On va pas en faire un sondage

Loppsi : l'efficacité de la vidéo surveillance n'est pas prouvée

Sebastian Roché
Directeur de recherche au CNRS
Publié le 18/02/2010 à 17h09

Le gouvernement a fait de la vidéosurveillance une de ses priorités politiques et la promeut encore dans la Loppsi. Le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, défend urbi et orbi qu’elle est terriblement efficace (avec des baisses de 40% supplémentaires dans les villes équipées). Mais sur quoi se fonde-t-il ?


Sur un « vrai-faux » rapport. Les inspections générales de l’administration, de la police et de la gendarmerie on effectué une mission conjointe répondant à la demande de mesurer quantitativement l’effet de la vidéosurveillance sur la délinquance. (Téléchargez le rapport sur l’efficacité de la vidéosurveillance)

Ce rapport, sorti en juillet 2009, est entaché de faiblesses méthodologiques si nombreuses qu’elles interdisent d’attribuer du crédit aux conclusions. Il serait raisonnable de le donner à expertiser à des professionnels indépendant et, le cas échéant, de le retirer publiquement.

En effet, comparer des communes vidéosurveillées et d’autres qui ne le sont pas part d’une bonne intention. Mais la manière de le réaliser n’est pas satisfaisante. Les inspecteurs nous disent que la délinquance baisse plus dans les unités observées qui sont équipées de vidéosurveillance et en concluent que la vidéosurveillance fait diminuer la délinquance.

Ce raisonnement n’est pas sérieux. Il est du même type que celui des industriels qui disent que les personnes qui mangent des fruits et légumes traités avec des pesticides vivent plus longtemps que les autres et en concluent qu’il n’y a pas d’effet cancérigène du traitement chimique des fruits. Explications.

1Les échantillons comparés ne sont pas comparables

En effet, une des règles de base de l’évaluation des impacts consiste à rendre les deux échantillons observés (ceux équipés et ceux qui ne le sont pas) aussi identiques que possibles.

Pour cela, on peut apparier les unités observées, c’est à dire qu’on forme des paires d’unités qui se ressemblent le plus possible sur un certain nombre de critères dont on sait qu’il vont influer sur les variations de ce qu’on veut observer (ici, les niveaux de délinquance).

Or ceci n’a pas été réalisé. Si on n’apparie pas, une seconde règle de base consiste au moins à contrôler les facteurs concurrents.

On fait l’hypothèse que la vidéosurveillance va affecter la délinquance, mais on sait que nombre d’autres facteurs ont un effet sur le volume de délits enregistrés : on les appelle concurrents (renouvellement du parc automobile, augmentation des autres dépenses des communes pour la sécurité, modification de l’éclairage public, protection des biens par les hypermarchés, recours à des sociétés privées par les particuliers, importance de l’accroissement passé de la délinquance qui peut déterminer l’importance de la décrue etc…).

On doit donc s’assurer que les écarts entre villes vidéosurveillées et les autres ne sont pas dus à ces « autres facteurs ». Ceci n’a pas été fait.

2

On ne vidéosurveille pas des villes mais des quartiers

Le fait de comparer les villes « équipées » au reste de la France n’a pas de sens statistique. Les conclusions sont simplement inacceptables. En l’absence de toute preuve, les évolutions de la délinquance enregistrée par la police ne devraient pas être présentées comme liées à l’équipement des communes en caméras.

Pour mesurer une variation de la délinquance, il faut avoir auparavant déterminé les unités spatiales au sein desquelles on va pouvoir observer un certain nombre de variables (ici, des volumes de différents délits). Lorsqu’on dit qu’on vidéosurveille une ville, en fait on couvre certaines parties de certains quartiers (le plus souvent des fragments du centre-ville commerçant et certaines sections de quartiers pauvres).

Les effets bénéfiques dissuasifs éventuels doivent donc s’observer à l’échelle de ces petites unités, des morceaux de quartiers couverts par la vidéo et non pas des quartiers entiers et encore moins des communes entières ou des circonscriptions de police ou de gendarmerie.

À moins de procéder ainsi par micro-découpage, on ne peut absolument pas conclure au fait que la vidéosurveillance est bien à l’origine de la variation de la délinquance à la baisse à l’échelle de la commune.

On ne peut pas comparer les zones vidéosurveillées au « reste de la commune » sans contrôler statistiquement la nature des espaces.

En résumé, l’éventuel effet de la vidéosurveillance sur la délinquance ne peut pas être mesuré au plan des circonscriptions de police ou des communes en zone gendarmerie. Ces unités géographiques sont vastes et elles ne sont pas intégralement couvertes. Aucune étude scientifique n’a procédé comme cela et ne le fera dans le futur.

3

Les indicateurs de délinquance ne sont pas appropriés

Il faut ajouter trois points :

  • Les indicateurs de la délinquance retenus ne convainquent pas. D’une part, les mesures des atteintes aux biens ne sont pas assez spécifiques (comment pourrait-il y avoir un effet sur le nombre des vols qui se situent hors de la voie publique ?). D’autre part, les atteintes volontaires à l’intégrité physique sont essentiellement des coups et blessures. Une grande partie d’entre eux sont liés aux différents familiaux et domestiques qui se déroulent dans les espaces privés qui sont hors de portée des caméras.
  • Les périodes de référence (plus ou moins deux ans autour du moment de l’installation) retenues pour mesurer l’effet de la vidéosurveillance autour d’une date-pivot ne sont pas adaptées : une même commune s’équipe par phases successives, il n’y a donc pas d’avant et d’après une date-pivot donnée à cette échelle géographique.
  • Les indicateurs de densité d’équipement ne sont pas pertinents (nombre de caméras pour 1 000 habitants), car les caméras surveillent des espaces et non pas des personnes. Il faudrait rapporter les superficies couvertes aux superficies des communes ou circonscriptions de police.

4

D’autres études conduites correctement existent

Si les inspections avaient consulté la littérature internationale mobilisée par d’autres ministères de l’Intérieur, elles auraient pu voir comment les pays qui ont adopté des approches rigoureuses pour mesurer les effets des dispositifs techniques procèdent.

Et elles se seraient peut-être demandé pourquoi leurs résultats étaient si différents (puisque les vraies évaluations conduites dans d’autres États n’enregistrent pas de bénéfice sur les évolutions de la délinquance dans la rue) et révisé leur propre méthode.

  • 15187 visites
  • 57 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • buddy
    buddy
    Ingénieur
    • Posté à 02h59 le 19/02/2010
    • Internaute 62172
      Ingénieur

    1 - Article extrèment mal rédigé, dans un sabir quasi incompréhensible.
    Je rappelle que « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement »
    2-Pour résumer, en étant d’accord avec l’auteur, je crois savoir que l’angleterre qui a « sur-camératisé » ses rues a un bilan déplorable
    3-Si on m’assassine dans la rue, qu’est-ce que j’en aurais à foutre qu’on filme mon assassinat, voire que l’on retrouve mes assassins. cela ne me ressucitera pas. Je préconise plutôt la prévention ce qui me sauverait la vie ! ! ! .

  • Renard15
    Renard15
    Militaire
    • Posté à 07h00 le 19/02/2010
    • Internaute 71790
      Militaire

    Ce rapport va dans le sens de la politique du gouvernement. Normal, c’est lui qui le demande. Je vois mal ces deux directions aller à l’encontre d’un objectif du-dit gouvernement...
    La vidéo surveillance est annoncée efficace au moment où les foces de police sont réduites. Cela dit en passant je sais que ça plaît à bon nombre de riverains. Et au moment où il y a une montée en puissance de polices municipales, financées elles, par les finances publiques locales et non par l’état.
    Bref, ne cherchez pas d’objectivité dans un tel rapport, il n’y en a pas. La VS est une pilulle à faire passer et il faut qu’elle passe. De toutes façons les délinquants ne sont pas idiots et s’adapteront. Ils se déplaceront.
    Par contre, en effet, qu’il y ait des caméras dans les endroits où de l’argent est manipulé est une bonne chose. Cela dit cela n’empêche pas les « collets marseillais » ou autre alors que les gens savent qu’ils sont filmés...

    Et en plus on fait dire ce qu’on veut aux chiffres...

  • Nimch
    Nimch
    écololibriste
    • Posté à 09h42 le 19/02/2010
    • Internaute 84917
      écololibriste

    Loppsi : l’efficacité de la vidéo surveillance n’est pas prouvée

    Comme si l’efficacité était un critère de la politique de notre gouv...

  • ColvertLE
    ColvertLE
    Retraité
    • Posté à 11h12 le 19/02/2010
    • Internaute 84712
      Retraité

    Pratiquement 3 sites informent sérieusement les citoyens sur cette loi que Les UMP ont fait passer en catimini :
    L’Huma- Marianne- et Rue89.

    En Résumé Lois-Décrets- « Poudre aux yeux » venant de pompiers pyromanes .Posons nous surtout la question : À qui profite ce « crime ». ?
    Cette criminalisation à outrance a de nombreux buts inavoués : faire naître la peur et l’amplifier pour serrer les mailles du filet totalitaire (Revoir le bon article historique Incendie du Reichstag sur Wikipédia)
    Voir l’analyse sur Spartakoïd :
    Lien

  • Kilwaxoni
    Kilwaxoni
    NYC DIESEL YUM YUM
    • Posté à 11h31 le 19/02/2010
    • Internaute 92406
      NYC DIESEL YUM YUM

    La surveillance vidéo est tout simplement ridicule, on ne règle pas les problèmes de la sorte !

    En France il y a des gens perdus, qui n’ont pas de repères, hormis de faire de la tune par tout les moyens, je pense notamment au jeunes de cité.

    On ne peu donc pas les empêcher de commettre des actions malveillantes en vue de gagner de l’argent, même avec la pire des répressions.

    Si par miracle les caméras marchaient et effectivement sécuriseraient une zone, les « délinquants » devraient se rabattre sur un autre business qui la plupart du temps serait encore pire que le précédent.

    Je pense que non seulement les caméras ne marchent pas pour faire réduire la délinquance, et que si jamais elles s’avéraient être efficaces le résultat serait encore pire.

    En bref faudrait mieux investir dans l’éducation, faire des programmes moins chiants, moins lourds, qui encourageraient moins les élèves (Pauvres ou non) a lâcher les cours.

    Et la, la délinquance baisserait significativement. Mais est-ce que le gouvernement le veut réellement ?

  • Jeni
    Jeni
    retraité
    • Posté à 12h42 le 19/02/2010
    • Internaute 105558
      retraité

    Sûrement que les analyses qui conçiste à dire que la vidéo surveillance a fait baisser la délinquance restent sujette à caution.Elle est un des maillons de la chaîne de mesures pour lutter contre l’insécurité . Je dirai malgré tout que cette formule a déja prouvé son efficacité , et que son expansion à l’avenir se généralisera . Certain diront que c’est une atteinte à la liberté individuelle , comme cette image d’un blake sur un magazine prise son insu ( voir dans les rubriques du jour ) ça c’est de la caricature !

  • Docteur Panel
    Docteur Panel
    Sondologue
    • Posté à 13h16 le 19/02/2010
    • Internaute 43290
      Sondologue

    Grand merci de cette mise au point.
    Confondre corrélation et causalité dans les études est un moyen très très répandu de servir la mauvaise foi des commanditaires !

  • Go to the page
  • 1
  • 2
Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.