Le Yéti, voyageur à domicile

Chroniques d'un voyageur à domicile qui ne voulait pas conquérir le monde, mais être conquis par lui.

Une loi sur les photos retouchées pour des humains sur la touche

Le Yéti
yetiblog.org
Publié le 23/10/2009 à 10h30


La députée UMP Valérie Boyer vient de déposer une proposition de loi sur les photos retouchées des magazines en papier glacé, obligeant ceux-là à indiquer les infractions à l’ordre naturel des choses et à ses imperfections supposées. Branle-bas de combat chez les lifteurs impénitents.

« Une manière de refuser le progrès ! », clament nos indignés... « Un mauvais coup au rêve et à la beauté ! »

Haro sur le bouton assassin, le pli offensant, le bourrelet humiliant, la cerne sacrilège ! Sur ces couvertures transies, jamais l’ombre de ces délicats plis nasogéniens ornant les ailes frémissantes des nez, nulle patte d’oie imprimée de nos rires passés ni ride du lion révélant l’intensité d’une réflexion.

Drôle, cette manie forcenée de vouloir gommer à tout prix les « injures » du temps qui passe, les « outrages » de l’attraction terrestre, les « méfaits » de dame Nature.

Une peur panique de l’éphémère, une quête frénétique d’éternité

On pourrait s’en amuser, tourner en dérision ces tristes « effaceurs de gueule ».

Oui, on pourrait. Si cela ne dénotait pas une faille plus profonde dans notre comportement, par imprégnation tourmenteuse des critères impitoyables de la beauté éthérée.

Oh, cette peur panique de l’éphémère et de son aboutissement désespérément mortel, cette fébrilité dans le paraître, cette injure faite à notre soif d’absolu et à notre quête frénétique d’éternité !

Quelle désolation que ces vedettes crépusculaires à la peau tendue à craquer, mimant les jeunes filles et les jeunes hommes qu’elles et qu’ils ne seront plus. Ce défilé de « stars » (sic) aux lèvres artificiellement gonflées, seins et culs siliconés, épiderme « uvétisé » à outrance. Cette basse-cour de modèles plus ou moins top, plus frigorifiantes que le support sur lequel on les couche.

Et quelle pitié que ces barbons chenus cherchant dans quelques jeunesses légères ou à travers ces ectoplasmes anémiques un oubli à leur ventripotence obstinée. Ces ménagères s’échinant à essayer d’éradiquer tout ce qui les distingue de cette concurrence réfrigérée.

Salive, rot, urine, sperme... : tout ce qui sort de notre corps est maudit

Que de dérives pitoyables et dangereuses, aussi ! Ces pulsions anorexiques, ces excès pharmaceutiques de convenances, et jusqu’à ces aberrations monstrueuses que sont ces nanotechnologies par lesquelles l’être humain a la prétention de bricoler et de manipuler le cœur même de son atome.

Mais bast de ces délires inénarrables qui n’aboutissent une fois de plus qu’à une négation pénible de notre enveloppe charnelle naturelle, de ce corps récalcitrant aux quatre volontés de notre conscience en folie !

Avez-vous remarqué comme tout ce qui sort de notre corps est maudit ? La salive, la goutte-au-nez, le rot, l’urine, les menstrues, le sperme, les excréments... Et même la sueur, cette odeur pourtant enivrante qu’exhale la fusion des corps amoureux.

Ne vous étonnez-vous pas après, quand, inversion saugrenue du sens et des sens, nous souhaitons à nos pires ennemis ce qui pourrait en d’autres circonstances leur être si formidablement et physiquement agréable ? « Va te faire enc... ! Va te faire f... ! Les b..., comptez-vous ! »

L’être humain égaré dans une ambition trop grande pour lui

Pauvre petit être humain égaré dans une ambition trop grande pour lui, se jouant la comédie du lisse et de l’inodore, de la fabulation conte de fée et de la négation des réalités ! Je crains fort que le projet de loi de notre infortunée députée ne suffise pas à le désencrasser de ses obsessions d’infini.

Tant pis ! Allez viens, mon vieux. Dehors brille un soleil frileux. La terre exhale l’odeur prégnante des premières feuilles d’automne. Passons à autre chose et terminons cette petite chronique amusée en trinquant tous les deux.

Foin de ton foie et de ton cholestérol, goûte-moi ce velours et oublie un peu toute cette indigeste salade ! Ça te mine le sang et ça te rend neuneu.

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  • Anonyme

    La grande Anna Magnani dit un jour à une maquilleuse :

    « ne touchez pas à mes rides, j’ai mis du temps pour les avoir »

    • ysengrimus
      • Posté à 16h32 le 23/10/2009
      • Internaute 12674

      Le plus curieux dans l’affaire, c’est qu’une petite retouche genre photoshop aurait pu régler le problème des rides de Madame Magnani sans tout ce flafla. Évidemment, il est moins facile de retoucher déjà de nos jours...

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      Le faire c’est s’exposer a être juge sévèrement. Tiens, le YÉTI en cause justement...

    • Compte supprimé le 3 janvier 3
      • Posté à 21h38 le 23/10/2009
      • Internaute 10904
        in angulo

      Merci, Chamaco, d’évoquer la grande, la TRES grande Anna Magnani, aux rides de toute beauté.

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      Celle-là, même morte, elle continuera longtemps de me faire chialer.

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      En simplette, dans « Le Miracle » de Rosselini (avec Fellini en Saint-Joseph, un grand moment...)

      Et puis les incontournables...

  • A déménagé le 2 mai 2011
    A déménagé le 2 mai 2011
    Délinquante au coin de la rue
    • Posté à 11h35 le 23/10/2009
    • Internaute 26137
      Délinquante au coin de la rue

    Il parait que ça fait plus joli...
    Sans rides, sans poignées d’amour, sans poids superflu, sans vieillesse et au bout immortel.

    Je crois que c’est la recherche extrême aujourd’hui, où être vieux est repoussant, sale et à cacher.
    On a oublié aujourd’hui qu’être vieux, c’est être sage, avoir des choses à transmettre, comme dans ces sociétés dites primitives, où jamais un vieux n’est abandonné et retrouvé des années après sa mort, transformé en momie sur son canapé...

    Et puis, ça fait vendre : tous ces magazines ou le moindre mannequin n’a pas plus de 15 ans (voir la campagne de pub d’une certaine marque de chaussures), et pèse toute habillée le poids du magazine !

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 15h21 le 23/10/2009
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Désolé, mais tant que la pub sera autorisé, je préfère mille fois bander en matant des bombes sexuelles en 4x3 plutôt que devoir reluquer les mêmes sales gueules anodines qu’on peut voir dans le reste du métro.

    Ce qui est pénible c’est qu’on doive toujours payer pour les abrutis. Il y a des gens qui sont trop cons pour savoir que les photos publicitaires sont artificiels, soit.
    Mais pourquoi devrait-on insulter notre intelligence en nous imposant des messages officiels très prévenant pour notre cervelle ? Juste pour sauver une bande de tarés qui de toutes façons est déjà condamnée ?

    Je pourrais aussi me mettre à baver en reluquant les filles sexuellement attractive, mais non seulement ça n’est pas très galant de mater avec insistance les gonzesses, mais surtout - malgré que ça en dérange certain - je ne suis vraiment pas capable de me complaire dans mes propres déjections.

    Certes, quand on vit dans sa grotte au sommet de sa montagne dans l’Himalaya on s’en fout de puer, de roter et d’être une telle source de puanteur que même un chien de punk aurait la nausée.
    Mais vu que je n’aime pas supporter les odeurs nauséabondes des autres, même si j’ai un seuil de tolérance assez haut, j’estime donc que les autres n’ont pas à manquer de gerber leurs tripes dès que je les croise.

    Alors j’en ai rien à foutre si cela doit faire de moi un vil laquais de la société de consommation, un partisan de l’artificiel et du superficiel, mais jamais je ne m’abaisserai à considérer comme une tare l’hygiène la plus élémentaire : celle de son propre corps et de sa cité.

    • Le Yéti
      Le Yéti répond à Keldan
      yetiblog.org
      • Posté à 15h41 le 23/10/2009
      • Internaute 6095
        yetiblog.org

      UN SARKO DANS LE MÉTRO

      « je préfère mille fois bander en matant des bombes sexuelles en 4x3 plutôt que devoir reluquer les mêmes sales gueules anodines qu’on peut voir dans le reste du métro »

      Vous êtes tout à fait le genre de « bandeur » agréable qu’on a envie de fréquenter, vous ! Le genre Sarko qui se la pète, mais dans le métro !

      « rien à foutre »

      On conçoit très bien, évidemment, qu’un « bandeur » forcené qui n’a « rien à foutre » soit contraint de se ruer sur les photos des magazines et les affiches 4x3 à prétentions affriolantes.

      [Rires désolés (pour vous)]

      • christobal0094
        christobal0094 répond à Le Yéti
        citoyen du monde
        • Posté à 17h05 le 23/10/2009
        • Internaute 77671
          citoyen du monde

        oui,il y a quelques cas assez graves, meme dans le metro.

        mais retouchees ou pas les photos sont un mensonges.

      • Keldan
        Keldan répond à Le Yéti
        Now future & karpe diem
        • Posté à 18h16 le 23/10/2009
        • Internaute 5164
          Now future & karpe diem

        Je vois pas trop le rapport entre le président et le métro, mais bon, ça doit surement être une insulte, c’est très à la mode de développer une obsession envers ce mec.

        Bon après c’est une question de goût, on peut aussi fantasmer sur les grosses voitures, les gros chiffres rouges qui annoncent des promotions, les paysages de rêves, les enfants en short ou même sur les motifs abstraits.
        Tout est bon pour s’occuper l’esprit quand on se fait chier dans le métro, et tant qu’à faire autant que ça titille la bite qui traine dans mon cerveau. Et comme je suis un garçon poli, je ne reluque pas celles qui sont autour de moi alors je me rabats sur celle qui en ont rien à foutre car elles sont en papier (et d’ailleurs ce sont elles qui se précipitent sur moi).

        Certes, je l’admets, je suis un sale pervers, faut absolument que je consulte un psy, car je préfère les jolies filles.

         
        • A déménagé le 2 mai 2011
          A déménagé le 2 mai 2011 répond à Keldan
          Délinquante au coin de la rue
          • Posté à 22h37 le 23/10/2009
          • Internaute 26137
            Délinquante au coin de la rue

          Le rapport entre vous et le mini président, c’est la classe ! la même ! bien franchouillarde !

          minable et surement trèèèèès petit (qu’elle soit dans le cerveau ou ailleurs)

          • Keldan
            Keldan répond à A déménagé le 2 mai 2011
            Now future & karpe diem
            • Posté à 15h43 le 26/10/2009
            • Internaute 5164
              Now future & karpe diem

            Donc un mec relativement propre sur lui avec tout un staff pour le fringuer n’est pas classe.
            Par contre c’est classe de péter, roter, se vomir sur le bide, se moucher dans sa manche et se pisser sur les doigts...

            Là on vient de largement dépasser le stade où on s’habille mal pour faire chier ses vieux... Je crois même qu’on a quitté le pays des punks...

            Bref la rébellion totale, le retour à l’animalité... Enfin je sais pas pourquoi, mais je me méfie beaucoup de ceux qui clament « quatre pattes oui ! deux pattes non ! »

        2 autres commentaires
  • jma14
    • Posté à 11h57 le 24/10/2009
    • Internaute 31729

    C’est qu’en même cela le rôle d’un politique. Avoir un projet de société pour élever la conscience de son peuple. Dans ce cas précis, expliquer aux gens qu’on ne peut pas faire du mensonge, du travestissement de la réalité, une philosophie.

    Nous avons éliminé cette religion néfaste source de bêtise qu’est la religion catholique. C’est bien pour la remplacer par une philosophie de vie plus pertinente plus humaine.

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 18h18 le 25/10/2009
    • Internaute 45067
      Littéral

    Qu’une députée U.M.P. puisse reprendre, sans qu’on éclate de rire les canons ridicules du «  naturalisme  » artistique, de la représentation «  socialement réaliste  » en faisant mention obligatoire dans le coin de chaque photographie d’une jeune femme très «  idéalisée  » :
    Attention, ceci n’est pas ce que vous croyez : une belle jeune fille à poil, blonde avec des gros seins et la taille menue, mais un fac-similé retravaillé avec le logiciel magasin de retouche-touche photo afin de vous émoustiller.
    Sachez-le, les vrais jeunes filles ne sont pas du tout comme ça, les rosières sont rondes avec la peau rèche et brillante, des petits seins qui tombent, des gros culs, courtes sur pattes et elles font la gueule.
    Les bombasses du Crazy Horse sont des androïdes fabriqués au Japon.

    Ainsi s’écrie la conservatrice très remontée :

    Républicaines, républicains, on vous ment, on vous stupéfie !
    Ne croyez pas ce que vous voyez ! ! !

    Alors, pourquoi ne pas interdire le maquillage et la chirurgie esthétique et les Arts trompeurs ?

    Vive le réalisme social-républicain populaire !
    Vive le Vrai !
    Vive le Naturel !
    Vive la Franchise !

    • Compte supprimé le 3 janvier 3
      Compte supprimé le 3 janvier 3 répond à egide
      in angulo
      • Posté à 23h51 le 25/10/2009
      • Internaute 10904
        in angulo

      En même temps, est-ce si nouveau, ces histoires de rides effacées, de défauts atténués, de beauté idéalisée ?

      Il y a cette anecdote confiée par le peintre Van Dyck à son carnet d’esquisses, lors d’un voyage qu’il fait en Italie. Le 12 juillet 1624, à mi-parcours de son périple, il rend visite à la doyenne des peintres italiens qui vit à Palerme. Son nom, Sofonisba Anguisciola ; illustre portraitiste, elle est lors âgée de quatre-vingt seize ans et presque aveugle. Van Dick commence à faire son portrait, elle lui conseille de ne pas laisser tomber la lumière de trop haut, parce que cela risquerait alors de durcir les ombres et les rides.

      Lien

      (On trouve cette anecdote chez Filippo Baldinucci « Notizie dei professori del designo, da Cimabue in qua », 1728)

      L’idée d’arriver à une ressemblance harmonieuse de la personne en tempérant un réalisme par trop cruel n’est donc pas nouvelle.

      Il y a aussi Pline l’Ancien qui raconte comment Apelle fit le portrait du roi Antigone qui était borgne en imaginant un moyen simple de dissimuler sa difformité, en le peignant de profil, tout simplement. Ce qui était inédit à l’époque.

      Enfin, il y a cette histoire, contée par Cicéron, du peintre Zeuxis à Crotone opérant dans ses modèles une sélection très matérialiste en choisissant l’oeil de l’une, la bouche d’une autre, la poitrine d’une troisième pour parvenir à la beauté parfaite d’une seule. Une sorte de Jean-Paul Goude avant la lettre, si l’on veut, qui aurait certainement volontiers aimé utiliser Photoshop.

      « Les gens de Crotone, comptés parmi les peuples les plus opulents de l’Italie, voulurent jadis décorer de peintures sans pareilles leur temple d’Héra. Ils songèrent à Zeuxis d’Hérakléia, estimé de beaucoup supérieur à tous les peintres de son siècle, et le firent venir à grands frais. Zeuxis pour représenter en une muette image l’idéal de la beauté féminine, voulut peindre une Hélène. Cette intention charma les Crotoniates, car, pensaient-ils, si Zeuxis, dans le genre où il excelle, s’applique de son mieux, il enrichira notre temple d’un chef-d’œuvre incomparable.

      Lien

      Leur attente ne fut point trompée. Zeuxis leur demanda aussitôt quelles belles jeunes filles se trouvaient à Crotone : on le conduisit d’abord au gymnase et on lui montra de nombreux jeunes gens de la plus pure beauté … Comme il admirait vivement en eux la grâce et les proportions : “ Nous avons ici, lui dit-on, leurs sœurs encore vierges : tu peux, en voyant leurs frères, te faire une idée de leur beauté. – ‘ Présentez-moi donc, s’il vous plaît, dit Zeuxis, les plus belles de ces jeunes filles à titre de modèles pour le tableau promis : c’est ainsi que je pourrai faire passer dans une peinture inanimée la vivante vérité de la nature. ’

      Par décision officielle, ils réunirent les jeunes filles en un seul lieu, et autorisèrent le peintre à choisir librement parmi elles. Il n’en retint que cinq, dont maint poète nous a transmis les noms pour avoir obtenu les suffrages du maître le plus capable d’apprécier la beauté.

      Il ne crut pas pouvoir découvrir en un modèle unique tout son idéal de la beauté parfaite, parce qu’en aucun individu la nature n’a réalisé la perfection absolue. La nature, comme si elle craignait de ne pouvoir doter tous ses enfants en prodiguant tout au même, vend toujours ses faveurs au prix de quelque disgrâce. ”

      [Cicéron, De Inventione II (1- 3), trad.A. Reinach, 1921 ; Macula 1985]

      Ce que cette député UMP a soulevé est en réalité un bien vieux lièvre, à savoir l’éternel dilemne de le beauté et de la ressemblance. Reproduction des apparences et idéalité.

      • Le Yéti
        Le Yéti répond à Compte supprimé le 3 janvier 3
        yetiblog.org
        • Posté à 07h07 le 26/10/2009
        • Internaute 6095
          yetiblog.org

        Merci, Brogilo, pour cette intervention. Bien sûr que non, cette quête d’éternité n’est pas nouvelle (rappelons-nous ce paradis éternel des chrétiens... après la mort !)

        Mais trois remarques :
        - les exemples que vous nous donnez touche une certaine classe sociale assez restreinte de l’époque ;
        - la quête d’éternité n’était pas encore une industrie ;
        - on ne se préoccupait alors que de dissimuler les traces du temps, on ne s’était pas mis en tête de de s’accaparer les règles naturelles de cette évolution temporelle (nanotechnologies, etc.)

        Enfin, combien même cette quête serait-elle ancienne, en serait-elle moins pathétique pour autant ? plus justifiée ?

         
        • Compte supprimé le 3 janvier 3
          • Posté à 11h38 le 26/10/2009
          • Internaute 10904
            in angulo

          Tout à fait d’accord avec vos trois remarques, Yéti.

          « Enfin, combien même cette quête serait-elle ancienne, en serait-elle moins pathétique pour autant ? plus justifiée ? »

          Là encore, tout pareil que vous. Je me bornais à constater l’ancienneté de la quête, le pouvoir du portraitiste (du photographe aujourd’hui) étant de donner vie et survie, gloire et exemplarité à son commanditaire, la tentation a toujours été grande (au moins chez certains), non pas de « forcer » le trait, mais de l’atténuer.

          Heureusement, cette façon de faire n’a jamais cessé d’être combattue.

          Par exemple pour ce qui est de fabriquer de la beauté éternelle avec du « disparate » (ce qui n’est pas sans faire penser au trafic d’organes dont on entend parler ici et là...), il y eut heureusement des gens comme Michel-Ange ou le Bernin pour s’élever contre, déclarant que, par la méthode Zeuxis, on arrivait tout au plus à un « composé » sans véritable unité, que « le bel oeil d’une femme ne ferait pas bon effet sur le visage d’une autre et ainsi de la bouche et du reste »....
          Mais point de vue aussitôt contesté par un certain Bellori affirmant que Zeuxis « était parvenu, à force d’ajouter, de retrancher et d’additionner les proportions, à intégrer ces éléments dans cette belle totalité qu’il imaginait en pensée »...

          ...ou encore par un Lodovico Dolce déclarant que « l’essentiel est de ne pas se contenter seulement d’“imiter” la Nature, mais d’essayer de la “dépasser”, et c’est un miracle, si l’on approche de ce but ».

          Bref, l’éternel combat de l’Idée et de la Forme...

          Inutile de vous dire que je me sens infiniment plus proche de l’état d’esprit d’un Michel-Ange, d’un Bernin, ou d’un Courbet...

          Sinon je n’aurais pas posté sur Anna Magnani, mais sur une autre « beauté » venue d’Italie, à la plastique « irréprochable » comme on dit, ex-mannequin lisse, devenue actrice nulle, Monica Bellucci.

          Un petit dernier pour la route ? ...

          Edit : Je me souviens être tombé cet été, par hasard , c’était un midi, sur une émission de Canal Plus où un jeune reporter plein d’allant et pas méchant pour deux ronds, avait été immergé, un quart d’heure environ, au milieu d’une tribu d’Ethiopie comptant parmi ces membres ce qu’on appelait jadis des « négresses à plateau ».

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          Il ne put s’empêcher de nous dire, sur le ton de la confidence, à que les mâles de la tribu seraient bien inspirés de faire cesser cette étrange tradition, que c’était plus tellement possible dans un monde comme le nôtre, bref, avec ses normes à lui, il y voyait « défiguration ».
          Ce qui me fit penser à une scène de Brazil...

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          Bonne journée, Yéti.

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