Chez Jean Matouk

Un blog sur l’économie, la finance, et quelques autres sujets d’actualité, par Jean Matouk.

Prix Nobel à Elinor Ostrom : l'autre économie sort de l'oubli

Jean Matouk
Economiste
Publié le 23/10/2009 à 10h55


Elinor Ostrom fête son prix Nobel d’économie à l’université Indiana de Bloomington le 12 octobre 2009 (John Sommers II/Reuters).

Au moment où tous les politiques critiquent les excès du capitalisme financier, sans d’ailleurs proposer de modèle économique alternatif et en laissant les banques repartir exactement dans les mêmes errements, le jury du Nobel, rappellant une troisième voie économique trop ignorée, a fait novation en élisant deux économistes originaux : Olivier Williamson et Elinor Ostrom.

Le premier, initialement ingénieur, a développé une analyse institutionnelle de l’industrie, étudiant notamment l’organisation des échanges entre firmes industrielles et les fusions-absorptions auxquels ces échanges peuvent conduire pour des raisons techniques ou d’organisation (par exemple entre constructeurs automobiles et leurs sous-traitants) quand les relations se complexifient.

Des consommateurs associés gèrent mieux la ressource commune

Mais c’est surtout le second lauréat, une femme pour la première fois, Elinor Ostrom, qui retient l’attention. Cette professeure à l’Université d’Indiana a, en effet, démontré, à partir d’exemples concrets et en donnant une interprétation théorique, que des hommes associés en égaux, par exemple autour de l’exploitation d’une ressource locale, l’eau entre autres, aussi bien dans des pays pauvres que dans la riche Californie, géraient mieux cette ressource que l’administration ou une entreprise capitaliste privée.

Sa démonstration va donc directement à l’encontre de l’hymne au marché et à l’entreprise capitaliste que l’on nous sert depuis vingt ans, comme fondement incontournable de l’économie.

Par parenthèse, sa démonstration va aussi a posteriori à l’encontre de l’étatisation, plus exactement la propriété publique des biens de production sous contrôle de l’Etat, que proposaient, comme modèle alternatif, les économies dites « socialistes » jusqu’à leur déliquescence à la fin des années 80. Elinor Ostrom propose une troisième voie.

Cette troisième voie avait été expérimentée avant d’être théorisée par Charles Gide

Mais cette troisième voie est-elle vraiment nouvelle ? Non ! Spontanément, depuis le XIXe siècle avec l’Anglais Owen, dans le concret, se sont constituées de « coopératives » de consommation, tandis qu’en France se développaient d’abord les coopératives de production ,les SCOP. Elles n’ont jamais disparu, et connaissent même aujourd’hui un regain réel.

Les coopératives de consommation ont disparu en France, la FNAC en ayant été le dernier avatar. Mais elles survivent à l’étranger. De plus les Mutuelles en sont une forme moderne dans les secteurs de l’assurance notamment. Ces types d’entreprises constituent ce que l’on dénomme aujourd’hui « l’ économie sociale ». Or Charles Gide (l’oncle de l’écrivain), dès la fin du XIXe siècle, a théorisé ce type d’économie et montré ses avantages par rapport au capitalisme.

Pour Charles Gide, l’économie toute entière pouvait être dirigée de l’aval par les consommateurs associés dans une sorte de « république des coopératives » qui peut inclure des coopératives de production. Loin de s’en tenir à cette description d’un idéal, il a dans moult articles analysé le fonctionnement des coopératives dans le milieu capitaliste et dans l’économie de marché, sous le plus grand dédain des économistes néoclassiques de l’époque que l’on qualifierait aujourd’hui d’ultralibéraux.

Plusieurs facteurs ont cependant rendu impossible un vrai développement de l’économie coopérative. Ils ont même conduit de grandes coopératives à la faillite, à l’image de la Verrerie ouvrière d’Albi crée en 1896, avec l’appui de Jean Jaurès, et absorbée en 1993 par Saint Gobain Emballages, ou, du côté de la consommation, de la FNAC absorbée par la GMF en 1986, puis par PPR en 1994.

La voie coopérative est la voie d’une économie humaine

Premier facteur négatif : l’hostilité de l’aile gauche des socialistes ( Jules Guesde notamment) au principe même des coopératives de production « voie trompeuse (qui) obligent les ouvriers à souscrire une action pour pouvoir travailler » et qui conduisait les prolétaires à s’exploiter eux -mêmes et à se détourner de la « lutte de classes »

Second facteur négatif : la méfiance pour ne pas dire l’hostilité des banques aux formes coopératives, où le chef est élu et la stratégie définie selon le principe « un homme , une voix » et où les réserves ne sont pas distribuables. En l’absence de crédit, les fonds propres des coopératives sont, par construction, assez faibles, les seules cotisations des adhérents ne pouvant constituer des capitaux suffisants , compte tenu des investissements nécessaires pour résister à la concurrence des entreprises capitalistes.

Troisième facteur : l’assiduité des adhérents aux assemblées s’est fortement réduite au fil des ans, du fait de la montée de l’individualisme, engendrée elle-même par le fonctionnement du capitalisme.

Enfin, dans nombre de cas, la forme coopérative a été adoptée en désespoir de cause quand la situation financière de la firme privée était déjà désespérée.

Dans le domaine agricole, nombre de coopératives laitières ou céréalières, et ,dans le secteur financier, nombre de banques dites mutualistes, fonctionnent aujourd’hui plus sur le mode capitaliste vis-à-vis des coopérateurs agricoles de base ou des « clients » déposants et emprunteurs.

Réfléchir aux voies de la transformation des entreprises

Pour autant l’idéal coopératif et mutualiste est loin d’être désuet, et les travaux d’Elisor Ostrom montrent, dans ce sens, que les hommes associés sont tout à fait capables de gérer au mieux des ressources communes à l’avantage de tous.

On ne peut guère attendre de gouvernements venus au pouvoir en plein triomphe théorique du capitalisme et du profit individuel, qu’ils favorisent un retour vers cette forme d’économie. Au moins les économistes qui se veulent « alternatifs », ou simplement objectifs, devraient -ils réfléchir concrètement aux voies et moyens pour transformer nombre d’entreprises capitalistes individuelles, lorsque leur créateur ou propriétaire prend de l’âge, ou n’a pas trouvé de successeur, ou bien lorsque ce dirigeant s’avère incapable de donner un futur à son entreprise, en entreprises coopératives, avant qu’il ne soit trop tard.

Ils devraient aussi réfléchir au moyen de relancer la coopération dans le domaine de la consommation par exemple autour des fruits et légumes « bio » proches des villes. Un collectif d’hommes et de femmes est sans aucun doute plus soucieux de son avenir commun et de ce qu’ils consomment concrètement, que ne peut l’être un conseil d’administration prioritairement soucieux du profit maximum des actionnaires. En tous cas les jurés du Nobel ont judicieusement rappelé cette troisième voie, vers une économie vraiment humaine.

Photo : Elinor Ostrom fête son prix Nobel d’économie à l’université Indiana de Bloomington le 12 octobre 2009 (John Sommers II/Reuters).

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  • Jacques Bolo
    Jacques Bolo
    Auteur-Editeur-Libraire
    • Posté à 11h15 le 23/10/2009
    • Internaute 37329
      Auteur-Editeur-Libraire

    Exact, c’est la toute la tradition socialiste française qui s’est fourvoyée en abandonnant la voie coopérative (il faudrait réhabiliter Proudhon et les anarchistes, soit dit en passant : ne même pas les mentionner est une falsification).

    • christobal0094
      christobal0094 répond à Jacques Bolo
      citoyen du monde
      • Posté à 16h02 le 23/10/2009
      • Internaute 77671
        citoyen du monde

      Sa démonstration va donc directement à l’encontre de l’hymne au marché et à l’entreprise capitaliste que l’on nous sert depuis vingt ans, comme fondement incontournable de l’économie.

      Par parenthèse, sa démonstration va aussi a posteriori à l’encontre de l’étatisation, plus exactement la propriété publique des biens de production sous contrôle de l’Etat, que proposaient, comme modèle alternatif, les économies dites « socialistes »

      tout a fait d’accord.
      le drame du mouvement ouvrier a ete la totalisation de la pensee et l’autoritarisme marxiste. Niant l’humain pour le surhomme stakhanovist social et debouchant sur la dictature du proletariat incarnee par Staline et consort.
      Proudhon n’a jamais reussi a creer cette banque mutualiste.

      en cette epoque de marche arriere sociale, l’anarchisme non violent de Proudhon est la chance de refonder une gauche sociale.

    • Fa414
      Fa414 répond à Jacques Bolo
      DNP
      • Posté à 03h08 le 24/10/2009
      • Internaute 53999
        DNP

      Tout à fait exact, concernant Proudhon !

      Voici un extrait de ce que l’on peut trouver, par exemple, sur Wikipedia (un peu réducteur certes, puisque l’on n’y parle pas de son anti-étatsime, en s’arrêtant un peu vite sur des écrits de « jeunesse »...) :

      « Proudhon se veut l’apôtre d’une troisième voie, celle du socialisme scientifique, qui va prendre la forme de l’“ anarchie positive ” ou du “ fédéralisme autogestionnaire ”. Le fédéralisme autogestionnaire de Proudhon est fondé sur deux structures parallèles, l’une correspondant aux activités économiques, et l’autre au corps politique. Ces deux constructions doivent être distinctes mais coopérer.

      Sur le plan de la production, il s’agit d’une “ démocratie économique mutualiste : les agriculteurs sont propriétaires d’une parcelle qu’ils exploitent, et ils s’associent avec d’autres au sein d’ensembles coopératifs, eux-mêmes inclus dans une fédération agricole. Le secteur industriel devrait, quant à lui, être composé de multiples propriétés collectives concurrentes entre elles mais associées en une même fédération industrielle. Des groupements d’unions de consommateurs formeraient un ‘ syndicat de la production et de la consommation ’, chargé de la gestion du système, indépendamment de l’État. Proudhon ne s’arrête pas là : il imagine aussi une confédération qui regrouperait tous les marchés du monde.

      Sur le plan politique, la ‘ démocratie politique fédérative ’ serait fondée sur des régions qui s’auto-administreraient — pour la France, une douzaine — et seraient associées pour former une république fédérale. L’échelon fédéral n’aurait ‘ qu’un rôle d’institution, de création, d’installation, le moins possible d’exécution ’. Il y aurait deux chambres : une Chambre des régions et une Chambre des professions. Le suffrage universel serait ainsi fondé sur une division régionale et socioprofessionnelle. Des nations pourraient former ensemble des confédérations. Ainsi, en 1863, Proudhon imagine une Europe confédérale dotée d’un budget, de diverses agences, d’une cour de justice et organisant un marché commun. Cette organisation ne peut être mise en place que grâce à la volonté des citoyens et au temps. De la volonté, surtout : la pensée de Proudhon est fondée sur le contrat.”

      Ne pas le mentionner dans cet article, c’est faire abstraction des forces vives qui continuent, depuis lui et bien avant Gide, à défendre cette troisième voie : les anarchistes !

      Il est vrai que la propagande gouvernementale aime à les - plutôt à “nous” - faire passer pour de dangereux terroristes, tandis que Gide, et son mouvement du christianisme social, peut encore faire bon ton chez les conservateurs, dans une société en phase de » délaïcisation »...

      Il y en a peut-être pas 1 sur 100, effectivement, « mais pourtant ils existent, les anarchistes ! » ( comme ici : Lien , par exemple...). Qu’on se le dise !

      • christobal0094
        christobal0094 répond à Fa414
        citoyen du monde
        • Posté à 11h42 le 24/10/2009
        • Internaute 77671
          citoyen du monde

        bravo et merci.

        les mouvements et pensees anarchistes, en partie theorises mais aussi vecus par Proudhon sont aujourd’hui la seule alternative aux tentations totalitaires capitaliste( par le pouvoir economique), marxiste ( par le centralisme democratique), theocratique ( par l’alienation des esprits) qui tous veulent nous mener au meilleur des monde.

        les anarchistes etaient les mouvements ouvriers et paysans des debut de l’industrialisation. et c’etait un mouvement mondial, meme s’il a tjrs ete assez marginal en nombre leurs influence etait enorme.
        leur perte fut le refus de l’organisation et le souci d’efficacite, face au authoritaristes marxiste.

        aujourd’hui c’est en dehors des normes que les solutions seront trouvees et mise en application.

  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 13h08 le 23/10/2009
    • Internaute 44521
      Déchoukeur

    Cette troisième voie, pour être viable, suppose une rupture politique avec le système capitaliste dominant. Et l’affirmation d’un projet autogestionnaire révolutionnaire entraine systématiquement l’affrontement avec les propriétaires capitalistes comme en Espagne en 1936.
    Le coopérativisme, voulant se développer « à côté » de l’économie libérale, est voué à disparaitre, concurrencé par les grands groupes industriels comme les magasins coop dans les années 1960.
    Pour en arriver à la réalisation d’une telle alternative il faut des peuples ayant un haut degré de conscience, ou tout du moins une forte minorité organisée. Tout est fait naturellement pour qu’on n’en arrive pas là ; pour nous convaincre que le système où l’on vit est le seul possible.
    Cependant la crise du capitalisme entraine sa critique. La nécessité d’une survie, dans une économie et une industrie courant à sa perte, pourrait montrer cette « troisième voie » comme la planche de salut.
    Paradoxalement, les anarchistes, à l’occasion de la crise, ont très peu développé ces thèses.

    • christobal0094
      christobal0094 répond à nemo3637
      citoyen du monde
      • Posté à 16h08 le 23/10/2009
      • Internaute 77671
        citoyen du monde

      les anarchistes n’ont pas de porte-parole.

      j’ai essaye plusieurs fois ici et la, de parler des idees de Proudhon, mais j’ai recu un silence gene.
      surtout en parlant du droit au travail.
      surtout en parlant de self employment (auto-emploi)
      en parlant de la valeur travail en opposition au salaire
      en donnant l’exemple des pays pauvres et comment les gens se levent le cul pour s’en sortir.
      mais aussi en demandant de definir la part .et le champs de responsabilite de l’Etat.

      mais je m’exprime sans doute mal.

    • christobal0094
      christobal0094 répond à nemo3637
      citoyen du monde
      • Posté à 16h23 le 23/10/2009
      • Internaute 77671
        citoyen du monde

      les magasins COOp et leurs hypermarches Rondpoint etaient issus de mouvement cooperatiste et proche du PS.

      il n’y a pas besoin d’une revolution, ni d’un projet standard.

      - d’abord il faut un etat juste et donc bien defini
      - ensuite il y a les choses a venir : la fatale chute de ce systeme qui n’est en terme ecologiques pas soutenable.
      de la mondialisation on va aller vers la regionalisation continentale puis communale.
      - il y aura a la fois des normes internationnales de gouvernement et des libertes differentes locales suivant les ressources et possibilites.
      - les progres technologiques ne seront pas des produits de consomation, ou peu, mais des megas projets pour l’humanite.

    • nayko
      nayko répond à nemo3637
      Troubadour urbain
      • Posté à 18h19 le 23/10/2009
      • Internaute 14789
        Troubadour urbain
  • affreuxjojo
    • Posté à 14h43 le 23/10/2009
    • Internaute 29421

    Nemo
    Votre rappel de l’expérience Espagnole des années 30 est pertinente. J’ajoute que cette transformation sociale décentralisée a eu aussi comme adversaire aussi bien les propriétaires des moyens de production que les communistes .
    La transformation de la société par l’autogestion des moyens de production a toujours été une question centrale du mouvement ouvrier. Dès la première Internationale, ce mouvement a vu s’affronter la tendance anarcho-syndicaliste (bien présente en France au 19 iéme siècle) et le courant centraliste (défendu par Marx par exemple). Le mouvement anarcho-syndicaliste a ensuite été largement décrédibilisé par les dérives d’une partie de l’anarchie vers le terrorisme .
    La révolution Russe n’échappe pas a cette contradiction. Le mot « soviet » signifie en fait conseil, c’est à dire assemblée. Ces conseils, de quartier ou d’entreprise, avaient repris en main, et de façon décentralisée, le fonctionnement de la société russe après l’effondrement du tzarisme. Tout le travail du parti communiste a été de confisquer progressivement le pouvoir aux acteurs réels de la révolution. Ce conflit entre le centre et la périphérie a perduré plusieurs années (jusqu’en 21 à Kronstadt ). Quelques rares intellectuels ont fait la chronique de ces événements trop peu connus.

    • spleenlancien
      spleenlancien répond à affreuxjojo
      Manant, de passage sous le (...)
      • Posté à 19h12 le 23/10/2009
      • Internaute 78672
        Manant, de passage sous le (...)

      « Quelques rares intellectuels ont fait la chronique de ces événements trop peu connus. » Le plus célèbre d’entre eux est Rosa Luxembourg dont il faut lire : La Révolution Russe, Éditions de l’Aube, collection « École des Idées », Paris, 2007
      Ceux qui se passionnent pour ces questions trouveront utile une visite sur ce site qui fait un travail remarquable :
      Lien

  • Enki
    Enki
    alchimiste
    • Posté à 14h48 le 23/10/2009
    • Internaute 9562
      alchimiste

    Nul doute ici que la structuration des territoires et les nouvelles technologies de la communication n’aident à réouvrir les voies coopératives.

    Originellement, le libéralisme s’en remet à une gestion par l’aval, la demande, de la production de biens et services : l’offre, mais cette gestion est empirique alors que le siècle offre désormais les outils d’une gestion consultative et participative, les moyens d’une interactivité en temps réel.

    La mutualisation, ainsi, serait la démocratisation de l’économie, au sens propre.

    Et si les travaux d’Elinor Olstrom vont à l’encontre de l’étatisation, c’est que nous connaissons surtout une forme centrifuge de l’Etat, alors qu’il pourrait être la résultante centripète de la mutualisation des territoires.

    Ainsi les marchés de l’eau et de l’énergie par exemple. On observe le retour, discret pour l’instant, aux régies municipales. Le tissu politique territorial n’est il pas à même de mutualiser régionalement ces coopérativités locales, jusqu’à ce que la gestion publique nationale soit la résultante de ce mouvement ?

    C’est ainsi qu’EDF fut nationalisée à partir des régies locales, mais sous une forme brutale et centralisée qui s’est délitée, victime de la prise de contrôle du pouvoir central par les potentats du marché.
    La nationalisation de l’eau, et la re-nationalisation de l’energie, rendues necessaire par l’exigence des citoyens de parvenir à une gestion environnementalement responsable, passe ainsi aujourd’hui par la mutualisation des consommateurs organisée selon la structure politique des territoires.
    Ce qui a changé, c’est qu’entre les double-compteurs des entités productrices et consommatrices, il y a le réseau informatique.

    Jean Matouk, vous m’avez réconcilié avec le prix Nobel, en tout cas d’économie...

  • Marcantoines
    Marcantoines
    trouveur
    • Posté à 15h10 le 23/10/2009
    • Internaute 55044
      trouveur

    Systèmes coopératifs et capitalisme régulée, n’y a t-il pas des possibilités de convergence entre ces deux systèmes ?
    La coopérative permet d’intéresser les salariés à l’entreprise. Mais, face à un capitalisme agressif, l’économie coopérative n’est plus suffisamment compétitive.
    Si ce système capitaliste est réglée afin de remplir trois missions parfaitement transparentes :
    - Compétitivité sur le long terme. Investissement dans la modernisation des outils de production.
    - Répartition salariale. Encadrement et progression des salaires. Nombre d’emplois dépendant des bénéfices.
    - Actionnariat plafonné pour les gros actionnaires plus intéressement volontaire des salariés.
    On devrait se rapprocher du système coopératif tout en conservant la pugnacité de salariés propriétaires, responsables de l’avenir de l’entreprise.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 17h58 le 23/10/2009
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Je pige pas pas trop cette histoire...

    Tout ce que je comprends c’est que la seule différence entre une coopérative et une boite normale, c’est qu’on vote pour choisir le patron.
    Quant on voit ce que ça donne avec les politiciens, je suis pas sur que ça soit une superbe idée...

    Mais au fond est un peu comme une grosse société où les actionnaires élisent le PDG. Ou alors comme une petite boite cool où le patron est indéboulonnable mais où l’avis de chacun est entendu.

    En plus ça sous-entend que si chacun à la même voix, chacun est aussi compétent. Donc si dix débiles qui comprennent rien à rien décident de planter la boite, les trois mecs qui ont un cerveau n’auront d’autres choix que de constater le désastre.
    Quoi que ça leur laisse une chance : convaincre les types majoritaires qu’ils sont plus intelligents et qu’ils ont raison. Alors qu’avec un CA d’autistes qui ne voient que la courbe du CAC 40, ou un comité étatique qui ne pense qu’à ses quotas, c’est peine perdu.

    En tout cas ça possède un avantage de taille sur le modèle communiste : si on en a marre de la manière de faire de sa coopérative (par exemple parce qu’on fout rien mais qu’on gagne rien), on peut aller voir ailleurs (genre là où l’on travaille plus pour gagner vraiment plus).

    Enfin dans ma tête je voie pas ça comme une troisième voie, juste comme le capitalisme tel qu’il devrait être dans sa version utopiste, réglo et tout ça : si mon travail apporte peu je touche peu et j’ai peu d’influence, inversement si ce que je fais est vital alors je palpe un max et mon avis compte énormément.
    L’état touche ses impôts, l’actionnariat ses dividendes, mais aucun des deux n’a son mot à dire tant qu’on leur file leur pognon.

    • nemo3637
      nemo3637 répond à Keldan
      Déchoukeur
      • Posté à 22h54 le 23/10/2009
      • Internaute 44521
        Déchoukeur

      Je trouve votre commentaire intéressant car il part d’exemple concret. Le coopérativisme en tant que vision sociale rompt avec la conception individualiste de l’entreprise. Il suppose un ensemble d’entreprises fédérées. Si dans une entreprise il y une majorité de connards ou d’incompétents - c’est tout à fait possible : grippe H1N1, lepenite aigue...- celle-ci se trouve néanmoins dans une fédération locale ou régionale. Et cette fédération se retrouve à son tour dans une fédération nationale.
      Adjoint à une fédération de consommateurs, l’entreprise locale ne peut donc être totalement autonome, étant destinée à satisfaire des besoins et non pas à faire des profits. Elle s’intégre à un réseau relié à un conseil de la consommation qui fait que les trublions passent pour des intrus.
      Mais ça c’est l’idéal, un peu comme cela s’est passé dans l’Espagne de 36-37, parce que les patrons avaient foutu le camp ou avaient été chassés.
      La coexistence avec le système libéral dominant, rend la coopérative bancale relativement à son idéal de départ. Si nous prenons l’exemple des magasins Coop qui géraient à la fois la production et la distribution, on se rend compte que ceux-ci se sont heurtés aux lois du marché et se sont faits casser les reins par ceux qui justement les ont remplacés. Cette grande distribution d’aujourd’hui a d’ailleurs copié certains aspects des magasins coop comme les carnets à timbres etc.
      Proudhon fait une erreur en pensant pouvoir développer une économie vraiment différente, parallèlement à celle de la société capitaliste dominante, sans l’abattre définitivement au préalable. Et toutes les grandes idées qu’il a eu (mutualisme, coopérativisme...) ont rapidement été intégré à cette société dominante pour faire de la coopérative une entreprise comme une autre.
      Cela dit, n’oublions pas que nous sommes en situation de crise, et si le discours évoquant une telle vision sociale nouvelle, laisse l’interlocuteur sans voix, ce n’est donc pas parce qu’elle n’est pas pertinente.
      Le mythe d’un progrès et d’un mieux être apportés par le système capitaliste libéral a fait son temps. Qui croit encore que des politiques allant dans ce sens vont se développer par le bon vouloir de « décideurs » ?
      Le bien être existe dans cette société : il est promis aux banquiers et peut-être aux gamblers que sont les traders.
      Se constituer en Scop donc, face aux nouvelles crises qui s’annoncent, peut être une réaction contre la résignation et un conformisme mortifère, l’ouverture avec d’autres vers de nouvelles perspectives. Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent.

  • nayko
    nayko
    Troubadour urbain
    • Posté à 18h09 le 23/10/2009
    • Internaute 14789
      Troubadour urbain
    • TienTien
      TienTien répond à nayko
      impavide devant les ruines de (...)
      • Posté à 06h56 le 24/10/2009
      • Internaute 86881
        impavide devant les ruines de (...)

      Un grand merci pour ce lien !

  • funkystefffff
    funkystefffff
    écolo antipathique
    • Posté à 00h01 le 24/10/2009
    • Internaute 55257
      écolo antipathique

    « Au moment où tous les politiques critiquent les excès du capitalisme financier » ... Parce qu’il y a d’autres capitalismes ? ? ?
    « les excès » ? ? ? parce qu’il y a une vitesse de croisière à ne pas dépasser ? ? ? ? Ah ! Ah ! Ah !

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 01h43 le 24/10/2009
    • Internaute 82025
      non connue

    C’est vrai que la voie auto-gestionnaire a peu de défenseurs parmi les médias. Ni à droite, car on n’y aime pas tant la liberté que ça, ni à gauche car on y aime l’égalité mais jusqu’à un certain point...

    En même temps, les grandes théories sur l’anarchie ne vaudront jamais un petite expérience de SCOP : par exemple, il vaut mieux éviter de réunir des gens qui y bossent et des extérieurs : les points de vue divergent assez vite, car l’expérience se sépare de la belle théorie, justement.

    Il apparaît que c’est une aventure humaine, qui a un début enthousiaste et une fin un peu moins. Comme pour un couple, finalement.
    Car l’être humain est à la base de tout ce qui s’y passe.
    Pour autant, faut-il juger de la validité d’une aventure au seul motif qu’elle a pris fin ?
    Je ne crois pas. La SCOP, c’est une belle tranche de vie. Et pour la défendre, il vaut mieux discuter avec ceux qui l’ont fait qu’avec ceux qui imaginent plus ambitieux, mais qui ne feront jamais rien.

  • Karg se
    Karg se
    Ingénieur agronome vendu à une (...)
    • Posté à 09h59 le 24/10/2009
    • Internaute 9172
      Ingénieur agronome vendu à une (...)

    Ostrom a surtout étudié la gestion de ressource naturelle renouvelable, pas vraiment la direction d’entreprise... J’ai l’impression que pas mal de monde interprète à sa guise ses travaux.

  • gribouillemoqueur
    • Posté à 11h41 le 24/10/2009
    • Internaute 36141

    Les travaux d’Elinor Ostrom concernent les « communs ». Ce n’est pas en soi un rejet de l’économie de marché et donc l’apologie des formes coopératives.
    Elle dit simplement que certaines formes d’arrangement, d’organisation, parfois informelles ou traditionnelles, peuvent se révéler supérieures au recours à l’économie de marché, et à l’intervention Etatique.
    Les « communs » correspondent à des situations spécifiques de l’epxloitation d’une ressource collective. Les communs concernent par exemples, l’exploitation de l’eau d’une rivière pour l’irrigation de terres agricoles, des terres destinées au paturage des troupeaux, ou l’exploitation de la ressource en poissons.

    Dans ces contextes, un recours à l’économie de marché est inefficace en développant des comportements individuels égoïstes qui conduiront à l’épuisement de la ressource.
    C’est par exemple le cas du pêcheur anglais qui vient pêcher sur les côtes françaises. Si les pêcheurs français ne peuvent lui empêcher l’accès, ils n’auront aucune incitation à gérer la ressource sur le LT. La seule réaction individuelles rationnelle sera de tout pêcher sans rien laisser aux autres.

    Un recours à l’Etat où à une situation centralisée qui imposerait des règles collectives d’accès à la ressource peut également se révéler sous optimale. Le meilleur exemple est la photos satellite des paturâges de mongolie. Cette photo mit en évidence dans la partie Chinoise au Sud, et la partie de l’URSS au nord, une surexploitation de la ressource. Alors que dans la partie de la Mongolie indépendante où la terre était toujours exploitée avec des règles traditionnelles, la situation était bien meilleure.
    Cela démontre, qu’en cassant les règles d’exploitation traditionnelles, en méprisant les règles informelles qui étaient pratiquées, ces formes d’exploitation pouvaient conduire à des désastres.

    Il existe donc des modes d’organisation plus efficaces. Mais ça ne signifie pas en aucune manière un rejet de l’économie de marché ou du socialisme car cela n’est vrai que dans certains contextes.
    Il est tellement facile d’intellectualiser et de généraliser les choses. Faire dire à certains travaux d’économlistes ce qu’ils ne veulent pas dire est éminament dangereux.
    Néanmoins, les travaux d’Ostrom ont un aspect opérationnel dans nombre de domaines. Je pense notamment au niveau Européen aux problèmes de la pêche avec les difficultés à gérer la ressource. Ostrom nous dit de limiter l’accès à la ressource en découpant la mer en zones à taille humaine , de laisser les pêcheurs dans ses zones de s’organiser entre eux afin qu’ils puissent établir leurs propres règles de gestion collective.
    Why not ?

    • Karg se
      Karg se répond à gribouillemoqueur
      Ingénieur agronome vendu à une (...)
      • Posté à 12h49 le 24/10/2009
      • Internaute 9172
        Ingénieur agronome vendu à une (...)

      Tu veux laisser des gens qui pêchent 3 fois les quotas faire ce qu’ils veulent ? Sur le thon rouge, la recommandation scientifique est à 10 000t, le quotta politique 15 000 et la réalité c’est 50 000t.

      Pour les avoir contoyer, je peux te garantir que dans la plupart des pêcheries ça serai du suicide écologique et au final économique.

      Pour qu’une gestion commune fonctionne il faut pas mal de conditions :

      D’abord que la ressource soit facile à évaluer : quand met trop de mouton dans un champs ou qu’on puise trop d’eau dans une rivière, ça se voit, dans la pêche c’est pas forcément le cas. Course à la capacité et le comportement grégaires des poissons rendent difficile la prise de conscience. puisque qu’on peut pêcher beaucoup sans observer de réelle baisse des captures, puis du jours au lendemain c’est l’écroulement total du stock (cabillaud à terre neuve, espèce d’eau profonde en mer d’Irlande, mais aussi plus ancien l’esturgeon européen, la seiche dans le pertuis charentais)

      Ensuite qu’il existe des modes de régulations traditionnelles, ce qui n’est absolument pas le cas pour la pêche en France.

      Autre condition qui peut remplacer la seconde c’est le niveau formation et de responsabilité des « stakeholders ». Cela permet une prise de conscience plus rapide et rationnelle, ainsi que la prise de décision plus efficace.

      Dans le cas des pêcheurs en France ont touche le fond dans certaines pêcherie, avec notamment la mentalité lamentable et quasi unanime (sont exempte certaines pêcheries très encadré comme la St Jacque ou le bar de ligne dont la gestion est quasi exemplaire) de la course à la carotte : pêcher un max, le plus vite possible. On fini avec des quottas de hareng écoulé le 31 janvier, et qui partent à la farine car de mauvaise qualité, trop maigre. Ca fait beaucoup rire les fumeurs de poissons de Boulogne qui au final importe du poisson pour pouvoir travailler...

      Dans le cas de la Novège qui fait figure d’exemple, les pêcheurs ont certes la main sur la ressource, mais ils doivent respecter deux principes :
      - toute décision doit aller dans le sens d’une gestion plus environnementale de la ressource : on ne peut pas organiser le libre pillage dans son coin
      - L’accès à la pêcherie doit demeurer libre aux pêcheurs d’autres comités : il est impossible d’interdire aux extérieurs de pêcher si ceux ci prouve que leur activité n’a pas un impact négatif sur la ressource.

      Vous imaginez imposer ces deux conditions en France ? Après avoir entendu les déclarations suréaliste de certains responsables de comités des pêches ? La décision lamentable de Louis Le Pensec de démissionner pour montrer son désaccord face à la fermeture programmer de la pêche en eau profonde après que les chalutiers est réussi à classer une espèces en liste rouge de l’IUCN (empereur) et en mettre une demi douzaine dans le liste des espèces vulnérables en moins de 25 ans ? Performance inégalé, même l’URSS n’avait pas réussi a faire ça.

      • nemo3637
        nemo3637 répond à Karg se
        Déchoukeur
        • Posté à 13h58 le 24/10/2009
        • Internaute 44521
          Déchoukeur

        « Vous imaginez imposer ces deux conditions en France ? Après avoir entendu les déclarations suréaliste de certains responsables de comités des pêches ? »
        C’est donc une question d’éducation...mais surtout de revenus !
        Si les pêcheurs avaient les moyens de vivre décemment tout en pêchant moins, en sauvegardant la ressource, ils se plieraient sans doute aux nouvelles règles sans regimber.
        Mais ce n’est pas le cas. Beaucoup sont endettés et font aujourd’hui faillite.
        Un socialisation adaptée consisterait à assurer un revenu à tous par la relation avec une estimation des besoins.
        Certes, dans ce cas, les consommateurs auront moins de poisson... en attendant que se développe son élevage. Qu’en pensez-vous ?

         
        • Karg se
          Karg se répond à nemo3637
          Ingénieur agronome vendu à une (...)
          • Posté à 14h10 le 24/10/2009
          • Internaute 9172
            Ingénieur agronome vendu à une (...)

          Le problème des revenus est réel mais mal posé, il y a encore 5 ans il n’était pas rare d’encaisser 2 à 3000 euro sur une marée de 10 jours. Maintenant avec la crise c’est une autre histoire... La pêche paye très bien quand ça marche, pas du tout quand c’est la crise.

          La pêche en France souffre d’une surcapacité en matériel et en homme, forcément il faut réduire le nombre de pêcheurs ou aller vers des méthodes de pêches qui demande à pêcher moins pour gagner autant, donc qui valorise mieux. J’ai parlé du Bar de ligne, c’est un cas d’école : ils vendent plus cher, décident d’eux même de s’imposer des règles (pas de capture pendant la période de reproduction).

          • Boutauvent
            Boutauvent répond à Karg se
            Testeur de temps libre
            • Posté à 15h36 le 24/10/2009
            • Internaute 45018
              Testeur de temps libre

            J’invite à lire un article sur « le Post » qui rappelle le cri d’alarme lancé par des pêcheurs (très minoritaires !) et les solutions qu’ils proposaient... dans le début des années 80.
            (Article proposé par @paco necte sous le titre « journée du climat »)

        2 autres commentaires
  • Boutauvent
    Boutauvent
    Testeur de temps libre
    • Posté à 12h08 le 24/10/2009
    • Internaute 45018
      Testeur de temps libre

    Mon expérience dans la coopération économique (où l’on essayait de faciliter la mise en place de coopératives de gestion de ressources et de production/distribution) m’invite à penser que la difficulté est plus « psychologique » (éducative ?) que politique.
    Quoique l’on fasse et où que ce soit (sinon dans les organisations tribales primitives), il semble qu’il y ait toujours quelqu’un pour pervertir « l’outil » en considérant que son « mérite personnel » l’autorise à prélever une part plus importante du bénéfice issu de l’effort de tous, et à le « thésauriser ».
    Il est vrai que dans les endroits « les plus reculés du monde » sont sous le feu d’une invite à la consommation qui leur recommande d’égorger « la poule aux œufs d’or » au lieu de construire patiemment un progrès compatible avec leurs aspirations légitimes.
    Le « marché », effectivement, leur propose d’être des « consommateurs » ou des « producteurs inféodés) plutôt que des partenaires (raison pour laquelle je suis résolument critique vis à vis de “la taxe Tobbin” !)
    J’en arrive à me demander s’il ne faut pas attendre que la situation écologique ne devienne pire que ce qu’elle est (ce qui ne tardera pas !) pour que chacun admette que c’est sa propre survie et celle de sa descendance qu’il remet en question en revendiquant une “plus value”... là où la plupart des grandes religions, dont ils se revendiquent, les mettent en garde et leur promettent “l’enfer” s’ils participent à des déséquilibres...
    “Ne monteraient que sur l’arche de Noé que ceux qui ne vont pas s’y entre-dévorer”... (si vous m’autorisez la parabole)

  • alberte
    alberte
    Sage-femme retraitée
    • Posté à 18h39 le 25/10/2009
    • Internaute 60250
      Sage-femme retraitée

    Il me semble que cette femme est pleine de bonnes idées. Nos socialistes devraient en prendre de la graine, et explorer cette voie, les autre ayant démontré leur nocivité ! !

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