On est là pour voir

des photos de toutes les couleurs, et aussi des vertes et des pas mûres

Attention, c'est lourd : ma sélection de livres photo

Publié le 13/11/2009 à 17h19

Voilà la saison des « beaux livres ». Les albums « de » et « sur la » photographie y tiennent grande place. Certains valent uniquement leur poids de papier. Deux, trois, cinq kilos et bien plus. D’autres sont inévitablement volumineux sous la poussée d’un puissant contenu. C’est le cas par exemple du catalogue de 480 pages de l’éclatante exposition « La Subversion des images » (44,90€).


Couverture

Une pensée pour les employés des librairies qui doivent charrier, manipuler, ranger, présenter ces lourdes éditions et petite sélection, personnelle, en commençant par les portraits de Philippe Bazin dans « La Radicalisation du Monde » : ils ont cette force centrifuge qui les éloigne du centre des modes et des lieux d’expositions habituels de la photographie.

Cadrés systématiquement au ras du menton et à la racine frontale des cheveux, en noir et blanc, il serait difficile, sauf à caricaturer, d’ aller plus près dans la définition et la photo « de face ».

Cette logique de prise de vue, débutée dans les années 80 par des photographies de nourrissons et de vieillards, consacrée par le prix Niepce en 1999, est une volonté de montrer les visages dans l’ordinaire de « leur visibilité », s’opposant par là à une standardisation, un mimétisme de la figure provoqués par des codes médiatiques de représentation, dont nous serions à la fois créateurs, complices et victimes.

Cette radicalité photographique trouve un aboutissement dans ce grand livre critique, qui mélange reproductions de portraits peints par Picasso, de Présidents de la République, ses travaux sur des « femmes militantes des Balkans », des adolescents, des étudiants, etc. Démonstration magistrale selon laquelle l’humanité ne peut être qu’altérité.

► La Radicalisation du Monde. Cinq cent quatre vingt cinq photographies de visages réalisées entre 1985 et 2003 par Philippe Bazin. 280 pages. 290x290 Co édité par l’Atelier d’édition et Filigranes éditions. 49€.Textes de Christiane Vollaire et de Georges Didi-Huberman.


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Jean Revillard (Suisse) fut primé au World Press Photo 08 pour ses images des huttes de réfugiés dans la « jungle » de Calais. J’avais exposé tout ce que je pensais de cette façon spectaculaire, fictive, de voir la misère. Je ne me doutais pas que cela troublerait l’Helvétie photo-journalistique.

Aujourd’hui, la jungle vidée manu militari de ses habitants, les cabanes écrasées, cette polémique est relative (même si le débat continue) et les photos de Revillard resteront comme un témoignage incontestable sur ces abris précaires de réfugiés, en France, de 2002 à 2009.

► Jungle par Jean Revillard 80 pages « Les Editions Labor et Fides » 23 € env. 35 CHF.


Couverture

Qu’auraient saisis les photographe du magazine Life sur la jungle de Calais ? Ce qu’ils ont enregistrés, entre 1936 (année de création) aux années 2000 (2007,fin de son histoire) c’est rassemblé dans un album compact de six cent huit pages.

Six cent imprimés des photographies de quatre vingt dix neuf de ses reporters. C’est une suite impressionnante de photos anecdotiques et historiques , légères ou dramatiques.

Y avait-il un style Life ? Oui. Les faits pris au plus près avec cette retenue polie (ou policée) qui laisse au lecteur « tout son cerveau disponible » pour en juger la portée esthétique ou politique ; la netteté de l’objectif (il n’y a pas un seul cliché flou) ; enfin la légende, sous la photo, laconique,d’une précision indiscutable.

Parmi ces photographes, Margaret Bourke-White, Capa, Andréas Feininger, Georges Silk, Eugen Smith...célèbres et inconnus, tous intrépides, courageux, journalistes.

C’est beaucoup de l’histoire de l’Amérique du Nord, quand elle collait (pour le meilleur et pour le pire) encore plus qu’aujourd’hui à toutes les affaires du monde et qu’elle se confondait avec celle de la photographie. Huit pages d’introduction dont une belle écrite par Gordon Parks, (1912-2006) premier photographe « de couleur » à faire partie de l’équipe de Life.

► Les plus grands photographes de Life. 17,8x22 cm. Editions de La Martinière. 20 euros.


Couverture

Ce n’est pas un livre. C’est un port folio de Stéphane Couturier. Ses grands tirages d’1,60x2m sur l’usine Alstom de Belfort s’y retrouvent en 30x40.

Comment traduire la complexité de l’atelier et son abstraction ? Par la perception et la superposition plastique et précise des outils automatiques et des couleurs. Par un supplément d’abstraction.

Sans présence d’ouvriers en manœuvre, sans qualité poétique, ce grand mécano pictural, froid, renvoie à l’œuvre d’un démiurge peut enclin à la décroissance...

► Melting Power 28 pages/12 photos. 28€. Édité et diffusé par Ville Ouverte, 5 rue Legouvé 75010 Paris Tel : 00-33-(0)1-46-07-10-84.


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Ce n’est ni un livre ni un portfolio. C’est une plaquette mince de 140 grammes de Stéphane Duroy.

Pour épater les « coffee table », on fera mieux. Quoique Berlin et son ex Mur... Mais non, ce Berlin là « est situé en dehors de l’Allemagne, en dehors de l’Europe ». Les images épaisses de Duroy, réalisées en 1979, plus celles du Mur abattu, dix ans plus tard, ne sont qu’histoires de ruines.

► Berlin 16 pages/16 photos.20 €. Filigranes éditions.

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  • albin
    • Posté à 01h22 le 14/11/2009
    • Internaute 11837

    L’ouvrage « Oudayas, la kasbah des Oudayas de Rabat » narre une histoire, par le biais de la photographie et du mot, que chacun interpréterait selon la profondeur de ses sensations et l’onirisme de sa vision, et dont la moralité ne serait q’une seule : Que de beauté dans ce monde !

    L’œil photographique est celui de l’artiste française Hélène DECUYPER et le mot poétique est celui du poète et du romancier belge Patrick LOWIE, tous deux s’étant inspirés de ces ruelles labyrinthiques fascinantes de la kasbah des Oudayas, et notamment de ce bleu de Majorelle qui tatoue les murs et qui se marie avec toutes les lumières pour faire fleurir la quiétude énigmatique du regard.

    C’est ce bleu qu’évoque Fadila LAANAN, ministre de l’audiovisuel de la communauté français de Belgique, dans sa préface de l’ouvrage, intitulée « Besoin de Bleu » : « Moi, “mon” bleu est celui du pigment des murs peints du Maroc. »

    En effet, s’infiltrant dans les paysages figés par Hélène DECUYPER, l’on découvre ce parallélisme involontaire des murs des Oudayas et la sublimité des couleurs qui défient le regard et partagent maints moments d’intimité avec chaque œil les caressant.

    L’on ne sait plus si c’est la photographe qui tombe amoureuse de ce bleu majestueux, ou si c’est ce bleu qui se fait beau à chaque fois, avec le blanc essentiellement, pour oser interpeller, bien longuement, tous les regards, même les plus fugitifs.

    En tout cas, les photos qui paraissent prises en pinceau, déclarent délicatement et surtout avec ces entrelacements d’ombres et de lumières qui les sillonnent, toute la splendeur des Oudayas.

    Quant au mot, Patrick LOWIE se partage deux visions : celle de l’artiste photographe et celle des paysages, mais choisit d’adopter une troisième, celle d’un enfant perdu dans les ruelles sinueuses des Oudayas et dont le regard cherche issue à travers la ville d’en face, Salé, qui, par sa présence, appartient au paysage de la kasbah.

    Dans le labyrinthe des mots du poète, intitulés « ô Pirate de Salé », les échos lointains de l’ouie et du regard résonnent au toucher du bleu…ce bleu parfois triste à noircir et parfois optimal à s’illuminer. L’œil/souvenance du poète agit et réagit parmi les couleurs. Avec un jeu de mots arabes « Oud, aoud, oued et même Ouda », le poète s’adresse à ce pirate de Salé qui tantôt représente délivrance et tantôt inspire désarroi et illusion.

    L’ouvrage est écrit en français avec des traductions des textes en allemand et en italien, il comprend aussi un texte final sur l’origine du nom de Salé, extrait du livre de Peter Lamborn Wilson « Utopies pirates, corsaires maures et renegados ».

    Il s’agit là d’un ouvrage qui réussit à enchanter le cœur et le regard en dégageant le charme enfoui dans Les Oudayas.

    Amal GALLA

    Oudayas, la Kasbah des Oudayas de Rabat
    Hélène Decuyper (photographies)
    Patrick Lowie (textes) - Fadila Laanan (préface)
    Peter Lamborn Wilson (textes)

    ISBN : 978-2-930438-23-8
    64 pages - 20 EUR
    Quadrichromie
    Trilingue : français / allemand / italien
    Format : 30 x 20 cm

  • zénon denon 84
    • Posté à 09h53 le 14/11/2009
    • Internaute 30028
      Bonne

    Qui a dit qu’internet ne servait à rien ?
    que voilà journellement de splendides démentis .

    Il est comme la langue d’Esope ...Ni + Ni _
    CARPE DIEM.

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