendre un peu :

      l’affaire clearstream était un danger énorme pour la finance internationale il fallait donc la dégonfler et discréditer le dossier, ça c’est le 1 à ne pas perdre de vue, clearstream est le noeud de la corruption et de la magouille internationale, le pot au rose et la poule au oeufs d’or perché dessus, la boite de pandore, etc, il fallait écarter et éloigner la vérité susceptible d’éclater dans le dossier clearstream

      2 des petits malins professionnels ont cru intelligent de profiter de cet enfumage du dossier clearstream pour marquer des points politiques, on ajoute des noms bidons pour décrédibiliser le dossier et au passage quelques noms de gens gênants éclaboussés au passage

      dans ce 2 encore 2 possibilités, soit chirac avec villepin a voulu utiliser le dégonflage du dossier clearstream pour mouiller sarkozy, soit sarkozy pour se poser en victime et s’offrir un blanchiment express s’est rajouté lui même dans les listes à la recherche du crime parfait, comme tous les grands mégalo

      on résoudra ce dilemne entre les 2 possibilités du 2 en trouvant quel était, de chirac ou de sarko le plus proche des milieux de blanchiment d’argent et d’évasion fiscale, un avocat premier de cordée en suisse serait évidemment le plus actif à vouloir dégonfler le dossier

      en conclusion l’arbre cache la forêt, la bombe c’est clearstream, le dossier chaud, c’est clearstream, le reste n’est qu’enfumage politicien dont il n’est pas très difficile de voir le bénéficiaire à l’élysée.

      • zorbeck
        zorbeck répond à cabral amilcar
        • Posté à 17h59 le 31/08/2009
        • Internaute 9110

        « très juste mais aidons les gens à comprendre un peu “

        Franchement, vous ne manquez pas d’air, si je peux me permettre...

        Avant de donner des leçons aux gens vous feriez bien de vous renseigner vous meme sur le fonctionnement des marchés des capitaux et en particulier d’essayer de comprendre ce qu’est une chambre de compensation internationale.

        Je ne vais pas perdre mon temps à en expliquer le fonctionnement mais je signalerai quand meme que ce que vous en comprenez est exactement sur quoi les auteurs de la manipulation ont sciemment misé : pas grand-chose. En gros, l’ignorance crasse du pekin de base en matière de finance, combinée au coté usine à fantasmes développé par le Dupont et Dupond du journalisme d’investigation financière qui n’y comprenait guère plus, je songe à l’innérarrable Denis Robert.

        Pour faire court : pas plus qu’une banque traditionnelle, Clearstream n’a d’intéret à rendre public les transactions qu’elle assure, pour la raison simple que ses clients, désireux de garder la confidentialité de leur stratégie d’investissement, iraient voir ailleurs (ce qui ne veut pas dire qu’un juge ne doive pas avoir accès aux transactions)... Alors la foret, la bombe, le dossier chaud genre blanchiment d’argent ou evasion fiscale c’est surtout le signe que vous meme n’y comprenez pas grand-chose...

        Chichi et Villepin ont pris les Français pour des cons, et non seulement ca a marché, mais ça marche encore...D’un autre coté, le Petit ne s’est pas beaucoup gèné non plus avec l’électorat de Lepen, et ça aussi ça a marché, meme mieux d’ailleurs.

        Le populisme, qu’il soit de gauche ou de droite, voila la recette pour qui a de l’ambition en politique, ça marche toujours...

  • Servais-Jean
    • Posté à 23h23 le 29/08/2009
    • Internaute 4591
      43

    « Les vrais juges sont désormais les procureurs, qui semblent bénéficier d’une impunité absolue. »

    Comme ils sont toujours bien obéissants pourquoi voulez vous que leur hiérarchie politique les punisse ?
    Un maître ne punit pas un élève qui fait tout ce qu’il ordonne de faire.
    Et comme cadeau en remerciement de leur soumission le pouvoir politique va leur confier la conduite des enquêtes qu’ils pourront mener dans le bon sens, celui qui arrange le pouvoir exécutif.
    Déjà que l’UMP, en plus du pouvoir exécutif, détient le pouvoir législatif Sarco aura toutes les cartes en main .... sauf la rue.

  • Reversus
    Reversus
    Blogueur
    • Posté à 00h50 le 30/08/2009
    • Internaute 88871
      Blogueur

    Bravo à Rue 89 et à Philippe Madelin qui ose s’exprimer sur le sujet face à une presse française totalement léthargique.

    Je suis moi aussi revenu en détails dans un article sur les multiples éléments qui permettent aujourd’hui de parler d’une instrumentalisation de la justice.

    Lien

    • Boréale77
      Boréale77 répond à Reversus
      • Posté à 09h22 le 30/08/2009
      • Internaute 19404

      A ce stade là la justice n’est pas instrumentalisée : elle n’existe plus ! ! !

      On pourrait aussi interdire tant qu’on y est les avocats : en effet, pourquoi envoyer des avocats vu que les résultats sur les dossiers politiques sont connus d’avance ?

  • Serviant
    Serviant
    lost in Saigon
    • Posté à 05h33 le 30/08/2009
    • Internaute 84172
      lost in Saigon

    Le precedent Consul General a Ho Chi Minh ville, Villepiniste convaincu, a ete mute a Paris ...

    Responsable d’un service informatique ... ca le fait pour un Consul !

  • Boréale77
    • Posté à 09h12 le 30/08/2009
    • Internaute 19404

    1/ Et on sait aussi que la cour de justice européenne a condamné la France et le manque d’indépendance du parquet français.

    Jean Claude Marin est une insulte à la séparation des pouvoirs. C’est une gabegie absolue.

    2/ Et je suis certaine que Sarkozy pour avoir tant de gens à sa talonnette doit avoir des fichiers : en tant que Ministre à Bercy et Ministre à Bauveau il a tout un tas d’infos, de dossiers.

    C’est chantage à tous les étages.

  • zorbeck
    • Posté à 10h41 le 30/08/2009
    • Internaute 9110

    Bien sur. Les fameux carnets du général n’ont jamais existé, Villepin n’a jamais dit à F.O. Gisbert, au moment où Gergorin distribuait ses tracts, que « si les journalistes font leur travail, il [Sarko] ne s’en sortira jamais », tout ça c’est de la calomnie... Un peu comme en Corse, où un préfet ne s’est jamais fait assassiner. Quant au secret-défense qui entoure l’histoire des frégates, ça doit être l’étranger qui nous l’impose, on ne ferait pas ça chez nous..

    Procès impossible et malvenu, puisque nous sommes en R.F., c’est ça le message ?

  • spin590
    • Posté à 11h09 le 30/08/2009
    • Internaute 12856

    Que l’on soit Sarkosiste ou pas, il y a de quoi s’inquiéter.
    Certes Mr Marin a le droit d’exprimer une opinion en dehors de l’enceinte du tribunal, mais il doit respecter le devoir de réserve et la présomption d’innocence pour ce qui concerne les « preuves matérieles et les sources » dont il parle.
    On sent la certitude du soutien du chef, voire même les directives du supérieur hiérarchique.
    Quelle que soit l’idéologie au pouvoir, la réforme judiciare, dont la principale mesure est la suppression du juge d’instruction, aura au moins une conséquence positive, c’est la suppression des procès remplacés par des jugements à priori, dans les affaires qui gêneront les politiques au pouvoir.
    Voilà peut être une façon de réaliser des économies, mais certainement pas de faire perdurer l’état de droit que nos ancêtres ont réussi à instaurer, parfois au prix de leur vie.

  • machepro
    machepro
    sdf
    • Posté à 13h05 le 30/08/2009
    • Internaute 17838
      sdf

    il y en a un qui a supprimé les tabous dans le genre,dit ses inconvenues par rapport a un verdict qui ne le satisfaisait pas,intervient dans le cour de la justice,critique les verdicts et j’en passe.donc rien de derangeant pour notre magistrat d’avancer les resultats d’un procès qui me conforte dans l’idée que la magistrature comme le reste d’ailleurs est sous la botte de l’executif,mais cela tout le monde le sait,donc nous n’avons rien a envié aux pays libre de rien dire,nous sommes une republique qui vend des bananes,comme d’autre,j’ai honte,j’arrete ! !

  • alberte
    alberte
    Sage-femme retraitée
    • Posté à 19h47 le 30/08/2009
    • Internaute 60250
      Sage-femme retraitée

    Je ne comprends q’ un procureur ose s’ exprimer ainsi c’ est un véritable scandale qui nest à dénoncer haut et fort. Avec notre monarque faschisant, on est en train de glisser tout droit vers la Birmanie ou laChine. J’ espère q’ un jour ces gens là auront des comptes à rendre. Je ne suis pas une groupie de Mr de Villepin, je ne sais pa mais tout de même Mr le procureur, vous déshonorez la justice

  • Tita
    Tita
    oiseau
    • Posté à 19h59 le 30/08/2009
    • Internaute 7659
      oiseau

    Il me semble que la dérive va au delà de quelques procureurs et que la tendance générale est à l’accusation et à la suspicion.

    Si je vous comprends bien, cher Philippe Madelin, vous pointer ici quelques procureurs qui se laissent aller à « juger » avant la justice ; mais pourquoi est-il plus « acceptable » ou « possible » maintenant de se permettre ce laisser-aller pour un procureur ? Comment se fait-il aussi que l’époque soit tant à la délation ? Il y a eu récemment encore un article sur Rue89 pour dénoncer une dénonciation dans le cadre d’une « interpellations déloyales » Lien.

    Dans les deux cas, le principe de présomption d’innocence semble bafoué. On peut sans doute trouver encore d’autres exemples illustrant la tendance de la « justice » à écouter le procureur ou le politique plus que l’avocat... avant le jugement ou pendant le jugement. Le procès Colonna peut-être ?

    Il me semble que cet élan accusateur ne peut se construire que s’il a l’aval des autorités politiques. Et comme par hasard, nous avons comme bien-aimé président un Monsieur qui, avant la justice, affirmait Colonna comme coupable ; proposait de surveiller les enfants, graine de délinquant, dès 36 mois ; cherche des bouc-émissaires quand ça va mal, etc...

    Si les enfants vont souvent loin quand les parents ne posent pas de limites, il est bien possible que les procureurs se permettent d’aller loin quand l’atmosphère politique sent bon « l’ordre nouveau »...

    • Ph.Madelin
      Ph.Madelin répond à Tita
      écrivain
      • Posté à 21h32 le 30/08/2009
      • Internaute 61629
        écrivain

      Que de méchanceté horribles, cher Tita ! Enfin, ce que j’en dis…

      • Tita
        Tita répond à Ph.Madelin
        oiseau
        • Posté à 12h04 le 31/08/2009
        • Internaute 7659
          oiseau

        A qui sont les méchancetés horribles ?

        aux personnes qui causent des faits ?
        aux faits eux-mêmes ?
        ou aux personnes qui analysent ces faits et leurs causes ?

        Enfin, pour ce que j’en dis...

         
        • piecam
          piecam répond à Tita
          capenoule
          • Posté à 13h51 le 31/08/2009
          • Internaute 60079
            capenoule

          Cher Tita,

          Philippe Madelin fait partie de la secte adepte du second degré...

          Enfin, pour ce que j’en dis…

        1 autres commentaires
  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 00h38 le 31/08/2009
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Après le plaidé coupable, voici le jugé coupable. La justice devient de plus en plus expéditive.
    Afin de réduire les dépenses « inutiles », il faudra donc (s)’aborder les points suivants, en supprimant :
    - Les avocats,
    - Les juges aux affaires familiales,
    - Les juges des enfants,
    - Les juges de l’application des peines (JAP)
    - Les juges d’instance
    - Les juges de proximité
    -......
    Il faudra revenir aux conseils des « vieux », rétablir le banissement, l’ecartellement et la peine de mort ?
    C’est quoi cette « justice » ou le Premier Magistrat, en l’occurence le Président de la République, propose ses propres règles en mélangeant allègrement l’executif et le législatif à travers des commissions bidons chargées de faire des propositions convenues
    Que font les pseudos « sages » du conseil constitutionnel, à part toucher leurs très chers émoluements ?
    Debré réveilles toi, Sarko revisite la constitution de papa Michel, tu vas mourrir en VI République sans t’en rendre compte.

  • TFE
    TFE
    stagiaire
    • Posté à 01h13 le 31/08/2009
    • Internaute 87746
      stagiaire

    Qui peut encore parler de justice avec Sarkozy ?

    • Ph.Madelin
      Ph.Madelin répond à TFE
      écrivain
      • Posté à 09h29 le 31/08/2009
      • Internaute 61629
        écrivain

      Eh be… Mes commentateurs n’yvont pas avec le dos de la cuiller, non ? Tous anti-sarkozystes primaires ? Frédéric Lefebvre, au secours, ils sont devenus fous.

      • BILOU
        BILOU répond à Ph.Madelin
        • Posté à 10h23 le 31/08/2009
        • Internaute 9373

        Non, seulement, il suffit de voir les dérives de plus en plus prononcées de notre Justice sous les coups de boutoir de NS depuis 2002.
        Nous sommes en train de basculer au tout répressif avec des textes réduisant progressiment nos droits au nom de la sécurité pour tous !
        Les propos de M Marin sont plus politiques que juridiciaires et donnent le ton du procès à venir.
        Si DdV s’en sort judiciairement, il restera toujours les affirmations de M Marin « Calomniez, calomniez, il restera toujours quelque chose ! ! ».

  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 11h34 le 31/08/2009
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    Le Monde – 28.08
    Il a 46 ans et a pris le pseudonyme de Samuel Corto pour publier un premier roman, Parquet flottant (Denoël, 190 p., 16 euros). Son héros, Etienne Lanos, est magistrat dans un tribunal de province. Confronté à une justice sclérosée et détournée de sa véritable fonction, il dresse un constat impitoyable de la situation.

    Vous étiez avocat, vous êtes devenu magistrat. Pourquoi avoir quitté ces nouvelles fonctions ?

    J’ai été avocat pendant plusieurs années. Ce métier, malgré toute l’imagerie dont il est chargé, souffre d’une insuffisance structurelle : on accompagne un client pendant des mois, on prépare son dossier, on le plaide, mais le point majeur du processus, c’est-à-dire celui de la décision, s’échappe vers le juge. Alors je suis devenu magistrat et j’ai renoncé. Pour écrire.

    Votre livre est très dur pour la justice en France. Mais pourquoi un roman et pourquoi avoir pris un pseudonyme ?

    Concernant le roman, nous savons tous que c’est un des lieux de la liberté et de l’imaginaire. Plus elle est fictionnelle, plus la réalité devient vraisemblable. Les autres voies, essais, pamphlets, témoignages s’épuisent dans leur esprit de sérieux. Le choix d’un pseudonyme découle de cette logique : c’est ludique et conforme à mon goût pour l’anonymat.

    « Dans n’importe quel milieu adapté, les fous sont repérés et éliminés des champs de décision », écrivez-vous. Pas dans la justice ?

    Même sortie de son contexte, la formule reste d’abord littéraire. Pour autant, je persiste à penser que dans la magistrature, notamment au parquet, il n’y a pas de reconditionnement des incontrôlables. Les histoires fictives que j’ai racontées dépeignent un univers professionnel dépourvu de centre, composé d’individus mobiles, incapables d’imposer la moindre empreinte personnelle sur leur travail. La justice a alors l’air de fonctionner sur la surenchère statistique et la récompense des plus serviles. Elle reste, comme beaucoup d’autres lieux de la société maintenant, un paradis pour les obsessionnels.

    Dans ce parquet de province où est votre héros, on ne semble pas encore arrivé au XXe siècle...

    Je ne suis pas sûr que le fait que l’histoire se déroule en province change beaucoup de choses. Ce mode de fonctionnement d’une justice qui ne juge plus mais qui condamne m’apparaît plutôt général. Je suis trop peu informé pour savoir si l’institution a, dans sa mentalité, fondamentalement changé depuis le XIXe siècle. J’en doute. Simplement, le refus d’être une caisse enregistreuse de condamnations est probablement l’un des moteurs de ce roman : Etienne Lanos prend conscience qu’il ne pourra rien réformer de l’intérieur et il choisit finalement de s’amuser de son désenchantement.

    Lanos voit la justice comme « une triste convention, nourrie (...) d’outils légaux inadaptés ». N’est-ce pas excessif ?

    Parce qu’elle est romancée, une réalité deviendrait-elle soudainement excessive ? Mais votre question est légitime : le milieu judiciaire véhicule un propos d’impuissance sur les outils offerts par la loi, que tous les professionnels connaissent mais qui, émis depuis l’intérieur du système, est presque inaudible, incommunicable. Le roman, lui, délocalise ce propos et le met sur la table.

    Votre narrateur estime qu’on a perdu « un pouvoir constitutif du parquet », l’opportunité des poursuites...

    L’article 41-1 du code de procédure pénale donne au parquet la possibilité de filtrer les affaires qui lui sont soumises. Aujourd’hui, il semble que la poursuite domine et que le classement sans suite soit devenu presque une anomalie. Tout ce qu’on classait naguère, par régulation, considérant que c’était de peu d’importance, des injures entre voisins par exemple, est poursuivi, car il faut alimenter la machine à communiquer. Beaucoup de citoyens simplement fautifs sont donc transformés en délinquants.

    Mais n’est-ce pas parce que les Français deviennent très procéduriers ?

    Peut-être, mais cela concerne la justice civile. Dans la justice pénale, c’est le parquet qui a le choix des poursuites. Dans ce roman, j’ai choisi la justice comme terrain de jeu parce que c’est un milieu que je connais un peu. Mais je pense que les constats désabusés de mon personnage sont tout à fait transposables dans d’autres secteurs de la société, par exemple dans un hôpital ou un ministère.
    Ce qui m’est apparu en écrivant ce livre, c’est peut-être que la conception paternelle de l’Etat-providence a vécu. On dirait que les pouvoirs publics se sont mis à détester les êtres humains, considérés désormais comme des facteurs de coûts exorbitants - malades, justiciables, élèves...
    Pour ceux qui continuent à rattacher la justice à son sens cardinal de vertu, cela peut être troublant. En contrepartie, il n’est pas interdit de penser qu’il y a là, au fond, une demande collective à être maltraité, à laquelle les pouvoirs publics ne font que répondre par opportunité.

    Etienne Lanos dénonce aussi les abus de la comparution immédiate...

    On ne supporte plus la lenteur, même celle de la réflexion. Le mode expéditif de la comparution immédiate est devenu une vitrine valorisante de la réponse pénale. Le discours officiel continue par ailleurs de prêcher la « justice de qualité » et « l’égalité des armes dans le procès ».

    D’où vient ce désir d’afficher qu’on condamne beaucoup et vite ?

    D’abord, je pense, de la communication politique. On rassure une population en évolution vers la peur. Le tout au coeur d’un espace médiatique qui s’en nourrit. Parallèlement, la victime est devenue le totem du fonctionnement judiciaire, presque son porte-parole, alors que la justice devrait, par fonction, tenter de mettre à distance la souffrance subjective.

    La justice est-elle réformable ?

    J’espère que personne n’attendait Etienne Lanos pour résoudre cette question ! En fait, il y a eu, avec ce roman, une coïncidence amusante : je l’ai écrit de mars à juin 2008. En juillet 2008, la Cour européenne des droits de l’homme a rendu un arrêt qui considère que le ministère public français n’est pas un organe judiciaire, faute d’indépendance à l’égard du pouvoir politique. Comme j’annonce, dans le livre, la mort programmée du ministère public, je me retrouve presque avec un roman d’anticipation... Tout cela pour dire que la réforme de la justice s’annonce désormais sur un mode explosif, voire révolutionnaire, car l’ambiguïté entre la soumission hiérarchique des magistrats du parquet et leur indépendance statutaire affichée provoque un sentiment schizophrénique insupportable pour beaucoup.

    Votre roman évoque aussi l’affaire d’Outreau, avec sévérité...

    Cyniquement, l’affaire d’Outreau aurait pu faire un bien considérable à la justice en révélant ses dysfonctionnements quotidiens : réquisitions systématiques de mandat de dépôt pour les ouvertures d’information, croyance absolue en la parole des enfants, fantasme du groupe organisé de pédophiles. Personne ne s’est révélé capable de mettre à distance ces visions hypnotiques, tant du côté des magistrats que des journalistes. La question centrale d’Outreau, c’est peut-être que les magistrats, en tout cas ceux du parquet, ne croient pas au contrôle judiciaire et restent fascinés, aujourd’hui encore, par la détention.

    Vous estimez que la bureaucratie a envahi toute la société...

    Oui, on est contrôlé pour savoir si on punit bien et si on ne pourrait pas punir plus encore.

  • yassine84
    yassine84
    citoyen
    • Posté à 11h46 le 31/08/2009
    • Internaute 88943
      citoyen

    Souvenez-vous ! A l’automne 2008, peu après le renvoi de l’affaire devant le parquet de Paris, D. de Villepin avait eu le loisir de s’exprimer une seule fois longuement à la télévision. C’était sur France 5 au cours de l’émission de Serge Moati « Ripostes ».
    Or, voici ce qui est survenu à M. Moati il y a seulement quelques semaines :

    Serge Moati ne présentera plus Ripostes , la magazine de débats politiques. Mais Philippe Vilamitjana, le patron de France 5, lui a offert la possibilité de conserver une présence sur France 5 en troquant la politique contre la culture, et en passant du dimanche au samedi.
    Serge Moati doit donc délaisser la politique après 10 ans avec le magazine « Ripostes ». Il présentera une émission sur le cinéma sur France 5 à partir du 5 septembre.

  • spahi
    • Posté à 10h55 le 01/09/2009
    • Internaute 2798

    2 réflexions au delà du cas évoqué :

    Une des parties du procès (NS) est un irresponsable au plan constitutionnel autant vis à vis de la justice que devant le peuple et ses représentants.
    Comment rendre la justice avec un in-justiciable (partie au procès) ?
    Il y a là une rupture d’égalité qui devrait , pour le moins, émouvoir les juges européens

    Enfin le code de procédure pénale (art 353) demande aux juges :
    ...La loi ne leur fait (aux juges)que cette seule question qui
    renferme toute la mesure de leurs devoirs : « Avez vous une intime
    conviction ? “
    Or, on pourrait penser que cette intime conviction (qui aussi rend le juge irresponsable, c’est pas moi, c’est la conscience de mon intime conviction) se forge pendant les débats. Or, il semble que cela ne soit pas.
    Je cite le juge Kross (proc dans l’affaire Colonna) ,mis en cause par Ph Madelin dans son article , écrivant sur cette affaire dans son livre ‘mes convictions intimes’” (ed Pygmalion) p 243 :
    ...“Il y a une seule chose sur laquelle je ne transige jamais, c’est la certitude que je vais porter une accusation à laquelle je crois. A aucun moment, je n’éprouve le moindre doute. Si l’issue n’est pas celle que me dicte ma conscience et que m’impose la lecture du dossier, je serais inéluctablement déçu et éprouverais le gout amer d’une justice qui à défaut de se tromper aura été trompée...”

    C’est le début d’un dogme de l’infaillibilité dès avant le procès qui de plus est dite clairement.

    Entre le ça, le moi, le surmoi. (Pour se sortir de l’impasse, on a recours à un mécanisme psychique spécifique : l’identification à l’autorité. Cette autorité se voit donc intériorisée dans une partie du Moi : le Surmoi. Le Surmoi est donc le siège des mécanismes de renoncement aux pulsions, contenant les images des différentes forces contraignantes auxquelles le Moi peut s’identifier.)
    Ne serait il pas temps de bannir cette intime conviction du CPC qui aboutit à permettre à un magistrat dépendant hiérarchiquement de juger sans preuve.

  • Putt Bill
    • Posté à 09h47 le 02/09/2009
    • Internaute 30603

    Me revient à la mémoire cette célèbre phrase citée par NS (Notre Saigneur) him self :
    - « soyez sûrs que rien ne sera plus jamais comme avant... »

    Un clairvoyant...

  • CHRISTINA BIANCA TRONCIA
    • Posté à 12h40 le 02/09/2009
    • Internaute 70497
      AUTEUR

    Ce que je comprends, peut-être naïvement me diront certains, c’est que dans tous domaines hiérarchisés (politiques, militaires, industriels, commerciaux, bancaires, éducatifs, justiciers et même médicaux ! Je n’en connais pas qui ne le soient pas !), tout être humain, depuis le bas de l’échelle, regarde vers le haut et voit un beau ciel bleu et ensoleillé (le paradis personnifié ! ! ! Que l’on nous fait d’ailleurs savamment miroiter dès notre arrivée dans la Société à partir du plus jeune âge !) qui lui donne bien envie de grimper les marches (parfois même, quelques-uns en sautent quelques-unes, quelquefois bien aidés, soutenus et/ou poussés, et parfois même quelques-uns ont un parachute accroché au dos (pour redescendre sans bobos, on ne sait jamais ! ! !), pour l’atteindre ! Ce que ne savent pas la plupart d’entre eux, c’est que le bel horizon qu’ils entrevoient n’est qu’un leurre, ce qui les attend, en général, étant une belle toile d’araignée, avec en son centre, une belle équipe de mutants, auparavant petits insectes bien innocents devenus dangereuses mygales ! Et les voilà alors englués dans cette vase secrétée par ces entropophages ! ! ! Comprenne qui pourra ! Merci d’exister, cher Philippe Madelin, on a besoin de gens comme vous ! ! !

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