Chez Corinne Lepage

Corinne Lepage : ancienne ministre de l'Environnement, je suis aujourd'hui avocate, présidente de Cap21 et présidente du CRII-GEN et députée au Parlement européen.

Aéroports fermés : qui veut la peau du principe de précaution ?

Corinne Lepage
Présidente de Cap21
Publié le 21/04/2010 à 13h01


Un tableau d’affichage indique les vols supprimés à l’aéroport de Glasgow, le 20 avril (Russel Cheyne/Reuters)

C’est devenu une véritable habitude. Désormais, lorsqu’il faut trouver un bouc émissaire à une décision gouvernementale qui gêne, qui déplaît, qui coûte cher, c’est la faute au principe de précaution.

Cette ritournelle prend appui sur une définition complètement fausse du principe de précaution, et est instrumentalisée par tous les lobbys qui ne cessent de vouloir la mort du principe de précaution. Au passage, on observera que les entreprises allemandes vivent avec le « vorsorgeprinzip » depuis 1970, et cela ne les empêche guère d’être les premiers exportateurs mondiaux.

Principe précaution Vs principe de prévention

Tout d’abord, les médias comme les politiques entretiennent une confusion entre le principe de précaution et le principe de prévention, et cette confusion est savamment orchestrée.

Le principe de prévention vise à prévenir les risques dont on connaît les conséquences mais dont on ignore la probabilité.

Le principe de précaution concerne les risques non avérés, essentiellement dans le domaine technologique, dont on ignore s’ils existent et quelle serait leur réalité.

Le nuage venu d’Islande risque de causer des dommages parfaitement inventoriés à des moteurs d’avion, et par là même de provoquer des catastrophes aériennes. Interdire aux avions de voler relève donc à l’évidence du principe de prévention, et non du principe de précaution.

De la même manière, l’interdiction faite à des personnes de vivre dans des zones dangereuses car menacées par des submersions relève de la prudence et de la prévention et en aucune manière de la précaution.

En effet, chacun sait ce qu’est une inondation ou une crue massive. L’incertitude ne porte pas sur leurs conséquences mais sur leur ampleur, et les prévenir relève bien de la prévention et non de la précaution.

Tuer le principe de précaution

Dès lors, cette logorrhée de précaution cache en réalité un tout autre objectif : décrédibiliser dans l’opinion publique le principe de précaution.

Ce principe gêne en effet considérablement de nombreux lobbys dans la mesure où, s’il était appliqué, il les contraindrait à engager des sommes importantes dans la recherche des conséquences négatives que leurs produits ou services pourraient, avoir avec le risque supplémentaire que cette recherche aboutisse à mettre en exergue de véritables dangers qui rendraient impossible la commercialisation du produit.

Il faut donc à tout prix tuer ce principe auquel l’opinion publique adhérait massivement à la suite des multiples crises sanitaires liées précisément à l’absence d’application du principe de précaution.

Les premières tentatives datent en France de la charte de l’environnement et il suffit de relire les cris d’orfraie du Medef pour comprendre combien le sujet était sensible pour les entreprises du CAC 40. Elles ont échoué.

Les deuxièmes tentatives, notamment illustrées par Claude Allègre, ont cherché à ramener à l’obscurantisme ce principe, pour des raisons prétendument scientifiques, alléguant que son respect nous ramènerait dans des cavernes et qu’il était opposé à la science.

C’est évidemment tout le contraire puisque le principe de précaution conduit à approfondir les recherches que précisément les amis de M. Allègre n’ont pas envie de conduire pour les raisons exprimées ci-dessus.

Nous sommes donc à la troisième tentative, celle qui consiste à instrumentaliser des choix politiques contestés pour essayer d’illustrer les « erreurs », voire les errances auxquelles conduirait le principe de précaution. C’est une parfaite mauvaise foi, mais nous savons depuis longtemps que tous les moyens sont bons... pour certains.

Arrangeant bouc émissaire

On ajoutera une donnée supplémentaire plus profonde. L’affaire du nuage islandais nous ramène à une condition humaine d’une extrême fragilité au regard de la force de la nature. Nous sommes contrariés à la fois matériellement dans notre activité économique quotidienne, mais aussi métaphysiquement, puisque l’homme trouve plus fort que lui.

Notre société contemporaine ne peut pas le supporter et ne peut pas supporter d’être gênée dans son activité. Il lui faut donc trouver un bouc émissaire, un responsable. Comme il paraîtrait absurde de mettre en cause le volcan lui-même, ce qui serait quelque part reconnaître cette infériorité, il faut alors mettre en cause les mesures de prudence élémentaires qu’impose la situation.

Et d’une pierre deux coups : essayer une bonne fois pour toutes de tordre le cou de cet « infâme principe de précaution » qui, par-dessus le marché, couplé à la responsabilité, pourrait conduire les grands lobbys à supporter les conséquences des technologies qu’ils ont choisies, indépendamment des conséquences négatives qu’elles pourraient avoir.

Ce serait tellement mieux si on pouvait continuer à ne pas se préoccuper de ces « broutilles » et n’être responsable de rien, puisque l’état des connaissances ne permettait pas de savoir ni d’imaginer qu’il puisse y avoir des conséquences négatives à ses choix, situation d’autant plus facile à installer qu’il n’existerait aucune obligation de faire préalablement quelques recherches que ce soit pour savoir si des risques sont à envisager.

Chacun sait bien qu’on ne risque pas de trouver ce qu’on n’a pas cherché !

Des lors, climato-sceptiques, écolo-sceptiques, humano-sceptiques de tous les pays, unissons-nous et achevons cette torpille dirigée contre nous qui s’appelle le principe de précaution.

Formulée ainsi, la remise en cause du principe de précaution apparaîtrait-elle à nos concitoyens aussi présentable et souhaitable ? On peut en douter.

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  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 13h08 le 21/04/2010
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    Au nom du principe de précaution appliqué de façon imbécile, aucun d’entre nous ne saurions même nager.

    - En effet, il est toujours possible de se noyer !

    • quentin.g
      quentin.g répond à Yvon le Zébulon
      Chef touriste
      • Posté à 13h09 le 21/04/2010
      • Internaute 50602
        Chef touriste

      Un peu de mauvaise foi, ça ne fait jamais de mal, hein ?

      • Yvon le Zébulon
        Yvon le Zébulon répond à quentin.g
        L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
        • Posté à 13h17 le 21/04/2010
        • Internaute 65781
          L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

        Si Adam et Eve avaient respecté à la lettre le principe de précaution imposé par Dieu lui même, vous ne seriez pas là à me parler de mauvaise foi.

        Peut-être aussi croirions nous que le saucisson est un fruit...

        - Si de grands navigateurs n’avaient pris le risque de partir
        - Si des aventuriers n’avaient décidé d’explorer l’inconnu
        - Si certains n’avaient pas étudié les requins ou les lions
        - Si des téméraires n’avaient pas été visiter les tribus cannibales

        Bref... le bon principe de précaution consiste à rester chez soi...
        et encore ! ! !
        Quand on pense que 89 % des gens meurent dans leur plumard.

         
        • quentin.g
          quentin.g répond à Yvon le Zébulon
          Chef touriste
          • Posté à 13h44 le 21/04/2010
          • Internaute 50602
            Chef touriste

          Les motivations sont ici économiques, et ceux qui décident de faire voler les avions maintenant engagent la vie des autres, pas (ou pas seulement) la leur. Là est le vrai problème.

          • Yvon le Zébulon
            Yvon le Zébulon répond à quentin.g
            L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
            • Posté à 13h56 le 21/04/2010
            • Internaute 65781
              L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

            Vous annoncez une évidence.

            Une autre évidence est que je ne crois pas à Adam et Eve, ni à Dieu lui même...et pas davantage au Père Noël.

            Pour la perte de fric des compagnies aériennes :

            Vous repasserez.
            Ils (au Gouvernement) sont déjà en train de tirer des plans pour vous faire payer les pertes dues à leur inconséquences et renflouer les caisses des compagnies aériennes...pas les victimes privées.

            - Vous paierez donc via vos impôts, que vous ayiez ou non les moyens d’aller en vacances aux Maldives, aux USA...ou ailleurs.

            • quentin.g
              quentin.g répond à Yvon le Zébulon
              Chef touriste
              • Posté à 14h10 le 21/04/2010
              • Internaute 50602
                Chef touriste

              Pour les évidences, vous ne vous en sortez pas trop mal non plus !
              Le mécanisme de compensation est bien connu.
              Mon propos avait plus trait au fait que vous mentionnez uniquement des exemples de décision individuelle (partir explorer le monde, etc.) ou de situations ou les risques sont connus (apprendre à nager). Or je soulignais que nous ne sommes dans aucun de ces deux cas, justement.

              • Yvon le Zébulon
                Yvon le Zébulon répond à quentin.g
                L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
                • Posté à 16h27 le 21/04/2010
                • Internaute 65781
                  L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

                Oh, vous savez...en vérité...

                J’ai dit « apprendre à nager » comme j’aurais dit « allumer le gaz » pour se faire chauffer un bol de chocolat ou « allumer le barbeuk ».

                - Il y a du péril partout, même en glissant dans la salle de bain.

                Mais pour être plus sérieux,
                Je pense que la décision de faire cesser les vols a été davantage perçu dans le sens de ne pas casser (ou trop user) de belles bécanes très chères (les avions) qui supporteraient une dixaine de vols sans dommages immédiats, mais dont il aurait fallu changer prématurément de nombreux éléments abrasés par les sables (pare-brise et hublots, ailettes de rotors, capteurs divers).

                * Le danger le plus réel pour la navigation étant en fait l’éventuelle obstruction (ça par contre, c’est vraisemblable) des dits capteurs essentiels aux informations de vol et de navigation.

                Pour la perte de fric en terme de Km/passagers, les Etats compenseront....mais ils ne le feraient pas pour un pare-brise neuf.

        • Xhi_
          Xhi_ répond à Yvon le Zébulon
          Gre-citoyen
          • Posté à 13h54 le 21/04/2010
          • Internaute 50292
            Gre-citoyen

          Faire croire que le principe de précaution n’implique aucune prise de risque relève du mensonge.

          Je ne m’exprimerais pas sur le cas d’Adam et Eve, qui est plus du domaine du roman que l’exemple concret.

          Tous vos autres exemples ont un point commun : ils portent sur un échantillon réduit de population. Le principe de précaution est là, comme expliqué par Mame Lepage, pour éviter que tout le monde ne monte dans le bateau du navigateur, sans savoir ce que cela comporte comme risque à le faire. Et bien sur, à aider le navigateur à préparer son expédition, pour comprendre ce qui se passe dans l’inconnu.

          • Yvon le Zébulon
            Yvon le Zébulon répond à Xhi_
            L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
            • Posté à 13h59 le 21/04/2010
            • Internaute 65781
              L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

            « Tous vos autres exemples ont un point commun : ils portent sur un échantillon réduit de population.

            En effet, vous avez raison. Le nombre est un paramètre important.

            Mais qu’en est-il du gaspillage vaccinal de cette fameuse grippe A ?

            • Xhi_
              Xhi_ répond à Yvon le Zébulon
              Gre-citoyen
              • Posté à 14h06 le 21/04/2010
              • Internaute 50292
                Gre-citoyen

              Nous savons très bien aujourd’hui que l’achat des vaccins contre la grippe A relevait du principe de prévention, et non de précaution (c’est une notion que je découvre avec cet article, pour être tout à fait franc).

              Et que le volume d’achat a été très largement surévalué, sans logique aucune, après une campagne d’affolement dans les médias.

              La connivence politique / industrie pharma ne font qu’ajouter des doutes quant à la logique de prise de décision.

              • Yvon le Zébulon
                Yvon le Zébulon répond à Xhi_
                L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
                • Posté à 14h09 le 21/04/2010
                • Internaute 65781
                  L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

                Les maladies nosocomiales tuent en France autant de gens que les accidents de la route.
                - Quel est le seul principe de précaution adopté pour celà ?

                * Faire signer une décharge au malade, afin de mettre juridiquement sous protection (justement) les cliniques et les praticiens.

                C’est à peu près tout !

                • Xhi_
                  Xhi_ répond à Yvon le Zébulon
                  Gre-citoyen
                  • Posté à 14h17 le 21/04/2010
                  • Internaute 50292
                    Gre-citoyen

                  Vous mélangez un peu tout là, non ?

                  Le problème de l’hôpital n’est-il pas les tentatives de rentabilisation au détriment du service de soin, et des conditions de soins ?

                  Amalgamer maladies nosocomiales et principe de précaution, c’est plus de la désinformation ou de la trituration de cerveaux orientée.

                • sebisghosts
                  sebisghosts répond à Yvon le Zébulon
                  Zombie
                  • Posté à 15h26 le 21/04/2010
                  • Internaute 110454
                    Zombie

                  Vous fustigez le bilan des maladies nosocomiales, contre lesquelles le personnel soignant ne ferait rien sauf se décharger de leur responsabilité.
                  Le nombre de victimes (réel) dues à ces maladies ne doit pas faire oublier toutes les mesures de prévention (et non de précaution) qui sont effectivement appliquées et qui portent leurs fruits.
                  Sans ces mesures, le nombre de victimes serait plus élevé (de la même façon que le nombre de victimes de la route ne doit pas faire oublier tout le réel travail de prévention effectué par de nombreux acteurs).

                  Le « problème » de la prévention, c’est que ça ne se voit pas. Il y aura toujours des grincheux pour se plaindre de la moitié vide du gobelet.

                  • Yvon le Zébulon
                    Yvon le Zébulon répond à sebisghosts
                    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
                    • Posté à 16h35 le 21/04/2010
                    • Internaute 65781
                      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

                    « Il y aura toujours des grincheux pour se plaindre de la moitié vide du gobelet ».

                    - Il n’y a en effet aucune raison de se plaindre de la partie « remplie » du gobelet. Par contre, il est normal de se demander où est passé le complément, surtout si on a payé pour un gobelet plein.

                    Aucun besoin d’être grincheux pour cela, mais quand on cherche à me flouer, allez savoir pourquoi...
                    ...la manoeuvre me saute aux yeux !

        12 autres commentaires
  • quentin.g
    quentin.g
    Chef touriste
    • Posté à 13h08 le 21/04/2010
    • Internaute 50602
      Chef touriste

    Ah ! La loi du marché contre la loi de la Nature ! Ou comment vivre dans un fantasme purement urbain. L’Homme n’aime pas être remis à sa place, c’est sûr.
    Merci pour cet article.

  • elebeau
    elebeau
    enseignant
    • Posté à 13h18 le 21/04/2010
    • Expert 72516
      enseignant

    réponse à la question posée :
    Tous ceux qui préfèrent voir des morts plutôt que de perdre un centime !

  • expat
    • Posté à 13h18 le 21/04/2010
    • Internaute 25627

    Il y a toujours beaucoup de gens pour trouver que parce que dans le passe on utilisait pas de casque a velo, et que la plupart d’entre nous ont survecu porter un casque est inutile.
    Meme chose pour les ceintures de securite en voiture, la fumee de cigarette (passive), etc....
    A quoi sert d’apprendre et d’aquerir de l’experience (quelque chose qui a pourtant de la valeur dans notre societe) si c’est pour l’ignorer ?

  • Laurent.D
    Laurent.D
    Informaticien - Presta
    • Posté à 13h26 le 21/04/2010
    • Internaute 42721
      Informaticien - Presta

    Est-ce que cette question fait autant parler dans les autres pays européen, ou bien c’est juste chez nous ? ?

    • TienTien
      TienTien répond à Laurent.D
      impavide devant les ruines de (...)
      • Posté à 14h11 le 21/04/2010
      • Internaute 86881
        impavide devant les ruines de (...)

      Non, car le débat est déjà bien plus vif au Royaume Uni.

  • Alexad
    • Posté à 13h39 le 21/04/2010
    • Internaute 8145

    Tuer le principe de précaution dédié à la collectivité, permet d’ouvrir une voie supplémentaire au profit de certaines compagnies en passant par l’individualité, et ce, en incitant fortement chacun à contracter toujours plus d’assurances ! ! ...« Assurez-vous braves gens contre la grippe, contre le vol, contre les vols, contre les piqûres de moustiques, contre la mauvaise humeur de vos voisins, contre les rumeurs, contre le travail perdu, contre la maladie, contre la vieillesse (bientôt la dépendance), contre les coups de soleil, etc..... »

    Malakoff-Médéric : dirigeant un des frères Sarko
    Générali : bientôt Bolloré

    Entendu dans une pub qui prétend rembourser l’intégralité des verres de lunettes « Maaf, l’assurance santé ».. On ne parle plus de « complémentaire santé » ? Antichambre de la mort pour la séc.soc. ?

    • Oodini
      Oodini répond à Alexad
      • Posté à 00h00 le 25/04/2010
      • Internaute 30418

      > Entendu dans une pub qui prétend rembourser
      > l’intégralité des verres de lunettes « Maaf,
      > l’assurance santé ».. On ne parle plus de
      > « complémentaire santé » ? Antichambre de
      > la mort pour la séc.soc. ?

      Non, car les assurances santé telles que la MAAF remboursent des prestations qui ne sont pas du tout remboursées par la sécurité sociale. Dans ce cas là, c’est plus qu’une « complémentaire »...

      • Alexad
        Alexad répond à Oodini
        • Posté à 00h10 le 25/04/2010
        • Internaute 8145

        Les mots ont un sens et ne sont pas innocents.
        Parler « d’assurance » santé et non de complémentaire santé c’est poser la première pierre pour que les gens alléchés par l’annonce acceptent le remplacement un jour prochain ! ! ....

         
        • Oodini
          Oodini répond à Alexad
          • Posté à 00h38 le 25/04/2010
          • Internaute 30418

          Vous avez lu ma réponse, ou pas ? ?

          Sinon, petit rappel : CPAM signifie « Caisse Primaire d’_Assurance_ maladie ». Eh oui...

        1 autres commentaires
  • stefandevries
    stefandevries
    Journaliste
    • Posté à 13h43 le 21/04/2010
    • Journaliste 112654
      Journaliste

    Le principe de précaution est justifiable avec un simple calcul. Une vie humaine vaut à peu près 3 millions d’euros (selon le calcul des compagnies d’assurances). Disons qu’un avion de ligne contient en moyenne 150 passagers. Donc en cas d’un crash, et si tout le monde meurt, le déficit économique est 450 million d’euros plus le prix d’achat d’un nouvel appareil.

    Selon l’IATA les pertes suite au nuage volcanique sont à peu près 250 million d’euros par jour. Donc si les mesures de cette semaine, démesurées certes, ont prévenu le crash d’un seul avion par jour (une économie non négligeable de 450 million d’euros), la fermeture de l’espace aérien a déjà été rentable.

    • Xhi_
      Xhi_ répond à stefandevries
      Gre-citoyen
      • Posté à 14h18 le 21/04/2010
      • Internaute 50292
        Gre-citoyen

      Wow : voilà que le principe cher aux libéraux fait surface. Tout pouvoir quantifier en argent.

      Du coup, si l’avion décolle d’Afrique, l’estimation globale du « déficit économique humain » (mega sic) est moindre que s’il part des EUA ? Quid de la rentabilité ?

      Flippant.

      • stefandevries
        stefandevries répond à Xhi_
        Journaliste
        • Posté à 14h46 le 21/04/2010
        • Journaliste 112654
          Journaliste

        Je donne ce calcul, puisque l’on ne parle que des conséquences économiques suite à la fermeture des cieux européens. Toutes les compagnies d’assurance, ainsi que les gouvernements, utilisent le montant de 3 million d’euros par vie pour faire des calculs liés à la ’sécurité’. Cela peut paraître lugubre ou pire, libéral, mais c’est la réalité quotidienne.

         
        • Xhi_
          Xhi_ répond à stefandevries
          Gre-citoyen
          • Posté à 14h55 le 21/04/2010
          • Internaute 50292
            Gre-citoyen

          « L’argument n’a rien de libéral. »
          Je ne voudrais pas paraître démago, mais là, quand même. C’est un vision purement idéologique du monde. Ne pas s’en rendre compte, serait pire que tout.

          Après, mon commentaire ne remettait pas du tout en cause la réalité du calcul actuel des assurances et autres gouvernements (sic). Le but était de faire réfléchir sur le sens et la pertinence de tel calcul, et au fond d’une telle vision du monde et des rapports humains. Pour que la réalité change, pour que ça ne paraisse pas « logique ».

          A lire sur le sujet, Paul Ariès, « La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance »

        1 autres commentaires
    • Oodini
      Oodini répond à stefandevries
      • Posté à 00h02 le 25/04/2010
      • Internaute 30418

      > Une vie humaine vaut à peu près 3 millions d’euros
      > (selon le calcul des compagnies d’assurances).

      Cela dépend surtout de la nationalité du passager.

  • Airinys
    • Posté à 14h01 le 21/04/2010
    • Internaute 52467

    La loi Barnier qui institutionnalise le principe de précaution dit ceci :
    « l’absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l’adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l’environnement à un coût économiquement acceptable “

    Je le comprends comme un doute persistant mérite de ne pas être ignoré. Il y a du rationnel.
    Il y a un doute, lié à des faits suspects.
    Dans bien des cas récents, les faits ne sont pas encore là que les actions sont engagées.

    Dans les cas du virusH1N1 et du nuage volcanique, le principe de proportionnalité des mesures n’a pas été respecté.

    Ce sont sans doute ces 2 aspects qui finissent par agacer, voire inquiètent car la loi est raisonnable, mais les appréciations et les décisions qui ne le sont pas.

  • letroisièmeoeil
    letroisièmeoeil
    conscience déguisée en être (...)
    • Posté à 14h19 le 21/04/2010
    • Internaute 99824
      conscience déguisée en être (...)

    Bravo Mme Lepage. Cela faisait longtemps que j’avais remarqué cette dérive de l’emploi du terme « principe de précaution », et je suis heureux qu’enfin une personalité publique soulève cette question.

    Le gouvernement (Roselyne Bachelot en tête) a entre autres agité cet épouvantail pour nous convaincre du bien-fondé de l’achat de 94 millions de doses de vaccin anti-Grippe A... au nom du principe de précaution, alors même que c’était par principe de prévention.

    Votre tribune illustre très bien qu’il y a peut-être (certainement ?) une volonté manipulatoire derrière cette apparament anodine utilisation du terme.

    • Oodini
      • Posté à 00h04 le 25/04/2010
      • Internaute 30418

      D’après les définitions de madame Lepage, la grippe H1N1 relèvait bien du principe de précaution, puisqu’il s’agissait d’un nouveau virus, et que le risque et l’impact était donc inconnu.

      • letroisièmeoeil
        letroisièmeoeil répond à Oodini
        conscience déguisée en être (...)
        • Posté à 10h57 le 25/04/2010
        • Internaute 99824
          conscience déguisée en être (...)

        Non, c’était bel et bien de la prévention : le risque était connu, mais la probabilité (le pourcentage de cas mortels, ou bien l’étendue finale de l’épidémie) était inconnu.

        Le principe de précaution, lui, suggère que l’on se prive d’une avancée technologique tant qu’on n’est pas certain de son inocuité.

  • captroy
    • Posté à 14h34 le 21/04/2010
    • Internaute 18600

    Le principe de précaution est certainement une bonne chose, dans la mesure ou il n’y a pas d’exagération.
    Or, depuis quelques temps, nous avons eu
    La vache folle
    la grippe aviaire
    la grippe Ah1n1
    les zones noires
    le nuage islandais
    Ça commence a faire beaucoup, et l’exaspération des gens concernés qui s’aperçoivent de l’exagération des moyens mis en oeuvre pour écraser une mouche avec un bulldozer, mettent a mal la crédibilité des (soit disant) responsables décideurs.
    A force de crier « au loup » quand la catastrophe va arriver, plus personne n’y croira, nous aurons dépensé tout notre crédit

    • gdnico
      gdnico répond à captroy
      citoyen
      • Posté à 14h54 le 21/04/2010
      • Internaute 109441
        citoyen

      Oui et nous avons eu la canicule en 2003 ou aucune prévention n’a été effectué et maintenant nous devons offrir une journée de travail !
      Alors si le gouvernement agit on conteste et quand il ne fait rien on se plaint encore...
      Ou est le juste milieu ?

      • captroy
        captroy répond à gdnico
        • Posté à 17h48 le 21/04/2010
        • Internaute 18600

        Vous connaissez certainement l’histoire de Pierre et le Loup,
        A force de crier « Au Loup » plus personne n’est venu au secours de Pierre lorsqu’il a été vraiment attaqué par un loup.
        Alors, a force de faire valoir un risque de précaution exagéré, au lieu d’un risque de prévention réaliste, plus personne ne supporte des mesures exagérées, démesurées comme si on envoyait un tank pour écraser un moustique.

    • Tuderzt
      Tuderzt répond à captroy
      • Posté à 15h33 le 21/04/2010
      • Internaute 77456

      C’est à combien l’exagération du principe de prévention ? Un, deux, ... dix avions écrasés pour cause de nuage ? !

      Sérieusement ! Nous vivons dans une société qui, à tord ou à raison, cherche systèmatiquement des coupables pour tout. Comme le dit très bien l’article, on ne peut pas blâmer le volcan, alors on blâme les autorités pour les avions cloués au sol... Oubliant drôlement vite que si ces avions avaient volé, on aurait blâmé ces mêmes autorités (et toujours pas le volcan) en cas d’accident.

      Vous voudriez vous, être le ministre du transport qui, au milieu d’une crise de ce type, prend le risque de dire « faites voler les avions » ? Vous oseriez ?

      Je ne présumerais pas de votre témérité ou sens de l’analyse.
      En revanche, je dis sans honte que jamais je n’aurais pris le risque, à la place des personnes qui ont pris cette décision, de laisser les avions voler. Mais ça n’engage que moi.

      • captroy
        captroy répond à Tuderzt
        • Posté à 17h41 le 21/04/2010
        • Internaute 18600

        Lorsque vous aurez un avion volant a moins de 200km abimé par les poussières du volcan, avertissez moi, je suis impatient d’écouter votre silence.

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 14h35 le 21/04/2010
    • Internaute 82025
      non connue

    Bel article de réflexion.
    Dans les faits, on pourrait résumer la situation ainsi :
    - quand la peur fait vendre, c’est le principe de prévention,
    - quand la peur empêche de vendre, c’est le principe de précaution.

    Mais quand la peur empêche de vendre des produits, mais fait vendre des idéologies, difficile de trancher.
    Et j’ai bien l’impression que quelle que soit la peur, elle est bien destinée à faire vendre quelque chose...

    • Rivendell
      Rivendell répond à A déménagé le 02-02-2012-2
      Suppot de satan
      • Posté à 15h06 le 21/04/2010
      • Internaute 102483
        Suppot de satan

      Les fouilles dans les aéroports font partie des principes de précaution, qui ne plaisent pas vraiment au public et pourtant les compagnies appliquent ce point au pied de la lettre. ; -)

      • Oodini
        Oodini répond à Rivendell
        • Posté à 00h07 le 25/04/2010
        • Internaute 30418

        Non, c’est le principe de prévention : on connaît les effets d’une explosion d’une bombe dans un avion, mais on ne connaît pas la probabilité que cela se produise. Alors on contrôle...

  • coatl
    coatl
    SR
    • Posté à 14h50 le 21/04/2010
    • Internaute 50522
      SR

    Excellente démonstration.
    Une nuance : les lobbyistes sont tout de même bien contents que l’interdiction de vol ait été prononcée, car un seul incident en vol aurait ruiné leurs efforts. La situation idéale pour eux, c’est l’interdiction est bien prononcée et on se positionne contre...

    Autre point : on mesure la fragilité de la société. J’ai trouvé les gens embêtés par le phénomène plutôt philosophes, les premiers jours. Mais au bout d’un moment, ils perdent quand même patience. A la fin, « c’est scandaleux », « rien n’est organisé » (et pour cause !), « le coup du nuage, on nous l’avait jamais fait... (lu dans Libé !) »

    Ce ne sont donc pas seulement les lobbies qui râlent, c’est aussi tout le monde qui est en colère contre plus fort que soi et qui trouve un exutoire à un guichet d’aeroport ou à l’ambassade, contre des gens qui sont aussi embêtés qu’eux.

    Et comme la facture sera vraisemblablement salée, ça promet...

  • Rivendell
    Rivendell
    Suppot de satan
    • Posté à 16h14 le 21/04/2010
    • Internaute 102483
      Suppot de satan

    Après, comme dirait Frederic Mitterand à propos du Hellfest, il faut savoir raison garder : le principe de précaution c’est bien, il est clair que cette barrière est profitable, mais il ne faut pas non plus qu’elle soit trop haute sinon plus rien ne peut être créé.

    D’ailleurs, le principe de précaution n’a pas attendu je ne sais quelle élection ou parti pour être appliqué en France, ça serait mentir de dire que c’est quelque chose de totalement nouveau auxquels les industriels réagissent par une réaction d’effroi comme nous le ferions devant un horrible extraterrestre à l’anatomie inconnue.

    Mais bon il ne faut pas non plus attaquer sur tout et n’importe quoi : le principe de précaution n’apparait pas uniquement du fait de l’ignorance des éventuels effets de telle ou telle chose, mais souvent de l’incapacité à mesurer ces effets. Et bien souvent cette incapacité est dûe à la faiblesse de ces effets. Dès lors il faut voir si cette faiblesse engendre le fait que ces effets sont négligeables et dans ce cas, le principe de précaution peut raisonnablement sauter, même si on ne sait pas exactement quel effet engendre l’activité étudiée.

    De plus les usagers peuvent parfois être totalement pour ce principe (nucléaire, OGM, nanotechnologies, pour ne citer que les trois principaux) et des fois contre (H1N1, fouille dans les aéroports). Le point commun est que dans les deux cas ils n’y connaissent souvent rien, se basent sur des on-dit, et la différence sont qu’ils sont pour quand on ne l’applique pas sur eux directement et contre quand on l’applique directement à leurs activités. Et cette réaction n’a pas forcément un rapport avec la pertinence de l’application du principe de précaution.

    Et en plus pour compliquer les choses, les ingénieurs sécurité n’ont pas les mêmes définitions de ces principes que vous.

    Ainsi le principe de précaution pour l’ingénieur c’est chercher à descendre le risque d’un accident à zéro ou au moins le limiter
    Et le risque de prévention, après avoir appliqué le principe de précaution, consiste à limiter les conséquences de ces incidents. Evidemment on parle des risques supposés non négligeables, définition variable selon le domaine industriel (vous perdez un pneu en voiture, c’est grave mais pas forcément mortel, en avion, c’est pas la même histoire...).

    • Oodini
      Oodini répond à Rivendell
      • Posté à 00h10 le 25/04/2010
      • Internaute 30418

      > Et en plus pour compliquer les choses, les ingénieurs
      > sécurité n’ont pas les mêmes définitions de ces principes
      > que vous.

      Corinne Lepage fait référence aux définitions juridiques.

      > Ainsi le principe de précaution pour l’ingénieur c’est
      > chercher à descendre le risque d’un accident à zéro
      > ou au moins le limiter

      Cela dépend du domaine d’application...

  • Francois Damiens
    Francois Damiens
    Fonctionnaire
    • Posté à 15h19 le 21/04/2010
    • Internaute 112662
      Fonctionnaire

    A qui profitent les crimes ? et ont-ils un lien avec le pouvoir ?

    Ainsi on invoque plus facilement le principe de précaution quand il y a de l’argent à gagner pour certain H1N1, etc...

    Dans le cas des transports les compagnies aériennes vont se récupérer sur le taux de remplissage à partir du retour à la normale et augmenter leur marge. Les moyens tels que le train, le bateau, le bus et les loueurs de voitures ont vu leur chiffre d’affaire grimper, faut il les mettre à contributions pour raison de solidarité avec les compagnies aériennes.

  • A déménagé le 19-12-2011
    • Posté à 15h28 le 21/04/2010
    • Internaute 48453

    Je suis en grande partie d’accord avec vos propos, mais votre titre sous-tend une polémique que je n’ai pas vu naître, que ce soit dans les journaux ou à la radio : celle selon laquelle les critiques consécutives à la façon dont les pouvoirs publics ont géré les 2 dernières crises (la tempête Xynthia et le nuage islandais) porteraient sur un principe de précaution abusif.

    En tant qu’avocate, vous auriez pu compléter la définition du principe de précaution en rappelant le caractère proportionné des mesures découlant de ce principe ; cf la définition de la Constitution adoptée en 2005 :
    « Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veilleront, par application du principe de précaution, et dans leurs domaines d’attribution, à la mise en œuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage ».

    En matière d’instrumentalisation du principe de précaution, le terme « proportionné » est souvent oublié par les lobbies environnementalistes.

    • Oodini
      • Posté à 00h12 le 25/04/2010
      • Internaute 30418

      Vous avez dû mal lire l’article.

      Xinthia et le nuage de cendres relèvent du principe de prévention, pas de précaution. Dès lors, le rappel de la définition de cette dernière n’a pas lieu d’être.

      • A déménagé le 19-12-2011
        • Posté à 20h46 le 25/04/2010
        • Internaute 48453

        Vous dites : « Xinthia et le nuage de cendres relèvent du principe de prévention, pas de précaution. “

        Je n’ai pas dit le contraire. Mais comme l’article a pris le parti de donner une partie des définitions de ces 2 concepts, je souhaitais juste que la définition du principe de précaution soit complète

  • mibou54
    mibou54
    retraité
    • Posté à 16h16 le 21/04/2010
    • Internaute 67202
      retraité

    Merci Madame Lepage !
    Pour avoir quelques années travaillé à l’élaboration de PPR (inondations, mouvements de terrains, affaissements miniers), je ne puis qu’approuver totalement votre propos. Le principe de précaution est aussi un principe de responsabilité et de recherche du savoir qui gêne bien des intérêts.
    Le principe de prévention aussi, quand on voit à quelles « levées de boucliers » on s’expose quand dans un PPR on veut agir sur l’existant, si peu que ce soit, pour réduire significativement les conséquences d’une inondation...
    Cordialement

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