Drôles de gammes

La musique classique sans frac ni claque, par Nathalie Krafft.

Brahms et les Capuçon, une histoire d'amour qui dure

Nathalie Krafft
Journaliste
Publié le 17/10/2007 à 19h33

Renaud et Gautier Capuçon (DR).

Ils sont frères, ils sont musiciens et pour rien au monde Renaud -le violoniste- et Gautier -le violoncelliste- Capuçon ne rateraient une occasion de jouer ensemble. Le « Double Concerto pour violon et violoncelle » de Brahms, qu’ils donnent à Paris vendredi et qu’ils viennent d’enregistrer, est fait pour eux.

Renaud, 31 ans, blond, les yeux verts. Gautier, 26 ans, brun, les yeux noisette. Au premier, le violon, au second, le violoncelle. Nés de parents mélomanes mais pas musiciens, ils ont « poussé » sereinement, franchissant une à une les étapes qui mènent du simple étudiant en musique à la carrière internationale. Renaud, tenace, qui défrichait le terrain ; Gautier, décontracté, qui s’engouffrait sur le chemin balisé.

Les voilà réunis une fois de plus pour interpréter le « Double Concerto pour violon, violoncelle et orchestre en la mineur opus 102 » de Johannes Brahms, créé il y a tout juste cent-vingt ans (le 18 octobre 1887) à Cologne sous la direction du compositeur lui-même, et qui est sa dernière oeuvre symphonique. Brahms l’a écrit pour se réconcilier avec son vieil ami le violoniste Joseph Joachim avec lequel il s’était fâché, l’autre dédicataire étant le violoncelliste Robert Haussmann.

« Je suis complètement brahmsomaniaque »

« Nous avons joué le ’Double Concerto’ ensemble au moins une cinquantaine de fois, et sur tous les continents ! “, nous raconte Renaud de sa chambre d’hôtel à Francfort, où il doit répéter l’oeuvre avec le chef Paavo Jarvi avant de la jouer jeudi à Kassel, et vendredi à Paris, au Théâtre des Champs-Elysées. Derrière, on entend son frère.

‘Pour nous, c’est une occasion géniale de nous retrouver, c’est ’notre’ oeuvre pour toute notre vie. Très peu de compositeurs ont écrit un concerto pour nos deux instruments : Camille Saint-Saëns (’La Muse et le poète’), Alfred Schnittke, Miklos Rozsa (un compositeur de musiques de film), Frédérik Delius et Thierry Escaich (qui l’a écrit pour nous). Celui de Brahms est donc un morceau de choix ! Je suis dans le bain Brahms depuis l’âge de 5 ans, quand j’ai découvert sa musique de chambre et que j’en suis tombé amoureux. Il y a quelque chose de confortable dans la sonorité, avec une pointe de nostalgie aiguë.

Je suis complètement brahmsomaniaque. En janvier, je vais aller vivre quelques jours seul à Baden Baden dans sa maison, qui est très simple mais où il y a toute sa musique et tous les enregistrements possibles...’


Début du troisième mouvement du ‘Double Concerto pour violon, violoncelle et orchestre’ de Brahms, avec Renaud et Gautier Capuçon. Disque à paraître prochainement chez Virgin Classics.

‘Sans être joyeuse, la musique de Brahms remplit de bonheur.’

Pour continuer à vivre cette passion, Renaud Capuçon a entrepris il y a quelques années avec ses amis musiciens solistes une intégrale de la musique de chambre de Brahms qui a été donnée plusieurs étés de suite au festival du Périgord noir, tandis que son enregistrement en studio se poursuit chez Virgin Classics.

Le label a même élargi ce répertoire en proposant des oeuvres de Brahms pour solistes, comme les enregistrements du pianiste Nicholas Angelich, frère brahmsien par excellence des Capuçon, ou le ‘Double Concerto’ enregistré à Vienne dans la salle du Musikverein.

A Renaud le mot de la fin : ‘Aucune musique ne se partage autant que celle de Brahms. Sans être joyeuse, elle remplit de bonheur.’

Double Concerto pour violon et violoncelle et Symphonie n° 4 de Johannes Brahms - par l’orchestre symphonique de la radio de Francfort, dirigé par Paavo Jarvi avec Renaud Capuçon (violon) et Gautier Capuçon (violoncelle) - au théâtre des Champs-Elysées, 15, avenue Montaigne, Paris VIIIe - vendredi 19 à 20h - plan.

Sonates pour violon n°1 à n°3, scherzo de la sonate FAE en do mineur de Johannes Brahms - Renaud Capuçon (violon) et Nicholas Angelich (piano) - Virgin Classics..
Trios pour piano, violon et violoncelle n°1 à n°3 de Johannes Brahms - Renaud Capuçon (violon), Gautier Capuçon (violoncelle) et Nicholas Angelich (piano) - Virgin Classics.
Quintette pour clarinette et cordes en si mineur de Johannes Brahms - Renaud Capuçon et Aki Saulière (violons), Béatrice Muthelet (alto), Gautier Capuçon (violoncelle), Paul Meyer (clarinette) - Virgin Classics (à paraître).
Double Concerto pour violon et violoncelle de Johannes Brahms - Renaud Capuçon (violon) et Gautier Capuçon (violoncelle), avec l’orchestre des jeunes Gustav Mahler, dirigé par Myung-Whun Chung - Virgin Classics (à paraître).

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  • pikasso02
    • Posté à 20h47 le 17/10/2007
    • Internaute 10134

    Qui oserait dire que le mimétisme nuit à la création musicale ?
    Tout de même étrange, que la création plastique ait déserté le monde des anciens !
    Suis-je bête ! Cette musique de Brahms n’est pas moderne !

  • Édik
    • Posté à 03h53 le 18/10/2007
    • Internaute 18338

    Où donc voulez-vous en venir pikasso02 ?

    • pikasso02
      pikasso02 répond à Édik
      • Posté à 15h20 le 18/10/2007
      • Internaute 10134

      Bonjour Edik et merci de me poser une question.
      Où je veux en venir ? C’est très simple ! Si vous n’êtes pas d’accord, merci de me le dire.
      En musique, la tradition et le moderne cohabitent sans se faire d’ombre. Ce que je veux dire, c’est qu’une des deux (restons en occident)n’a pas tué l’autre. En peinture, l’expression moderne a tué l’expression ancienne. Peut-on imaginer un instant, que le solfège soit rayé de l’enseignement de la musique, sous prétexte que la musique classique ancienne n’a plus rien à nous apporter. Un peintre dans le passé, était comme le musicien : Un INTERPRETE. Pourquoi des interprètes, tels que Picasso ou Van Gogh, ne devraient plus exister aujourd’hui ? C’est pourtant ce qui se passe. Dans les notes officielles, la mimésis est proscrite. Pourquoi ? Cette mimésis qui nous a donné des génies dans le passé, des génies dans lesquelles nous nous retrouvons tous. Pourquoi cette mimésis ne permettrait-elle plus de générer de nouveaux génies ? Bien sûr, pour cela, il faut accepter que les peintres, tels Cézanne ou Poussin étaient des interprètes. C’est de là qu’il faudrait repartir pour approfondir le sujet. Enfin, j’espère m’être fait comprendre.

      Lien

  • Anonyme

    L’extrait que nous donne Nathalie Krafft est formidable. Surtout pour le violoncelle d’ailleurs ou décidément Gautier Capucon montre qu’il a quelque chose de plus...mais quoi ? ?

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