On est là pour voir

des photos de toutes les couleurs, et aussi des vertes et des pas mûres

Le « routologue » Patrick Bard parti sur les traces du Che

Publié le 09/10/2007 à 16h37

Patrick Bard, journaliste, photographe, écrivain (prix Ancres Noires 2006, entre autres), est un familier de l’Amérique latine. Ce « routologue », comme il aime à se définir, revient, par un livre, kaléidoscope de textes personnel et informatifs, de témoignages accompagnés de photos couleurs ou en noir et blanc, sur les chemins cabossés d’un continent, empruntés ou croisés par le Che.



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Avec une idée directrice : Guevara a fait les routes de l’Amérique latine, les routes de l’Amérique latine l’ont faite.

« Je regarde votre appareil photo. Qu’est-ce qu’il aimait ça, la photo ! “

Begnigno, un des derniers compagnons du Che en Bolivie, cité page 237.

Il y a quarante ans, le 9 octobre 1967, dans l’école du village bolivien de La Higuera, Che Guevara est abattu d’une rafale d’arme automatique par le sergent Mario Teran, porté volontaire. La veille, traqué, il a été fait prisonnier à la Quebrada du Churo par une unité de l’armée bolivienne, appuyée par des éléments de la CIA.

Le lendemain, on invite la presse à voir son corps à l’hôpital de la ville de Villagrande, où il a été transporté. Gisant sur un lavoir en ciment, la photographie du guérillero, prise par Freddy Alborta, ressemblante à la peinture ‘Le Christ mort’ de Mantegna (1490 env.), fait basculer la fin lamentable d’un homme dans la légende la plus flamboyante. La photographie icône d’Alberto Korda (1960) diffusé massivement dès 1968, prend le relais et bétonne le mythe.

Suivre les signes du Che, comme de petits cailloux

Le portrait christique du Che, Patrick Bard l’a vu maintes fois comme autant de petits cailloux de reconnaissance parsemés tout le continent latino-américain. En pochoir sur les murs, emblème sur les drapeaux, en photos ou peintures accrochées aux bars, graffité dans les toilettes publiques et présents dans toutes les têtes.


Les deux voyages du Che en Amérique du Sud (DR).

Il va donc suivre ces signes ; les recouper avec les périples initiatiques, touristiques, culturels et militant du Che en Amérique latine. A la logique géographique et politique indiquée par les trois récits de Guevara -‘Le Voyage à motocyclette’ ; ‘Second voyage à travers l’Amérique latine’ et son ‘Journal bolivien’, Patrick Bard ajoute deux autres guides, deux caractéristiques de Guevara : son asthme gravement chronique et sa passion pour la lecture.

‘Impossible d’atteindre le grand Curruhue, à 29 kilomètres d’une piste transformé en bourbier, où Granado, d’un légendaire coup de flingue, abattit un canard en plein vol obligeant son compère asthmatique à le récupérer dans une eau glacée’

Junin de los Andes, cité page 26.

‘Sa vie a consisté à chercher ses limites’

L’auteur et sa Fiat Punto cale là où la motocyclette sommaire du jeune argentin et de son compagnon a filé en 1951. Il ne sera question que de cela dans ce livre, des va-et-vient permanent entre les conditions climatiques d’hier à aujourd’hui. Là où le journaliste cherche des points de cassures dans la formation physique et intellectuelle d’Ernesto Guevara de la Serna, il ne trouve que motifs à des lignes de forces d’une armature.

‘Je crois, moi, que sa vie a consister à rechercher ses limites et à les repousser constamment, depuis le jour où il a entamé son combat contre l’asthme.’

Paco Ignacio Taibo II, auteur de ‘E. Guevara connu aussi comme le Che’ (éd. Métaillé/Payot, 2001), cité page 187.

Par climat, on entend ici aussi bien les températures glacées de la Cordillère que celles, cycloniques, de la politique et des rapports sociaux plombés par la misère.

‘Ce qui est certain, c’est qu’arrivé à Caracas (en 1952 ndlr), il n’est plus le même homme. Sa sensibilité compassionnelle envers les habitants de son continent est devenue très importante. Il n’est pas le seul médecin à avoir été révolté par l’injustice et la misère jusqu’à en devenir révolutionnaire.’

Pierre Kalfon (Auteur de Che, E. Guevara, une légende du siècle Seuil 1997), cité page 95.

Le récit touche le fond du malheur... et remonte vers la lumière

‘Qu’est-ce qui a changé ? est la question permanente qui sourd entre les lignes et les images des Routes du Che’. Il semblerait même qu’on atteigne à une barbarie impensable il y a quelques décennies. Au Guatemala, par exemple, où un ‘écosystème’ semblable à celui de Ciudad Juarez, au Mexique, broie, efface des vies :

‘Il y a une multitudes de ’maquiladoras’ (usines d’assemblages délocalisées) coréennes où travaillent des femmes très jeunes. Les abus y sont légion. ... l’impunité est générale, le viol systématiquement passé sous silence... additionnez les gangs centre américains avec leur rituels d’initiation qui passe par le meurtre, vous comprendrez pourquoi 3000 femmes ont été violées, torturées et assassinées depuis 2000.’

Témoignage, page 127.

Si on atteint quelquefois dans ce livre-album construit de Buenos Aires à la Bolivie, de Caracas à la Havane, de la ville hispanique à la selva indigène, le fond du malheur, passé et présent, il y a des remontées lumineuses en surfaces. Notamment traduites par des photographies mystérieuses.

Derrière Che Guevara, personnage charismatique, révolutionnaire (donc, par définition, violent, pour ceux qui s’en étonnent aujourd’hui...) et son fantôme en héros céleste, on devine toute l’Amérique latine, dans son rêve quotidien arpenté par des millions d’individus.

Les Routes du Che de Patrick Bard - éd. du Seuil - 240p., 120 photographies format 19x26 cm, 35€.

► A partir du 12 octobre, une cinquantaine de ces photographies seront exposés la galerie Central Color, 10, rue Pergolèse, Paris XVIe.

► Lire aussi : Les articles de Rue89 sur Che Guevara.

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  • Gérard Gastaud
    Gérard Gastaud
    Photographe à Paris
    • Posté à 17h43 le 09/10/2007
    • Internaute 11065
      Photographe à Paris

    Cher louis, c’est tres bien d’evoquer le Che. Mais a quand un article de fond sur : les photographes, l’implosion des agences photos et la precarite grandissante dans ce secteur ? Parce que jusqu’a present, silence de RUE89, quant a Liberation, censure systematique, a chaque fois que l’on evoque ce sujet si sensible !

  • Anonyme

    cela fait plaisir de voir encore un peu de journalisme en « profondeur » sur le terrain.

    Lien

    • Anonyme

      Bravo à Patrick Bard, qui fait toujours un travail sérieux (El Norte, par ex)

  • Anonyme

    Le Che est un criminel.

    Vous l’encensez. Et vous n’avez même pas honte. L’esprit de Vichy n’est pas mort en France, il se perpétue avec la gauche.

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    • Anonyme

      L’esprit de Vichy n’est pas mort, dites vous.

      Vous avez raison, votre remarque fait le même bruit qu’une bouteille d’eau gazeuse lors de son ouverture : Pshiiiiiiiiiiiiit !

    • Anonyme

      Aujourd’hui nous avons eu droit à un nouvel épisode dans la déconstruction de l’idéologie de gauche par les médias. Après la charge contre mai 68, nous voici rendu à la charge contre le Che. Ceux qui nous parlent des méfaits du Che oublient bien entendu la torture dans les prisons de la CIA, la torture par l’armée francaise en Algérie, le soutien des occidentaux à Pinochet,... Et pourquoi ? parce que pour la pensée unique d’aujourd’hui, la torture de gauche c’est beaucoup plus grave que la torture de droite. Il ne faut pas faire de repentance sur nos erreurs passées, mais massacrons médiatiquement toutes les références contestataires et révolutionnaires.
      C’est pourquoi vous découvrirez bientôt dans vos JT pourquoi Jean Moulin était un terroriste qu’il fallait éliminer. Vous découvrirez aussi pourquoi Danton et Robespierre étaient des brutes sanguinaires qui ne pensaient qu’à assassiner nos pauvres aristocrates innocents. Vive nos journalistes, vive la télé et vive l’UMP !

  • Anonyme

    Cher Louis (bis),
    Si le reportage avait la moindre aptitude à montrer ou à expliquer le monde, ça se saurait.
    C’est bien creux et superficiel, tout ça - Patrick Bard, comme votre commentaire.
    C.

  • skalpa
    skalpa
    actif et militant ?
    • Posté à 23h28 le 09/10/2007
    • Internaute 7181
      actif et militant ?

    Petit florilège de l’image du che sous différentes formes...
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  • Anonyme

    C’est de la pub pour l’un de vos potes ?

    Les Routes du Che de Patrick Bard - éd. du Seuil - 240p., 120 photographies format 19x26 cm, 35€.

    du coup double pub !

  • Anonyme

    « Je crois, moi, que sa vie a >>>>>>>consister<<<<<<<>>>>>>consisté ! <<<<<<<< à rechercher ses limites et à les repousser constamment, depuis le jour où il a entamé son combat contre l’asthme. »

    Pouvez vous relire vos articles avant de les mettre en ligne svp ?

  • Anonyme

    Magnifique travail... Et vive la route.
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  • Anonyme

    Cet homme-là est mort trop tôt. Pas même le temps
    de changer d’avis sur ses idées politiques.

  • Anonyme

    Ernesto vivant serait peut-être aujourd’hui
    Sarkozyste. C’est possible.

  • Anonyme

    Très cher Louis, très joli papier, peut être moins nuancé que les pages que Libé a consacrées au Che, mais vive la différence, et bravo pour cette contribution au mythe. cela nous interroge sur la fonction des mythes, s’agit-il de masquer la réalité, et de nous endormir avec des contes de fée, fussent-ils révolutionnaires ? je pose la question et te dis à bientôt autour d’un Mojito, Thierry

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