Allemagne : pour le SPD, ne pas tout perdre serait une victoire

Alain-Xavier Wurst
Journaliste
Publié le 25/09/2009 à 19h33


Frank-Walter Steinmeier, chef de file du SPD (Tobias Schwarz/Reuters)

Et si on jouait à se faire peur ? L’avance d’Angela Merkel (CDU) fond lentement mais sûrement, tandis que le candidat social-démocrate (SPD) grignote son retard. Il est donc grand temps pour la chancelière que le combat cesse. Elle a de la chance, il ne reste plus que deux jours avant les élections législatives. Dimanche soir, 18h01, les dés seront jetés.

Une note discrète, tout d’abord : ce qui a mal commencé finit fort bien, dans cette campagne. Je veux parler de la qualité du débat politique au sens large. A l’exception de Merkel, dont l’économie électorale -au sens propre comme au figuré- fut plus que minimale, le reste de la classe politique n’a pas rechigné à mouiller la chemise.

Cela n’empêche pas qu’il y ait encore 30% d’indécis, objets de toutes les attentions partisanes. Les chrétiens-démocrates ne s’imaginent pas une seule seconde perdre les éléctions, mais le spectre de 2005 est quand même présent dans les esprits.

L’adversaire d’alors, Gerhard Schröder, était parvenu à renverser la tendance grâce à une campagne agressive et une finale tout en furie. Au soir des élections, il s’en est fallu d’un rien qu’il ne reste chancelier ; encore quelques semaines plus tôt, Angela Merkel était créditée d’une avance jugée irrattrapable.

Fini le « rouge-vert », la gauche espère juste échapper au « jaune-noir »

Personne n’avait vu venir le coup et surtout pas la presse, qui, retranchée derrière ses commentaires blasés et ignorant la voix du peuple, avait déjà titré sur l’alliance victorieuse entre chrétiens-démocrates et libéraux.

Ce scénario a très peu de chances de se reproduire, disons-le tout de suite, même si la CDU risque fort de ne pas briller. Pour plusieurs raisons.

D’abord, parce que les conditions actuelles n’ont rien à voir avec celles de 2005. A l’époque les lignes de front étaient classiques. Le gouvernement était composé des sociaux-démocrates et des écologistes (« rot-grün », rouge et vert) et la CDU était dans l’opposition. Tout le contraire d’aujourd’hui, où Merkel et Steinmeier gouvernent ensemble depuis quatre ans.

Leur confrontation s’en ressent, et pour des raisons à la fois tactique et de fond, ils feraient bien encore un bout de chemin main dans la main. Pendant toute cette campagne, le slogan principal du SPD a été « nous voulons empêcher une alliance noir-jaune », le noir étant la couleur de la CDU, le jaune celle du parti libéral.

Ne pas s’engager sur ses valeurs et se définir par rapport à l’adversaire, n’est-ce pas la preuve d’un malaise, d’une absence de projet, voire d’un sentiment d’infériorité ? L’unique fonction de ce message tient à son contenu subliminal, en l’espèce, « nous voulons une alliance noir-rouge ».

Steinmeier le confie : il ne pense pas qu’il deviendra chancelier

Steinmeier le confie en privé : il ne croit pas à ses chances de devenir chancelier. Mais il sait également que l’association contre-nature avec les chrétiens-démocrates est le seul moyen pour son parti de rester au pouvoir.

C’est la deuxième raison pour laquelle le scénario 2005 ne peut se reproduire : le SPD traverse une grave crise d’identité. Une partie de l’électorat de gauche ne se retrouve plus dans la politique économique et sociale menée par le SPD et vote désormais pour « Die Linke », le parti de la Gauche radicale.

Le défi majeur pour Steinmeier, dans les années à venir, sera donc de réussir l’union de la gauche. Steinmeier appelle « Die Linke » la « chair de la chair » du SPD. On ne saurait être plus clair. Sans cette union, ou plutôt cette ré-union, le poids du SPD sur l’échiquier politique risque de se réduire comme une peau de chagrin.

Une pleine page dans un grand hebdomadaire. On y voit Steinmeier en pied avec, à sa droite, les portraits affichés des trois précédents chanceliers sociaux-démocrates : Gerhard Schröder, Helmut Schmidt, Willy Brandt. « Il gouvernera, comme eux l’ont fait avant lui », dit la publicité, qui a, dans le meilleur des cas, quatre ans d’avance.

28%, la barre à atteindre pour le patron de gauche allemande

Cette mise en abyme impressionne. Voilà Frank-Walter Steinmeier investi d’une mission historique : assurer la perénnité de la maison SPD. Mais rien dans son passé ne laissait présager d’un tel destin. Sans faire injure à son engagement, il naquit à la politique en 2005, lorsqu’il fut nommé ministre des Affaires étrangères.

Auparavant, Steinmeier était un haut fonctionnaire, homme de dossiers habitué aux coulisses et conseiller de Schröder pendant près de quinze ans. Son avenir politique dépendra des résultats de dimanche soir. En-deçà de 28 %, il aura beaucoup de mal à rester légitime. Au-delà des 28%, il pourra éventuellement prétendre à réformer le parti. Mais pour la pub, on attendra.

« Qui va gagner à ton avis, dimanche soir ? » me demande une amie qui votera écologiste. « Je pense qu’il y aura de nouveau une grande coalition, » ai-je répondu, sans prendre beaucoup de risque, bien que les libéraux puissent créer la surprise. Ça n’avait pas l’air de la chagriner outre-mesure, reflétant ainsi l’impression générale qui semble prévaloir dans le pays.

  • 4846 visites
  • 33 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • thierry reboud
    • Posté à 20h12 le 25/09/2009
    • Internaute 20923

    On dirait bien que, pour le moment en tout cas, le SPD espère, au moins autant qu’au « jaune-noir », échapper au « rouge-vert-rouge » avec Die Linke. Dommage, il semblerait que d’assez nombreux électeurs allemands, et plus seulement à l’est, ne se résolvent plus à limiter la gauche au SPD.

  • kassis01
    • Posté à 20h50 le 25/09/2009
    • Internaute 24687

    En Allemagne le SPD. En France le PS.
    Bientôt le néant. Comme en Italie ...

    • stephaneerard
      stephaneerard répond à kassis01
      développeur MDD
      • Posté à 06h43 le 26/09/2009
      • Internaute 49989
        développeur MDD

      Ou comment tout résumer en deux petites lignes....

  • Crepitus
    Crepitus
    Retraité
    • Posté à 21h03 le 25/09/2009
    • Internaute 85789
      Retraité

    Notre instituteur, à l’école communale, nous apprenais cette mnémotechnique : le chapeau de la cime est tombé dans l’abîme, peut-être faudrait-il que le rédacteur de cet article revoit ses fondamentaux grammaticaux.

    • Ahem
      Ahem répond à Crepitus
      Étudiant
      • Posté à 21h51 le 25/09/2009
      • Internaute 70874
        Étudiant

      On écrit généralement « abyme » dans l’expression « mise en abyme » selon l’exemple d’André Gide.
      Cf. Wikipédia : Lien

    • Amédée Bonfils
      Amédée Bonfils répond à Crepitus
      Francais de l'étranger
      • Posté à 12h43 le 26/09/2009
      • Internaute 78699
        Francais de l'étranger

      A propos de la « mise en abyme » : Lien
      Comment disait-on déjà ? « Il faut remuer 7 fois etc. »

  • Dan51
    • Posté à 21h18 le 25/09/2009
    • Internaute 12803

    Il ne reste plus que 3 options :

    CDU + FDP

    CDU + SPD

    CDU+ FDP+ Verts

    on verra...

    • jia
      jia répond à Dan51
      Riverain enthousiaste
      • Posté à 12h11 le 26/09/2009
      • Internaute 52311
        Riverain enthousiaste

      Il reste aussi SPD+FDP+Verts car même si la FDP a opposé une fin de non-recevoir au SPD, ils pourraient bien tourner leur veste au dernier moment.

  • Ahem
    Ahem
    Étudiant
    • Posté à 22h03 le 25/09/2009
    • Internaute 70874
      Étudiant

    Je ne connais pas grand chose au programme de Die Linke, mais je trouve quand même étonnant que le SPD préfère s’associer avec la CDU.
    La gauche a quand même peur de la gauche, un peu partout en Europe et semble préférer se déplacer vers le centre.

    • mass0
      mass0 répond à Ahem
      athée et citoyen du monde
      • Posté à 22h27 le 25/09/2009
      • Internaute 21240
        athée et citoyen du monde

      Peut être parce que le SPD n’est pas de gauche (comme le PS). Et là je ne parle pas de la base mais des cadres.

      • Ahem
        Ahem répond à mass0
        Étudiant
        • Posté à 22h58 le 25/09/2009
        • Internaute 70874
          Étudiant

        Peut-être, après tout, mais je trouve ça un peu facile.

         
        • Counch
          Counch répond à Ahem
          Citoyen en résistance en (...)
          • Posté à 11h27 le 26/09/2009
          • Internaute 23248
            Citoyen en résistance en (...)

          Les Allemands ont exactement le même problème que nous :

          L’inéxorable glissement de la Gauche historique vers le centre gauche (ce qui ne peut donner qu’une configuration Etats Unienne avec une droite dure et une droite moins dure).
          C’est donc également pour cela que se forment des nouveaux partis bien ancrés à Gauche... Die Linke en Allemeagne, le Parti de Gauche en France...

        1 autres commentaires
      • Counch
        Counch répond à mass0
        Citoyen en résistance en (...)
        • Posté à 15h45 le 26/09/2009
        • Internaute 23248
          Citoyen en résistance en (...)

        Pour le programme de Die Linke, vous trouverez de larges extraits sur le site du Parti de Gauche ici :

        Lien

        et ici

        Lien

    • Dan51
      Dan51 répond à Ahem
      • Posté à 07h53 le 26/09/2009
      • Internaute 12803

      Etrange comme vous pensez franco-français.

      Il faut savoir que Die Linke est la continuation - améliorée à la sauce occidentale - d’un parti communiste qui n’a pas hésité à dénoncer ses propres membres à la Police d’Etat, à tirer sur les citoyens de son propre Etat lorsqu’ils voulaient fuir cette prison et que l’un des deux dirigeants de ce parti, Gregor Gysi, avocat défendant les « dissidents » était en même temps celui qui faisait des rapports à l’appareil d’Etat pour trahir ceux qu’il défendait. Il a participé à un gouvernement régional avec le SPD et a démissionné quand il a vu qu’il ne pouvait imposer ses vues.

      L’autre dirigeant, c’est Oskar Lafontaine, qui a été ministre des finances de Schröder et a démissionné quand il a vu qu’il ne pouvait imposer ses vues. Il a fait des lois qui ont coûté des milliards, je parle de la loi totalement stupide sur la « Scheinselbstständigkeit » qui a poussé des millions de personnes dans une paperasserie monstrueuse, sans faire gagner de revenus à l’Etat.

      Lafontaine, que je connais d’assez près est un populiste du style Le Pen, mais qui se targue d’être « à gauche », il vit dans une luxueuse villa et a encaissé - sans broncher - une retraite qui ne lui était pas due. Ce n’est que lorsque les journalistes s’en sont aperçu et l’ont publié, qu’il a remboursé...

      Un type excécrable pour ceux qui le connaissent.

      Alors, d’extrême gauche, ou d’extrême droite, les points communs sont légions. D’ailleurs en Sarre, plus de 5.000 personnes ayant voté extrême droite ont voté pour lui en août dernier.

      C’est d’ailleurs comme en France, les communistes ont rejoint Le Pen pour grossir ses rangs, les statistiques le prouvent, et maintenant ils sont repassés du côté de Besancenot et Mélanchon. Les autres ayant rejoint l’UMP. Il faut étudier les mouvements au sein des partis.

      Alors tout ce lavage de cerveau est assez amusant, il est juste pour ceux qui n’y regardent pas de trop près et votent comme des moutons...

      • Ahem
        Ahem répond à Dan51
        Étudiant
        • Posté à 09h16 le 26/09/2009
        • Internaute 70874
          Étudiant

        Je ne sais pas si je pense en « franco-français » (après tout peut-être), mais bon, je n’ai pas non plus l’impression d’avoir amené tout seul le clivage gauche-droite dans ce débat (plusieurs commentaires s’y reportent, par exemple quand plus bas on parle de « gauche institutionnelle européenne »). Et puis, pour avoir vécu en Allemagne, je veux bien admettre que le clivage gauche-droite n’a pas l’importance qu’il a en France, mais de là à dire qu’il n’en a aucune, c’est pas forcément l’impression que j’en ai eu. J’irais presque jusqu’à dire que c’est ce que vous sous-entendez afin de me faire passer pour un « franco-français » qui n’a jamais passé la frontière française et qui n’y connaît rien.

        Et puis bon, la politique, c’est vraiment pas mon terrain d’expertise, donc j’y vais prudemment, mais j’ai entendu aussi de très bons jugements sur Lafontaine et Die Linke. Pour commencer, dire de Die Linke qu’ils ne sont que la continuation du parti communiste, c’est vrai mais c’est aussi un peu faux, et ça laisse dans l’ombre le fait que c’est aussi rempli de transfuges du SPD (à commencer par Lafontaine himself) qui ne sont donc pas des communistes cinglés appelant au rétablissement du bolchévisme. Quant aux arguments ad hominem sur Lafontaine, je n’en sais rien et veux bien vous croire, mais ça ne constitue pas non plus une analyse politique du programme de Die Linke.

        Et puis, en réaction à l’article, mon commentaire n’est pas si absurde que ça. Steinmeier parle de Die Linke comme de « la chair de la chair » du SPD. C’est bien qu’on considère qu’une coalition SPD/Die Linke est - en vertu du clivage gauche-droite - plus logique qu’une coalition SPD/CDU.

        Dernier point, l’expression « démissionner parce qu’il ne pouvait pas imposer ses vues. » Encore une fois, c’est vrai que je n’en sais rien et je serais prêt à vous croire. Mais vu l’aspect très orienté de votre commentaire, ça m’amène à réfléchir. L’expression sous-entend que M. Lafontaine est un gros narcissique égocentrique qui a complètement changé de bord parce qu’on ne l’écoutait pas. Si je tourne ça en « M. Lafontaine a quitté le SPD qu’il jugeait ne plus être en accord avec ses convictions politiques », c’est pas plus précis, mais cette fois-ci c’est positif pour M. Lafontaine. C’est marrant, ce qu’on peut faire avec la langue en fonction de notre point de vue, non ?

         
        • Dan51
          Dan51 répond à Ahem
          • Posté à 09h56 le 26/09/2009
          • Internaute 12803

          Cher ami,
          Lafontaine n’a pas changé de bord, il a surtout cherché à détruire le SPD pour se venger. Tout le monde le sait en Allemagne.

          Seulement, avec ses promesses absolument irréalisables et donc populistes, il attire la masse des gens déçus du SPD, comme le FN en France a attiré une masse d’anciens « communistes ».

          Quant à Die Linke, étudiez leurs prises de positions, elles ne sont pas loin du communisme dans ses pires traits, on a vu le goulag et les millions de morts, l’omerta imposée, omerta qu’elle impose au sein de son parti qui se déchire dans toutes les régions entre les différents arrivants, ceux de l’Est aux habitudes rigides et ceux de l’Ouest qui arrivent suite aux promesses de Lafontaine. Celui-ci ne poursuit qu’un objectif : LUI.

          Il se trouve que nous avons des amis communs... ce personnage est un démagogue fini qui n’a que sa propre personne comme objectif et utilise le « JE » un peu comme Sarkozy.

          • Counch
            Counch répond à Dan51
            Citoyen en résistance en (...)
            • Posté à 11h40 le 26/09/2009
            • Internaute 23248
              Citoyen en résistance en (...)

            Dan51,

            Je crois que l’on a compris que vous avez une haine féroce envers les Communistes... Détendez-vous, ils ne vont pas vous manger.

            Le Capitalisme, fait autant de ravage que ce qu’a fait le Communisme. Vos arguments sont dépassés. Rendez-vous dans 30 ans lorsque le monde aura ouvert les yeux sur les désastres du Capitalisme. Combien de millions de morts victime du Capitalisme...

            On peut compter les suicides aussi...

            ’Seulement, avec ses promesses absolument irréalisables et donc populistes »

            C’est que vous n’avez pas bien lu...

  • mass0
    mass0
    athée et citoyen du monde
    • Posté à 22h28 le 25/09/2009
    • Internaute 21240
      athée et citoyen du monde

    LE seul intérêt de cette élection le score de « Die Linke ».

    C’est un peu l’espoir européen de retrouver une gauche et pas des parties d’apparatchik.

  • Coragyps Atratus
    Coragyps Atratus
    Dans l'attente du moment propice
    • Posté à 23h09 le 25/09/2009
    • Internaute 37338
      Dans l'attente du moment propice

    Voilà ce que c’est que de confier une démocratie à des hauts-fonctionnaires et à des carriéristes. On parade sur de l’insignifiant pour se distinguer de l’autre parti pour la forme, mais sur les sujets de fond, ce sont les mêmes galimatias technocratiques qui ressortent pour mieux masquer une alliance objective entre tous.
    Pour autant, cette alliance est enfin démasquée avec les gouvernances d’ouvertures et de coalitions. Le mélange des genres à ses limites. La gauche institutionnelle européenne étant la première victime car mis à part un soutien affiché au Dalaï Lama par-ci et la mise en place de vélibs par là, son vrai fond de commerce (social, libertés publiques et individuelles, laïcité) est liquidé.
    Espérons que les électeurs allemands ne soient plus dupes avec leurs gouvernants actuels malgré la hargne de la presse envers d’autres parti plus à gauche ou plus à droite.

    • Ahem
      Ahem répond à Coragyps Atratus
      Étudiant
      • Posté à 23h33 le 25/09/2009
      • Internaute 70874
        Étudiant

      Je pourrais avoir des exemples ? N’importe quel point réellement important pour appréhender l’opposition gauche/droite, mais sur lequel le PS et l’UMP se rejoignent pourtant (ou le SPD et la CDU si cela vous convient mieux.)

      • Coragyps Atratus
        Coragyps Atratus répond à Ahem
        Dans l'attente du moment propice
        • Posté à 06h44 le 26/09/2009
        • Internaute 37338
          Dans l'attente du moment propice

        Les points sont tellement nombreux que je ne sais pas par où commencer.
        Par exemple, les réformes I, II, III & IV Hartz sur la question de l’indemnisation du chômage et du travail, la question de l’UE, les privatisations de Deutshe Télécom, Postbank, services d’autoroutes pour les points les plus flagrants.
        Bien évidemment, cela s’inscrit dans la cadre d’une reconquête du centre à défaut d’aller vers l’électorat traditionnel de la gauche.

         
        • Dan51
          Dan51 répond à Coragyps Atratus
          • Posté à 08h07 le 26/09/2009
          • Internaute 12803

          Voilà qui est limpide.

          Amusant comme la personne qui pose la question pense en franco-français avec « opposition gauche-droite ».

          Il se trouve qu’en Allemagne, il y a - grâce au système électoral beaucoup plus stable et juste qu’en France - une nécessité à former des coalitions sur la base de PROJETS politiques clairement formulés et négociés point par point pour former une coalition de gouvernement. Cette pratique existe depuis la guerre et elle a fait ses preuves. Avant il n’y avait qu’un affrontement gauche-droite, maintenant il y a 5 partis qui peuvent entrer en coalition, c’est un grand avantage pour les citoyens qui ont plus de choix. Ces partis ne font aucunement allégeance, comme en France, ils négocient et arrivent à imposer leur vue sur certains points. Comme à Hambourg par exemple où les Verts sont pour la première fois dans une coalition avec la CDU.

          Pour ceux qui parlent allemand, il existe plusieurs sites sur internet avec tous les points des programmes des différents partis - c’est la base de leur future négociation pour former un gouvernement.

          Ces sites donnent les positions de tous les partis sur tous les sujets. En voici un excellent :

          Kandidatencheck sur le site du Spiegel :
          Lien

          Ce Kandidatencheck a été mis au point par les fondateurs des sites :

          allemand : Lien
          irlandais : Lien
          luxembourgeois : Lien
          autrichien : Lien

          Il existe aussi le Wahl-o-Mat :
          Lien

          en anglais :
          Lien

          • jpierre
            jpierre répond à Dan51
            enseignant d'éducation civique (...)
            • Posté à 09h02 le 26/09/2009
            • Expert 53056
              enseignant d'éducation civique (...)

            « Avant (la guerre) il n’y avait qu’un affrontement gauche-droite »,
            C’est une contre-vérité. Après que les sociaux-démocrates au pouvoir et les communistes se soient expliqués à coups de mitrailleuse en 1919, le SPD se trouva à la remorque du Zentrum catholique et fut incapable d’appliquer aucune réforme qui figurait à son programme, le salaire minimum, l’école unique. En 1933, où était la gauche au moment où une partie du Zentrum s’alliait à l’extrême droite pour la propulser au pouvoir ?
            Vraiment, si le SPD est en déconfiture aujourd’hui, c’est que, historiquement, et à la différence des socialistes français, il n’a strictement aucun acquis social à son actif.

            • Dan51
              Dan51 répond à jpierre
              • Posté à 09h57 le 26/09/2009
              • Internaute 12803

              Vous déformez totalement mes propos. Je n’ai pas parlé « d’avant la guerre ».

              En tant qu’« enseignant » vous devriez savoir lire un texte.

              • Counch
                Counch répond à Dan51
                Citoyen en résistance en (...)
                • Posté à 11h43 le 26/09/2009
                • Internaute 23248
                  Citoyen en résistance en (...)

                vous êtes si méchants dans vos propos...

          • Ahem
            Ahem répond à Dan51
            Étudiant
            • Posté à 09h13 le 26/09/2009
            • Internaute 70874
              Étudiant

            Du coup, je ne comprend plus trop où on en est. Vous félicitez le commentaire de Coragyps Atratus pour sa « limpidité » mais alors que lui soutient que les coalitions du système politique allemand sont un syndrome de ce que les partis politiques sont tous les mêmes et au fond ne diffèrent en rien (au niveau européen) vous défendez ce système et nous renvoyez sur les sites qui résument les convictions des différents partis allemands (surtout que Coragyps Atratus semble se baser sur un clivage gauche-droite pour diagnostiquer cela, ou du moins en fait mention.)

            Je ne reviens pas sur l’idée d’une réflexion « franco-française » mais je note que ça a l’air de vous travailler.

            • Dan51
              Dan51 répond à Ahem
              • Posté à 09h58 le 26/09/2009
              • Internaute 12803

              « limpidité » se voulait ironique.
              Il semble qu’il faille préciser : -)

              • Ahem
                Ahem répond à Dan51
                Étudiant
                • Posté à 10h11 le 26/09/2009
                • Internaute 70874
                  Étudiant

                Là, oui, quand même.
                « Voilà qui est limpide » puis on passe à une autre attaque, puis on développe son point de vue, ça ne fonctionne pas. La caractéristique principale de l’ironie étant qu’elle ne peut se lire que dans un contexte. Il ne suffit pas de dire « Bon, je fais de l’ironie, c’est clair » : je ne suis pas familiarisé avec vos convictions politiques.
                Enfin bon.

                • Coragyps Atratus
                  Coragyps Atratus répond à Ahem
                  Dans l'attente du moment propice
                  • Posté à 19h56 le 26/09/2009
                  • Internaute 37338
                    Dans l'attente du moment propice

                  Merci à vous de nous éclairer sur ces problèmes de sémantique et d’avoir allumé la flamme éternellement vivante de la langue française.

                  • Ahem
                    Ahem répond à Coragyps Atratus
                    Étudiant
                    • Posté à 20h00 le 26/09/2009
                    • Internaute 70874
                      Étudiant

                    Il n’y a pas de quoi. En revanche, vous êtes sûr que j’ai, moi tout seul, « allumé la flamme éternellement vivante de la langue française » ?

                    • Coragyps Atratus
                      Coragyps Atratus répond à Ahem
                      Dans l'attente du moment propice
                      • Posté à 20h37 le 26/09/2009
                      • Internaute 37338
                        Dans l'attente du moment propice

                      Au moins ça mais ; c’est vrai que pour vous, cela devait être le minimum. Merci encore.......

        10 autres commentaires
  • Amédée Bonfils
    Amédée Bonfils
    Francais de l'étranger
    • Posté à 19h11 le 26/09/2009
    • Internaute 78699
      Francais de l'étranger

    J’ai étudié un cursus entier de master en Allemagne. Si je peux apporter mon point de vue sur la situation politique allemande à la veille des législatives, ce sera à partir d’exemples personnels, car il me sera difficile d’adopter le point de vue de Sirius et d’écrire de grandes généralités. Parce que d’une part, j’étais bien trop pris par mes études pour pouvoir m’occuper d’autre chose, d’autre part, parce que mon domaine d’études n’était pas les sciences molles.
    Je précise aussi qu’en Allemagne, j’ai tjs tenu à ne fréquenter aucun Francais ou francophone. Pour des raisons linguistiques (on se perfectionne plus vite en allemand) et culturelles (à quoi bon venir en Allemagne, si c’est pour ne se retrouver qu’avec des étudiants francais et parler du old good time in France ?). J’ai visé l’immersion totale.

    Donc mon propos sera plus ici d’insister sur tout ce qui échappe à une lecture purement franco-francaise de la réalité politique et de la société allemandes et essayer de faire apparaitre ces différences d’avec la France, sans être exhaustif. On frisera sans doute plusieurs fois le hors-sujet quant aux législatives de demain. Je m’en excuse d’avance.

    Je commence avec le clivage gauche-droite cher aux Francais. Pour illustrer ce que je veux dire, je prendrai un exemple cinématographique (ca nous changera d’un purement politique). En 1971, Sergio Leone sortait un film, intitulé, en anglais „Duck you, Sucker ! « (Planque-toi, connard !), puis „A Fistfull of dynamite“ (Une poignée de dynamite), en italien „Giù la testa ! ‘ (Baisse la tête), en allemand „Todesmelodie (Mélodie de la mort) et ... en francais „Il était une fois la révolution. Oui en France, nous le savons, et pas que de Marseille, le mot „Révolution et tout le vocabulaire qui s’y rapporte sont connotés positivement dans notre imaginaire collectif. Ce n’est pas le cas ailleurs, notamment en Allemagne. Les Allemands ont une horreur viscérale du désordre, assimilé au chaos. Il est sans doute impossible d’appréhender un autre peuple, sans les oeillères que nous a léguées notre propre culture. Du moins peut-on en être conscient et ainsi relativiser notre propre jugement.
    Et c’est à la Grande Révolution que nous devons le fameux clivage. A droite les députés ayant voté pour la grâce de Louis XVI, à gauche la canaille régicide. Clivage qui, empruntant des contours différents suivant les époques, a traversé plus deux siècles chez nous. Si un étudiant francais saura tjs se situer sur l’échiquier politique, comme on dit, j’ai trouvé les étudiants allemands, dans leur ensemble, totalement dépolitisés, ou plutot apolitiques, à en faire peur parfois. Apolitisme encouragé par les professeurs qui qualifiaient les politiciens d’incapables. En France on tiendrait ca pour un manque au devoir de réserve. Je tiens pour impossible un mouvement estudiantin en Allemagne équivalent en ampleur à celui contre le CPE de 2006.

    A celà s’ajoutent les deux chapelles du christianisme, les cathos et les protestants, leur prégnance sur la société allemande, y compris à l’Est. Je me souviens du professeur de chimie de l’environnement n’ayant pas du tout apprécié mon exposé sur l’évolution des taux de carbone et d’oxygène dans l’atmosphère terrestre sur une période de 4 milliards d’années. Il avait cru y lire que je prêchai in fine une forme d’athéisme ! J’avais eu droit à un contre-prêche sur l’existence de Dieu ! En cours de chimie ! Par un prof de science ! Absolument inimaginable en France dans une université d’Etat ! La CDU et la CSU évidemment ne remettront pas en cause ce poids des églises. Mais les 4 autres grands partis non plus. C’est là qu’on prend conscience de la valeur de la laicité à la francaise. Si un jeune Francais, qui veut changer le monde, verra une épopée révolutionnaire faite de barricades, de manifs, de grèves et de slogans, quittent à perdre ses illusions avec l’âge, le jeune Allemand, lui, s’il a des vélléités de changer le monde, si, le fera sur le mode de la charité chrétienne.

    Il est difficile de parler de l’Allemagne actuelle, en taisant un passé tjs bien présent, son passé nazi. Bcp de Francais ont une vision sommaire des Allemands, vision issue de la dernière guerre mondiale notamment, vision exploitée à l’envi, par exemple, par nos humouristes de Pierre Desproges à Stéphane Guillon en passant par les Guignols de l’Info ou par le candidat Sarkozy pendant la dernière présidentielle. A l’inverse, on trouvera des esprits éclairés pour nous expliquer que l’Allemagne est à des années-lumières du 3ème Reich (ce qui est vrai, évidemment), que l’Allemagne actuelle a, comme la République de Weimar l’avait par rapport à la IIIème République, un système électoral plus démocratique que le système francais de la Vème, dont l’hyper-présidentialisation tend aux dérives monarchiques, ce qui fut maintes souligné. Le système allemand serait plus stable que le système francais ? Là je sais pas. Les dernières élections dans le Land de Hesse (la région de Francfort sur le Main) ont prouvé le contraire. Les Verts, les Rouges de la SPD et les Rouges de Die Linke, majoritaires en sièges, avaient été incapables de former une coalition ; la région était restée sans gouvernement politique pendant plusieurs mois et est finalement revenue à la droite, après un gouvernement technique expédiant les affaires courantes.
    Pour ma part, d’après mon expérience, les Allemands se situent entre ces deux extrêmes, entre d’un coté la caricature de l’impitoyable Allemand blond en culotte de peau hurlant des „Heil H... ! et de l’autre des Allemands assagis, pragmatiques, tolérants, pacifistes, anti-racistes, installés dans une démocratie confortable et ultra-moderne, à jamais éloignés de leurs tentations totalitaires. Trop beau pour être vrai.
    Moi je me souviens d’un intervenant extérieur, ancien étudiant de la fac et présentement cadre chez Deutsche Telekom, venu nous faire un exposé sur le Projektmanagement, et nous annoncer que dans une entreprise, ce dont on a besoin - il s’est excusé par avance d’utiliser un terme pas très politiquement correct - mais ce dont on a besoin dans une entreprise, c’est d’un Führer ! (dixit).
    Ce fut un autre intervenant en cours de mécanique des fluides qui pour appuyer son propos avait projeté des photos d’un Stuka (bombardier de la dernière guerre). Je ne me souviens pas qu’en France ( 4ème ou 5ème exportateur d’armes au niveau mondial) l’un de mes profs de physique ait montré des photos de Rafale, d’Exocet, etc.
    Il y eut aussi ce prof de thermodynamique et de chimie-physique qui nous avait parlé du procédé Fischer-Tropsch. Pendant la dernière guerre mondiale, les Allemands ne purent mettre la main sur le pétrole de Bakou. Et donc deux chimistes allemands Fischer et Tropsch inventèrent le procédé du même nom qui permet de transformer le charbon en pétrole synthétique. Ce prof ne nous a pas présenté les choses ainsi : les Allemands se conduire comme de vils voleurs ? Impossible ! Il nous a expliqué que le 3ème Reich avait subi un blocus le privant de pétrole, mais que le génie national et le génie chimique allemands étaient venus à bout de cet obstacle. Le nationalisme des Allemands s’exprime beaucoup à travers leur admiration pour les produits de qualité concus par leurs ingénieurs.
    Du coté des étudiants, c’était pas triste non plus. En France, j’avais coutume de faire des dons du sang à l’EFS, sur ma lancée, arrivé en Allemagne j’ai poursuivi, chez deutsches rotes Kreuz (DRK). Des camarades étudiants m’avaient fait la remarque qu’ils ne comprenaient pas comment le DRK pouvait accepter de transfuser mon sang de Francais à un Allemand (sic !). Le droit du sang est inscrit dans l’identité allemande, même si légalement depuis le chancelier Schröder il a été amendé. J’ai également vu de jeunes étudiants n’avoir retenu de leurs cours d’histoire du collège-lycée sur la WWII que l’Allemagne avait dominé l’Europe pendant un certain temps, ce dont ils étaient très fiers, et que pour abattre le Reich de mille ans, il avait fallu rien de moins que l’alliance des deux hyper-puissances de l’époque USA et URSS, ce dont ils n’étaient pas peu fiers. Je signale au passage que le refus, par les Francais, de déplacer le parlement européen de Strasbourg à Bruxelles en s’appuyant sur le fait que le choix de la capitale alsacienne est le symbole de la Paix entre France et Allemagne, témoigne d’une vision pour le coup purement franco-francaise. La campagne de France en 1940 ne fut pour les Allemands qu’une petite péripétie de la WWII. La grande affaire pour eux, c’est le Front de l’Est et les bombardements.
    Il y a pour moi, là, un terreau malodorant. Bien sûr, pèse encore un sérieux tabou qui empêche les Allemands, de l’ouest surtout, de l’exprimer politiquement. Pourvou que ca doure !

    Après le nazisme, l’autre tabou, le communisme et la perception de Die Linke. On peut lire souvent que Die Linke est la fille spirituelle du parti unique de l’ex-RDA, que donc c’est un parti infréquentable. L’argument commence à sentir la naphtaline. Les cocos de l’ex-PDS (ex-SED) de l’Est et la WASG, les scissionnaires de la SPD de l’Ouest ont plutôt bien réussi leur fusion-aggiornamento. Ils ont réussi à percé lors de plusieurs élections régionales à l’ouest, au nord, mais également au sud, dans la très catholique et très conservatrice Bavière !
    On pourrait également parler du racisme ordinaire également très présent. Racisme anti-Turcs, mais aussi anti-Russes. Mais je m’arrête là en espérant avoir fait toucher du doigt les différences manifestes entre nos deux pays, comme une invite à réajuster notre grille de lecture, concernant notre puissant voisin d’Outre-Rhin (qui est très conscient que maintenant il est le centre de l’UE).

  • Compte supprimé le 21 janvier 2
    • Posté à 21h06 le 26/09/2009
    • Internaute 17993

    Hum, c’est où l’Allemagne ? Pourquoi tout le monde s’en fout, sauf ARTE. Mais qui regarde Arte ?
    C’est quand même pas que ÇA ? Lien

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.