En pleine culture

Chaque semaine, une chronique sur l'économie de la culture par Françoise Benhamou, professeur d'économie à Paris-13.

L'introuvable « business model » de la presse quotidienne sur le Web

Françoise Benhamou
Professeur d'économie à Paris-XIII
Publié le 03/03/2010 à 16h14

La gratuité ? On l’a essayée et on l’a aimée. Comme on y prenait goût, on s’est imaginé qu’elle pourrait se généraliser, la manne publicitaire couvrant le manque à gagner occasionné. D’un côté, mon quotidien gratuit à domicile sur Internet. D’un autre côté, un business model tout cuit aux termes duquel le trafic généré par la gratuité attire l’annonceur publicitaire. Au final, un journal enrichi, des archives en pagaille, un condensé d’histoire contemporaine à portée de clic.

Mais le monde enchanté de la presse gratuite a pris l’eau. Le magnat australien Rupert Murdoch l’a dit clairement : le gratuit, c’est fini. Ça ne marche pas. Il faut dire que son groupe Newscorp vient d’annoncer une perte de 3,4 milliards de dollars.

Au bonheur du digital-chaland

Cela dit, le payant peut revêtir plusieurs formes. Bien entendu, la première et la plus simple, c’est l’abonnement. La une demeure gratuite afin d’attirer celui qu’on va désormais appeler le « digital-chaland ». Mais ma conviction est que l’abonnement à un journal sous forme numérique doit évoluer pour ressembler à un abonnement à des bouquets, à des regroupements de plusieurs journaux, un peu à la manière de ce qui se passe dans le monde de la télévision.

D’autres formes de paiement sont possibles, telles celles qui renvoient aux pratiques de « versioning » : on dispose de la gratuité pour une version inondée de publicité et limitée, et on paye plus cher pour des versions plus complètes, moins polluées par les messages publicitaires, plus lisibles. On peut aussi faire payer, avec des tarifications modulables, la consultation des archives.

Pour le Financial Times, les lecteurs ont droit à un certain nombre d’articles gratuits par mois, et au-delà ils payent une somme fixe pour un accès illimité. Des contenus « premium » sont enfin ajoutés à certaines rubriques et constituent un plus qui justifie que l’on mette la main au portefeuille.

Le Wall Street Journal, un exemple qui n’en est pas un

Pour Murdoch, l’expérience du Wall Street Journal montre qu’il est possible de faire payer les contenus sur Internet : un million d’abonnements au WSJ.com auraient été souscrits pour 100 dollars par an.

Mais le problème, c’est que le Wall Street, ce n’est ni le JDD, ni le Parisien. Il bénéficie d’une clientèle captive prête à payer pour une information qui est aussi la matière première de son activité. Murdoch envisage pourtant d’étendre cette stratégie aux autres titres de son groupe : The Sun, The Times et le New York Post.

Le pari est osé : lorsque le roi de la presse quotidienne, le New York Times, était redevenu payant sur le Net, entre 2005 et 2007, il avait manqué sa cible [seuls 230 000 abonnés avaient souscrit à son offre payante]. Il vient pourtant de confirmer son intention de retourner au modèle payant sur le Net début 2011.

La question est de savoir si depuis deux ans les usages du numérique, les besoins des lecteurs de la presse, les modèles économiques conduisent cette stratégie, alors inopérante, à devenir pertinente.

Un consentement à payer dérisoire

Le Boston Consulting Group a mené l’enquête auprès de 5 000 personnes dans neuf pays. Il s’agissait d’évaluer le consentement à payer pour recevoir des informations sur son portable ou sur son mobile. 3 euros en moyenne, telle fut la réponse des 54% de Français qui se disent prêts à payer quelque chose. Surtout s’il s’agit d’information locale, de scoops, d’investigation ou de contenus ciblés. Les autres ne veulent rien payer. Aux Etats-Unis ou en Australie, la réponse a été encore plus faible : 2 euros seulement.

Et tandis que ces chiffres déprimants laissent dubitatif quant au prochain modèle économique de la presse, les readers, tablettes et e-books proposent eux aussi des abonnements et des achats à l’unité à des journaux en espérant un effet de levier pour le livre numérique.

On le voit, chacun fait comme il peut à la recherche de l’introuvable modèle supposé gagnant.

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  • Gastlag
    Gastlag
    flâneur | identi.ca/gastlag
    • Posté à 16h38 le 03/03/2010
    • Internaute 8274
      flâneur | identi.ca/gastlag

    Je n’ai pas trop compris le passage sur l’enquête du Boston Consulting Group. 3€ c’est par jour, par article ? par journal (quotidien, hebdomadaire mensuel ? ...) ?

    par ailleurs c’est étonnant qu’il ne soit pas fait référence au modèle de Rue89 : les activités annexes.

    Où à un modèle qu’on voit émerger de plus en plus : le don

    Paul Jorion a 2 000€ par mois
    Framasoft a récolté 6 600€
    La quadrature du Net 73 000€
    Wikipédia : plusieurs millions (même s’il y a de gros donateurs)
    Rue89 : on voit régulièrement des riverains qui achètent leurs plaques (biens que ça ne semble pas être un grand succès).

  • jyeden
    jyeden
    khmer vert ( age des caverne, (...)
    • Posté à 16h54 le 03/03/2010
    • Internaute 20631
      khmer vert ( age des caverne, (...)

    d’abord je suis surpris que les australiens ou les américains soient prets à payer un abonnement 2 euros,
    a moins que ce ne soit 3 dollards
    ce qui n’est pas la meme chose (puisqu’ils ne sont pas payer en euros)
    a ce niveau là, convertir n’est pas tres heureux

    pour le reste l’equation est simple
    perso je veux bien payer pour de l’info, mais comme je surfe d’un journal à l’autre je ne vais pas payer quelques euros pour chaque journal en ligne
    payer à l’article c’est enuyeux (un terme plus fort me venait)
    sans compter je n’ai pas envie de balancer ma carte de credit sur une dizaine de site
    ni par la suite avoir du contentieux de payement ou de resiliation
    un site qui centraliserait le tout serait bien (on paye une certaine somme et on peut aller sur tout les sites payants)
    moi je vous donne l’idée vous en faites ce que vous voulez : -)))

    ce qui serait bien aussi c’est d’y intégrer les regionaux
    le provincial que je suis veux des infos sur sa ville (travaux, projet, et meme faits divers)

  • Bad Time For Human Kind
    Bad Time For Human Kind
    Chieur Public
    • Posté à 17h29 le 03/03/2010
    • Internaute 53377
      Chieur Public

    Le problème, c’est peut être l’état de la presse online qui reprend les travers de sa grande sœur écrite.

    Quel intérêt de payer pour un agrégateur de news ? ? ?

    Quand nos courageux journalistes pondront des articles plus fouillés, moins formalistes et qui sentent (un peu) le vécu ; les choses changeront...

    La plupart des journaux (online ou non) ne créent pas de valeur ajoutée au traitement de l’information !

    • David Servenay
      • Posté à 22h36 le 03/03/2010
      • Internaute 8946
        Ex-Rue89

      Concrètement, si on prend votre site préféré, que seriez-vous prêt à payer comme contenu sur Rue89 ?

      • Wildleech
        Wildleech répond à David Servenay
        révolutionnaire en devenir
        • Posté à 02h46 le 04/03/2010
        • Internaute 81842
          révolutionnaire en devenir

        Je vois clairement deux problèmes.
        Mon site « préféré » a tendance à changer d’une semaine ou d’un mois à l’autre. De plus, ce n’est pas toujours mon site préféré que je soutiens mais plutôt celui qui a ponctuellement besoin d’un coup de pouce.
        Payer l’information sur le Net c’est soutenir les exclusivités, les « droits d’auteurs » et autres freins à la circulation de l’information. Or, ne pas pouvoir suivre ou créer un lien intéressant parce que l’accès est restreint a tendance à me contrarier.

         
        • David Servenay
          David Servenay répond à Wildleech
          Ex-Rue89
          • Posté à 07h46 le 04/03/2010
          • Internaute 8946
            Ex-Rue89

          D’accord, mais alors comment fait-on pour rémunérer le travail des journalistes ? Surtout si vous voulez de l’enquête, qui nécessite du temps et donc de l’argent ?

          • Wildleech
            Wildleech répond à David Servenay
            révolutionnaire en devenir
            • Posté à 13h56 le 04/03/2010
            • Internaute 81842
              révolutionnaire en devenir

            Si j’avais la réponse à cette question, je serais patron de presse.
            Ma seule, utopique, piste est que je crois que l’information est tout autant un droit qu’un devoir citoyen.

        2 autres commentaires
      • Bad Time For Human Kind
        Bad Time For Human Kind répond à David Servenay
        Chieur Public
        • Posté à 11h57 le 04/03/2010
        • Internaute 53377
          Chieur Public

        Désolé de ne pas vous avoir répondu avant, j’ai une vie bien chargée.

        Personnellement je serait prêt a payer pour des articles de qualité, voir carrément des dossiers quitte a réagir moins « a chaud » sur l’actualité.

        La qualité des articles sur la rue est assez inégale et je reste bien souvent sur ma faim après en avoir lu certains. Je trouve aussi des perles qui mériterait d’être rémunéré. Tout le coté des faux-buzzs ou les articles sur les « petites » choses de la vie m’emmerde parfois profondément... mais bon les gouts et les couleurs...

        Ce que je trouverais pas mal, ce serait de pouvoir payer l’article par un systême équivalent aux boules rouges mais en euros (1-5€ l’article), tout en laissant l’article en libre accès. Et au passage de supprimer les fameuses boules rouges et les têtes de gondole, trop scolaire a mon gout !

        Payer un abonnement mensuel me dérange, pour un site comme rue89. Vous êtes financé aussi par la pub, et je considère que l’information a de grande chance d’être biaisé ou lissé pour attirer les annonceurs. Pas facile d’avoir le cul entre deux chaises, mais je comprends que le financement par la pub est plus facile a géré.

        En terme de budget je serais prêt a mettre 10 € / mois pour une info de qualité INDEPENDANTE. Cela correspond a ce que je mettais en budget presse, quand la presse papier m’intéressait et qu’il y avait un peu de liberté de parole dans certains journaux.

        Peut être est ce utopiste ?

      • Gastlag
        Gastlag répond à David Servenay
        flâneur | identi.ca/gastlag
        • Posté à 14h59 le 06/03/2010
        • Internaute 8274
          flâneur | identi.ca/gastlag

        Bonjour,

        je vais essayer de répondre à votre question en prenant mon cas.

        Personnellement j’ai déjà donné pas mal de sous à Rue89 :
        J’ai acheté un t-shirt et une tasse (30 ou 40€, je sais plus trop)
        j’ai acheté plusieurs fois une plaque
        j’ai acheté une brique pour 100€, brique qui incite uniquement à aller acheter une plaque pour soutenir l’indépendance de Rue89, mon blaze n’est même pas mentionné.

        pourquoi je donne cet argent ?
        Parce que j’ai envie que Rue89 continue à produire des articles de fond, parce que j’accorde une grande importance à l’indépendance de Rue89 (l’idéal étant une relation unique et jalouse entre lecteurs et journalistes), parce que j’ai confiance en Rue89 et parce que Rue89 a un excellent système de commentaires.

        Après votre question était plus précisément :
        « que seriez-vous prêt à payer comme contenu sur Rue89 ? »

        et là ma réponse est : rien.

        Car je n’accepterai pas qu’il y ai des contenus différents pour les gens selon qu’ils aient payé ou pas. Le web permet une chose magnifique c’est la diffusion sans barrières de l’information. Recréer des barrières ça serait comme remettre en place un système censitaire alors qu’on a goûté au suffrage universel.

        Par conter je trouve votre système des plaques intéressant. Mais il semble que ça soit un flop (peut être que je me trompe, mais je n’en voit pas beaucoup). Je pense que c’est dû à plusieurs raisons :
        - seule une infime partie de l’argent qu’on paye vous reviens.
        - il faudrait renouveler trop fréquemment l’achat pour qu’on sente que notre geste a été utile.
        - on s’en fout d’avoir une plaque ou pas.

        Mais je pense qu’on peut trouver d’autres solutions :
        je fais parti des publiphobes et votre pub je m’en acquitte déjà grâce à des petits programmes très sympa comme celui-ci :
        Lien

        Je me dit que si vous faisiez en sorte que lorsqu’on paye une certaine somme (je suis prêt à payer 100€ par an, mais cette somme pourrait être variable selon le choix du riverain), en utilisant notre compte riverain pour être identifié, ensuite toutes les pubs de votre site (notamment vos insupportables « services » que je n’arrive pas à censurer) seraient automatiquement enlevées, ça serait une bonne solution. Le site lemonde.fr le fait déjà.

        voici les raisons pour lesquels je pense que ça pourrait marcher :
        - on paye une seule fois une grosse somme et ensuite on n’a plus à y penser.
        - on a vraiment un intérêt à vous donner de l’argent (ne plus voir de pub, augmenter votre indépendance, vous permettre d’avoir une entrée d’argent stable dans le temps)
        - vu la somme on sent que ça pourrait vous être utile

        Bon je sais que vous êtes en train de mettre une plate forme de payement généralisée pour les blog etc.
        Mais je pense que payer pour en échange ne pas avoir de pub pourrait être une solution supplémentaire intéressante.

        Sur ce, j’ai hâte de voir les évolutions de Rue89 ! En espérant que son contenu s’enrichisse encore plus et que son indépendance vis à vis d’entreprises ou d’intérêt extérieurs soit maintenue et renforcée.

  • Enikao
    Enikao
    []
    • Posté à 18h10 le 03/03/2010
    • Internaute 87061
      []

    A lire également, le regard que portent nos camarades d’outre-Atlantique sur les expériences européennes visant à faire payer l’accès à l’information : Lien

  • vol19
    • Posté à 20h13 le 03/03/2010
    • Internaute 13492

    Au delà de l’information au sens de Wiener, qu’un lecteur, consommateur est prêt ou pas à acheter... ce qui se questionne c’est la « valeur » par rapport à la subjectivité, l’éducation, le désir, les motivations d’un sujet... consommateur en rapport à ce que l’ensemble des sites proposent...
    Il me semble que la contextualisation de l’information, l’investigation, les valeurs supposées du site et de son réseau comptent également, les liens d’affinités éventuels, la capacité (çà ne fonctionne pas toujours très bien dans les forums malheureusement) d’échanger, travailler sur un problème, s’exprimer pour relayer...
    Bref, les motivations de participer à un site s’inscrivent dans une dynamique complexe et relative aussi à ce qui est proposé ailleurs.
    Il me semble que les sites dans leurs ensemble reproduisent trop le modèle de la presse papier sur un concept de « vente d’information » sans vraiment réfléchir au fond du problème... ce que vient chercher le lecteur sur un site donné ?

  • Adéménagé le 3 janvier 2011
    • Posté à 21h54 le 03/03/2010
    • Internaute 29846
      menuisier

    « La gratuité ? On l’a essayée et on l’a aimée. Comme on y prenait goût, on s’est imaginé qu’elle pourrait se généraliser, la manne publicitaire couvrant le manque à gagner occasionné »

    « Gratuité = Manque à gagner occasionné »

    Tout est dit :

    Vous n’avez rien compris.

  • Moggio
    Moggio
    Internaute
    • Posté à 22h06 le 03/03/2010
    • Internaute 94030
      Internaute

    À la fin de votre billet, pourquoi qualifiez-vous « ces chiffres » de « déprimants » ?

  • smurf
    smurf
    Toulousain
    • Posté à 22h54 le 03/03/2010
    • Internaute 51105
      Toulousain

    D’accord avec jyeden.
    J’achète souvent des journaux ou magazines papiers mais pas tous les jours (pour les quotidiens), ni toutes les semaines (pour les hebdomadaires), ni tous les mois (pour les mensuels).

    C’est la raison pour laquelle je n’ai aucun abonnement.

    Et, il en est de même sur le net. Je ne crois pas trop au modèle de mediapart ou d’Arrêt sur image. Je pense qu’un certain nombre d’articles m’intéresseraient. Il m’est même arrivé d’être frustré de ne pas pouvoir les lire. Mais je ne me suis pas abonné pour autant.

    Pourquoi pas un abonnement à un « bouquet » de journaux sur internet ?

  • Lauvergnate
    Lauvergnate
    Gardienne du bon goût
    • Posté à 00h39 le 04/03/2010
    • Internaute 99381
      Gardienne du bon goût

    je suis étonnée par cette chronique d’une mort annoncée ^^
    j’ai la naïveté de penser que le business model de la presse en ligne se gère comme n’importe quel business en ligne (hors vente de produits matériel).
    et donc à part le WSJ aucun ne semble survivre ?
    c’est vraiment étrange..
    j’ai envie de penser que tout n’a pas été fait et qu’il faut renouveler le genre.
    merci pour cet article.

  • tvargentine-
    • Posté à 12h48 le 04/03/2010
    • Internaute 17486

    Soyons réaliste,dans la vie,rien n’est gratuit et « le modèle du gratuit » consiste surtout à utiliser (exploiter ?) des personnes ou de la main d’oeuvre pour écrire gratuitement des articles qui sont indexés sur les clics publicitaires (génération de trafics en gain d’argent pour le propriétaire du site web et bien souvent ces articles sont provocateurs pour faire du buzz et donc du trafic et donc de l’argent)

    Ce modèle n’apporte aucune valeur ajouté dans le contenu de l’information,car les « journalistes-citoyens » ne sont pas des journalistes et ne disposent pas de l’expérience professionnelle et de la formation du journaliste.

    PAYER pour avoir de l’information ?

    NON,car nous sommes déjà noyé d’information que cela soit par de la presse papier gratuite ou des chaines de la TNT d’information,voir du satellite

    Pourquoi vouloir payer pour avoir la même source d’information ?

    Remarquez,en France,la solution aura été de subventionner avec de l’argent public ,des entreprises privées qui se définissent comme de la presse.

    Ce n’est pas une solution,car l’Etat n’a pas à financer les entreprises de presse web par de l’argent public.

    Il peut exister un autre modèle par contre qui associe l’information locale ,le téléchargement gratuit de musique (de tout genre) ou de livres,d’auteurs débutants qui soient se faire connaitre ou encore des reportages d’informations sur le local ou la région

    Mais ce type de modèle ne rentre pas dans le fameux « business model » qui consiste surtout à indexer des pages web sur de la pub
    pour engranger des revenus

    Lien

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 21h27 le 04/03/2010
    • Internaute 45067
      Littéral

    La corrélation entre le web et la gratuité n’est pas évidente.
    Et s’il en était d’une incroyable méprise ?

    En France, très tôt, dès 1996, les sociétés de télévision ont identifiés les technologies de l’information comme leur pire ennemi.

    Pour la première fois dans l’histoire, des échanges d’informations brutes avaient lieu massivement sans aucune structuration hiérarchique ni goulot de sélection.

    Le cout de diffusion de l’information est devenu dérisoire.

    La presse écrite commençait tout juste d’entrer dans la crise qui la frappe encore plus durement aujourd’hui.

    Les causes du déclin de la presse écrite sont multiples et aucune ne l’emporte sur les autres :

    Malaise dans la culture.
    Sur-information, intensification des stratégies de communication des sources traditionnelles qui diminue l’importance des contenus au profit de l’évènement, provocation spectaculaire comme moyen habituel d’expressions des acteurs sociaux, l’acculturation des élites, déculturation d’une frange importante de la population, diminution constante des personnes lettrées.

    Concentration dans des groupes multimédias et restructurations.
    La presse écrite a perdu son indépendance dans les années 80-90. Des couts très élevés joint à une chute sensible du lectorat régulier, surtout une diminution drastiques des ventes de petites annonces ont entrainé les journaux à rechercher de nouvelles sources de recettes, essentiellement dans la publicité.

    De là, date l’effroyable déclin de la qualité des contenus. Comment assumer l’indépendance de la rédaction quand les investisseurs qui ont capitalisé la presse sont aussi les principaux clients des annonceurs  ?

    Comment échapper aux réorganisations imposées par les contrôleurs de gestion qui signifient baisse drastique des moyens rédactionnels  ?

    En fait, personne n’ose le dire, la presse est «  morte  ».

    Karl Marx dès 1850 avait défini les conditions sine qua non d’une presse véritablement intéressante par la richesse de ses contenus et la certitude de son indépendance  :

    On doit pouvoir vivre de la presse, on ne fait pas des organes de presse pour s’enrichir.

    On est bien loin du compte  !

    Le journal papier gratuit
    L’arrivée du journal papier gratuit a eu pou conséquence la dilution dramatique des recettes de publicité. C’est très exactement ce dont Marx avait prévenu, la presse n’a pas de consistance si elle a pour but d’avoir un ROI rapide et élevé. (ROI = retour sur investissement).

    Internet  ?
    La qualité de l’audience d’un site sur internet est très difficile à mesurer. On peut constater, qu’en France les principaux journaux sont quasiment devenus des portails d’accès à l’information. Néanmoins ce succès ne rapporte pas assez pour compenser la diminution de recette dû à la baisse inexorable de la vente des exemplaires papier.

    Pourtant le diagnostic est facile à faire. Les journalistes même les plus qualifiés, même les plus experts ne peuvent pas produire au jour le jour des contenus d’une qualité telle qu’elle les distinguerait de la masse gigantesque d’information qui circulent sans arrêt sur le web.

    Car le modèle économique ne dépend pas d’un plan d’affaire très astucieux, il dépend seulement de l’offre de contenus.

    S’il y a des contenus originaux, il y aura fidélisation et qualité d’audience.

    Or, pour amorcer la production de contenus riches, il faut du temps et des moyens.

    On ne voit pas pour le moment que se soit créé un mouvement afin de se doter d’une nouvelle presse numérique. La société civile est aphone et n’entend rien.

    • vol19
      vol19 répond à egide
      • Posté à 11h54 le 05/03/2010
      • Internaute 13492

      « Car le modèle économique ne dépend pas d’un plan d’affaire très astucieux, il dépend seulement de l’offre de contenus.

      S’il y a des contenus originaux, il y aura fidélisation et qualité d’audience. »

      Certainement, mais il me semble qu’il y a aussi une question de style et démarche d’animation (y compris des commentaires)

      • egide
        egide répond à vol19
        Littéral
        • Posté à 18h50 le 05/03/2010
        • Internaute 45067
          Littéral

        J’abonde à votre point point de vue.

        En effet nous sommes aux prémisses de nouvelles formes d’écritures qu’impliquent les technologies numériques.

        Non seulement dans les formes mais aussi très probablement dans la syntaxe même.

        Quand à l’animation, elle consiste à user de différentes modalités de modération. Ces modalités dépendent déjà d’une taxonomie des commentaires.

        On en est au stade empirique et nul doute que des théories sont en cours d’élaboration à ce propos.

        En ce qui concerne le modèle de valorisation, on peut penser que les flux de commentaires auront une part importante dans la cote d’une publication numérique.

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