En pleine culture

Chaque semaine, une chronique sur l'économie de la culture par Françoise Benhamou, professeur d'économie à Paris-13.

Albanel dans la gueule du loup Google

Françoise Benhamou
Professeur d'économie à Paris-XIII
Publié le 22/10/2007 à 20h13

La ministre de la Culture Christine Albanel a demandé au président de Google France de lui faire des « suggestions » et « recommandations » pour « accroître la visibilité du patrimoine culturel français sur l’internet ». Il s’agit en particulier d’« accélérer (je cite) le calendrier de la constitution du patrimoine numérique français »...

Etonnant.

Depuis deux années déjà, la France a dans ses cartons un de ces projets dont elle a le secret, sous le nom, assez bien choisi il est vrai, d’Europeana. Europeana, c’est un prototype de bibliothèque en ligne développé par la Bibliothèque nationale de France, dans le cadre d’un projet de Bibliothèque numérique européenne, qui rassemble à ce jour environ 12 000 documents libres de droits issus des collections de la BnF, de la Bibliothèque Nationale de Hongrie et de la Bibliothèque nationale du Portugal. Plusieurs années de laborieuses négociations et de dépenses ont abouti à ce micro résultat dont l’ambition était de contrer le projet de Google de bâtir une sorte de bibliothèque universelle. Micro résultat puisque, pour donner un ordre d’idées, la BNF contient environ 13 millions de documents imprimés et celle du Congrès à Washington 29 millions.

L’avance considérable de Google

En face, le programme de Google, intitulé Google Book, est en effet un projet de numérisation massive. Il fut certes lancé à la hussarde en décembre 2004, Google se montrant au départ parfaitement indifférent au fait que les livres pouvaient être encore sous protection de droits d’auteurs. Il s’agissait de numériser une quinzaine de millions de livres en six années, de constituer de la sorte une bibliothèque numérique à disposition, gratuitement, de tous, dont les livres proviendraient des fonds de trois grandes bibliothèques universitaires américaines, Stanford, Harvard, et Ann Arbor et de nombre d’autres partenaires qui ont rejoint le projet. Après des débuts chaotiques marqués par les contre-attaques venues d’éditeurs qui voyaient numériser sans autorisation des ouvrages encore sous droits d’auteurs, Google a atteint une sorte de vitesse de croisière ; rien ne sert de courir après, l’avance est considérable.

Au lieu, par conséquent, de composer avec Google au sujet de l’avenir de cette bibliothèque européenne ou du moins franco-hongroise-portugaise, dont chacun s’accorde à dire qu’elle ne parvient pas à décoller, que fait-on ? On en redonne à Google dans le domaine dont il ne pouvait s’emparer, celui du patrimoine, c’est-à-dire ce sur quoi nous disposons d’une vraie occasion de nous passer de cet intermédiaire plutôt envahissant pour mener une politique française voire européenne, sur la base de la numérisation d’œuvres uniques, non susceptibles de numérisation sauvage.

Pour une numérisation des trésors de la BNF

Bien sûr il ne s’agit que de demander quelques conseils avisés. Nous sommes quelques uns à avoir plaidé cent fois pour qu’on lance un grand plan de numérisation des extraordinaires trésors que contiennent la BNF et les grandes bibliothèques patrimoniales de notre pays : le seul département de la musique de la BNF contient par exemple 75 000 lettres autographes et 130 000 manuscrits musicaux. Trop peu connaissent le « Cabinet des médailles », né de la collection des rois de France, avec ses trésors venus de Saint-Denis, de la Sainte-Chapelle ou de la collection du duc de Luynes. Il faudrait des pages pour évoquer les autres départements de la Bnf, ou les richesses patrimoniales des grandes bibliothèques municipales et de nos musées.

Pourquoi se tourner vers Google pour demander des conseils en matière de numérisation du patrimoine alors que nous en avons les savoir-faire, et cela en un domaine où le géant américain n’avait pas encore (ou à peine) mis le nez ? Ne faisons pas d’angélisme : gageons que Google sera tenté de négocier un rôle non négligeable dans ce projet essentiel de la mise à disposition du patrimoine. Cela pourrait s’appeler : mettre la tête dans la gueule du loup et j’ajouterais : qui pourtant n’avait pas demandé ce fabuleux dessert !

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  • 18 réactions
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  • Anonyme

    Rocard en sa qualité de parrain d’Europeanna a promotionné cet outil tombé dans l’oubli faute de crédits européens. C’est un rapport qu’il avait remis à Segolène Royal pendant sa campagne qu’il a tôt fait de « vendre » sans scrupule à Sarkozy à ce que je constate. Quelle bande d’immondes politiciens d’opérette !

    • Anonyme

      Google a l’argent nécessaire pour le faire et pas les budgets européens, c’est tout !
      Vaut-il mieux garder un patrimoine de façon autiste ou l’ouvrir au monde pour en montrer la splendeur et la richesse, même en s’associant avec ces « incultes » d’américains ? Arrêtez l’angélisme la culture ne s’arrête pas à l’Atlantique !

    • Anonyme

      Ces « responsables » politiques sont scandaleux ; cett approche de la culture française n’est pas autre hose qu’une trahison culturelle. Quoi faire pour contrer cet projet aberrant ?

    • chroma
      • Posté à 13h28 le 23/10/2007
      • Internaute 19051

      Albanel est un clone édulcoré de RDDV, mais la stratégie est la meme.

      Elle a recemment fait du chantage aupres de Free pour l’attribution des licences 4G en leur disant que la décision dépendra de leur coopération dans la lutte contre le Peer to peer.. Qu’entend elle par la ? Revendique-t-elle l’accès à la base d’abonnés ?

      Comme collusion entre interet privés et pouvoir on a difficilement fait plus flagrant !

      On est mal barrés avec notre ultra-cultivé président qui s’écrie « mais on va tuer la culture ! » alors que c’est le modèle des maisons de disque qui est en péril, rien d’autre .

  • Anonyme

    Ne mélangeons pas tout. C’est Albanel la ministre de la « cuculture » et Rocard n’a pas vraiment son mot à dire.

    D’autant que si j’ai bien compris, Albanel pourrait être en train de chercher à court-circuiter Europeana en faisant implicitement appel à Google (les « conseils » c’est jamais gratos).

    Vachement sympa pour nos partenaires européens.

  • Anonyme

    Google y sera bientôt ! ( Et en plus, il n’a rien demandé )

  • Anonyme

    « JE » constate et Rocard « promotionne » ... et « vend » ensuite ! ! !
    où est le bouffon ? ? ?

  • Servais-Jean
    • Posté à 01h21 le 23/10/2007
    • Internaute 4591
      43

    La BNF a déjà numérisé des ouvrages mais pas encore assez pour que son site soit attrayant et en plus les téléchargements sont payants, pas trés cher il est vrai.

    Pour les français je pense que la documentation de base trés large se trouve à la BNF et pas chez Google.

    La BNF n’attend que des financements plus importants pour aller plus vite. Y aurait-il quelques mécènes pour financer cette numérisation comme cela été fait pour le château de Versailles ?

    • Anonyme répond à Servais-Jean

      Le fonds numérisé par la BNF est déjà très important, et le téléchargement est totalement gratuit contrairement à ce que vous affirmez.

      • Anonyme

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        Consultez ce système d’information sur le patrimoine numérisé en France, avec des aides de l’Etat et des collectivités locales, et constatez qu’on a pas attendu Google pour lancer dès 1996 d’importantes campagnes de numérisation de photos, de textes, de films, de cartes, de sons

        Seul problème, la dispersion des ressources mais elles existent sur de multiples serveurs locaux ou en ligne.

        Il vaudrait peut-être mieux que l’Etat tente de regrouper ces ressources par le biais d’aides à la réalisation de catalogues collectifs ! Des techniques existent comme l’OAI-PMH, c’est faisable sans d’énormes moyens mais il faut se coordonner !

    • Anonyme répond à Servais-Jean

      Lien

      Mais vous dites de bétises

      Le site Gallica est gratuit et en plus il y a beaucoup de ressources numérisées en dehors de la BNF

      Ce qu’il manque c’est un grand catalogue collectif !

      Il est faisable mais peu valorisant pour des politiques qui veulent accrocher leur nom à une opération !

    • Anonyme répond à Servais-Jean

      Les mécènes qui ont financé les restaurations de Versailles sont américains sous le patronnage de Mr Rokfeller ,(Madame Albanel étant la responsable de Versailles.)

  • Anonyme

    Albanel qui ne s’est pas réellement distingué au gouvernement, fait-elle du Lobbying pour Google ? Un poste l’y attend ? Cette douteuse confusion des genres en politique et affaires est en tout cas une valeur constante.

    • Anonyme

      lawl, avec la culture du jeunisme qu’ils ont ca risque pas d’arriver, a part les stars d’internet (Guido Van Rossum, Vint Cerf, etc), passé 40 ans pas moyen d’etre embauché.

      l’avantage d’utiliser google pour la numerisation c’est que ca doit etre possible pour un gouvernement de negocier la conservation de la librairie digitale. Google fait tout le boulot, ils offrent au public la recherche mais l’etat conserve aussi les exemplaires. Au final les gens iront chez google pour chercher mais on ne perd rien.
      (Google cherche seulement a ce que les gens passent le maximum de temps chez eux, ils veulent pas forcement le monopole sur les librairies numeriques)

      (Google fait quand meme plus d’un milliard de benefice en un trimestre pour un chiffre d’affaire de seulement 4 milliards, la tres grande majorité des benefices proviennent de la publicité)

  • Anonyme

    Pourquoi être surpris ?

    Les français ont élu un homme de droite économiquement libéral qui croit qu’en toute situation le privé plus efficace que les Etats. Privatisons la gestion du patrimoine, poussons les medecins dans les bras des mutuelles en le forçant à se deconventionner, privatisons les retraites et l’ANPE avec pour faire bonne figure...
    Et quand le pays et chaque citoyen appartiendra à une entreprise (sans doute aux capitaux chinois ou russes passés par Londres), on se conselera en se disant qu’au moins Johnny n’est pas parti en Belgique.

  • Anonyme

    A sa place je m’adresserai aussi à Google, car question savoir-faire/maîtrise technique la France n’en a pas ou peu, contrairement à ce que prétend l’auteur de l’article.

    Par exemple, la consultation de Gallica (BNF) est une vraie tanné : serveur indisponible, chargement des pages hyper-lent, souvent des oeuvres inacessibles et un catalogue quasi inutilisable car très mal fait. En plus, la numérisation ne mérite pas le nom, elle est de mauvaise qualité et ne dispose pas d’index.

    Donc, avant de râler et de demander du « 100 % français » ... Je pense qu’il faut dans ce domaine des compétences qui ne sont très clairement pas présentes en France.

    • Anonyme

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      Vous qui estimez qu’on ne sait rien faire en France, connaissez vous ce système d’information sur les fonds numérisés depuis le milieu des années 90 ?

  • Marc
    • Posté à 08h39 le 24/10/2007
    • Internaute 5828

    si on faisait encore des buchets... je crains que l’ami Michel en soit un client potentiel... manifestement les procès dit de « gauche » sont encore à l’ordre du jour... pathétique...
    Après on s’étonne qu’on ne puisse gagner une élection majeure.

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