« Passeport biologique » : le cyclisme toujours montré du doigt
Plus qu’aucun autre sport, le cyclisme tente de lutter contre le dopage. Mais malgré la bonne volonté d’un grand nombre de coureurs et la mobilisation de certains groupes sportifs, notamment français, le vélo ne parvient pas à se débarrasser de cette mauvaise image qui lui colle à la peau depuis des décennies : la tentation est grande pour le spectateur de se dire qu’ils sont tous dopés.
L’instauration d’un « passeport biologique » à partir de 2008 apparaît comme l’ultime tentative pour tenter de moraliser un sport qui a beaucoup à se faire pardonner, mais qui n’est pas plus « pourri » que les autres. L’annonce de la mise en place de ce nouvel outil de contrôle a été faite deux jours avant la présentation du Tour de France 2008, dont les organisateurs croisent les doigts pour que la grande fête du mois de juillet ne soit pas gâchée comme elle l’a été ces deux dernières années.
Le vainqueur de l’édition 2006, l’Américain Floyd Landis, a été pris en flagrant délit d’usage de testostérone tandis que le porteur du maillot jaune en 2007, le Danois Michael Rasmussen, a été débarqué en pleine course par son équipe pour avoir tenté d’échapper à des contrôles inopinés de l’Union cycliste internationale.
« Comparés au footballeurs, les cyclistes sont des enfants de choeur »
Le Tour ne peut pas se permettre de devenir le rendez-vous annuel de la triche et le moment où l’on décide de faire le ménage dans le peloton, sous prétexte que la plus grande course cycliste, troisième événement sportif du monde après le Mondial et les JO, est surmédiatisée.
Xavier Louy, ancien directeur du Tour de France, rappelait dans un entretien à Métro :
« On dépense un argent fou pour combattre le dopage. En proportion du chiffre d’affaires, ce qui est fait dans le football est dérisoire. Bernard Tapie (à l’époque où il était patron de l’équipe La Vie Claire) avait bien résumé la situation en déclarant que les cyclistes étaient des enfants de choeur comparés aux footballeurs.
“ Ça arrange les affaires de tout le monde de dire : les cyclistes sont tous dopés. Ça évite de reconnaître que les sports médiatiques qui gagnent beaucoup d’argent sont, eux aussi, rongés par ce mal.
‘ Il faut instaurer des suivis longitudinaux. Ce qui est primordial est que le Tour redevienne maître chez lui. Qu’au moindre soupçon sur une équipe, il puisse ne pas l’inviter. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Avec le système du Pro Tour, l’UCI impose ses choix.’
Si les coureurs tentent, parfois de manière maladroite, de démontrer leur bonne foi, ils ont du mal à comprendre que d’autres sports échappent à l’épée de Damoclès suspendue au-dessus de leur tête.
A titre d’exemple, aucun contrôle sanguin n’a été pratiqué lors de la Coupe du monde 2006 en Allemagne. Dans Metro, Xavier Louy rappelle qu’en 1998, alors que les Bleus étaient en stage de préparation à Tignes, un contrôle inopiné avait été diligenté par le ministère des Sports :
‘ Le médecin s’est fait jeter et a dû patienter pendant des heures avant de pouvoir procéder à des prélèvement. Ça laissait le temps pour procéder à des manipulations. Aucun des joueurs visés n’était sous le contrôle visuel du médecin. Si cela était arrivé dans le vélo, on aurait prononcé la suspension des athlètes intéressés.’
‘ Si l’on organisait une course en sac aux JO, certains se doperaient’
Un des arguments avancés pour expliquer la pratique du dopage dans le cyclisme est que ce sport est l’un des plus exigeants physiquement et qu’il ne pourrait pas se pratiquer sans assistance extérieure. En fait, l’argument est en partie infondé. En pleine affaire Rasmussen, le patron du Tour, Chistian Prudhomme, expliquait :
‘ Si l’on organisait une épreuve de course en sac aux Jeux olympiques, certains se doperaient. Ce n’est pas la difficulté d’une course comme le Tour de France qui doit être mise en cause. C’est tout simplement un problème d’esprit de compétition, de volonté de gagner. C’est humain.’
Pourtant, les dangers pour la santé des athlètes sont plus qu’évidents. Mais cela compte peu. Car derrière la course aux médailles ou aux honneurs, s’est construite une véritable industrie, extrémement rentable et qui ne sert pas aux seuls coureurs cyclistes. Dans un chat du Monde.fr, Gérard Dine, spécialiste du dopage, expliquait :
‘ Il existe des filières mafieuses qui ont été identifiées ces dix dernières années. Il s’agit de véritables banques de sang professionnelles, qui sont en fait organisées avec des donneurs rétribués qui sont compatibles avec les clients potentiels. Il y a une programmation et une logistique.’
Alors comment est-il possibe que certains se fassent encore prendre à la manière d’Alexandre Vinokourov ? Une forme d’inconscience ? Un sentiment d’impunité ? Ou tout simplement de la bêtise.
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La difficulté, dans la lutte contre le dopage en cyclisme, est de trois ordres.
Le premier, vous le rappeliez à travers les propos de Christian Prudhomme, est que la tentation du dopage est rien de moins qu’humaine. Je me souviens d’une interview du docteur Patrick Laure, que j’avais lue il y a quelques années, dans laquelle on lui demandait ce qu’il préconisait pour supprimer le dopage. Il répondait, non sans humour : « De supprimer l’esprit de compétition. »
Le deuxième est d’ordre culturel. Je ne parle pas du fait que le dopage dans le vélo est presque aussi ancien que les premières compétitions. Je parle du fait qu’il commence chez les amateurs. En 1967, Anquetil l’expliquait très bien au ministre de la Jeunesse et des Sports, François Missoffe : « Vous prenez un café, et c’est l’engrenage : vous êtes dopé. » On commence par vous proposer un café. C’est très agréable, et vous vous apercevez que vous marchez bien. Et puis ça ne vous suffit plus. Il n’y a plus qu’à passer au stade supérieur. Et ainsi de suite. Vous êtes jeune, peu informé, vous faites confiance. Et vous vous habituez. Si Brogilo, que je salue au passage, était là, il vous l’expliquerait mieux que moi, lui qui a fait de la compétition.
Le troisième ordre est disons institutionnel. Un cycliste se dope-t-il tout seul ? Bien sûr que non. Entre le sponsor, qui veut des résultats en termes de publicité, le directeur sportif, qui l’incite à « faire ce qu’il faut », le soigneur et le médecin d’équipe, le coureur n’est guère encouragé à mettre la pédale douce. Entendons-nous bien : il est loin d’être une victime. Mais il est encore plus loin d’être le seul responsable.
Ajoutez l’UCI, qui ferme les yeux et couvre ces agissements au nom d’intérêts financiers, et vous avez un cocktail détonnant.
Conclusion : le mal est profond et largement étendu. Comment espérer éradiquer un mal qui arrange certains intérêts, quitte à menacer le sport ?
Vous avez raison : le cyclisme est un bouc-émissaire très convenable. D’où cela vient-il ? Tout simplement du fait que c’est le premier sport où des voix se soient élevées, notamment celles de journalistes comme Pierre Chany, Jacques Marchand ou Jean Bobet, frère du regretté Louison, pour dénoncer ces pratiques et exiger des mesures. On est loin de l’attitude de l’ATP, qui refusa les contrôles antidopage au motif qu’il n’y a pas de dopage dans le tennis.
Je me surprends toujours à allumer la télé au mois de juillet. Mais cette année, c’est la première fois que je n’ai pas assisté à l’arrivée sur les Champs-Elysée.
Thomas GREDAT




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