Martin Winckler, un toubib en colère parmi les femmes
Pour présenter sommairement « Le Chœur des Femmes », dernier livre en date de Martin Winckler, on peut dire que c’est un roman sur la relation pédagogique, dont l’idée fondamentale est que ce ne sont pas toujours les aînées qui enseignent aux plus jeunes, ni toujours les médecins aux patients. Et qu’il est urgent que l’apprentissage passe par l’écoute, la parole, mais aussi par les gestes techniques.

Jaquette du « Choeur des femmes » de Martin Winckler (DR).
Ce livre est une suite logique à quelques ouvrages précédents de Winckler : « La Vacation », « La Maladie de Sachs », « Les Trois médecins », mais aussi au Poulpe « Touche pas à mes deux seins » (2001).
Ce récit a pour décor le CHU-Nord de la ville imaginaire de Tourmens, lieu connu des lecteurs de Martin Winckler, puisque c’est là que se passent quasi tous ses romans. Il met en scène des personnages nouveaux, dont les principaux sont Jean Atwood, jeune interne brillante et arrogante, et Franz Karma, médecin de plus de cinquante ans, directeur de l’unité 77, un lieu d’accueil médical des femmes.
Peu de livres nous permettent de vivre dans la tête d’un médecin. Martin Winckler, cependant, ne livre pas que les paroles et pensées de médecins, mais aussi celles de femmes venant consulter dans ce service de « médecine de la femme ».
L’histoire, très bien maîtrisée, est époustouflante. Elle est aussi le prétexte à une mise en perspective de ce que vivent les femmes, ou plutôt de ce que subissent régulièrement les femmes. Par exemple, la visite gynécologique annuelle, imposée pour le renouvellement de la pilule et/ou le frottis. Cette visite obligatoire (est-ce si sûr ?) chez le médecin ou le gynécologue est souvent un viol clinique, pourtant qui en parle à part Martin Winckler ?
Pourquoi le silence sur ce livre dans les magazines féminins français (le livre est sorti depuis un mois en France) sur un sujet aussi important, et tout du moins, sujet à débats et discussions ? J’ai eu beau chercher, je n’ai rien lu à ce jour. Certes, comme dit Martin Winckler sur son blog :
« Parler de la sexualité, de manière directe ou indirecte, sans le faire de manière vulgaire, aguicheuse ou voyeuse, c’est toujours épineux. Parler de l’intimité physique, également. »
Mais c’est juste épineux, pas impossible !
C’est un livre important mais dérangeant. Tout en étant jubilatoire, car l’intérêt pour l’histoire prime sur le malaise qu’on peut ressentir face aux violences faites aux femmes ainsi que la violence, beaucoup plus grande, faite à des patients dont on parle peu : les êtres intersexués. Martin Winckler s’interroge (et nous interroge) sur l’intersexualité, c’est-à-dire le fait de naître avec des attributs plus ou moins développés des deux sexes et sur la vie qui en découle.
Ce livre a sa place dans le rayon littérature d’une librairie, rayon grande littérature, si ça existait, et il a aussi sa place dans le rayon médical-gynéco-sciences humaines. Vous en connaissez beaucoup de livres aussi complets ?
En général, la psychologie et l’empathie ne sont pas des qualités qu’il faut attendre d’un membre du corps médical. On espère que les étudiants en médecine liront ce roman.
► Le Chœur des femmes - de Martin Winckler - Eds P.O.L. - 602 p., 22.80 €.
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La visite chez le gynécologue, vaste sujet... il y a déjà les gynécologues qui ne s’occupent que des femmes enceintes ou susceptibles de l’être et qui refusent une demande de rendez-vous qui n’entre pas dans ce cadre.
il y a les gynécologues qui vous bâclent la visite en moins d’un quart d’heure, examen gynéco compris et font une prescription en vous disant « des fois ça marche ».
On peut parfois se demander si pour certains d’entre eux, la femme est autre chose qu’un ventre, qu’une matrice ; si la question de la féminité, de l’âge les concerne, s’ils s’intéressent à la patiente ou juste à sa fécondité.
il y a surement des gynécologues compétents, précautionneux, attentifs mais il est parfois plus aisé de se faire suivre par un « bon généraliste » qui saura prendre en compte la patiente dans toute sa dimension physique et psychique, écouter ses questions, sa souffrance, l’accompagner.




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