Cabinet de lecture

L'actualité des livres, par Hubert Artus.

Martin Winckler, un toubib en colère parmi les femmes

emmanuelle mignaton
Ouh la mon Dieu
Publié le 21/10/2009 à 11h14

Pour présenter sommairement « Le Chœur des Femmes », dernier livre en date de Martin Winckler, on peut dire que c’est un roman sur la relation pédagogique, dont l’idée fondamentale est que ce ne sont pas toujours les aînées qui enseignent aux plus jeunes, ni toujours les médecins aux patients. Et qu’il est urgent que l’apprentissage passe par l’écoute, la parole, mais aussi par les gestes techniques.


Jaquette du « Choeur des femmes » de Martin Winckler (DR).

Ce livre est une suite logique à quelques ouvrages précédents de Winckler : « La Vacation », « La Maladie de Sachs », « Les Trois médecins », mais aussi au Poulpe « Touche pas à mes deux seins » (2001).

Ce récit a pour décor le CHU-Nord de la ville imaginaire de Tourmens, lieu connu des lecteurs de Martin Winckler, puisque c’est là que se passent quasi tous ses romans. Il met en scène des personnages nouveaux, dont les principaux sont Jean Atwood, jeune interne brillante et arrogante, et Franz Karma, médecin de plus de cinquante ans, directeur de l’unité 77, un lieu d’accueil médical des femmes.

Peu de livres nous permettent de vivre dans la tête d’un médecin. Martin Winckler, cependant, ne livre pas que les paroles et pensées de médecins, mais aussi celles de femmes venant consulter dans ce service de « médecine de la femme ».

L’histoire, très bien maîtrisée, est époustouflante. Elle est aussi le prétexte à une mise en perspective de ce que vivent les femmes, ou plutôt de ce que subissent régulièrement les femmes. Par exemple, la visite gynécologique annuelle, imposée pour le renouvellement de la pilule et/ou le frottis. Cette visite obligatoire (est-ce si sûr ?) chez le médecin ou le gynécologue est souvent un viol clinique, pourtant qui en parle à part Martin Winckler ?

Pourquoi le silence sur ce livre dans les magazines féminins français (le livre est sorti depuis un mois en France) sur un sujet aussi important, et tout du moins, sujet à débats et discussions ? J’ai eu beau chercher, je n’ai rien lu à ce jour. Certes, comme dit Martin Winckler sur son blog :

« Parler de la sexualité, de manière directe ou indirecte, sans le faire de manière vulgaire, aguicheuse ou voyeuse, c’est toujours épineux. Parler de l’intimité physique, également. »

Mais c’est juste épineux, pas impossible !

C’est un livre important mais dérangeant. Tout en étant jubilatoire, car l’intérêt pour l’histoire prime sur le malaise qu’on peut ressentir face aux violences faites aux femmes ainsi que la violence, beaucoup plus grande, faite à des patients dont on parle peu : les êtres intersexués. Martin Winckler s’interroge (et nous interroge) sur l’intersexualité, c’est-à-dire le fait de naître avec des attributs plus ou moins développés des deux sexes et sur la vie qui en découle.

Ce livre a sa place dans le rayon littérature d’une librairie, rayon grande littérature, si ça existait, et il a aussi sa place dans le rayon médical-gynéco-sciences humaines. Vous en connaissez beaucoup de livres aussi complets ?

En général, la psychologie et l’empathie ne sont pas des qualités qu’il faut attendre d’un membre du corps médical. On espère que les étudiants en médecine liront ce roman.

► Le Chœur des femmes - de Martin Winckler - Eds P.O.L. - 602 p., 22.80 €.

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  • einna
    • Posté à 12h24 le 21/10/2009
    • Internaute 6227

    La visite chez le gynécologue, vaste sujet... il y a déjà les gynécologues qui ne s’occupent que des femmes enceintes ou susceptibles de l’être et qui refusent une demande de rendez-vous qui n’entre pas dans ce cadre.
    il y a les gynécologues qui vous bâclent la visite en moins d’un quart d’heure, examen gynéco compris et font une prescription en vous disant « des fois ça marche ».
    On peut parfois se demander si pour certains d’entre eux, la femme est autre chose qu’un ventre, qu’une matrice ; si la question de la féminité, de l’âge les concerne, s’ils s’intéressent à la patiente ou juste à sa fécondité.
    il y a surement des gynécologues compétents, précautionneux, attentifs mais il est parfois plus aisé de se faire suivre par un « bon généraliste » qui saura prendre en compte la patiente dans toute sa dimension physique et psychique, écouter ses questions, sa souffrance, l’accompagner.

  • Dave Feng
    • Posté à 12h25 le 21/10/2009
    • Internaute 27954

    Merci pour ce billet - le roman de Martin Winckler est une vraie merveille et parvient à lier des ambitions qui semblent souvent irréconciliables - d’une part, c’est de la vraie grande littérature populaire, avec un premier degré fort et une histoire maîtrisée ; d’autre part, c’est un livre avec un vrai souci d’intervention sociale et une très fin travail de la voix et du style.

    Ce fut ma lecture préférée de la rentrée littéraire.

    Pourquoi les journaux féminins n’en parlent pas ? Je ne sais pas - cela dit, Olivia de Lamberterie lui a consacré quelques lignes, non ?

  • lancetre
    • Posté à 13h45 le 21/10/2009
    • Internaute 18658

    J’espère qu’il enverra un exemplaire dédicacé au nouveau directeur de Radio-France...

     : -)))

  • Tyb
    Tyb
    (par ici, par là)
    • Posté à 13h59 le 21/10/2009
    • Internaute 24914
      (par ici, par là)

    « Pourquoi le silence sur ce livre dans les magazines féminins français »

    Sans doute parce qu’il n’y a rien de plus profondément machiste et misogyne que les magazines féminins...

    • Numerosix
      Numerosix répond à Tyb
      Prisonnier dans le village (...)
      • Posté à 15h10 le 21/10/2009
      • Internaute 14499
        Prisonnier dans le village (...)

      Oui . Et aussi parce qu’ils ne vendent que du ( mauvais) rêve et de l’espace publicitaire ..

  • sigismund
    sigismund
    autre/ne se prononce pas
    • Posté à 14h26 le 21/10/2009
    • Internaute 910
      autre/ne se prononce pas

    comme disait D.H Lawrence : « le tabou ultime... le sexe comme quelque chose de naturel et de vital. »

  • mandarines
    • Posté à 17h00 le 21/10/2009
    • Internaute 28673

    Il me semble que c’est dans un de ses livres que Martin Winckler s’étonnait qu’on donne aux maladies le nom de ceux qui les avaient découvertes et non le nom des patients qui en étaient porteurs. C’est assez révélateur de la mentalité du corps médical.
    Le personnel médical et paramédical ne doit pas émettre de jugement de valeur mais porter secours et réconfort quelque soient les circonstances. J’admets que ce n’est pas toujours facile.
    Mais puisqu’on parle de gynécologie, il faut voir comment les femmes sont considérées dans certains endroits quand elles viennent se faire avorter : discours moralisateur, refus de donner des antalgiques à la sortie d’hospitalisation, et j’en passe... Ces médecins là feraient bien de changer de métier !
    En tout cas, je vais lire avec plaisir le nouveau livre de Martin Winckler.

  • emmanuelle mignaton
    emmanuelle mignaton
    Ouh la mon Dieu
    • Posté à 17h13 le 21/10/2009
    • Internaute 64401
      Ouh la mon Dieu

    Depuis que j’ai écrit ce texte, un magazine féminin, « Elle » (donc pas des moindres en terme de notoriété) a parlé du livre de Martin Winckler. Le texte est dans l’hebdomadaire de cette semaine.
    Il est toutefois à noter que la rédactrice dévoile une partie de ce qui fait la saveur des premiers chapitres du livre (soupirs de ma part...) et qu’elle ne parle ni de la position gynécologique que toutes les femmes connaissent en France et que Martin dénonce, et qu’elle ne parle pas non plus des êtres intersexués.

  • ellilou
    • Posté à 10h05 le 22/10/2009
    • Internaute 21018

    Je crois que Martin Winckler a quitté la France et vit maintenant au Canada (j’espère ne pas dire de bêtise...) et ce départ doit être très largement lié au fait que personne ne semblait entendre les messages qu’il s’obstine (l’entêté ! !) à délivrer depuis des années : respect dans les rapports soignant/soigné, écoute et réponse (dans le mesure du possible et sans se prendre pour l’omniscient médical que nul ne peut être) à ceux et celles qui attendent une information (je lui avais posé une question via son site Internet et il m’avait humainement, médicalement et scientifiquement répondu : ouah ! un médecin qui vous répond sans vous prendre de haut ou pour une débile profonde !). J’avais déjà très envie de lire son livre, votre article me renforce dans cette idée. Quant à savoir pourquoi aucun magazine « féminin » ne relaie ce bouquin formidable, rappelons nous les soucis qu’il avait eu sur France INter dans ses chroniques matinales : les sponsors n’avaient pas apprécié ses prises de positions et aurevoir les chroniques de Monsieur Winckler. Ces magazines dépendent bien trop de leurs annonceurs : la « Canne Enchaînée » n’existe pas encore....

  • lally
    lally
    professeur
    • Posté à 12h57 le 22/10/2009
    • Expert 51226
      professeur

    J’aime beaucoup le positionnement idéologique et médical de Martin Winckler.
    Rare, précieux et terriblement nécessaire dans un pays qui voit de plus plus la gynécologie délaissée (comme si c’était la profession médicale la plus inintéressante) et les femmes de plus en plus reconditionnées dans un modèle patriarcal.

    J’ai un peu hésité à acheter le livre, assez cher et aussi reprenant pas mal de passages du blog de Martin Winckler. Mais je pense me le procurer lorsqu’il sera disponible au format poche.

    • Lapin agile
      Lapin agile répond à lally
      Apprenti sorcier
      • Posté à 16h54 le 22/10/2009
      • Internaute 63233
        Apprenti sorcier

      Ce lien pour vous édifier sur une des raisons de l’abandon de la spécialité de gynécologue-obstétricien en exercice libéral en France, à écouter jusqu’au bout :

      Lien

      Un autre fait concernant les généralistes : au cours des 3 années suivant l’examen national classant (ancien concours de l’internat), les étudiants effectuent des stages semestriels, au sein de diverses services +/- spécialisés, avec un groupe dit « mère et enfant » qui permet d’effectuer un passage soit en pédiatrie, soit en gynécologie, exceptionnellement dans les deux services au cours d’un même stage (ça dépend de la dimension du CH) et il est quasiment impossible d’effectuer un stage de 6 mois en gynéco ET en pédiatrie. Il faudra donc compter sur la chance d’être passé dans ces services et y avoir eu une activité satisfaisante au cours des stages (beaucoup plus courts) en tant qu’étudiant (2è et 3è années, autant dire qu’on n’apprend rien de la relation médecin-malade) ou externe (4è à 6è années, faut croiser les doigts pour trouver un interne motivé pour vous former, je dis bien un interne, les chefs de cliniques, faut pas compter dessus, mais ça a peut-être changer). Bref, un généraliste peut n’avoir prescrit une contraception par œsoprogestatif qu’à l’occasion de son stage chez le praticien, soit en 7è ou 9è année (si on lui en lui laisse la chance).

      Oh, et vous aurez noté au passage que les généralistes n’effectuent que 6 mois de formation en milieu libéral et passent 7 ans et demi en milieu hospitalier, ce qui prépare effectivement formidablement ceux qui vont être lâchés dans la nature (mais faut pas se plaindre, y a 15 ans, ce stage n’existait pas et il existe maintenant la possibilité d’effectuer en plus un Saspass, une sorte de stage en immersion complète). Hôpitaux au sein desquels les infirmiers, les secrétaires médicales, ont droit à des formations spécifiques, gestion du stress, relation avec le patient, formations jugées superflues pour les médecins...

      • lally
        lally répond à Lapin agile
        professeur
        • Posté à 20h53 le 22/10/2009
        • Expert 51226
          professeur

        Merci beaucoup pour ce lien.
        Très intéressant. Mais je doute quand même que la seule loi Perruche ait fait chuter le nombre d’obstétriciens gynécologues.
        J’ai l’impression de là où je suis et en tant que femme, qu’il s’agit plus d’un problème de dévalorisation du métier, d’un rejet de plus en plus de différentes sections de ce métier (ivg, img, préparation à l’accouchement, contraception). L’ensemble de la profession dont Martin Winckler, était au départ engagé dans une vision assez militante et féministe.
        On peut constater qu’il ne reste quasiment que les plus engagés dans le métier comme Martin Winckler et quelques gynécologues militants qui osent encore assurer un service gynéco hospitalier ou libéral complet.
        Il y a eu au cours des 10 dernières années dans le milieu médical, une sorte de propagande politique d’organismes ultrareligieux culpabilisant les médecins pratiquant avortements, img, offrant contraceptions adaptées.
        Derrière cette propagande, on retrouve des fondations comme la Fondation Lejeune et tous ses supporters opusiens, de plus en plus implantés au plan gouvernemental (Xavier Bertrand en est sympathisant) et s’exerce donc sur les médecins une pression et une culpabilisation, exactement comme celle qui existait sur les femmes avant que Véronique Neiertz ne fasse voter la loi d’entrave.

        Il faudrait que le corps médical dans son ensemble se révolte donc face à cet entrisme idéologique de groupes religieux. Ce qui permettrait de retrouver des praticiens gynécologues libres et en nombre suffisant pour assumer les besoins nombreux des femmes, des couples.

        Je suis d’accord avec vous sur le manque de formation des généralistes et des obstétriciens libéraux. Mais on retrouve aussi ce manque avec les psychiatres exerçant en milieu hospitalier psy. Ce qui entraîne le pire et des drames de plus en plus réguliers.

         
        • Lapin agile
          Lapin agile répond à lally
          Apprenti sorcier
          • Posté à 03h47 le 23/10/2009
          • Internaute 63233
            Apprenti sorcier

          De rien

          La loi Perruche ne fait pas tout, mais elle rentre dans le cadre de la judiciarisation grandissante de la médecine qui explique bien des choses, croisons les doigts pour qu’on ne prenne pas exemple sur les E.U.. Après, que l’on incite sournoisement à faire de la gynéco-obstétrique à l’hôpital pour plomber le libéral et maîtriser davantage les dépenses, j’en sais rien... pas assez de recul (quant aux fermetures des petites maternités au profit des grands centres, dont les CH, je ne sais pas non plus si ça joue). Si un gynéco nous lit...

          Je n’ai jamais ressenti de pression d’ordre religieux, ou quoi que ce soit de ce genre, et pourtant, des médecins/infirmiers catho pratiquants par chez moi, c’est pas ce qui manque... alors, vu que je ne suis pas une femme, a fortiori non candidat à l’IVG, je n’ai jamais été confronté à tout ce que l’on raconte sur le parcours du combattant de certaines pour pouvoir avorter. Mais je ne fais pas partie de ceux qui ont pu profiter comme il se doit d’un service de gynéco et je n’ai jamais mis les pieds dans un service de planning familial (au fait, ça en est où, la liquidation du planning familial ?).

          Concernant la fondation Lejeune, même si je suis à l’opposé de leur philosophie concernant l’avortement, leur discours m’a fait m’interroger davantage sur la place du handicap et de la volonté de normalisation à tout crin... je lis, donc, mais je trie... pour vous aider à me situer, mes cheveux se sont hérissés quand j’ai appris que l’ADMD avait été agréée en 2006 pour représenter les usagers hospitaliers.

          Pour l’instant, le corps médical a autre chose a faire que de se révolter contre un supposé entrisme religieux, depuis quelques temps, il a surtout à faire avec la « rationalisation » des soins, la T2A, le CAPI, les caprices de madame Lacaisse, le casse-tête de la permanence des soins et des recommandations parfois très douteuses (oooh, les jolis conflits d’intérêt !).

          Je ne me suis pas prononcé sur la qualité de la formation des obstétriciens libéraux, je ne la connais pas, je ne parlais que des généralistes. Tout ce que je peux vous dire, c’est que les services regorgeaient il n’y a pas si longtemps d’internes de spécialités (à tel point qu’on ne savait pas quoi faire des généralistes, mais c’était peut-être propre au chu où j’étais), ce qui explique peut-être la récente augmentation de la population de gynéco-obstétriciens (les autres catégories chutent). Pour les psy, je n’en sais rien, j’en ai une vue très biaisée (mais mon petit doigt me dit de regarder plutôt en direction des labo).

          Si vous voulez avoir une idée de la population médicale et des différentes catégories de gynécologues et d’obstétriciens, je vous invite à jeter un œil sur l’Atlas de la démographie médicale en France - situation au 1er janvier 2009.

          • lally
            lally répond à Lapin agile
            professeur
            • Posté à 13h41 le 23/10/2009
            • Expert 51226
              professeur

            Concernant la pression religieuse, je peux vous certifier qu’elle existe.
            J’ai pu le vérifier de nombreuses fois lors de rencontres avec différents médecins. Ca transite parfois par des brochures reçues avec les caisses et les mutuelles, des abonnements gratuits à des revues ultra religieuses, des séminaires où comme par hasard se retrouve une ou deux fondations reliée à des sectes ou à des groupes intégristes, ça transite aussi par des formations...Et une fois le doigt mis dans l’engrenage, difficile pour les médecins de s’en sortir.
            Tous les notables ont cette pression constante depuis quelques années. Et ça a des conséquences assez graves sociales bien sûr mais aussi individuelles et familiales.

            La vision actuelle des soins de santé est une vision de fonctionnement US.
            Ne vous en rendez-vous pas compte ?
            Moi oui même en simple patiente. L’état détricote totalement le droit fondamental à être soigné. De plus en plus de gens se retrouvent dans un total abandon sanitaire. Pour le moment, se sont les hôpitaux psy qui gèrent ces conséquences. Mais vous verrez que lorsque la cocotte minute ultralibérale tournera plus vite, là vous verrez les conséquences de cette politique comme si vous retourniez au 19ème siècle.
            Et ça risque d’être un immense choc.

            Concernant la Fondation Lejeune, pour les connaître, se sont vraiment des gens complètement fachos, dangereux y compris auprès des familles de handicapés. Leur seule préoccupation c’est de récupérer un maximum de legs de successions de notables pour faire passer les idées intégristes religieuses de l’Opus Dei et pour faire percer politiquement des partis d’extrême-droite dont tous les administrateurs sont sympathisants. La préoccupation des handicapés, c’est leur paravent, l’argument commercial pour attirer des gens à eux. La réalité n’a strictement rien à voir avec le packaging. C’est une arnaque ultra religieuse qui instrumentalise le handicap pour en faire un commerce et surtout faire des adeptes à l’Opus Dei, faire de l’entrisme politique d’extrême-droite à l’Assemblée Nationale via la Fondation de Service Politique. Et ça a des conséquences très graves. Et je peux l’affirmer en toute connaissance de cause.

            C’est en partie à cause de leurs pressions et de leurs graissages de patte (avec l’argent censé aller aux trisomiques) à différents niveaux du gouvernement et de l’Assemblée Nationale que les Planning Familiaux ont failli disparaître en France.
            Sans les groupes de femmes, de féministes et de médecins militants qui se sont mobilisés, le Planning aujourd’hui n’existerait plus.

            Le corps médical a sans doute d’autres combats que d’entrer en guerre contre le religieux. Il n’empêche que s’il refuse le combat, ça aura des conséquences terribles. Tant pour les médecins que les patients.
            Des droits fondamentaux sont en jeu.
            Je ne pense pas que vous le réalisiez.

            La gestion de la psy repart sur un internement des malades sans soins.
            Totalement contraire aux prescriptions d’après 1945. Peu de formation, une vision comptable et réduite à la médication et à l’humiliation des malades. Total des courses, de plus en plus de malades que les médicaments ne sont pas suffisants à calmer et des drames, des crimes de plus en plus nombreux à l’intérieur ou à l’extérieur des hôpitaux psys...Sans compter, le refus de gérer des situations autrement que sous le sceau de l’urgence...ce qui empire le problème.
            Les labos ont-ils une responsabilité ? Je n’en sais rien.
            La politique gouvernementale de santé qui raisonne seulement d’un point de vue comptable, c’est une certitude.

            • Lapin agile
              Lapin agile répond à lally
              Apprenti sorcier
              • Posté à 18h12 le 23/10/2009
              • Internaute 63233
                Apprenti sorcier

              Je ne nie pas la pression religieuse, je dis que je n’ai pas eu affaire à elle (ou alors, j’me suis fait blouser). A croire que ceux que j’ai côtoyés ont eu l’intelligence de laisser leur prosélytisme à l’entrée de l’hôpital, enfin bref... que derrière un discours qui se veut rationnel se cachent les thuriféraires de l’opus dei, je n’ai aucune peine à le croire, je savais déjà que la fondation Lejeune flirtait (attention, ceci est un euphémisme) avec l’extrême-droite, mais encore une fois, j’ai la naïveté de me croire capable de faire le tri et puis, c’est toujours intéressant d’entendre ce que l’autre camp a à dire, ne serait-ce que pour le démonter si besoin. Ceci dit, leur argumentaire concernant la recherche sur les cellules de cordon et de cellules adultes transformées, au lieu de cellules embryonnaires me parait plus qu’entendable, après, la philosophie qui se cache derrière... mais si vous me dites que ce n’est qu’une vitrine, qu’ils ont encore moins de scrupules que « mère » Theresa, je ferai encore plus attention à l’avenir, promis.

              Le détricotage de la sécu n’est pas nouveau, un des bons gros coups de boutoir remonte à la réforme Douste-blazy qui enterrait le médecin référent, introduisait le parcours de soins et le non remboursement d’un euro, ouvrant la voie à l’ingérence grandissante des organistes mutualistes et laissant libre cours aux dépassements d’honoraire infligés profondément mais toujours « avec tact et modération » dans le rectum des clie... pardon, patients. Et là ils pleurnichent parce que les dépassements ont explosé et demandent à ce que ce soit encadré (protocole d’accord la semaine dernière, pas entendu parler, ça causait trop de jean sans terre...). Au chapitre des hérésies : quelqu’un s’émeut-il qu’une banque puisse être votre mutuelle de santé ?

              Vous me parlez de droits fondamentaux en jeu à l’occasion de cet entrisme religieux : il n’est qu’un des problèmes à mes yeux, à côté des conflits d’intérêt ahurissants minant la profession médicale, au niveau institutionnel, des soit-disant experts, des grands pontes hospitaliers, de la presse spécialisée, en raison de leurs relations quasi incestieuses avec les labo pharmaceutiques dont les moyens de pressions sont colossaux (on voit ce qui se passe avec la vaccination anti-grippale en ce moment - je vous invite à flâner sur ce site à ce propos Lien - la grande arnaque des anti-dépresseurs, et, moins connu du grand public, avec le dépistage du cancer de la prostate). Pour moi, l’argent est le nerf de la guerre, la religion, un prétexte, voire un moyen, mais pas un but en soi. Que les groupes religieux aient alors plus d’écho, c’est un dommage collatéral. Mais il est vrai que quand on voit ce qui se passe aux E.U., devant la rhétorique de grands malades évangélico-cathodiques pour lesquels le salut de leur grande nation, choisie par dieu le père, passe par l’absence de péchés, justifiant ainsi par je ne sais quel plan supérieur leur ingérence dans la vie du citoyen lambda, on peut légitiment s’interroger sur ce qui se passe dans la tête de leurs équivalents gaulois. C’est sûr qu’à force de se faire marteler le même discours, on peut finir par y croire sincèrement.

              Encore une fois, je ne me prononcerai pas sur la psychiatrie, parce que je n’ai d’elle qu’une expérience très biaisée et parcellaire.

        3 autres commentaires
  • Planteur J-M-T-L-G
    • Posté à 21h54 le 22/10/2009
    • Internaute 92613

    Merci de parler de Martin WINCKLER, pour tout ceux qui vont négliger de le faire.
    Parce qu’il est nécessaire que les choses soient dites, même si elles ne plaisent pas à tous.
    Pour la révolte médicale contre le religieux, on passera : une amie qui va au planning familial m’a dit que son médecin est un catholique anti-avortement(il le lui a dit) .
    De toute façon, je doute de voir un jour le corps médical uni pour quelque cause que ce soit.Ce serait un précèdent unique dans cette corporation.
    Je crois qu’il tel évènement me ferait reconsidérer l’existence de Dieu...

  • Plokta
    • Posté à 17h34 le 24/10/2009
    • Internaute 10431

    Martin Winkler a aussi écrit un texte assez pertinent sur la grippe H1N1 : « Si le virus A H1N1 mute... » ou l’escroquerie à l’échelle planétaire
    Lien

  • Arwene
    • Posté à 16h30 le 25/10/2009
    • Internaute 16560

    Ce livre est aussi une suite logique (quoi que dans un genre très différent) à la trilogie Twain (Un pour deux ; L’Un ou l’autre ; Deux pour tous) parue chez Calmann-Levy, dans la collection Interstices.

    Et « Le Choeur des femmes » est un pur chef d’oeuvre ! Sur le fond, l’histoire et l’engagement, sur la forme, la narration, le style... et le profond humanisme de Martin Winckler.

    Qui a ouvert deux blogs depuis son déménagement au Canada. L’un consacré à la médecine : Lien
    l’autre à l’écriture : Lien

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