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Le polar français, de droite ou de gauche ? L'avis de Chainas

Publié le 01/09/2009 à 16h11



L’écrivain Antoine Chainas (DR).

Après la présentation des faits et l’audition d’Aurélien Masson et de Gérard de Villiers, voici le quatrième épisode de l’intrigue. Entretien avec Antoine Chainas, la plus belle apparition du polar français récent, parfait représentant de la fameuse « Génération X » dans le roman français actuel.

Il y a deux ans, « Aime-moi Casanova “, ‘hard-boiled’ surcocké, lorgnait du côté de Thompson et de San Antonio. L’an dernier, le sublime ‘Versus était un polar liturgique, réaliste, aux accents houellebecquien. Cette année, Anaisthêsia’ confirme que Chainas sait faire du roman sec et très émouvant.

‘Anasthêsia’
Deux intrigues. D’une part une serial killeuse à bagues traquée par Désiré Saint-Pierre, flic black dans le quartier le plus redouté d’une mégapole. D’autre part, le côté obscur de Désiré, ripoux qui veut garder sa came. Chainas continue son travail de sape sur la police (racisme, paris, affaires, alcool), tout en travaillant toujours avec des anti-héros : après un accident, Désiré est défiguré et insensible à la douleur. Donc à celle de la société. Il est comme le ‘prototype de l’homo novo’. Un roman ‘sur le nerf’, très clinique. On est ici autant chez Lynch que chez Cronenberg. Chainas, qui possède toute la froideur, l’obscénité, la tendresse pour camper la sauvagerie et la dissolution spirituelle, se dévoile un peu, révélant aux connaisseurs un passé de tox.

Pourquoi Chainas dans cette enquête de Rue89 ? Parce que c’est un des auteurs de la nouvelle génération française cités dans l’article du magazine Lire qui, publié en juin, occasionna ce bilan littéraire et politique du polar français.

Chainas est de la fameuse ‘Génération X’ de Douglas Coupland. Cette génération vote peu, elle est passée des Clash à Nirvana, elle est forcément nihiliste, mais c’est celle d’un retour au noir doublé d’un retour à l’utopie.

Le plus philosophique de ses romans

Facteur dans l’arrière-pays niçois, Chainas se définit comme ‘le type d’à côté qui écrit des histoires quand il a un moment de libre’. Son dernier roman ‘Anasthêsia’ est la symbiose des deux précédents. Mais surtout, son plus philosophique. (Lire l’encadré)

Flic noir, flic blanc, banlieue, drogue... Cette histoire de flic le jour, dealer la nuit, est transversale, et permet de montrer les deux côtés de l’homme comme de sa société. Avec ce persopnnage de flic, Chainas a crée un personnage qui n’a plus besoin d’addictions ni de subterfuges pour oublier le manque de contentement.

Donc qui n’a pas besoin de consommer. Chainas va donc voir du côté du sublime auteur américain Chuck ‘Fight Club’ Palahniuk, probablement le romancier actuel qui a le mieux écrit son époque.

Comme lui, Chainas a compris que le capitalisme, devenu virtuel, n’est ni plus ni moins qu’‘une nouvelle forme de sacré’. Rencontre.

‘Je suis le produit de cette rupture générationnelle sans précédent’

Rue89 : Cherchez-vous à vous démarquer de la génération précédente, celle du néopolar ?

Antoine Chainas : Pas spécialement. A l’heure actuelle, selon moi, le polar occupe exactement la place qu’il doit occuper. Ni plus ni moins. Proportionnelle à son poids économique dans le paysage éditorial. De plus, les récits qu’il pourvoit -subversifs ou consensuels- se situent toujours dans une optique de contrôle, pour reprendre une idée développée par Christian Salmon.

Sa dimension politique actuelle se situe sans doute à cette jonction : poids économique/contrôle plus ou moins conscient du lectorat par une mise en forme attractive des idées, pour peu qu’il y en ait. Ce que je sais, c’est qu’en tant qu’individu, je suis le produit de cette rupture générationnelle sans précédent (celle des moins de quarante ans).

Alors que les générations précédentes participaient à la progression historique par mimétisme ou à l’opposition aux générations précédentes, j’appartiens à celle qui a vu l’avènement du marché tout-puissant et du pouvoir économique hégémonique.

Celle qui a vu s’incarner les idées ultralibérales de Milton Friedman sous forme de la seule réalité possible. Cette génération qui, en refusant radicalement et inconsciemment parfois d’intégrer l’héritage transgénérationnel, fait le jeu du système dominant actuel.

Une génération atomisée, égocentrée, instantanée et asservie avec le sourire. Vous l’aurez compris, je crois plus à une dénonciation économique que politique puisque, à mon sens, c’est là que se situent les enjeux du pouvoir désormais.

Pour vous, dont les lieux et les romans sont très apolitiques, le roman à thèse est-il l’ennemi du roman ?

Je n’irais pas jusque là. Le fait est que le propre du genre noir est d’introduire une certaine dose de divertissement dans la réflexion. Je vais me permettre une petite digression pour revenir sur le genre proprement dit : le polar peut rendre compte beaucoup plus précisément et plus rapidement que la littérature ‘blanche’ d’une époque, car c’est une littérature de consommation immédiate et massive.

Cette littérature a besoin d’être facilement décodée par ses lecteurs, principalement par l’intermédiaire de ressorts dramatiques éprouvés et d’une vision du monde aisément accessible à l’imaginaire collectif. Toute la question est de savoir si le polar, en ce qui nous concerne, peut, dans un système industriel, relever un défi autre que purement distractif.

S’il est apte à supporter la contradiction entre ‘thèse’ et divertissement qui constitue à la fois la limite (l’audace formelle et l’invention peuvent être bridées à fin d’intelligibilité) et la force (extension de l’audience par une accessibilité optimale).

Pour être réellement intègre, le polar devrait refuser toute forme de divertissement, ce qui, dans le système actuel, est évidemment pratiquement impossible. Sauf à faire de l’écriture expérimentale et, dans le cadre d’un darwinisme économique implacable, à être rendu sinon inexistant, du moins inaudible.

Rappelons-le à toutes fins utiles, dans nos sociétés occidentales, la parole est libre, mais la force du système est de noyer les opinions divergentes (dont celles qui refusent de céder au divertissement).

Quelles différences entre le polar de la France UMP et celui de la France RPR (renouveau du polar en 1995) ? Pour vous, le polar français actuel est-il plus à droite ou à gauche ?

Ni l’un ni l’autre, mon général. Il n’y a qu’un ensemble de voix éparses qui peuvent, à l’occasion, se retrouver sur tel ou tel point de détail. Mais je constate que, depuis toujours, il a été plus confortable d’adopter une position ‘éthique(c’est-à-dire supposément de gauche).

Défendre la veuve, l’ouvrier et l’orphelin est émotionellement et commercialement toujours plus avisé que de se mettre du côté -en évitant la dénonciation simpliste- de l’exploiteur, du bourreau, du patron, du salaud ordinaire. La glorification de l’échec, voilà encore une tare de gauche.

Au-delà d’un phénomène d’identification, c’est tout un système idéologique qui perdure. Le système économico-industriel a accompli la performance de discréditer la parole politique à droite comme à gauche).

Produire un discours explicitement politique dans une littérature du divertissement, c’est au mieux passer pour un ringard (à gauche), au pire pour une ordure (à droite). Ce qu’il faut toujours garder en mémoire, c’est que le système politico-médiatico-industriel’ se nourrit de cette pacification des rapports, cette innocuité des discours, cette uniformisation de la pensée -en particulier dans la littérature de genre et le polar.


Le système, pour reprendre une idée développée par Théodore Kaczynski (‘La Société industrielle et son avenir’ -brûlot théorique prolo- ‘Fight-Club’ assez fascinant), favorisera toujours la parole qui sert ses intérêts. En douceur. La censure n’est plus politique, elle est devenue économique, ce qui est encore plus pernicieux.

Anaisthêsia - d’Antoine Chainas - 308 p., 17,50€.

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  • Tyb
    Tyb
    (par ici, par là)
    • Posté à 16h37 le 01/09/2009
    • Internaute 24914
      (par ici, par là)

    Bonjour l’abdication volontaire.
    Je me demande si Hugo s’est demandé si son bouquin allait se vendre ou être « censuré économiquement » quand il a écrit les Misérables...

    • egide
      egide répond à Tyb
      Littéral
      • Posté à 11h41 le 02/09/2009
      • Internaute 45067
        Littéral

      Soyons indulgents, comment s’en sortir avec la littérature ou l’art.
      C’est Karl Marx, comme l’a rappelé André Breton en 1938, qui écrivait, à propos des auteurs :

      « L’écrivain doit naturellement gagner de l’argent pour pouvoir vivre et écrire, mais il ne doit en aucun cas vivre et écrire pour gagner de l’argent  »

      On peut dire que la principale condition de la liberté de création consiste pour l’auteur à ne pas faire le métier d’écrivain.

      Pauvre Marx, il est encore loin du compte, à part une cinquantaine d’auteurs qui vivent bien de leurs droits d’auteurs, les autres ...

      Ils doivent faire un autre travail, s’adonner à un vrai métier, facteur, par exemple.

      Par contre, c’est très évident que les principales maisons d’édition publient des ouvrages pour faire de l’argent.

      Alors, si vous voulez être publié, il faut leur présenter des textes dont l’éditeur veut absolument tirer de la valeur.

  • le soudanais
    le soudanais
    ici et là
    • Posté à 16h39 le 01/09/2009
    • Internaute 16438
      ici et là

    Avant d’être de droite ou de gauche, le polar souvent sert de miroir à notre société en se focalisant sur ses dérives et des abominations en y plantant des intrigues et quelques cadavres.

    Je trouve assez pathétique cette « polémique » qui semble agiter les milieux intello-bobo-parisiens qui tout en mettant des réacs comme Clint Eastwood sur un piédestal vont chercher des poux dans la tête d’auteurs qui n’ont rien demandé et qui écrivent pour leur plaisir et le notre des histoires sur notre temps cristallisant nos peurs et angoissent.

    Je viens de finir « Citoyens Clandestins » de DOA et franchement je ne me pose pas la question de savoir si ce roman que j’ai aimé est de droite ou de gauche, je constate juste qu’il m’a captivé et que l’auteur a du passer un temps assez considérable à fouiller dans les poubelles des agences de renseignement français !

    Céline est un des auteurs que j’aime le plus, il est réac antisémite, mais ce n’est pas ça qui décrit sa prose, pas celle qui est publiée et que j’apprécie en tout cas, c’est aussi un homme qui a su parler de son monde comme peu l’ont fait.

    • Atlantis
      Atlantis répond à le soudanais
      Etudiant apolitique
      • Posté à 17h24 le 01/09/2009
      • Internaute 39710
        Etudiant apolitique

      Pitié, Clint Eastwood est sans doute un réac, mais il n’empêche qu’il est un réalisateur et un acteur exceptionnel... ne mélangez pas le personnage et l’artiste.

  • nestor38
    nestor38
    inséré ?
    • Posté à 16h40 le 01/09/2009
    • Internaute 60788
      inséré ?

    Et si on parlait de style ?
    J’ai lu Versus, il y a effectivement des passages pas mal, mais Chainas manque de simplicité (son entretien semble aller dans ce sens...), quand je parle de simplicité, je ne parle pas de simplification...
    On sent dans Versus une volonté permanente d’en mettre plein la vue, dans le crasseux, dans le glauque et dans l’écriture, chaque phrase semble écrite pour mettre un coup de poing, au bout d’un moment c’est lassant.
    Chaque passage est comme un passage en force, pour provoquer (avec un sujet où il est facile de le faire, la pédophilie, ouah l’originalité !)
    C’est pour le problème de nombreux noirs aujourd’hui en France, il faut en faire toujours plus... Cela s’oppose à mon idée du roman noir, un genre où il faut être direct, juste, être là où ça se passe, être aussi au plus prêt de ce qu’on ressent, ne pas tricher, ne pas chercher le lecteur par la manche (eh regarde tu as vu comment je peux aller dans la noirceur, et tu as vu comment j’écris ce passage avec des phrases ultracourtes...)
    En cela, pour moi Versus est de droite, le tape à l’oeil, le clinquant est de droite, la sincérité est de gauche, et si Chainas a du talent, il manque de sincérité.... ça me fait penser aux premiers Dantec (dans son écriture et son discours avant son basculement totale dans le grand n’importe quoi), je souhaite à Chainas un autre futur...

    Bon j’ai son dernier dans mon sac, j’espère me tromper.

  • tweesty
    tweesty
    Gaucher et contrarié
    • Posté à 16h51 le 01/09/2009
    • Internaute 83901
      Gaucher et contrarié

    On peut également se demander si la littérature est de gauche ou de droite... Sujet sur lequel les intellectuels de tout poil se sont déjà penchés.
    Etant de gauche par essence, j’ai tout de même pu être ému par des récits de Mauriac ou Stendhal, comme atterré par le manichéisme réducteur et pleurnichard de Vallès.
    N’en déplaise à certains, le polar fait partie intégrante de la littérature, qui a pour attribution première de soulever des problématiques (comme l’expliquait Papa Barthes dans son « degré zéro de la littérature »).
    Le moins qu’on puisse dire, c’est que le roman policier se prête très bien à ce genre d’exercice. Si les écrivains n’hésitent pas à prendre position lors de débats publics, le but de leur prose est d’éviter l’empathie et une récurrence pompeuse.
    Difficile de trouver d’autres points communs entre Dantec et Jonquet, si ce n’est un goût prononcé pour le sordide et un certain désamour de l’âme humaine...
    Heureusement, les engagements politiques pris par de nombreux « géants » de la littérature n’ont souvent eu que peu d’impact sur leurs écrits.
    Le livre L’Amant de Duras est-il de droite ou de gauche ?
    Quid de Voyage au Bout de la Nuit, du Sagouin, de 1984 qui dénoncent des attitudes humaines stupides et dégueulasses, mais qui ont le mérite de ne pas réduire la littérature à ce genre de débat ?

  • Pelham Grenville
    Pelham Grenville
    http://unepageapreslautre. (...)
    • Posté à 17h19 le 01/09/2009
    • Internaute 82778
      http://unepageapreslautre. (...)

    Le sujet de votre série me fait penser au livre d’Erik Neveu, issu de sa thèse en science politique, sur « L’idéologie dans le roman d’espionnage français » (FNSP, 1985). A mon avis il donnerait quelques clés d’analyse aux amateurs de Coplan et autres SAS.

  • Atlantis
    Atlantis
    Etudiant apolitique
    • Posté à 17h29 le 01/09/2009
    • Internaute 39710
      Etudiant apolitique

    Je vais être très réducteur, mais le polar français, bien que parfois talentueux, n’arrive pas à la cheville des grands auteurs du polar yankee...par contre, le polar de droite ou de gauche, cela me semble extrêmement stupide comme question. Le polar est le polar, qui donne un reflet de la société, ce que je trouve apolitique au possible.

  • Les Chats
    Les Chats
    En grève du zèle contre le (...)
    • Posté à 18h35 le 01/09/2009
    • Internaute 24526
      En grève du zèle contre le (...)

    Le polar français est-il de droite ou de gauche ?
    Il est bon ou il est nul c’est tout.
    Faut arrêter la masturbation intellectuelle Rue89, l’été est fini.

    • Anonyme répond à Les Chats

      « Faut arrêter la masturbation intellectuelle Rue89, l’été est fini. »

      Pour se masturber intellectuellement, encore faut-il un intellect. Or, à vous lire ici et là, je commence à me demander si c’est la chose dont vous êtes le mieux pourvu...

      Peut-être que la question posée ici mériterait d’être élargie en se demandant si le problème de la littérature engagée , EN GENERAL, et pas dans le cas du polar seulement, n’est pas, à plus ou moins court terme, son historicisme ? ...

      Qu’en pensez-vous ? ...

      On lit toujours Genet, Becket, Camus, mais qu’en est-il de la littérature communiste d’Eluard ou d’Aragon ? ...

      Votre avis m’intéresse davantage, en tout cas, que ces formules péremptoires dont vous vous gargarisez.

      • le soudanais
        le soudanais
        ici et là
        • Posté à 01h31 le 02/09/2009
        • Internaute 16438
          ici et là

        Aurélien - entre autres - reste un chef d’oeuvre incontestable.

        Oui, on lit toujours Aragon, ne vous en déplaise.

         
        • Anonyme répond à le soudanais

          Je suis ravi qu’on lise toujours Aragon, ne vous en déplaise : -)...
          ...et en particulier Aurélien.
          Mais s’il plaît tant encore aujourd’hui, n’est-ce pas davantage pour ce qu’il dit de l’impossibilité du couple que pour son aspect militant, qui risque, lui, le temps passant, de devenir de plus en plus subsidiaire ? ...

          D’où le pourquoi de ma question à Dame Les Chats : Le propre de la littérature engagée, à prétention historique, n’est-il pas, LA PLUPART DU TEMPS, de vieillir plus vite que l’Histoire...

          Edit : Je viens d’avoir une amie au téléphone qui, par mp, à propos de littérature engagée m’écrit ceci :

          « Je dirai...que refuser par principe l’engagement, c’est s’engager aussi...Mais je ne suis pas certaine que nous soyons d’accord sur la définition de l’engagement littéraire : pour moi, l’écrivain engagé ne cherche pas à se faire historien, il entend utiliser la littérature comme arme de combat politique.
          J’ajouterai que la littérature engagée du passé, à condition qu’elle ne tourne pas au roman à thèse, celui précisément qui dit (en matière politique)“c’est nul” ou “c’est rien que du bon” (c’est valable pour tous les genres, mais on ne parle que de romans à thèse, pas de poésie à thèse, par exemple, alors qu’ Aragon en a donné de bons mauvais exemples...), a survécu et survivra ce que survivent les œuvres : le temps de quelques siècles (enfin, c’était le cas jusqu’à maintenant : les choses semblent changer, et je ne suis pas certaine que l’humanité y gagne quelque chose). Dès lors que les valeurs qu’elle défend sont atemporelles (ce n’est pas une question de positionnement politique : des valeurs que je juge d’extrême-droite, telles que la glorification du surhomme - ce n’est pas vraiment une valeur, d’ailleurs : passons -, ne sont pas les miennes, mais sont, je le crains, atemporelles, et à l’œuvre dans bien des œuvres, engagées ou pas) l’œuvre parlera encore aux générations à venir, à la condition d’être une œuvre, et pas un tract déguisé.Je pense à Voltaire (et à son combat anticlérical par le biais de la littérature), à Hugo, celui des Châtiments, à Zola, celui de Germinal. Et ne me dis pas que ce ne sont pas de grands écrivains : qu’on les apprécie ou pas, que l’on trouve leur écriture trop “systématique” ou pas, ce sont des grands (puisque je te le dis).
          Pour résumer : ce n’est évidemment pas l’engagement qui fait l’œuvre, mais une œuvre engagée peut être digne de ce nom (celui d’œuvre. D’art.). “

          Je voulais vous le faire partager car c’est bien la preuve que le sujet est vaste et que, même si la fin de l’été approche ; -), il est encore des gens intelligents pour en parler.

        1 autres commentaires
      • egide
        egide
        Littéral
        • Posté à 16h59 le 03/09/2009
        • Internaute 45067
          Littéral

        On lit toujours Eluard ou Aragon.

        Comme la poésie est lue de nos jours.
        Assez peu, mais par des très bons lecteurs.

        La littérature engagée n’est pas lue du tout à part celle d’Orwell et de Sartre, un peu moins.

        Ce n’est pas qu’elle soit datée, cette littérature, c’est qu’on la
        «  juge  » dépassée !

        Car beaucoup pensent qu’il n’y a rien à en tirer aujourd’hui. On sait mieux de nos jours ce qui s’est passé avant !
        Non ?

        Pourtant, les idéologies ont toujours là, rampantes dans nos consciences, comme elles ne font plus consensus, on les a déclaré trépassées !

        Rien n’est plus faux, évidemment, si les idéologies ont cessé de fleurir en slogans politiques, elles s’éparpillent en paillètes clinquantes des clichés et nourrissent ce vieux gros bon sens très populaire encore, et même parmi les élites qui, elles, s’abreuvent aux poisons idéologiques purs, très forts.

        Les élites étant de robuste constitution, elles n’en meurent pas toutes, pour le moment, mais qu’est ce qu’elles se ridiculisent avec leurs jargons technocratiques et leurs assertions d’une imparable logique si mensongère.

        Pour ma part, la littérature est datée où elle n’est pas !

  • Anonyme

    tiens je croyais qu’il avait écrit

    AnaIsthêsia

  • Vuedechezmoi
    Vuedechezmoi
    utopiste
    • Posté à 20h51 le 01/09/2009
    • Internaute 63037
      utopiste

    Ce qui est bien avec A. Chainas c’est qu’il analyse parfaitement bien l’objectif véritable du polar : divertir et c’est tout ! Les bla bla des magasines spécialisés à propos de ce que le polar actuel, français ou anglo-saxon serait supposé dénoncer est une posture de journaliste en mal de rédaction. Les polars n’ont jamais été écrits pour dénoncer ceci ou cela et c’est tout à l’honneur de Chainas que de le dire sans manière.
    Il dit juste aussi lorsqu’il rappelle, si besoin était, que 95 % des individus des sociétés occidentales post-industrielles ne recherchent qu’une chose dans la lecture : consommer vite, ne pas avoir à trop réfléchir et surtout... comme un certain cinéma commercial, avoir des émotions, des frayeurs de préférences.
    Perdus dans son confort d’ennui infini, l’homo post-modernus lit essentiellement du magasine plein de photos et d’articles superficiels courts et des livres faciles à l’écriture standardisée. Le système économique est passé par là et pratiquement aucune maison d’édition n’a résisté aux crépitements des marges plus grasses. Donc on fait dans l’industrie de sujet, de style, de contenu et de format.
    Mais il existe des tous petits éditeurs, souvent locaux d’ailleurs, qui osent éditer des trucs étonnants, bien écrits, captivants (car le style n’a jamais empêché l’attractif) et pourtant classable dans la catégorie polar... comme quoi, c’est juste une question de courage l’Ecriture.... on écrit jamais pour gagner du blé ou pour exister, on écrit parce qu’on ne peut pas faire autrement. C’est dire si 80 % des écrivains médiatisés pourraient ouvrir un bar tabac ! ! !

  • menzao
    menzao
    Touriste breton
    • Posté à 20h55 le 01/09/2009
    • Internaute 86963
      Touriste breton

    Cette question est vaine et typique de ce que les intellos de la capitale peuvent faire d’un art très populaire. Comment rendre pénible ce qui est divertissant souvent et profond parfois ! Les questions sont pitoyables et le pire c’est quand même que notre auteur répond. Ce n’est, ni plus ni moins qu’une posture de notable, heureux de se voir interpellé sur des questions aussi essentielles (à moins qu’il n’ait aussi un livre à vendre). Nous avons tous en tête le nom d’auteurs qui auraient pouffé de rire. Imaginez ce qu’aurait répondu Crumley à la question « Pour vous le roman à thèse est-il l’ennemi du roman ? »

    • GanLanShu
      GanLanShu répond à menzao
      http://shodavid.blog.lemonde.fr/
      • Posté à 16h52 le 02/09/2009
      • Internaute 10692
        http://shodavid.blog.lemonde.fr/

      lol Ça, c’est une bonne question ! Il aurait probablement commandé un autre verre... pour marquer la cadence !

    • Hubert Artus
      Hubert Artus répond à menzao
      Rue89
      • Posté à 21h44 le 02/09/2009
        rédacteur
      • Journaliste 56
        Rue89

      Pour Crumley, que j’ai bien connu, vous en croyez pas si mal dire... Pour le reste de vos interprétations, vous me prêtez des intentions qui ne sont pas les miennes, et vous n’avez pas lu le papier d’introduction au sujet. Lisez pour voir...

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 21h10 le 01/09/2009
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    j’avoue, à ma grande honte, que je n’ai pas lu de livres de Chainas.
    Est-il de droite ou de gauche ? est-ce qu’un écrivain doit positionner ses écrits en tant qu’écrivain (et non de citoyen) ?

    Il est de bon ton, aujourd’hui, de mêler la droite et la gauche, on ne sait plus qui est qui. En politique, sarko débauche des gens de gauche qui finissent par faire une politique de droite, il parait que la CGT va renoncer à la notion de lutte des classes ...

    J’ai lu plusieurs commentaires courroucés. Pourtant, perso, je trouve la question intéressante, elle fait partie de l’analyse du contenu d’un livre. Les polars devraient refléter les problématiques de la société dans laquelle évolue l’énigme. Va-t-on arriver à un gloubiboulga uniforme, que l’on va retrouver en littérature ?

    Qu’un livre soit de droite ou de gauche n’a pas beaucoup d’importance pour l’apprécier, mais pourquoi refuser la question droite ou gauche ?

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 07h37 le 02/09/2009
    • Internaute 45067
      Littéral

    Le polar est une littérature fantasmatique.

    Si les morts sont décrit avec la précision clinique des médecins légaux, si donc les cadavres n’encombrent pas les placards dans les interlignes, leur fraicheur fumante encore de la vie misérable dont on vient de les priver violemment nous apportent immédiatement le petit plaisir des frissons du vérisme et la sensualité propre de ceux qui, encore vivant, assistent émoustillés au spectacle de la mort et à l’exhibition fraiche des dépouilles, ainsi dépassant une limite morbide d’un scopisme qui serait vice non point avoué, mais commis en bande non-organisée des voyeurs inviolents.

    Bien sûr tous ces fictions ressemblent à la vrai vie, c’est exprès.
    Il n’y a donc pas de coïncidence. Les faits divers maquillés peuplent ces pages.
    Et ce qui est inventé, ce sont les palpitations sentimentales, affectives, sexuelles et tous ces bavardages décalés des individus, personnages témoins qui nous représentent.

    Car si le personnage parait être de retour, c’est un procédé qui pare de la défroque des héros des récits d’avant, le lecteur virtuel qui est convié à la fête romanesque.

    Le contrat est simple et clair. Il n’y a rien a gagner que d’être « dans » le roman, pas de voix, seulement être ce lecteur engagé dans le récit même, la conte-métalepse du lecteur « Duchampsien » qui invente « son » propre texte.
    Être donc, ce spectateur sur la scène avec vue sur la « machination » et ses rouages, un monde, le nôtre, enfin qu’on s’explicite :

    Cette prétention à « comprendre » enfin l’abjection du quotidien ordinaire de la périphérie car, tout en étant dans le récit même, nous sommes en périphérie de l’époque et, si nous nous en contentons, c’est qu’on a simplement le sentiment que, pour nous, on n’a pas attrapé le pire, du moins pas encore, où on s’en est sorti, des « pathologies » sociales. De les savoir si proches, car on nous convie à les imaginer de près, ça nous soulage, on peut en rire. Et on croit vraiment que tous cela est le reflet à traits à peine grossis, juste une sorte de synthèse virtuelle du vrai monde.

    L’apolitisme, c’est encore une politique de droite. Le nihilisme, c’est juste le désespoir impuissant des apolitiques lucides. Du moins, se consolent-ils à croire qu’ils sont des anarchistes. Laissant le rouge qu’ils abhorrent, ils se parent des chiffons mélanisés, signes qui distinguent les observateurs compulsifs mais transis des frissons si noirs et très sociétaux.

    Bien joué, fils. Pas mieux.

  • b10
    b10
    • Posté à 10h12 le 02/09/2009
    • Internaute 41441

    Évacuons le sujet ’droite ? gauche ? ’, c’est tellement... « français » (au sens que lui donne Rochefort dans Tandem).
    Versus ? suite aux dithyrambes arthusiennes, j’y ai plongé. J’ai un peu pensé à Dantec (celui d’avant le délire). Mais, chez Chainas, que ce soit dans le style, le récit, ou la psychologie des personnages, on a le sentiment d’assister à une série de dérapages pas toujours contrôlés.
    L’histoire en rajoute dans le crapoteux, mais c’est plutôt Tintin chez le divin marquis et la société secrète. Le style alterne entre écriture rapide et effets artificiels.
    Quant aux personnages, un exemple : on part sur un flic raciste, et pour y insister, on a droit à plusieurs pages de ratiocinations alignant tous les poncifs de base du genre. L’insistance surprend, et, dans la suite, à part une ou deux incises ultra brèves, on ne voit pas trop. Quand arrive un commissaire, dont le nom fait penser au Sénégal, mais qui s’exprime comme un ouvrier maghrébin sorti du bled, émaillant son propos d’expressions arabes retranscrites ’France profonde’, là on est dubitatif.
    J’en suis sorti entre ennui, exaspération et fou-rire, en m’interrogeant sur le sens du titre : « Versus » ? Contre ? Tout contre ?

  • vcalahan
    vcalahan
    nonchalant
    • Posté à 12h45 le 02/09/2009
    • Internaute 89091
      nonchalant

    « Défendre la veuve, l’ouvrier et l’orphelin est émotionellement et commercialement toujours plus avisé que de se mettre du côté -en évitant la dénonciation simpliste- de l’exploiteur, du bourreau, du patron, du salaud ordinaire. La glorification de l’échec, voilà encore une tare de gauche. »
    Tiens, voilà qui est intéressant… la veuve, l’ouvrier & l’orphelin (ils l’ont bien cherché ces ratés !) seraient les dignes représentants de
    l’echec que la gauche (quels couillons…) se targue de défendre !
    Ça va la rolex… ? Ce qui serait tout aussi avisé, c’est de réfléchir avant de débiter (sous couvert d’une logorrhée « savante » et soi-disant distanciée) de pareilles âneries.

  • alberte
    alberte
    Sage-femme retraitée
    • Posté à 20h35 le 02/09/2009
    • Internaute 60250
      Sage-femme retraitée

    lorsque je lis un polar, je ne me pose pas la question, je la trouve ridicule. Pour moi il y a les bons et les mauvais polars

    • voix infuse
      voix infuse répond à alberte
      séraine
      • Posté à 22h10 le 02/09/2009
      • Internaute 62005
        séraine

      Il faut grandir, Alberte, maintenant.

      « Un roman est bon ou mauvais », c’est ce que qu’un élève de troisième normalement constitué apprend à ne plus dire et surtout à ne plus penser...

  • AmourduNoir
    AmourduNoir
    Libraire Polar/SF/Cinéma
    • Posté à 09h04 le 03/09/2009
    • Internaute 89061
      Libraire Polar/SF/Cinéma

    Il faut contacter les éditions gallimard, il y a une faute sur la couverture : vous parlez dans votre article et dans l’encadré résumant le livre de Chainas d’un ouvrage intitulé « Anasthêsia », alors qu’ils ont imprimé sur la couverture (et à l’intérieur en page de titre, j’ai vérifié) « Anaisthêsia ».

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