Prise de baecque

Journal de bord culturel d'Antoine de Baecque, historien et critique, passionné de cinéma.

Redécouvrir Guitry, aristocrate populaire de la culture

Publié le 30/10/2007 à 08h37

En ces temps de frénésie vulgaire et de tapage aussi m’as-tu-vu qu’inconsidéré, surtout au sommet de l’Etat, il fait bon flâner dans l’exposition Guitry de la Cinémathèque française, véritable antidote au mauvais goût. Sacha Guitry est, a contrario, tout de vivacité et d’invention. Mais il est également le roi du contre-pied. Là où on l’attend désinvolte et léger, il sait se faire entêté, obsessionnel, profond, et le portrait qu’on dresse généralement de lui, virevoltant d’un bon mot à une femme, d’une vie facile à l’imposture artificielle, se renforce ici d’une singulière épaisseur.

Avec son découpage thématique -en sept parts élégamment mises en espace par Massimo Quendolo-, l’exposition « Sacha Guitry, une vie d’artiste » creuse un sillon bien plus profond qu’on ne pouvait l’attendre. Mais cette profondeur est faite de brio éphémère, d’une surprenante rapidité d’exécution qui prend tout le monde de vitesse, d’une maîtrise de la langue qui n’est jamais dénuée d’acuité cocasse ni de provocation subtile.

Guitry est un colosse, et physiquement il tient le coup, emporte tout sur son passage, attire, séduit, fascine, autant qu’il sait parfois, partir au combat et se défendre contre tous ceux, et ils sont nombreux, qui le méprisent. A la fois auteur, comédien, réalisateur, il a écrit 124 pièces, a réalisé 36 films, et a laissé une somme immense d’écrits, de pensées, de réflexions, de souvenirs, de dessins. C’est dans cette masse, le plus souvent conservée et archivée au département des Arts du spectacle de la Bibliothèque nationale, qu’ont puisé les deux commissaires, heureux dispensateurs de ces richesses pour la plupart méconnues, Noëlle Giret et Noël Herpe.

C’est pour cela que l’exposition nous surprend sans cesse : des photographies de plateau méconnues, des bouts d’essai drôles à souhait, des bandes-annonces et des génériques tout simplement géniaux, dignes de cet immense « communiquant » qu’était Guitry avant tout le monde, des projets de journaux, de revues, de films, de dessins, de tournées, qui soulignent l’activité à multiples facettes de cet inventeur à l’énergie jamais rassasiée.

Le musée idéal de Sacha Guitry

Mais il y a également la part la plus secrète de l’homme, son musée idéal, bric-à-brac d’une admiration concertée et raisonnée qui l’a conduit à réunir chez lui, dans l’hôtel particulier de l’avenue Elisée Reclus, des centaines de tableaux, objets, sculptures, manuscrits, livres, images, comme en un mémorial, un panthéon, une « arche de Noé ». Un Rodin, le diadème de Sarah Bernhardt, les souliers immenses du nain burlesque et acrobate Little Tich, le bâton de scène de Guitry, un petit Monet admirable... tous ces objets offrent une pratique de l’admiration qui est à la fois une constante occasion d’inspiration personnelle et une troublante, émouvante, passion. Sacha Guitry avait sa chambre verte, pour reprendre le titre d’un film (au fétichisme aussi artiste que morbide) de l’un de ses principaux admirateurs, François Truffaut, qui n’a pas peu fait pour œuvrer à la reconnaissance du génie de Guitry, qu’il connût durant les derniers mois de sa vie, en 1957.

Car l’adversité n’a pas manqué, et c’est face à elle que s’est forgé le caractère d’un homme extrêmement sensible aux attaques de toutes sortes, et peu à peu blindé dans une carapace de désinvolture feinte et de futilité jouée. Dès les débuts de sa carrière, à la Belle Epoque, on a dit de Sacha qu’il n’était qu’une pâle copie de son père, Lucien, célèbre et immense comédien du théâtre français. Et c’est parce qu’il dût faire ses preuves, épreuve constante et constamment renouvelée, que le rejeton s’est forgé un caractère de cochon au sein d’une vie entièrement consacrée à l’action créatrice.

Une formidable énergie créatrice

Cette énergie est immense chez Sacha Guitry, elle trouble, elle souffle, elle fascine, prenant les formes chimériques et monstrueuses d’une activité tout azimut et proliférante. Pas un jour sans projet, pas une heure sans inspiration, c’est un véritable volcan en irruption, une effusion permanente. Et plus l’artiste va vite, meilleur il semble être : Guitry est plus admirable dans l’esquisse que dans la fresque, dans le geste que dans les mouvements de foule, dans le mot que dans la bible.

Tout ce talent a suscité les jalousies de ceux qui n’ont cessé de renvoyer Guitry à son statut méprisable de « boulevardier », à ses amours pour l’opérette et le musical, à sa prétendue « collaboration » avec l’occupant durant la guerre quand il n’était qu’une figure du tout Paris draguée et ménagée par les Allemands, à « sa place » qui est très exactement gênante dans une France culturelle qui aime les étiquettes : un passeur entre l’élite et le populaire, entre le frivole et l’Histoire, entre le dandysme et non-conformisme social, entre le désengagement et l’absence totale de sens politique. Comme l’on peut dire que Trenet, Fréhel, Charlot, sont des monuments qui appartiennent à tous, Guitry est l’exemple même de l’artiste créateur qui dialogue aussi bien avec Cocteau qu’avec un domestique, avec la peinture, la littérature, l’académisme qu’avec le cabaret, le cinéma, le cirque, la magie. Sacha Guitry, l’homme de cette exposition passionnante, le cinéaste aux 36 films montrés lors de l’intégrale de la Cinémathèque, est une figure achevée et magnifique d’aristocrate populaire, de seigneur pour tous.

« Sacha Guitry, une vie d’artiste », exposition à la Cinémathèque française, 51 rue de Bercy, 75012, jusqu’au 18 février 2008 (catalogue Cinémathèque française/Bibliothèque nationale de France, 264 p., 45€. Egalement un « Découvertes », chez Gallimard, « Sacha Guitry, l’homme-orchestre », par Olivier Barrot et Raymond Chirat, 128 p., 13,50€).

► Rétrospective intégrale de l’œuvre filmée, Cinémathèque française, 51 rue de Bercy, 75012, jusqu’au 31 janvier.

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  • Victor Kaplan
    Victor Kaplan
    enseignant
    • Posté à 09h59 le 30/10/2007
    • Expert 4445
      enseignant

    Combien aura-t-il fallu de temps pour que l’on extirpe Guitry du cul de basse-fosse où on le laissait croupir, 50 ans ? 50 ans de mépris !
    50 ans pendant lesquels son théâtre n’aura été que du théâtre bourgeois aux yeux de nos gens de théâtre. 50 ans que son cinéma n’aura été que du théâtre filmé aux yeux de nos cinéphiles. Pas assez radical, pas assez avant-gardiste, le Guitry.
    Quand à la légèreté et l’humour qu’il incarna, il est vrai qu’ils sont passés de mode depuis bien longtemps. Cette façon d’être, cet « esprit » sont sans doute mort avec la dernière guerre.
    Un jour, une vieille dame tchèque qui avait fait ses études à Paris avant-guerre, me dit avec un sourire triste : « La vie à Paris, en ce temps-là, c’était comme du champagne ».
    Cela fait 50 ans que nous avons perdu ce qui faisait le bonheur d’être français.

    • Anonyme répond à Victor Kaplan

      Faut pas exagérer non plus. J’ai 53 ans. J’ai vu des films de guitry à la télé dans les années 70-80. Comme ça me plaisait, j’ai lu ses pièces (ainsi que Feydeau, Labiche). On n’est pas obligé d’être snob !

  • Anonyme

    Les avocats portent des robes pour mentir aussi bien que les femmes.
    [Sacha Guitry]

    Et en ces temps sinistres ou toutes les justes causes ( Egalité hommes / femmes, droits à l’ homosexualité , lutte contre le racisme etc ) ont été
    récuperées par une bande de tristes puritains , adeptes du pénal , surveillants du politiquement correct ,et censeurs à point rouge sur Rue89, il est toujours rafraichissant de se rappeller les epoques ou l’ on pouvait rire de tout .

    • Anonyme

      excellent commentaire qui se suffit à lui-même. Merci !

    • Anonyme

      excellent commentaire qui se suffit à lui-même. Merci !

    • Anonyme

      excellent commentaire qui se suffit à lui-même. Merci !

  • Anonyme

    ET MAX JACOB ? ?

  • Anonyme

    Jacob, oui, c’est certain. Mais Guitry déja, c’est bien. Depuis le temps que ces archives attendaient. Hâte de la voir cette expo.

  • Anonyme

    cet homme si merveilleux dans l’exercice de son art s’est montré sous un jour beaucoup moins génial sur le point humain pendant la guerre : sa collab oration active avec l’occupant n’est pas mentionnée dans cet article comme dans beaucoup d’autres... Pourquoi ?

    • Anonyme

      Bien heureuse que quelqu’un partage mon point de vue sur cette question et interpelle les journalistes de Rue 89 à ce sujet. Ca n’empêche pourtant pas que l’expo puisse être particulièrement intéressante.
      ELN

    • Anonyme

      Collaborateur, c’est beaucoup dire. Il ne l’a pas été plus que d’autres. Il était une personnalité artistique en vue, c’est tout. Aurait-il dû, à l’instar de Gabin et de quelques autres, prendre le chemin des Etats-Unis ? Peut-être. Il a fait le choix de rester, et, ce faisant, il ne pouvait éviter, compte-tenu de son statut, d’avoir un minumum de contacts avec l’occupant. Mais entre avoir des contacts et collaborer il y a une marge. Plusieurs témoins affirment qu’il a usé de son influence pour sauver des vies. Je serais assez porté à le croire car l’homme était plus altruiste qu’on le pense généralement.
      Mario

      • Jojo La Praline
        Jojo La Praline
        dans le collimateur
        • Posté à 13h42 le 30/10/2007
        • Internaute 20475
          dans le collimateur

        A propos de Jean Gabin, il ne s’est pas contenté de fuir aux USA.

        En janvier 1943, il s’engage dans les Forces françaises libres du Général de Gaulle et participe à la victoire des alliés comme second maître, chef du char « Le Souffleur » du Régiment blindé des fusiliers marins de la 2e DB du général Leclerc. Il est décoré de la médaille militaire et de la Croix de guerre. Il restera toute sa vie très attaché à la marine.

        Il n’aimait pas s’en vanter. Il s’est juste contenté de faire son devoir.

         
        • Anonyme répond à Jojo La Praline

          Quand je disais que Gabin avait pris le chemin des Etats-Unis, ce n’était pas, dans mon esprit, pour fuir mais bien pour combattre. Sans doute ai-je eu tort de ne pas le préciser...
          Mario

          • Jojo La Praline
            Jojo La Praline
            dans le collimateur
            • Posté à 22h14 le 31/10/2007
            • Internaute 20475
              dans le collimateur

            Pas de problèmes Mario. Mais je voulais juste préciser que certains se sont battus quand d’autres ont été passifs (ce qui je pense a été le cas de Guitry qui a du être très indifférent à tout cela et regarder ça avec un peu de condescendance, sinon à ses amis qu’il a tenté de protéger le mieux qu’il pouvait).

        2 autres commentaires
      • Anonyme

        l’argument de « plusieurs témoins » qui affirment qu’il a sauvé des vies est le même que celui de Pétain qui prétendait qu’il « sauvait » les juifs des nazis. Monsieur GUITRY n’avait pas seulement quelques contacts, il faisait partie des gens bien informés qui servaient d’intermédiaires avec l’occupant. C’est à lui que la famille de Tristan Bernard s’est adressée pour savoir le sort réservé au malheureux écrivain. S.Guitry les a adressés à Arletty qui était encore mieux introduite que lui auprès de l’occupant qui a confirmé sa déportation.
        Et dire que l’on a reproché à Gérard Philippe l’attitude de son père (pas la sienne ! ! !) pendant la guerre ! ! Il y a vraiment deux poids et deux mesures entre les deux cas...
        L’homme de l’art ne doit pas faire disparaître l’homme tout court.

         
        • Anonyme

          Concernant Tristan Bernard, Guitry écrit au secrétaire d’Etat Fernand de Brinon, affronte le ministre allemand Schleier et fin octobre 43 Bernard est relâché. Il a par ailleurs fait libérer le marie de Colette.
          Guitry a été arrêté à la Libération et a bénéificié par la suite de deux non-lieu puisque la justcie ne trouvait pas une seule personne pour témoigner contre lui, personne en tout cas qui disposait de faits avérés et réels, et non pas de ces prteurs de rumeurs et calomnies comme vous-même aujourd’hui.

        • Anonyme

          Mettre les arguments des « témoins » (ah les guillemets....les témoins mentent ?) de Monsieur Sacha et du maréchal sur le même plan est une bien cruelle confusion. Pauvre Sacha ton immense génie continue d’ exciter la jalousie des Trissotins.
          Les saltimbanques ne sont pas des guerriers mais il me semble,(il faudrait vérifier),que Sacha Guitry a fait jouer une pièce ou l’on chantait la Marseillaise,(mais je n’ en suis pas sûr),mais si c’est vrai c’est grandiose non ?
          Qu’aurions nous fait en 40 ? vaste question ! ! que chacun devrait d’abord se poser,avant tout jugement.
          Et faire partie des gens bien informés quel pied ça doit être hein ?
          Arletty encore mieux introduite a failli me faire mourir de rire (c’était volontaire ? ?)
          Quant à la phrase : « l’homme de l’art ne doit pas faire disparaître l’ homme tout court » elle est pontifiante et vide de sens on dirait un mauvais proverbe . Alors , Vive les hommes tout
          courts ! ! !

        • Anonyme

          Mettre les arguments des « témoins » (ah les guillemets....les témoins mentent ?) de Monsieur Sacha et du maréchal sur le même plan est une bien cruelle confusion. Pauvre Sacha ton immense génie continue d’ exciter la jalousie des Trissotins.
          Les saltimbanques ne sont pas des guerriers mais il me semble,(il faudrait vérifier),que Sacha Guitry a fait jouer une pièce ou l’on chantait la Marseillaise,(mais je n’ en suis pas sûr),mais si c’est vrai c’est grandiose non ?
          Qu’aurions nous fait en 40 ? vaste question ! ! que chacun devrait d’abord se poser,avant tout jugement.
          Et faire partie des gens bien informés quel pied ça doit être hein ?
          Arletty encore mieux introduite a failli me faire mourir de rire (c’était volontaire ? ?)
          Quant à la phrase : « l’homme de l’art ne doit pas faire disparaître l’ homme tout court » elle est pontifiante et vide de sens on dirait un mauvais proverbe . Alors , Vive les hommes tout
          courts ! ! !

      • Anonyme

        L’argument est d’une bassesse incroyable : « pas plus collabo que les autres “ ! ! !

        Vous parlez de Jean Prévost, abattu sur les flancs du Vercors car résistant ? Ou vous n’estimez pas Guitry plus collabo que René Char, chef de maquis ?
        Qui a empêché Sacha de prendre un pseudonyme comme Jean Bruller (Vercors) ou Jean Ghéhenno (Cévennes) pour publier des pages sauvant l’honneur de la littérature (et de la France) ?
        Pardon, mais je préfère Eluard le populaire à la popularité (y compris sexiste) de Guitry .

      • pierrejcallard
        pierrejcallard
        http://www.nouvellesociete.org
        • Posté à 03h03 le 31/10/2007
        • Internaute 3366
          http://www.nouvellesociete.org

        Si tous ceux qui auraient pu partir étaient partis, que serait-il arrivé de ceux qui auraient du rester ?

        PJCA

    • Anonyme

      parce que c’est faux simplement.
      si vous avez des pièces à verser au dossier qui prouveraient le contraire, vous rendrez service à l’Histoire.
      regardez les archives et trouvez nous un indice de sa « collaboration active » (comme vous l’écrivez)

    • robbybarbe
      • Posté à 14h02 le 30/10/2007
      • Internaute 12521

      Un doux billet, avançant une « collaboration active avec l’occupant » (sans en apporter de preuves), et signé « Courageux anonyme » ; cela aurait sans doute fait sourire Guitry.

      « Si ceux qui disent du mal de moi savaient exactement ce que je pense d’eux, ils en diraient bien davantage. »...

    • Anonyme

      Vous etiez donc dans la resistance , à cette epoque , courageux anonyme de 12H42 ?
      Toutes mes felicitations ..

    • Victor Kaplan
      Victor Kaplan
      enseignant
      • Posté à 16h04 le 30/10/2007
      • Expert 4445
        enseignant

      L’éternelle même accusation de collaboration ne repose sur strictement rien puisque le comité d’épuration s’aperçut, après avoir fait emprisonner Guitry, qu’il n’y avait aucune charge contre lui. La faute de Guitry est de n’avoir cessé de faire du théâtre, avec ou sans allemands dans la salle et d’avoir rédigé « de Jeanne d’Arc à philippe Pétain » où d’ailleurs il ne dit rien de Pétain... mais se contente de signaler que peu de générations séparent le moyen-âge de son époque.
      Pendant l’occupation, il eût quand même le mérite d’avoir tiré d’affaire quelques amis en intervenant en leur faveur. Un crime ?
      Alors, s’il vous plaît, 50 ans après sa mort, abandonnons les trop faciles anathèmes.
      Et pusique l’on parle de cinéma, sait-on que le système administratif et juridique du cinéma français a été mis en place sous Pétain, et que personne, jusqu’à nos jours, n’y a rien trouvé de mauvais ? Voilà qui mériterait plus d’attention que de cracher encore sur ce pauvre Guitry !

      • pierrejcallard
        pierrejcallard répond à Victor Kaplan
        http://www.nouvellesociete.org
        • Posté à 03h06 le 31/10/2007
        • Internaute 3366
          http://www.nouvellesociete.org

        Cracher, c’est ce que font les merles qui ne savent pas siffler.

        PJCA

  • Anonyme

    La question que je me pose : quelles sont les réelles motivations de ceux qui, 60 ans après les faits, nous inventent des coupables imaginaires à partir d’articles et de fictions orientés... toujours dans le même sens d’une repentance lucrative... au moins sur le plan politique...

    • Anonyme

      Parce que notre pays est de plus en plus peuplé de bigots de la démagogie. L’eucharistie de la bien pensance !

    • Anonyme

      Par Jean Charles Aschero

      Je confirme en signant :
      Parce que notre pays est de plus en plus peuplé de bigots de la démagogie. L’eucharistie de la bien pensance !

      Guitry, ce génie, a été avec modestie et désintéressement (oui, absolument) un passeur magnifique de la culture française. « Jouant » en permanence (par exemple avec son image), mais se moquant de tout.
      Cynique sans amertume. Désinvolte, mais sacrifiant tout au travail.
      Alors peu importe si des minuscules procureurs du prêt à penser viennent dégoiser aujourd’hui sur cette triste farce jouée à la Libération qui s’est d’ailleurs conclue sur un non lieu !
      Mais Mon Dieu, que de sottise !

      • Anonyme

        Certes, on peut lui préférer Ronsard, qui lui au moins en son temps, oeuvra pour la Nation :
        « Courage mon ami, c’est une sainte guerre
        De mourir pour son Prince, et défendre sa terre,
        De garder sa maison, sa femme et ses enfants,
        Pour un petit peu de sang...
        …Là donc, mourez... »
        Molière a-t-il assez condamné les dragonnades durant lesquels les soldats jouaient aux quilles avec les têtes des protestants après avoir étripé leurs épouses ? « Rien n’est plus doux, disent les Muses, que de vivre à la Cour de Louis, le plus parfait des rois ».
        Beethoven, est il encore écoutable lorsqu’on sait qu’il n’a pu composer que grâce aux largesses d’une jeune femme paralytique qu’il abusa en maintes occasions, comme plus tard Wagner se moquera d’un jeune monarque à l’esprit fragile !
        Et à savoir si Bach, tant dévoué Au Seigneur mais aussi aux seigneurs… N’aurait pas été nazi en naissant plus tard : « Car je n’ai d’autre intention que le désir louable d’augmenter, si peu que ce soit, la gloire d’un monarque dont la force et la grandeur ne sauraient être qu’un objet d’admiration pour tous... ! ».
        Bref : Je ne veux plus rien lire ni écouter qui ne soit précédé d’un certificat de bonne moralité et de mœurs ; voire d’un casier judicaire !
        PS. Vive Guitry dont l’esprit pétillant nous fait oublier la crasse lourdeur des humains.
        J. Ch. Aschero

  • Anonyme

    Comme dirait mon grand père, héros de la libération après avoir fuit deux camps allemands (ça c’est pour les donneurs de lecons…) : en 40 j’ai crié Vive Pétain ! Parce que je ne voulais pas faire la guerre. Et en 42 j’ai pris le maquis parce que je suis alsacien et parce que je ne voulais pas d’Hitler ! Mais jamais je ne jugerais ceux qui sont « restés ». A chacun ses circonstances et son destin, tout cela est compliqué, tu sais !

    Il me l’a dit en ces termes, avec ces mots !

    Alors avant de faire de grandes leçons, très contestables, sur Mr Guitry, méditez ces paroles de mon grand père, encore vivant, qui valent leur pesant d’or !

    Stéphane.

    • Anonyme

      Courage et lucidité !
      lire cela est rassurant

    • Anonyme

      Merci pour cette belle et digne réponse.
      Comme l’a très bien dit Henri Amouroux dans sa monumentale histoire des français sous l’Occupation, la France en 1940 comptait « Quarante millions de pétainiste »
      Pour Guitry qui avait 55 ans en 40, Pétain était toujours le vainqueur de Verdun.
      Qui sait aujoud’hui que dès décembre 40 il écrivit une pièce « Mon auguste grand’père » qui tournait en dérision les lois antisémites de Vichy !
      La pièce fut interdite par la censure allemande... et remplacée à l’affiche par « Vive l’Empereur ».
      Les censeurs devraient se documenter avant de propager éternellement les mêmes ragots. N’oublions pas qu’il y a eu 2 non-lieu... et c’était justice ?

  • Anonyme

    Aristocrate populaire mais collabo.

    J’avais 18 ans pendant l’hiver 1940. On crevait de faim à Paris. Sacha Guitry faisait bombance, sous protection de la police. Je me suis jurée alors de ne plus jamais voir un flm de lui.

    Et j’ai tenu parole.

    On peut lire mon témoignage dans :
    Suzanne Citron, mes Lignes de démarcation, Syllrpse 2003, p.53

    • Anonyme

      Curieux...

      Vu votre ascendance j’ai tendance à douter du zolaisme aigu que vous manifestez

      Et vu vos anciennes fonctions et occupations (oups, désolé), je vous propose de commenter ceci :

      « J’avais 18 ans pendant hiver 2006 et pendant ce temps là BHL faisait bombance sous la protection de la police. Je me suis juré de ne plus jamais lire un livre de lui »

      SR

  • Valdo Lydeker
    Valdo Lydeker
    journaliste, auteur
    • Posté à 23h38 le 30/10/2007
    • Journaliste 7922
      journaliste, auteur

    Sans entrer dans le procès en collaboration, La franchouillardise décomplexée sauvée par mot d’esprit qui fait mouche, les clichés les plus éculés dans une langue brilalnte, la bourgeoisie qui se regarde dans la droite ligne du théâtre de boulevard du XIXème, alors qu’à l’époque Dullin, Pitoeff,Baty, Jouvet inventaient à la suite de Copeau de nouveaux langages du théâtre (sans parler du bouillonnemtn artistique de l’entre deux guerre)... franchement, quand on voit ce qui se passait au niveau artistique avant-guerre, aucun intérêt tout simplement. Antoine de Baecque nous avait habitué à mieux. le comique et l’esprit français bien classique contre l’invention artistique ? Tristement réac.

  • Vraisemblablement
    • Posté à 12h31 le 31/10/2007
    • Internaute 18080

    Ah tiens, on ne veut pas parler de son film « De Jeanne d’Arc à Philippe Pétain » ? ? ?

    Lien
    Lien’Arc_%C3%A0_Philippe_P%C3%A9tain

  • comprendre d abord
    • Posté à 20h26 le 31/10/2007
    • Internaute 20461

    Je suis toujours surpris par le côté péremptoire de certaines réactions...
    Quelques remarques : en 1940, pour l’immense majorité des Français, l’occupant était Allemand avant d’être nazi ( voir à la station du métro parisien Pigalle la plaque qui rappelle le premier attentat contre un officier « allemand “), c’est à dire les héritiers des Allemands de 1914. Guitry, né à Saint-Pétersbourg en 1885, habitué à voir chez son père défiler des personnages venus de divers pays européens, avait acquis une culture que je qualifierais d’ Europe des Congrès ( du Congrès de Vienne -1815- à celui de Berlin - 1878 - )où à chaque fois, les diplomates, au milieu de soirées mondaines, décidaient de rectifications de frontières. Je pense que Guitry a agi de cette manière après 1940, vis à vis des ‘Allemands’, sans du tout mesurer qu’ils n’étaient plus les Allemands , mais des nazis. Face à la déportation des Juifs, il a agi de même, intervenant pour sauver T.Bernard par exemple.
    Et je ferais remarquer à ses virulents détracteurs qu’il n’a jamais dénoncé personne...
    La citation de Paul Eluard par un ‘courageux anonymecomme contre-exemple me semble paradoxale. Eluard a cautionné par son action et sa présence la politique de l’URSS de Staline, et ses millions de morts. Qu’il l’ait fait en toute bonne foi, certes, et on ne sait pas s’il avait vécu plus longtemps quelle aurait été son attitude après 1956, il n’empêche qu’il a contribué au mensonge qui a mythifié Staline et l’Urss d’après - guerre.Dans les goulags, on aurait aimé aussi pouvoir écrire ton nom, liberté’...Si Guitry a eu une attitude imprudente, Eluard aussi.
    Un dernier point. Dans les quelques films de Guitry que j’ai pu voir, j’ai remarqué qu’il était le seul cinéaste à ma connaissance à toujours faire savoir au spectateur qu’il montrait et racontait une histoire - montrant les artistes arrivant au studio, ou utilisant un narrateur -, maintenant une distance ( brechtienne ?) avec le discours cinématographique. Je trouve qu’il y a là un grand respect du spectateur que nous devrions méditer à une époque où le ‘tout-image’ nous empêche d’avoir le recul nécessaire sur les évènements qu’on soumet à nos yeux et pas à notre réflexion. C’est pourquoi j’ai une grande estime pour Sacha Guitry...

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