L'ardoise

Le carnet de bord de Zacharia Dosseur, jeune prof de ZEP.

Ingrid prof de ZEP (IV) : « La banlieue n'est pas ce qu'elle est ! »

Zacharia Dosseur
Enseignant en ZEP
Publié le 14/11/2007 à 17h35

Lors de nos rendez-vous (moi, le coordonnateur de lettres, et elle, la néotitulaire de l’équipe) au Café de la gare, Ingrid se demande pourquoi nos élèves ne sont pas représentés dans les médias.

Elle souffle, entre deux cafés, sur les caricatures des documentaires de rentrée sur l’école, n’attrapant que les moments durs ou comparant l’incomparable, des copies d’élèves de langue non-francophone, à celles de petits français des années 50, faisant fi de l’espace, du temps, de l’origine et des nouveaux écarts sociaux. « La banlieue n’est pas ce qu’elle est ! “, dit-elle même sans prendre garde, dépitée.

Après la première réunion parents-profs, Ingrid se demande pourquoi les médias ne focalisent pas plus sur l’extraordinaire mission accomplie par le collège ZEP, qui permet à des adolescents si défavorisés de ne pas sombrer, et même, pour certains, de parvenir à s’en sortir en apprenant une langue qui n’est pas parlée à la maison, rééquilibrant un peu les immenses inégalités et leur violence qui, ici, sautent aux yeux sans relâche.

Ce matin, j’ai un dossier à lui remettre. Je m’avance contre la porte E803. Pas un bruit à l’intérieur. Je frappe. J’entre. Ses élèves de 3e sont disposés en cinq groupes de cinq. Ils murmurent, autour d’un texte épais et différent dans chaque groupe. Ingrid, dans sa fraîcheur pédagogique, m’explique après le déjeuner :

‘Comme je ne savais pas laquelle de ces cinq nouvelles leur donner à lire, j’ai organisé un comité de lecture : ils lisent chaque texte en groupes, répondent ensemble à des questions, le notent après avoir argumenté entre eux et quand les cinq groupes auront lu les cinq, je ramasserai leurs fiches de lecture avec la note donnée à chaque nouvelle et je leur ferai étudier celle qu’ils préfèrent.’

Face au travail en groupe (même si personne ne travaille seul), de nombreux profs baissent les bras. Impressionnante, Ingrid remplit elle sa mission de service public avec les doutes, la grâce et la sincérité des profs que les élèves n’oublieront pas.

Ensuite nous parlons salaire. Madame Pfff, la prof de maths, nous a rejoints pour le café, en colère. Mardi prochain, Ingrid va faire sa première grève.

  • 8212 visites
  • 20 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • Anonyme

    Hommage aux profs de LEP qui font un travail formidable
    avec de moins en moins de moyens.
    Espérons qu’ils seront nombreux à être en grève le 20 !

    • Anonyme

      Y’aurait comme une contradiction interne dans tes propos révolutionnaires : tu veux q’eux aussi fassent grèves en laissant les jeunes à la dérive ?

      • nelmezzodelcamin
        nelmezzodelcamin
        di nostra vita
        • Posté à 20h30 le 14/11/2007
        • Internaute 3956
          di nostra vita

        un élève de ZEP coûte beaucoup, beaucoup moins cher qu’un élève de centre ville et de famille favorisée au budget de l’éducation nationale.
        Pourquoi ?
        - d’abord parce qu’en ZEP il y a beaucoup de jeunes profs, et moins d’agrégés qu’ailleurs, donc la masse salariale est inférieure, même si les élèves sont un peu moins nombreux par classe.
        - d’autre part parce que (hélas) très peu de ces élèves vont aller dans les fameuses filières d’excellence du style prépa qui elles coutent très très cher (4% des élèves sont en prépa et cela pour 20 % du budget... ) combien de gosses d’immigrés là-dedans ? ? ?

         
        • le-vilain-petit-canard
          • Posté à 09h21 le 15/11/2007
          • Internaute 19295

          Je vous trouve bien courageuse et opiniâtre d’essayer d’échanger des idées avec des CA qui manifestement ont des injures plein la bouche et des préjugés plein la tête
          ils sont là pour se défouler en déversant la haine et la bêtise de leurs pauvres slogans.
          Cette volonté d’être pédagogue à tout prix
          me laisse plein d’admiration et prouve que vous avez la volonté d’enseigner chevillée au corps même dans les cas désespérés ; (j’ ai failli dire désespérant !)

        1 autres commentaires
  • Anonyme

    Cinq ans en ZEP ou comment transformer un petit prof gaucho minable en militant FN fier de son pays et de son héritage !

  • Anonyme

    S’occuper des ZEP ? On aura bientôt des drones pour ça !

  • Anonyme

    Je me souviens des doutes d’Ingrid au moment de la rentrée, quand elle s’inquiétait de son manque d’autorité. Je n’ai qu’un mot à dire : chapeau !
    Je suis sincèrement admiratif de la façon dont Ingrid réussit, semble-t-il, à créer une discipline de groupe. Comment fait-elle, mais comment fait-elle ? L’exemple de la nouvelle, dont vous parlez, me donne un élément de réponse : Ingrid gère sa classe de manière démocratique. Sans se laisser déborder par ses élèves, mais en leur laissant le choix du travail à faire. Elle apprend à ses élèves à se responsabiliser. Ils l’ont compris, puisqu’ils travaillent.
    Il n’y a pas de secret : ces jeunes élèves qui, « normalement », « logiquement », devraient, paraît-il, être tous irrécupérables, ne peuvent que foutre le bordel dans leur salle de classe et mener leur professeure au bord de la dépression nerveuse. Pourquoi n’est-ce pas le cas ici ? Parce qu’Ingrid les respecte ; elle leur accorde de l’autonomie tout en les encadrant. C’est de cela qu’un jeune a besoin.
    Malheureusement, ça n’intéresse pas les media. La banlieue, c’est plus vendeur quand il y a de la castagne.
    Et pourtant, ce témoignage pourrait être récupéré politiquement, comme une illustration de la réussite éclatante de Sarkozy. Sauf que... Sauf que ce dernier prétend que ces jeunes sont irrécupérables.
    Bravo, Ingrid ! Continuez ! Je vous félicite d’autant plus lucidement que, dans la même situation que vous, je n’ai pas su faire ce que vous faites. Vous êtes une bonne prof. Et grâce à vous, certains de ces jeunes ne finiront pas en taule !
    Je vous salue bien bas,

    Thomas GREDAT

  • Anonyme

    j’espere juste que certains commentaires sont juste de l’humour (pas terrible) et non pas le fond de la pensee d’internautes.

    • Anonyme

      Je crois que les commentaires en question reflètent la pensée de leurs auteurs, avec une façon de s’exprimer qui, dans ce qui leur sert d’esprit, s’apparente à quelque chose comme l’humour.
      Le fait de s’approprier mes initiales relevant plutôt de la blague de potaches. Bon, c’est du niveau de ce que j’ai connu chez certains élèves de troisième, en ZEP. On sourit, en se forçant un peu.
      Ca n’empêche pas que le travail d’Ingrid est formidable et porteur d’espoir. N’en déplaise aux déterministes qui veulent que les « racailles » n’aient aucun désir de s’en sortir. C’est le regard des autres qui crée les déclassés.

      Thomas GREDAT

  • le-vilain-petit-canard
    • Posté à 08h00 le 15/11/2007
    • Internaute 19295

    Petit détail sur le fonds de votre article
    concernant l’ école des années 50 :
    Je ne peux parler que de ce que j’ ai connu mais je peux vous assurer que dans le Nord (59) il y avait déja un sacré mélange d’ élèves dont les parents ne parlaient pas ou trés mal le français, Espagnols,Italiens ,Polonais et Algériens que l’ on allait chercher au fin fond du bled (entre 600.000 et 800.000 par an dans les années 60) pour bosser dans « nos » usines et sur « nos » chantiers ;

    et à la sortie de 4 ans d’occupation allemande nos actuels petits adeptes du Kärcher auraient plutôt fait profil bas ...

    • Anonyme répond à le-vilain-petit-canard

      Dieu merci, cette sinistre démagogie n’a plus cours en France aujourd’hui ! Continuez votre prêchi-prêcha entre vous en vase clos. Ca ne dérangera pas l’immense majorité des Français qui continueront à aller de l’avant.

  • Anonyme

    Moi aussi enseignant en Zep, je tiens à apporter quelques informations à la lecture de cet article :

    a) je rappelle que l’attribution Zep (aujourd’hui Rep) est attribuée (ou non) après demande du chef d’établissement sur critères socio-économiques ou comportementaux.

    b) j’ai enseigné déjà dans deux collèges : l’un dans une ville sinistrée par le chômage, en Haute-Normandie et l’autre en Savoie. Il n’y a aucune comparaison possible entre les 2 établissements que ce soit au niveau socio-économique des familles que comportemental ou scolaire. Vraiment aucune.

    Tout cela pour dire qu’il me semble difficile de rentrer dans une salle, pendant une heure de cours dans un établissement et dire « les zep, c’est pas ce qu’on pense ». Je précise toutefois que je suis bien content d’avoir les moyens mis en place dans les Zep car en Normandie par exemple, les cours se passaient bien, mais je n’ose pas imaginer avec 10 élèves de + par classe...

    Dans une sacrée zep, j’ai eu des élèves qui s’en tireront, c’est sûr, mais c’est l’arbre qui cache la forêt, alors arrêtons de dire que tout va mal dans les banlieues mais arrêtez aussi de dire que tout y est plus rose qu’on ne le pense. Cela, on peut le penser en entrant une fois dans une salle de classe, déjà moins si l’on reste sur la durée, qu’on rencontre les familles, qu’on découvre les situations...

    • Anonyme

      Je n’ai pas le sentiment que l’article de Zacharia Dosseur dépeigne une vision « rose » de la banlieue. Je crois qu’il connaît suffisamment le problème pour se garder d’une telle naïveté. A mon avis, il essaie plutôt de dédramatiser la situation, et de montrer qu’il y a des raisons d’espérer. Et surtout, il tente de battre en brèche les clichés sur les banlieues, galvaudés par des gens dont c’est l’intérêt, et repris par des crédules dont c’est la naïveté.

      Thomas GREDAT

      • Anonyme

        Mon cher Thomas,
        Comment pouvez-vous faire preuve d’un optimisme aussi irraisonné alors que vous même reconnaissez un cinglant échec personnel en ZEP ? Nous avons tous en mémoire Depardieu dans « Le plus beau métier du monde » mais il nous faut admettre que c’est du cinéma et qu’une fois la lumière rallumée il nous faut revenir aux réalités.
        Thérèse G.

    • Zacharia Dosseur
      Zacharia Dosseur
      Enseignant en ZEP
      • Posté à 18h13 le 15/11/2007
      • Expert 38
        Enseignant en ZEP

      Quelques précisions. Il ne s’agit pas de dire que tout va bien, mais de montrer justement que compte tenu des situations des élèves et de leurs familles, le travail qui est fait en ZEP (où j’enseigne depuis 7 ans) n’est pas un échec généralisé s’opérant dans le malaise et le danger. D’aucuns s’en sortent beaucoup moins bien qu’Ingrid et on ne peut les blâmer, mais Ingrid est intéressante parce qu’elle essaie, ne baisse pas les bras, réfléchit, rectifie, s’exprime, s’intéresse réellement à son travail, c’est pourquoi j’ai eu envie de la suivre dans la durée, avec ses hauts et ses bas. Faire son portrait sur l’année, par épisodes. Si l’école était ici aussi mauvaise qu’on le dit, elle ne devrait pas pouvoir faire face au désespoir social que vous constatez.

  • Anonyme

    bonjour a tous,

    Je viens apporter mon temoignage sur les ZEP (ou plutot sur un etablissement en particulier puisque tous ne se ressemblent pas)

    le fin mot de ce temoignage est « respect ».
    J’ai enseigné deux années en LEP, dans une matière technique (j’ai eu de la « chance » c’etait la matière principale de mes eleves).

    J’ai débarqué dans ce lycée avec rien comme bagage me permettant d’enseigner a part mes connaissances dans le domaine que j’allai professer.

    « contractuel », voila ce que j’etais : un jeune de 24 ans ayant bossé environ 4 ans dans l’industrie et tenté de decouvrir si une vocation m’habitait.

    Le premier cours a été tres drole : ces jeunes, pas tellement plus jeunes que moi, face a un p’tit mec qui sort d’on ne sait ou.
    J’avoue franchement avoir eu la peur au ventre en entrant pour la premiere fois dans cette classe, habité par des images de fiction, hanté finalement par des préjugés.

    et puis j’ai compris.
    Ils n’etaient pas differents de moi, je venais du meme milieu qu’eux, seul le nom de la cité etait différent.
    Je comprenais tous leur « plans a deux balles », leurs excuses « craries ».
    Et surtout, ils ont vu qu’il y avait deux mondes possibles : pendant les cours, l’emploi du vouvoiement etait imperatif. pendant les pauses, nous echangions comme des gens travaillant dans la même boite, se tutoyant et tappant le carton aussi souvent que possible.

    certains de mes collegues ne voyaient pas cela d’un tres bon oeil : « tu vas te faire manger » m’ont-ils repeté pendant deux ans.
    j’en suis sorti vivant, personne ne m’a mangé, je n’ai jamais perdu le controle, tout etait clair entre eux et moi.
    Etrangement, ces mêmes collègues faisaient face à des débordement et donnaient l’impression de maitres-chien plutôt que de maitres d’ecole.
    et que je te tutoie, et que je te lache la bonne petite remarque humiliante et que je laisse passer l’insulte que je n’ai pas comprise et que je laisse surtout comprendre a ces petits monstres que j’en ai rien à carrer de leur parcours, ce soir je rentrerai chez moi comme tous les soirs et ils seront à des années lumières de mon esprit quand viendra l’heure de la retraite.

    manque de respect de la part du corps enseignant ? oui, parfois, il faut le reconnaitre.

    Pas par volonté de nuire, peut etre plus simplement par méconnaissance de ce qu’on a imposé à certain : vous faites des études et rien ne vous prépare vraiment à affronter ce qui est une réalité.
    La réalité ?
    Et bien c’est simple, le monde d’aujourd’hui a un peu changé, les enfants connaissent le mot « respect », ils connaissent aussi le mot « égalité », pourquoi seraient-ils privés de l’un ou de l’autre ?
    pourquoi, de la part de mes collègues de l’époque, il y a eu si peu de partage ?
    Le partage de connaissance était bien la, mais le reste ?
    Nous ne sommes pas des robots, eux non plus. Ils sont demandeurs et curieux, ils veulent apprendre et connaitre, pas seulement la matière mais aussi la personne qui leur délivre l’enseignement, le monde qui les entoure.

    Nous avons souvent eu des discussions sur des thèmes parfois interdits par le « règlement », toujours en fin de cours : la religion, le sexe, la rue, la famille, la vie active ...

    nous avons échangé des connaissances, nous avons échangé du respect, parfois même des menaces et aussi des excuses.

    Mais j’ai donc arreté au bout de deux ans, degouté par la note d’un inspecteur de l’education nationale ...
    motif de ma « mauvaise note » (14/20) ? « vous faites une très grave erreur, vous leur tournez le dos pour écrire au tableau, preferez les cours polycopiés ! »
    et moi qui croyais bêtement que pour eux, comme pour moi, il était préférable de manier le français tous les jours, que l’interconnexion entre les matière devait être faite naturellement. Je n’ai même pas pu faire valoir que j’avais établi une relation de confiance, que nos règles étaient claires et acceptée d’eux et de moi.
    Pas de place pour les états d’ame dans l’administration, j’ai été con, j’aurais du « faire semblant » pour une journée, je le regrette aujourd’hui.

    Aujourd’hui, je croise encore quelques uns de mes anciens élèves, on échange les souvenirs, un peu comme si on avait été élèves dans la même classe.

    Pour terminer avec ce témoignage, je dirai ceci : tout n’est pas noir en ZEP. Tout n’est pas rose non plus.

    2 ou 3 ans apres avoir changé de métier, j’ai lu un entrefilet dans un journal qui m’a profondément touché.

    Il s’appelait Mehmet, un jeune d’origine kurde, plutot athlétique (ses potes le surnommaient « l’incroyable kurde », rapport au bonhomme vert tres musclé). En classe, il etait limite fainéant, péférant attendre la solution plutôt que de montrer qu’il savait faire. Il était loin d’être le meilleur élève à cause de ce relachement.
    Mais il savait faire.
    Par la suite, il a fait un bac pro et est devenu électricien.
    et puis un soir, en rentrant du boulot, il a pris la défense d’un « petit » en bas de chez lui qui se faisait chahuter par un mec d’une autre cité.

    une lame a été mise au clair, Mehmet est mort ce soir la en bas de chez lui dans une mare de son propre sang.

    toutes mes pensées l’accompagnent depuis.

    bien à vous tous

    • Anonyme

      Bonjour à vous,
      Je vous remercie pour votre témoignage, qui m’a beaucoup touché. Concernant l’histoire que vous racontez à la fin, je ne sais que dire, sinon qu’il est parfois difficile d’échapper à la violence. Et que le savoir est justement l’antithèse de la violence. La violence brute, primaire, aveugle, qui anéantit sans distinction. « La démence est une maladie, et non un forfait. L’ignorance n’est pas le crime des ignorants » (Victor Hugo).
      Je crois que vous avez prononcé le mot important : « respect ». Celui dont Ingrid fait preuve avec ses élèves, celui que vous avez vous-même témoigné aux vôtres. Et celui, je dois l’admettre, dont je n’ai pas su faire preuve envers les miens, parce que j’avais peur d’eux, ce qui est la cause principale de mon échec dans l’enseignement secondaire. En dehors du fait que ce n’était peut-être pas ma voie.
      Respecter les élèves ne veut pas dire qu’on doit tout leur permettre. Au contraire : cela implique la capacité de leur poser des limites, comme on le ferait pour ses propres enfants. Dire « non » à son enfant ne veut pas dire qu’on ne l’aime pas. Au contraire, c’est parce qu’on l’aime et qu’on veut l’aider à grandir qu’on doit savoir lui dire « non ». Pour les élèves, c’est pareil. Et inconsciemment, c’est ce qu’ils attendent des adultes : qu’ils se comportent en adultes.
      Qu’est-ce qui les encourage dans la violence ? Le mépris des uns, la lâcheté des autres, l’impuissance des troisièmes.
      Proposer la compréhension systématique, la bonne conscience angéliste, c’est s’attirer leur mépris. Ils veulent qu’on les comprenne, mais pas seulement, mais pas comme ça.
      Leur proposer, pour toute réponse, de les nettoyer au Kärcher, c’est s’attirer leur haine. Ce n’est pas le discours de l’ordre, c’est le langage de la vendetta. Et la violence appelle la violence.
      Ne rien proposer, c’est le vide, angoissant. Leur réponse à l’angoisse ? La violence.
      Je ne suis pas pour le tutoiement du prof par les élèves, mais peut-être suis-je un peu vieux jeu. Ceci dit, je crois que vous avez compris beaucoup de choses. Je dois admettre que je vous jalouse un peu.
      Respect. Non, les enseignants ne savent pas toujours en faire preuve. Non par volonté d’humilier mais, comme vous l’avez dit, par un manque de connaissance suffisante de leur public. Piégés, aussi, qu’ils sont par la lourdeur de la structure de l’Education nationale. Je dois dire que j’ai mieux appris à respecter mes élèves dans le cadre de mes cours particuliers. Depuis que je suis sorti de l’EN !
      J’espère que vous continuerez à enseigner d’une manière ou d’une autre, car notre jeunesse a besoin de gens comme vous.
      Confraternellement,

      Thomas GREDAT

  • farchouette
    • Posté à 21h42 le 16/11/2007
    • Internaute 19543

    Ouaih, ni tout blanc ni tout rose, mais bon sang que c’est dur !
    Je garde de mes 3 ans en ZEP sensible, de très bons suouvenirs mais aussi la certitude que je ne pourrais jamais enseigner à nouveau dans ce type d’établissement. Pas d’actes de violence à décrire à mon encontre, non, mais un stress permanent, la lassitude de tenir à bout de bras des gosses épatants certes, mais qui n’arrivaient pas à atteindre le niveau correspondant à leur classe d’âge (je ne les juge pas, beaucoup ne mangeaient pas à leur faim, rentraient dans des appart surpeuplés ou vides et personne ne s’occupait de vérifier qu’il faisaient ou non leur devoirs, il aurait fallu qu’il soient parfaits donc complètement inhumains pour tirer leur épingle du jeu tout seul). Comment expliquer par exemple que des gosses arrivant dans ce collège avec 13/20 de moyenne dans leur bulletin (ancien établissement) se retrouvent à 16/20 dans nos classes ? Parce qu’on se retrouve obligé de récompenser ceux qui jouent le jeu de l’école, on les surnote mais qu’on n’a pas les moyens de leur apprendre ce qu’ils auraient appris dans une classe « normale ». Alors, non ces gamins ne sont pas monstrueux, mais ils ne travaillent pas dans les mêmes conditions que leurs pairs et quand ils se retrouvent mélangés aux autres (cette ZEP était suffisament petite pour que nos élèves se retrouvent dans le même lycée que tous les autres gosses de la ville), quel choc à l’arrivée et quelle déconvenue ! Enfin, je dit « on », mais voilà ce que moi j’ai vécu. Je suppose qu’il est plus facile de valoriser des gamins en difficulté en lettres, mais en tant que prof de maths, je ne peux pas donner le choix aux gamins entre Pythagore et Thalès ! ce sera les 2 et le cosinus en prime ! celà avec des gamins qui viennent sans stylo en classe, qui ne savent pas manipuler les 4 opérations (pas TOUS bien sur, mais suffisamment pour ralentir toute la marche du cours), qui dorment moins de 5 heures par nuit et qui n’ont pas de petit déj dans le bide. Alors parfois, on explose, on craque, et des mots fusent qui ne seraient jamais dits dans un autre contexte. Et là on manque de respect à une classe ? ! Mais les profs sont humains non ?
    P.S. : le travail de groupe ouaih, ça marche bien même dans ma matière, je ne régis pas à l’article mais à certaines déclarations à l’emporte-pièces

    • Anonyme répond à farchouette

      @ Farchouette,
       » je ne régis pas à l’article mais à certaines déclarations à l’emporte-pièces »

      j’espere que ce n’est pas mon temoignage qui vous a poussé a réagir ainsi.

      mon but n’était pas de juger à l’emporte-pièce tous les enseignants, mais bien d’apporter un témoignage sur ce que j’ai vu et vécu en cours en tant que prof. Donc sur la réaction de professeurs en particuliers (mes collegues de l’époque) face a un public dont il ne connait pour ainsi dire rien pour n’en aborder le vécu que sur des suppositions et le flot de desinformation diffusé dans trop de médias.

      si mon texte vous a provoqué ne serait-ce qu’un début d’indignation, je vous présente mes excuses.

  • Anonyme

    bonjour,
    pour une fois un débat intéressant, ni trop noir ni trop rose.
    jre vous renvoie à un texte que j’ai écrit sur le site de Philippe Meirieu, sur le regard qu’on porte sur nos élèves et le pparfois gros effort à faire pour rentrer en contact :

    Lien

    profitez en pur faire un tour sur le site.

    Je vous donne aussi deux de mes phrases pédagogiques préférées, de Fernand Deligny :

    « Si tu joues au policier, ils joueront aux bandits.
    Si tu joues au bon Dieu, ils joueront aux diables.
    Si tu joues au geôlier, ils joueront aux prisonniers.
    Si tu es toi-même, ils seront bien embêtés. »

    et

    « capables de tout ?
    A toi le “tout”. »

    Chantal Remillieux

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.