Frédéric Mitterrand : « La politique, c'est dur. » Ah bon ?
Le ministre de la Culture se plaint de ne pas être traité comme s’il s’appelait « Tartempion ». L’argument est cocasse. Ce qui lui arrive n’est pas dû à son patronyme mais à sa fonction.
Une autre affaire surgissant de son passé récent, sa défense de deux jeunes gens condamnés pour viol à la Réunion, Frédéric Mitterrand s’étonne de l’attention dont il est l’objet. « Si je m’appelais Tartempion, je ne subirais pas les mêmes indignités », déclare-t-il au Journal du dimanche à propos de cette histoire et de la polémique au sujet du livre dans lequel il a raconté ses expériences avec des prostitués en Thaïlande.
En même temps, il esquisse un recours à un argument familial : « Quand on s’appelle Mitterrand, on n’a pas de surprise. » Il fait ainsi allusion aux attaques dont son oncle, François Mitterrand, fut l’objet au cours de sa longue vie politique. « La droite, c’est la chasse à l’homme », disait le Président en réponse aux questions de la presse et des juges sur sa pratique du pouvoir ou sur certains de ses amis.
Agneau ou dur à cuire
Le neveu hésite entre les deux postures, celle de l’agneau naïf poursuivi par une meute politique sanguinaire et celle du dur à cuire qui n’est pas né de la dernière pluie et qui ne se laissera pas faire. Les deux tactiques sont d’ailleurs conciliables selon les publics auxquels il s’adresse, mais la seconde fait apparaître la première pour ce qu’elle est : une tactique.
Un politique professionnel soupçonné de tourisme sexuel -dans le cas de Frédéric Mitterrand, même si ses « prestataires de services » n’étaient pas mineurs, c’est quand même de cela qu’il s’agit- aurait vu sa carrière s’arrêter là. Le sauf-conduit dont il bénéficie jusqu’à maintenant tient au fait qu’il n’est pas un politique de vocation ou de métier.
Et son ministère n’est pas un ministère comme les autres. Il y a été nommé en qualité de « saltimbanque ». C’est l’idée selon laquelle, pour s’occuper de la culture, le mieux est choisir son ministre parmi les artistes. Il sera comme eux, il parlera comme eux, il pensera comme eux, il évitera de les braquer, ils se sentiront en confiance et, dans tous les cas, ils hésiteront à attaquer trop brutalement l’un des leurs.
Ministre « artiste »
Le ministre de la Culture « artiste » n’a pas été inventé par Nicolas Sarkozy. Jack Lang a cultivé à la perfection un mélange subtil de politicien avisé et d’esthète tout terrain, qui lui a assuré une carrière époustouflante. André Malraux lui-même, créateur du rôle il y a cinquante ans, détonnait dans la cohorte des grands commis de l’Etat entourant Charles de Gaulle, avec ses engagements des années 1930 tout près du mouvement communiste, ses ennuis de jeunesse avec la justice (il avait été condamné pour trafic d’œuvres d’art au Cambodge), ses démêlés avec la drogue et l’alcool.
Mais Malraux ou Lang, s’ils ont protégé des auteurs contre la censure (Jean Genet, notamment, pour Malraux), n’ont pas eu à défendre leurs propres écrits. Ou à se défendre contre leurs propres écrits. Avec Frédéric Mitterrand, on a affaire à un ministre qui demande le droit à l’autofiction et celui de faire de la littérature avec ses mauvais sentiments.
Le problème est que, écrivain ou pas (les avis sont partagés sur les qualités de son livre), Frédéric Mitterrand est aujourd’hui ministre. Si ses actions passées sont scrutées à la loupe, c’est au titre de son appartenance au gouvernement, responsabilité que personne ne l’a obligé à accepter. Certes, ce n’est pas parce qu’un homme accède à une position de pouvoir que tous les coups sont permis contre lui. Mais le fait d’être un nouveau venu ne le dispense pas de devoir répondre aux accusations, aux critiques, aux reproches, aux soupçons auxquels s’exposent ceux qui veulent commander aux autres.
Pour survivre dans la jungle où il a décidé d’entrer, saura-t-il devenir un « méchant » Mitterrand sans perdre les atouts du « gentil » Frédéric ? Les paris sont ouverts.
Photo : Frédéric Mitterand à Evento à Bordeaux le 9 octobre 2009 (Régis Duvignau/Reuters).
- Sur google.comJuppé inaugure Evento au côté du ministre de la Culture
- Sur koztoujours.frMauvaise vie, bon écrivain, mauvais ministre
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Daniel Cohn-Bendit a écrit des conneries pédophiles en 1975. Roman Polanski a commis un crime pédophile en 1977. Frédéric Mitterand, bon passons… Je ne suis impressionné par aucun des trois... Haro sur les trois…
Mais je suis encore bien moins impressionné par les gogos qui s’acharnent stérilement sur ces boucs émissaires parcheminés au lieu de démanteler les réseaux pédophiles effectifs, pégreux et hyper-actifs de notre temps. L’argent de la lutte contre la pédophilie est ici, sciemment, foutue en l’air sur des causes spectacles parfaitement creuses, des attrape-nigauds émotionnels, et rien ne se fait vraiment. J’exige qu’on fasse le vrai boulot, au lieu d’égorger des boucs émissaires inutiles et inopérants à gros tarifs. Combien d’enfants violentés en ce moment même, pendant qu’on se défoule émotionnellement et se dédouane intellectuellement sur ces crimes irréversibles et insolubles. Maudite justice-gadget malhonnête. Démagogie de vindicte. On dirait qu’il n’y a que la victime de Polanski qui comprend le bon sens dans tout ce foutoir...
Il ne faudrait pas ainsi tout sensationnaliser. Si une bonne recherche sur la pédophilie contemporaine disposait du battage de cirque médiatique actuel qu’on cultive autour de Polanski, Mitterand et consort il y aurait bien des variations dans notre compréhension de toutes ces choses. Mais les enfants violentés de ce jour ne sont pas des vedettes d’Hollywood ou des politicards en vue, hein, alors, ils peuvent bien attendre... Ils ne sont pas le vrai sujet en question, en fait. Qu’ils prennent un numéro et s’assoient dans leur petit coin... Pour le moment on se défoule, on lynche gratis.
Notons finalement que si les enfants violentés n’ont plus que Madame Le Pen pour les défendre, c’est vraiment mal embouti pour eux… D’ailleurs, de fait, elle ne les défend pas. Elle se sert d’une variation sur le thème de leur sort et de leur drame pour faire de la petite politique sale.
Paul Laurendeau




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