Prise de baecque

Journal de bord culturel d'Antoine de Baecque, historien et critique, passionné de cinéma.

« 4 mois, 3 semaines... », une Palme jeune et audacieuse

Publié le 28/05/2007 à 02h26

Le palmarès du Festival de Cannes 2007 

Le jury du 60e Festival de Cannes, présidé par Stephen Frears, a décerné la récompense suprême à Christian Mungiu pour « Quatre Mois, trois semaines et deux jours ».

Le moins que l’on puisse dire c’est que le jury n’en a fait qu’à sa tête, et tant mieux. Il ne s’est laissé influencer par aucun des grands noms en compétition, venus avec des films qui, il est vrai, n’étaient pas toujours leur meilleur opus : exit Tarantino, les frères Coen, Kusturica, Bela Tarr, James Gray, David Fincher… Le palmarès n’a retenu qu’une seule valeur sûre et un unique cinéaste confirmé, Gus van Sant, honoré d’un Prix spécial du 60e anniversaire pour l’ensemble de sa carrière davantage que pour son dernier film, « Paranoid Park ».

A part l’Américain de Portland, tous les lauréats sont des jeunes cinéastes, et la plupart des prix sont donnés à des premiers et seconds films. Voici une très bonne nouvelle, qu’il faut prendre comme une sacrée cure de rajeunissement. Etgar Keret et Shira Geffen (Caméra d’or), Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud (Prix du jury), Carlos Reygadas (Prix du jury), Andrei Zvyagintsev (Prix d’interprétation masculine), Julian Schnabel (Prix de la mise en scène), Fatih Akin (Prix du scénario), Lee Chang-dong (Prix d’interprétation féminine), Naomi Kawase (Grand Prix), Christian Mungiu (Palme d’or) ont quasi tous moins de quarante ans.

Le cinéma international se porte plutôt bien puisqu’il est fait par des artistes jeunes qui n’ont pas peur d’affronter les questions les plus urgentes et les plus radicales du moment. Car tous les films récompensés sont aussi des films durs et sans complaisance, ne s’aveuglant pas sur l’état d’un monde qui, s’il est jeune ou rajeuni, n’en va guère mieux pour autant. Les films de « divertissement », notamment quatre des cinq films américains en compétition, repartent bredouilles.


Anamaria Marinca dans « 4 mois, 3 semaines... » (Wild Bunch Distribution)

Le plus osé est évidemment d’avoir décerné la Palme d’or à « 4 mois, 3 semaines et 2 jours » du Roumain Christian Mungiu, dont le réalisateur a tenu à préciser qu’« il y a six mois, il n’avait pas encore l’argent pour le tourner » ! Alors se retrouver à Cannes, et au palmarès, et avec la soixantième Palme d’or dans les mains... Mais, projeté quasi le premier en compétition, ce film tendu, sec, dur, sur une jeune femme qui cherche à se faire avorter clandestinement dans le Bucarest de la fin du règne de Ceaucescu, n’a jamais quitté les esprits des festivaliers, et se trouvait dans tous les pronostics de la Croisette ces derniers jours.

Cette Palme récompense aussi un cinéma national qui, avec l’allemand, est actuellement le plus dynamique et inventif en Europe. Nous avons vu des films roumains depuis trois ans, et non des moindres : ceux de Cristi Puiu (« La Mort de Dante Lazarescu »), de Corneliu Porumboiu (« 12h08 à l’est de Bucarest », récompensé l’an dernier par la Caméra d’or à la Quinzaine), de Catalin Mitulescu (« Comment j’ai fêté la fin du monde »).

Cannes, à son habitude, ressent très fortement ces vibrations venues de cinématographies en pleine éruption sur la carte des films internationaux. C’est aussi ce que l’on peut dire des prix donnés à « De l’autre côté » du jeune Allemand Fatih Akin, à « Stellet Licht » du Mexicain non moins juvénile Carlos Reygadas, aux « Méduses » des Israéliens Etgar Keret et Shira Geffen, ou à « Secret Sunshine » du Coréen Lee Chang-dong : voici quatre pays où le cinéma fait, ou refait, parler de lui, et notamment au Festival. Quand l’Asie perd une part de sa vitalité artiste, quand la nouvelle vague argentine marque le pas, d’autres recoins du globe s’arrogent le pouvoir souverain de nous envoyer des nouvelles de cinéma.

On pourra bien sûr regretter l’absence des trois grands cinéastes que sont Alexandre Sokourov, Bela Tarr et Catherine Breillat, qui n’ont pas dépareillé la Croisette cette année, mais la relève est là, bien présente dans ce palmarès du risque, de l’audace et de la jeunesse. En mettant ensemble un plan de Carlos Reygadas, une séquence d’Andrei Zvyagintsev, un personnage de Fatih Akin, un paysage de Naomi Kawase et la tension qui règne chez Christian Mungiu, on obtient effectivement le meilleur film de ce 60e Festival. Qui a plutôt très bien soufflé ses bougies d’anniversaire.

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  • Anonyme

    Je suis très contente pour Fatih Akin ! Ses précédents films étaient déjà superbes. Une belle humanité.
    De l’immigration vue d’Allemagne...
    Bravo !

  • Anonyme

    L’intervention de Jamel ? ? ? On pourrait m’expliquer...j’ai eu du mal à savoir s’il blaguait.

  • benoue
    benoue
    Croix-Roussien à mi-temps
    • Posté à 20h48 le 27/05/2007
    • Internaute 1177
      Croix-Roussien à mi-temps

    C’est vrai, mise en scène extraordinaire pour un film particulièrement émouvant, et cette mise en scène permet d’autant plus à cette émotion de s’exprimer.

    Prix bien mérité.

    • Anonyme répond à benoue

      J’ai adoré la réalisation de ce film. La caméra subjective, la fragilité de certains plans, la lumière... Il m’a semblé que Schnabel mettait ici en avant son talent de peintre mieux qu’il ne l’avait fait dans ces autres films.

  • barz_diskiant
    barz_diskiant
    étudiant
    • Posté à 21h47 le 27/05/2007
    • Internaute 2309
      étudiant

    Vu Persepolis en avant-première vendredi dernier, un très bon film qui prend de très beaux risques au niveau de l’animation tout en collant parfaitement à l’histoire des 4 tomes de la bande dessinée de Satrapi publiée à l’Association.
    A voir absolument !

  • ender
    ender
    Instituteur des écoles
    • Posté à 23h34 le 27/05/2007
    • Internaute 3356
      Instituteur des écoles

    Persepolis est l’exacte identique de la BD, tant au niveau de la découpe des scènes que des dialogues ou des phases narratives.

    Alors au niveau des risques je demande à voir, d’une part. Et d’autre part je ne pense pas qu’on puisse parler en ce cas d’adaptation, on est en face d’une oeuvre papier portée à l’écran purement et simplement.

    Ce qui n’enlève rien à la qualité du propos de Satrapi, mais ce qui limite quelque peu selon moi l’interêt de l’animé.

    • barz_diskiant
      barz_diskiant répond à ender
      étudiant
      • Posté à 08h26 le 28/05/2007
      • Internaute 2309
        étudiant

      Pas d’accord, j’ai ressenti très nettement la patte de Winschluss (enfin, Vincent Paronnaud, pardon) tout au long du film, rajoutant un petit ton d’excentricité qui m’a semblé moins présent dans le livre...

      Et, même si l’on admet que le film soit exactement le livre porté à l’écran, permets-moi de réaffirmer que c’est une prise de risque tant le style de l’animation est radicalement différent de ce que l’on a l’habitude de voir en film d’animation.

  • Anonyme

    Bravo et merci à votre site et à Antoine de Baecque : vos comptes rendus et commentaires du festival de Cannes ont été « top » ! A mon avis les meilleurs de la presse française.

  • Nicolas Brousse
    Nicolas Brousse
    Etudiant à Paris
    • Posté à 09h36 le 28/05/2007
    • Internaute 118
      Etudiant à Paris

    Ayant écouté France Info ce matin, j’ai été surpris de savoir qu’il a suffit d’uniquement 600 000 Euros pour réaliser ce film, gagnant du festival de Cannes.

  • Anonyme

    Pour savoir si le palmarés me convient j’attends la sortie des films , un premier regret toutefois l’absence des « chansons d’amour » de Christophe Honoré que j’ai trouvé touchant, l’association Beaupain/Honoré fonctionne parfaitement comme jadis fonctionnait le duo Legrand/Demy ....
    j’avis déjà bcp aimé « Dans Paris » je vais suivre ce cinéaste avec bcp de curiosité da,s les années à venir

  • Anonyme

    Je ne veux pas ’revenir’ sur le palmarès du festival, je n’ai vu qu’un film ; « ZODIAC », ce serait donc mesquin. Je voulais simplement faire ’revenir’ un peu sur terre quelques commentateurs, dont ce cher Nicolas Rey qui oeuvre sur canal plus, et leur rappeler que les américains n’ont pas été absents du palmarès du festival.
    Si je ne m’abuse, Gus Van Sant n’est pas hollandais et Schnabel point allemand même si des consonances pourraient induire en erreur un détenu de Guantanamo tout juste libéré ou un collégien strasbourgeois qui aurait pris option langues régionales.
    Bref, et pour finir, ce n’est pas bien de répéter ce que d’autres, avertis, signalent comme une absence d’un cinéma américain plus commercial.
    Voilà, c’était un petit coup de gueule pour rappeler que c’est bien de balancer des infos, de faire le doux polémiqueur, mais il faut quand même bosser un peu...
    Vince

  • Anonyme

    Une performance cinématographique à archiver dont on sort tourneboulé par tant de pudeur et de cruauté mêlés. C’est aussi un film d’actualité sur les effets pervers des libertés publiques rognées, hier ou demain, en Roumanie ou ailleurs.
    Plumedoigt

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