Sur les hauts salaires, comme sur les retraites, raisonnons sur chiffres
Examinons d’abord les écarts de revenus et de niveaux de vie en France. On divise la population en déciles, c’est-à-dire en tranches regroupant chacune 10% des citoyens ou ménages français, en les classant des plus bas aux plus hauts revenus.
Selon ce classement, en ce qui concerne le salaire et des indemnités de chômage, les 10% de nos concitoyens les moins bien lotis ont reçu moins de 4 687 € en 2007, et les 10% les plus aisés, plus de 34.081 €. Entre le sommet du premier décile et le plancher du dernier, le rapport est de 7,3.
En 2007, le revenu disponible annuel moyen des 26,2 millions de ménages était de 33 100 €. Le revenu disponible moyen pour la catégorie la moins aisée était de 11 820 € et pour les 10% les plus aisés de 46 740. Le ratio entre les deux déciles est beaucoup plus faible : 3,9. Il s’agit d’un revenu familial, et qui, surtout, intègre la redistribution fiscale et l’assistance
Des revenus disponible des ménages, passons aux niveaux de vie, qui sont calculés par individu dans le ménage en divisant le revenu disponible par le nombre d’unités de consommation : 0,5 part pour un enfant majeur de 14 ans, et 0,3 pour un mineur.
Les deux chiffres limites deviennent 7.700€ et 29770€, soit un ratio de 3,18, inférieur donc à celui des revenus disponibles.
Le revenu médian, c’est-à-dire celui au dessus duquel et au dessous duquel se situent les deux moitiés de français, était de 18.170 €. 13,4% avaient un revenu inférieur à 60% de ce revenu médian, soit 906 € par mois, ce qui, selon les normes européennes, les classent comme « pauvres » .
On peut affiner la distribution des revenus disponibles vers le haut en précisant que le plancher de niveau de vie pour les 5% de ménages français les plus aisé avaient un revenu moyen 100.510€.
Une société modérément inégalitaire
Première conclusion : notre société est inégalitaire, comme toutes les sociétés à l’exception des chasseurs cueilleurs primitifs.
Les inégalités de revenus tiennent aux origines sociales, à l’éducation, à la chance, à la créativité et à l’ardeur au travail. Elles sont injustes par certains côtés, justes par d’autres.
Le niveau d’inégalité socialement toléré, qui ne porte pas atteinte à la cohésion sociale, est variable selon les sociétés, plus élevé chez les anglo-saxons que chez nous.
Mais un revenu disponible de 4 871 € par mois (58.460 € sur douze mois) qui représente un peu moins de cinq fois le SMIC net (1 056€) n’est pas excessif.
Des hauts salaires obscènes
Ce qui est obscène, ce sont les salaires des PDG du CAC 40 et de leurs 200 ou 300 subordonnés directs.
Avec une moyenne de 2 millions d’euro annuels bruts (166 600 mensuels) pour le CAC 40, on est à 130 fois le SMIC brut (1 344 €).
Même si le total de ces rémunérations ne représente que 500 à 600 millions d’euro annuels, soit une part très faible de la masse salariale, l’effet symbolique, surtout en période de crise est évidemment désastreux.
La comparaison qu’a faite Nicolas Sarkozy entre Bill Gates ou Steve Jobs, et ces patrons du CAC 40 ,n’est pas recevable. Aucun d’entre eux n’a inventé l’équivalent de Windows ou de l’ipod,. Même pas leurs équipes ! De plus aucun n’a « lancé » l’entreprise qu’il dirige.
Les « grands » patrons français sont sans doute de très bons administrateurs de biens et animateurs de technostructures, de dignes « héritiers » , mais cela ne légitime aucunement de tels niveaux de rémunération. Aucun soi-disant « marché international des dirigeants » ne contraint à les payer à ce prix.
Plus d’impôt, mais ca ne suffira pas !
Seconde conclusion : il y a, au haut du tableau, dans les revenus disponibles (après impôts) un supplément d’assiette fiscale possible. On peut supprimer des niches fiscales. On peut augmenter les taux. D’ailleurs, les baisser sans cesse depuis 2002, et s’entêter à être le président du pouvoir d’achat... pour les plus aisés , est une faute grave.
Mais cette solution a une limite. Imaginons qu’on surtaxe de 20% les ménages d’un revenu moyen de 100 510, puis de 10% les quinze pour cent juste en dessous (revenu moyen 50 000 €), on récolterait 45 milliards d’euro, doublant l’IRPP.
Somme très importante, mais qui ne permettrait pas de résorber la somme des déficits budgétaire annuels (150 milliards d’euro) et de la sécurité sociale, santé (14 milliards) et retraites (10 milliards).
Peut-on alors se tourner vers les sociétés ? L’épargne totale des sociétés financières après impôt sur le revenu était de 130 milliards d’euro en 2008, dont, en gros 100 à 120 milliards pour les grandes entreprises qui parviennent, par l’optimisation fiscale (c’est-à-dire la localisation des profits à l’étranger) à n’acquitter que 13% de l’impôt sur les sociétés.
Si l’on surtaxe les sociétés , ce seront donc les PME qui supporteront la surtaxe, alors qu’elles manquent de fonds propres pour grossir, et créer des emplois.
Conclusion générale : surtaxons les revenus des particuliers aisés, et stigmatisons en les taxant très fortement, les cent ou deux cent revenus obscènes, essayons de récupérer de la masse fiscale dans les grandes sociétés.
Mais, si c’est la solidarité nationale qui doit financer la dépendance des moins aisés et une politique de santé égale pour tous, nous n’échapperons pas à l’allongement de la durée de cotisation pour équilibrer notre système de retraite.
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Auteur-Editeur-Libraire
Auteur-Editeur-Libraire
La question n’est justement pas la rémunération des grands patrons, même s’il est vrai que leur justification est débile. Au mieux, il s’agit d’une question de standing. Pour ne pas perdre la face auprès des stars pour lesquelles il y a une raison quantifiable (celui qui vend un million de disques est mieux payé que celui qui en vend mille).
Mais comme le montre le raisonnement de l’article, en tant que masse salariale, c’est peanuts, mais ça polarise l’attention. Et finalement c’est de ça qu’on parle : piège dans lequel tombe l’article.
En fait ce qui est scandaleux, c’est le « petit » écart de 1 à 7. Pour deux raisons : a) parce que ce n’est pas vrai que le travail de ceux qui gagnent 7 vaut sept fois plus que celui qui gagne 1 (le raisonnement pour les PDG vaut aussi pour eux). b) parce que le fait d’avoir un salaire 7, 6, 5, 4 fois plus important que les plus faible fait monter les prix et rend la vie de ceux qui gagnent moins plus difficile (voir l’immobilier).
En économie, on ne peut pas dire que seul le salaire des pauvres est inflationniste (même s’ils sont plus nombreux - ce qui est d’ailleurs faux quand on raisonne en déciles, ce qui est la bonne manière de raisonner).
Bref, tu t’es fait avoir Matouk !
JB. (un de tes anciens étudiants)




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