Fast Belfast

Dans son blog Fast Belfast, le journaliste Jean-Baptiste Allemand raconte l'Irlande du Nord onze ans après la signature des accords de paix entre catholiques ou protestants. L'actu d'une nation jeune et volontaire encore déchirée par un conflit sanglant. L'histoire de communautés prises entre désir de réconciliation et maintien des barrières. Le tout sur fond d'incidents armés persistants...

Pourquoi le conflit nord-irlandais n'est (à l'origine) pas religieux

Publié le 01/05/2010 à 15h59


Peinture murale commémorant l’insurrection de Pâques 1916, à Belfast (JB Allemand)

Cela fait longtemps que je réfléchis à causer un peu d’Histoire. En fait, c’est même ce que j’aurais dû faire dès ma première note sur ce blog. A force de parler constamment des tensions entre « catholiques et protestants » nord-irlandais, on s’expose forcément aux commentaires du style « Bouh, la religion pas bien ». Et c’est normal.

Mais comme c’est un poil plus complexe que ça, ça vaut le coup de s’attarder un peu sur l’Histoire tourmentée de l’Irlande du Nord, pour mieux comprendre un conflit aux mille origines.

Au commencement étaient les Gaëls, un peuple celte rural et chamailleur, présent sur toute l’île irlandaise. Convertie au catholicisme au Ve siècle par St Patrick, l’Irlande sera envahie par ses voisins anglais dès le XIIe siècle, puis conquise vers 1650 par le tristement célèbre Cromwell.

Mais la résistance tenace des Gaëls conduira à des siècles de batailles sanglantes et de lois anglaises répressives.

Autochtones contre colons, le conflit territorial

Malgré leur contrôle global de l’Irlande jusqu’au XXe siècle, les Anglais ne gagneront jamais le soutien de la population... Sauf dans le territoire de l’Ulster, dans le Nord de l’île.



Le dernier roi gaélique, Hugues O’Neill (Wikimedia commons)

Et pour cause, puisqu’au début du XVIIe, après la fuite du dernier roi gaélique Hugues O’Neill, des Britanniques venus d’Ecosse et d’Angleterre y émigrent en masse : c’est la Plantation (Voir la carte tirée du site de la BBC).

Les nouveaux arrivants sont en grande majorité protestants (presbytériens ou anglicans). Des entrepreneurs privés sont chargés de distribuer des terres plus ou moins grandes à chacun, selon son statut.

Spoliation ? Pas tout à fait, car 20% des terres sont réattribuées aux Irlandais. Et si les tenanciers britanniques ont interdiction d’employer des fermiers autochtones, dans les faits, la règle est peu respectée.

Reste que cette colonisation, moins « inhumaine » que ce qu’on peut croire, posera d’énormes problèmes à l’avenir. Surtout lorsque la population des nouveaux arrivants dépassera celle des autochtones...

Nationalistes contre unionistes, le conflit politique

Au XIXe siècle, un sentiment nationaliste fort, accentué par les lois répressives anglaises et la misère ambiante due à la Grande Famine, naît dans la population « autochtone » de l’île. Même de nombreux « Anglo-irlandais » (et donc descendants des colons) se retournent contre la couronne britannique et ses taxes exorbitantes. Et certains d’entre eux sont protestants...

A Pâques 1916, une tentative d’insurrection ratée est menée à Dublin. En 1919, l’IRA est créée et mène une guerre
d’indépendance contre l’armée britannique. Finalement, comme personne ne prend l’avantage, on négocie un accord... qui fera couler beaucoup de sang à l’avenir.


Michael Collins, dirigeant irlandais signataire du traité anglo-irlandais (Wikimedia commons)

Le traité anglo-irlandais de 1921 accorde l’indépendance à toute l’Irlande, sauf aux six comtés du Nord de l’île, majoritairement peuplés de descendants de colons britanniques fermement attachés à la couronne (qu’on appellera « protestants »).

L’Irlande du Nord est alors rattachée au Royaume-Uni, au grand dam de ses habitants « pure souche » (qu’on appellera « catholiques »). Dès lors, une partie de l’IRA va tenter, au cours du XXe siècle, d’unifier l’Irlande par la force. C’est ce combat que mènent, encore aujourd’hui, les groupes dissidents républicains comme la Rira ou la Cira.

Aujourd’hui, on parle généralement de « catholiques nationalistes » et « protestants unionistes “. Mais si c’est vrai dans l’ensemble, ce n’est pas systématique. Il existe des protestants nord-irlandais qui ne sont pas forcément contre l’unification de l’île...

Discriminés contre nantis, le conflit social

Pendant des siècles, les ‘ autochtones ’ ont été discriminés dans bien des domaines par les Anglais. Parler le gaélique (langue locale), jouer au foot gaélique (sport local), entrer en politique, tout ça était interdit.

Cette inégalité, qui disparaîtra en République d’Irlande après l’indépendance, va perdurer en Irlande du Nord. Moins sévère, elle sera plus insidieuse.

Au travail comme pour le logement, les protestants étaient officiellement favorisés. Dans les années 70, sur les chantiers navals de Belfast, 400 ouvriers étaient catholiques... sur 10 000. Dans les quartiers majoritairement catholiques, un tripatouillage électoral permettaient à des hommes politiques protestants d’être élus.

C’est contre ces inégalités (aujourd’hui révolues) que certaines associations pour la défense des droits civiques ont manifesté, dans les années 60. La répression sanglante de ces défilés apolitiques grossira les rangs de l’IRA et précipitera l’Irlande du Nord dans le chaos.

Catholiques contre protestants, le conflit religieux (ah, enfin)

Bon, il faut quand même le souligner : les différences religieuses, secondaires dans le conflit, n’ont rien arrangé. La Plantation en Ulster avait un objectif affiché de conversion des autochtones au protestantisme. Et les lois anglaises qui ont longtemps interdit les rites catholiques ont laissé des traces dans les esprits.

Jusque que dans les années 70, Ian Paisley, leader emblématique de l’unionisme protestant, taxait dans ses discours les catholiques de ‘ papistes ’. Aujourd’hui, des efforts de dialogue inter-religieux existent. Mais l’ordre d’Orange, une confrérie protestante créée à la fin du XVIIIe siècle, s’oppose encore ouvertement à la religion catholique.

Bref...

‘Catholiques’ et ‘protestants’ : voilà deux petits noms bien pratiques pour désigner deux groupes sociaux différents en tout point de vue. Ici, en Irlande du Nord, on en use (et abuse ?) depuis au moins le XVIIIe siècle. Et c’est tout naturellement qu’ils ont été repris par les médias, ravis de pouvoir utiliser ces mots fourre-tout sans gaspiller de l’encre (ou de la salive).

Car pour vraiment coller à la réalité, il faudrait parler des ‘ descendants nationalistes d’autochtones irlandais, de religion catholique jouant au foot gaélique ’ face aux ‘ descendants unionistes de colons britanniques, de religion protestante et jouant au hockey ’.

Là c’est nickel... mais pas très pratique.

Mis à jour le 02/05 à 12h40. Rectification de la date de création de l’IRA, qui est 1919 et non 1913. En 1913, c’est la milice des ‘Irish Citizen’ qui a été créée. Elle changera de nom en 1919 pour devenir IRA.

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  • thierry reboud
    • Posté à 16h15 le 01/05/2010
    • Internaute 20923

    Très bel article, et utile avec ça.

    Cela dit, je crois qu’on pourrait généraliser et qu’il est rarissime que les conflits de ce type (yougoslave, israélo-palestinien, libanais, chypriote, indo-pakistanais, etc.) soient à l’origine religieux.

    • bleuet1
      bleuet1 répond à thierry reboud
      espère malgré tout
      • Posté à 16h28 le 01/05/2010
      • Internaute 65892
        espère malgré tout

      La religion est souvent présentée comme un prétexte à l’origine des conflits entre peuples, en réalité c’est surtout parce que la religion est, la plupart du temps, tellement viscéralement liée aux cultures qui s’entrechoquent que ça entre en ligne de compte.
      Une religion implique un système de valeurs qui contribue à engendrer une culture, et c’est cette culture-là qui est jugée avec mépris, voire haine.

      • thierry reboud
        thierry reboud répond à bleuet1
        • Posté à 17h23 le 01/05/2010
        • Internaute 20923

        J’ai plutôt le sentiment que les religions s’adaptent aux sociétés plus que l’inverse, même si en effet le facteur religieux est essentiel dans la construction de la culture, ne serait-ce que parce qu’il met en forme. Néanmoins il est possible que je ne sois pas en désaccord avec ce que vous dites, mais je le formulerais différemment : les religions et le nationalisme sont les meilleurs catalyseurs des passions, notamment guerrières. Alors évidemment, quand ils s’associent...

    • mauser
      mauser répond à thierry reboud
      • Posté à 16h50 le 01/05/2010
      • Internaute 4683

      Non car ici et dans d’autres cas vous pouvez couper une cheveu en quatre il reste qu’à la base un pays avec une unicité religieuse est envahi par un autre qui s’appuie sur sa population d’une autre confession.
      En suivent votre idée l’argument massue est le choc des religion qui jusqu’à peu étaient quasiment la colonne vertébrale d’une société et de sa civilisation. Une caricature mais avec un fond de vrai les catholiques sont moins bons en affaires que les protestants moralité les catholiques se sont cantonnés plus longtemps dans un rôle agricole et pas industriels fautes de banquiers.
      Effectivement la religion peut servir de cache-sexe à bien des ambitions.

      • Haloufpremier-
        Haloufpremier- répond à mauser
        simplex
        • Posté à 17h07 le 01/05/2010
        • Internaute 113291
          simplex

        Vous avez raison.
        les anglais occupent une partie de l’irlande sans vergogne ..
        Comment pourrait on faire pour aider nos amis irlandais à bouter le rosbiffe hors de chez eux ? C’est ça le problème.
        Ces anglais ont toujours mis la pagaille dans le monde entier, on l’a vu aussi en Israël ...
        Vraiment c’est pas un cadeau de les avoir si près de chez nous.
        Les irlandais pourraient prendre exemple sur les Israéliens pour bouter tous les anglais et ses traites hors de l’irlande ...
        Plus facile à dire qu’à faire.
        Un article intéressant qui rappelle l’attitude de ces anglais partout dans le monde.

         
        • femmedesbois
          femmedesbois répond à Haloufpremier-
          dans sa forêt
          • Posté à 22h09 le 01/05/2010
          • Internaute 93115
            dans sa forêt

          « les irlandais pourraient prendre exemple sur les israéliens »

          ne voulez vous pas dire les palestiniens ? Ce sont eux les « envahis“comme les irlandais le sont

          • Haloufpremier-
            Haloufpremier- répond à femmedesbois
            simplex
            • Posté à 10h14 le 02/05/2010
            • Internaute 113291
              simplex

            Je vois que vous avez des lacunes...
            Je tiens à vous enseigner que le peuple sympa irlandais catholique est comme le peuple israélien , le peuple de souche de ce territoire qu’est l’Irlande..
            Avant d’affirmer , l faut avoir quelques bases historiques, sinon on écrit n’importe quoi et on passe pour un crétin’e)...
            Ayez un peu d’amour propre, faites attention avant d’écrire...

            groing groing.

            • femmedesbois
              femmedesbois répond à Haloufpremier-
              dans sa forêt
              • Posté à 10h55 le 02/05/2010
              • Internaute 93115
                dans sa forêt

              prendre parti pour Israël quand on se donne comme pseudo « haloufpremier », voilà qui ne manque pas de sel !

              En ce qui concerne l’Irlande, je ne pense pas avoir tant de lacunes que ça par rapport à la moyenne des français, je suis allée deux fois là-bas, j’ai passé une licence d’anglais et parmi les matières que j’étudiais, il y avait des cours sur l’histoire de l’Irlande et au partiel de fin d’année, j’avais eu 15/20, une des meilleures notes parmi tous ceux qui avaient suivi ce cours-là. J’ai sur rue89 et particulièrement sur les articles de JB Allemand, de bonnes discussions avec d’autres riverains passionnés par le sujet. Je me suis pas faite passer une crétine, ou, quand j’ai fait des erreurs, ça m’arrive comme à tout le monde, on m’explique poliment et de façon argumenté où est-ce que j’ai fait une erreur.

              Le peuple irlandais est le peuple de souche de l’Irlande, effectivement, a été victime de massacres, de famines, d’occupation de leur territoire par la force et l’expropriation.
              Maintenant, c’est un pays tranquille qui, je le sache, ne bombarde pas ses voisins !

              Ce qui n’est pas le cas d’Israël....

              Je vous fache peut-être de bon matin, mais tant pis, j’assume...

              • Haloufpremier-
                Haloufpremier- répond à femmedesbois
                simplex
                • Posté à 13h44 le 02/05/2010
                • Internaute 113291
                  simplex

                « on se donne comme pseudo “haloufpremier”,
                vous préféreriez Zahïa ?

                Moi j’aime les irlandais car j’ai un faible pour la rouquine à la peau nacrée et la poitrine arrogante et la bonne bière...

                Il serait temps que les irlandais boutent définitivement les anglais et nous français on peut les y aider.. ...

                Quant à Israël, les pauvres, ils ont bien du mérite avec tout ce qu’ils ont enduré...
                J’ai toujours eu de la tendresse pour ces peuples si dignes...

                groing groing.

            • Ryze-
              Ryze- répond à Haloufpremier-
              Révolté ! !
              • Posté à 14h55 le 03/05/2010
              • Internaute 30038
                Révolté ! !

              Mais loool retourne potasser ton Histoire, les israéliens sont colons en Palestine , cette terre n’est pas a eux, elle leur a été donné par les occidentaux. Elle a été spoliée au palestinien. D’ailleurs on parle bien des colonies israéliennes ... Cela dit, ca n’a pas grand chose a voir avec la situation irlandaise (hormis la colonisation par les britaniques).

              Article intéressant qui rappelle que plus que religieux ce conflit trouve ses origines dans la lutte des classes entre spoliés et spoliateurs, la religion n’étant que prétexte a mes yeux.

              D’ailleurs (et corrigez moi amis riverains si je me trompe) il me semble qu’au début de la création de l’IRA, celle ci était influencée par les mouvements marxistes (notamment en Russie avec la révolution de 1917) et les idées de liberté et d’indépendance pour un peuple. Le nationalisme pur et dur a fait son apparition plus tard lors des cissions au sein de l’IRA. C’est du moins ce qu’il ma semblé comprendre a travers le film de Ken Loach « Le vent se lève » (très bon film par ailleurs comme toujours avec Ken :)) )

        5 autres commentaires
      • thierry reboud
        thierry reboud répond à mauser
        • Posté à 18h18 le 01/05/2010
        • Internaute 20923

        Comme je l’ai répondu à Bleuet1, je crois beaucoup plus que ce sont les religions qui s’adaptent aux sociétés où elles s’implantent, pas l’inverse. Dans le cas de l’Angleterre, quand on sait à quel point l’anglicanisme est avant tout une religion politique, il me semble que ça viendrait plutôt démontrer l’aspect second des questions de foi, de mystique ou de théologie.

         
        • mauser
          mauser répond à thierry reboud
          • Posté à 21h06 le 01/05/2010
          • Internaute 4683

          De nos jours les religions s’accomodent des sociètès civiles et encor certaines continue à clamer et imposer ou vouloir imposer la primautè de leur supertition sur le droit
          Ici comme l’écrit l’auteur nous sommes devant une guerre de quatre siècle .
          Que les envahisseurs praiquent un autre religion est effectivement pas forcément un facteur agravant Mais ici oui

        1 autres commentaires
    • Jacques Bolo
      Jacques Bolo répond à thierry reboud
      Auteur-Editeur-Libraire
      • Posté à 10h49 le 04/05/2010
      • Internaute 37329
        Auteur-Editeur-Libraire

      Et pourquoi pas ne pas parler tout simplement de « républicains contre royalistes », puisque cela correspond bien à l’histoire et aux allégeances locales.

  • bleuet1
    bleuet1
    espère malgré tout
    • Posté à 16h23 le 01/05/2010
    • Internaute 65892
      espère malgré tout

    Pour avoir vécu huit mois en République d’Irlande, je n’ai jamais entendu personne parler de ce conflit. Le pays est très catholique (du moins traditionnellement, quoi qu’il en soit c’est accepté de tous) et les traditions gaéliques sont omniprésentes, ne serait-ce que dans les rues puisque tous les panneaux sont traduits en gaélique. D’ailleurs, la langue est une matière obligatoire à l’école et les élèves planchent dessus au bac !
    En revanche, l’un de mes cousins a fait un séjour un peu prolongé en Irlande du Nord, et il a trouvé la tension palpable.
    Autant la tension est visible dans le Nord, autant les relations de la République d’Irlande avec la Grande Bretagne sont très apaisées, les gens en parlent sans haine, ils y vont volontiers en vacances, etc. La moitié - voire plus - des programmes TV sont issus de la TV britannique, mais ça ne choque personne. Probablement parce que les Britanniques les laissent tranquilles maintenant..

    • Gontran Abdelkader-Kowalski
      Gontran Abdelkader-Kowalski répond à bleuet1
      explorateur prolétaire
      • Posté à 23h59 le 01/05/2010
      • Internaute 104077
        explorateur prolétaire

      Je ne suis pas d’accord avec ton commentaire.

      Ou, du moins, je n’ai pas constaté la même chose durant mes dix mois à Dublin (j’étais domicilié dans la capitale, du côté de Spencer Docks, mais du fait de mon travail (et aussi par plaisir et raison personnelle), je bougeais tout le temps partout en Irlande.

      • bleuet1
        bleuet1 répond à Gontran Abdelkader-Kowalski
        espère malgré tout
        • Posté à 12h19 le 02/05/2010
        • Internaute 65892
          espère malgré tout

        Moi aussi je vivais à Dublin. Plus précisément, je travaillais dans un lycée à l’extrême sud de Dublin, dans le quartier de Blackrock, et je vivais chez l’habitant à Monkstown, à côté de Dun Laoghaire.
        Il faut dire que c’est un coin plutôt friqué, ou au moins classe moyenne.
        J’ai pourtant discuté précisément au sujet de ce conflit avec des Irlandais, et en tout cas pour ce que j’en ai entendu, je n’ai pas réellement senti d’animosité ? Disons plutôt que je sens l’affaire plus ou moins enterrée, faisant partie du passé.
        Pour ce qui est de la présence du gaélique (moi je dis ça comme ça parce que c’était le nom de la matière que les élèves travaillaient), elle m’a particulièrement frappée parce que moi qui viens de Bretagne, une région où la langue régionale est plus présente dans l’espace public qu’ailleurs en France, je me suis dit que les Irlandais faisaient mieux vivre leur langue d’origine que nous. J’ai trouvé la cohabitation des deux langues assez harmonieuse, et d’ailleurs cela se ressent dans leur accent, que je trouve magnifique (plus je parle et plus cet accent ressort dans mon discours - je suis prof d’anglais).

        La question de la présence du catholicisme est plus épineuse.
        Je suis catholique pratiquante, je fréquentais donc régulièrement l’église, je peux en parler en connaissance de cause.
        Effectivement, je trouvais la pratique de la religion quelque peu ronflante, un peu comme un vieux disque rayé. On a souvent tendance, en tant que catholiques français, à se plaindre que notre Église est un peu endormie, qu’il faudrait renouveler les pratiques, etc., mais en réalité nous avons déjà 20 ou 30 ans d’avance sur les Irlandais en termes d’évolution dans les mentalités et les pratiques. Je crois que c’est parce que la confession catholique est devenue beaucoup plus privée et que les croyants ont du rebondir pour donner une nouvelle vitalité à leur Église ; tandis qu’en Irlande, comme c’est une religion extrêmement présente dans l’espace public, je pense qu’ils n’ont tout simplement pas encore fait l’effort de changer. Il faut dire que je suis rentrée en France avant que n’éclatent les scandales de pédophilie, je pense qu’ils ont largement ébranlé les certitudes et l’assisse des communautés catholiques.
        En tout cas, ce n’est pas plus mal, ça va leur donner un coup de fouet pour se renouveler profondément.
        Mais en Irlande, le catholicisme est devenu un argument identitaire. Les Irlandais ont du défendre leur religion contre l’envahisseur britannique et anglican, le catholicisme est alors devenu un étendard. C’est pour ça que je pense que le catholicisme n’est pas près de fondre en Irlande, il est bien trop identitaire pour disparaître comme ça.

         
        • Gontran Abdelkader-Kowalski
          Gontran Abdelkader-Kowalski répond à bleuet1
          explorateur prolétaire
          • Posté à 13h08 le 02/05/2010
          • Internaute 104077
            explorateur prolétaire

          Merci pour ton commentaire. Je te répondrais plus tard dans un message privé (parce que de suite, je n’ai pas le temps).

          Blackrock...ouai c’est friqué quand même ! Enfin, de toute façon à l’époque, tout le monde ou presque croulait sous le pognon en Irlande (ou du moins avait un accès ultra-facile - et irresponsable - au crédit).

          Seulement dans certain quartier, dont le miens, tu sentais la misère (sociale, familiale, intellectuelle, et même financière) prêt à surgir à tout moment, comme révélée (je sais j’ai trop lu Dickens, Zola, mais, hein, on se refait pas ! Tandis qu’à Monkstown il s’agirait plutôt de « peintures » Balzacienne ou Proustienne).

        1 autres commentaires
    • Gontran Abdelkader-Kowalski
      Gontran Abdelkader-Kowalski répond à bleuet1
      explorateur prolétaire
      • Posté à 00h19 le 02/05/2010
      • Internaute 104077
        explorateur prolétaire

      Je continue :

      « Je n’ai jamais entendu personne parler de ce conflit ». Quand vous vivez avec des Irlandais(e) (coloc, boulot, couple), que vous les « titillez » un peu, vous voyez de suite que c’est toujours « à fleur de peau ».

      « Le pays est très catholique ». Bah ça évolue en ce moment. Mais c’est vrai, à « mon » époque (c’était il n’y a pas longtemps pourtant), aucune assos’, presqu’aucun club, ne pouvaient exister sans le « label » catho.
      Ne parlons pas de certains mouvement politiques qui rajoute de l’huile sur le feu...
      Mais tout de même, les diocèses manquaient déjà énormément d’argent.
      Et la religion majoritaire était, en ces années là, l’euro sonnant et clinquant...

      « Les traditions gaéliques sont omniprésentes, ne serait-ce que dans les rues puisque tous les panneaux sont traduits en gaélique. D’ailleurs, la langue est une matière obligatoire à l’école et les élèves planchent dessus au bac ».
      Normal.
      L’« irish » est LA LANGUE NATIONALE officielle !
      Les Irlandais dans leur grande majorité sont conscience que ce statut « au dessus de l’anglais » handicape paradoxalement la langue.
      Ils disent avec humour (j’aime assez leur façon de rigoler, ça à quelque chose de très « anglais » mine de rien, hehehe) que leur langue « n’est pas/plus assez en danger » pour que le peuple (irlandais) soit fière de l’utiliser » !
      Seul 2 à 3%, et seulement dans certain secteur (d’ailleurs je ne sais pas si tu as fais l’expérience...on a un peu l’impression d’être dans un « pays faux jumeau » (le même pays, mais complètement différent) parlent l’irish dans la vie de tous les jours.

    • Gontran Abdelkader-Kowalski
      Gontran Abdelkader-Kowalski répond à bleuet1
      explorateur prolétaire
      • Posté à 01h13 le 02/05/2010
      • Internaute 104077
        explorateur prolétaire

      Je termine :

      « Un de mes cousins a fait un séjour un peu prolongé en Irlande du Nord, et il a trouvé la tension palpable ».
      Tout à fait logique. RIEN n’est normalisé (même si Blair -honni soit son nom, pour d’autres raisons- a fait beaucoup pour le « processus de paix »). Bordel, avant 1998, le maire de Belfast était comme pratiquement nommé par le 10, Downing Street ! ! !

      Blair et Brown ont fait du « chantage au porte-monnaie » pour faire passer pas mal d’accords et de « poignées de main ».

      Lors d’un week-end à Belfast, il y a trois ans et demi (si ma mémoire est bonne), en marchant sur Newtownards Road j’ai vu un espèce d’affrontement larvé entre Unioniste et « Papiste ».
      Un kéké a presque assommé en a presque assommé un autre en lui fracassant une bouteille vide sur le haut du crâne.

      Le mec, un « Papiste », saignait abondamment. Des gars sont venu le prendre et le transporter vers je ne sais pas où, certainement à l’hôpital.

      Les gens étaient dans la rue, comme sortis de nul-part (bon de leurs maisons en fait, mais dans un endroit « normal », où il n’y a pas de chomage « ultra-massif », les gens sont « sensés » bosser le vendredi après-midi).
      Les gens s’insultaient (je ne comprenais que peu de chose dans ce mic-mac, d’autant plus qu’en temps normal c’est pareil...l’accent Belfastois étant le plus dur qu’il m’est été donné de comprendre)...Mais j’ai quand même bien apprécier les « Queen Elisabeth kiss my ass » hihihihi...(ouai je sais c’est con-con).

      Les « Unionistes » se sont mis chanter.

      Les « papistes » ont incendiés des poubelles et ont voulu les balancer, je suppose, sur le pâté de maison des « unionistes ».

      Bon ensuite je me suis taillé en vitesse, ça devenait franchement craignoss’.
      Mais bon je suppose que tout est rentré dans l’ordre. J’ai entendu les sirènes des pompiers pas longtemps après.

      « Les relations de la République d’Irlande avec la Grande Bretagne sont très apaisées, les gens en parlent sans haine, ils y vont volontiers en vacances, etc. La moitié - voire plus - des programmes TV sont issus de la TV britannique, mais ça ne choque personne. Probablement parce que les Britanniques les laissent tranquilles maintenant ».

      Il y a quand même beaucoup de ressentiment (qui se mue souvent en « haine larvée » très souvent, surtout dans les quartiers pauvres de Dublin et de Cork) envers les Anglais.
      Les Anglais installés en Irlande évitent soigneusement de dire qu’ils le sont (même si au travers de leurs patronymes ça transparait).

      J’ajoute que si les Anglais(e) savait se comporter dignement lors de leurs séjours touristiques à l’étranger, ils seraient reçu avec enthousiasme par le reste des Européens.
      Au lieu de ça, à cause d’une petite majorité d’entre eux qui boivent plus que de raison, se défoncent, insultent n’importe qui, pissent n’importe où...ils sont littéralement haïs de Madrid à Bratislava. Quelle peine.

      Pour les chaines de télé, je suis d’accord. Mais bon télé de merde pour télé de merde, c’est le choix entre la peste et le choléra (bien que BBC one soit bien mieux que le reste).

      Je pense que les Britanniques aimerait « être tranquille ». Ils ont et vont avoir énormément de problèmes à régler (la £, la dette, les inégalités, la financiarisation extrême du Royaume-Uni, les véléïtés d’autonomie/indépendance de certains en Ecosse ou encore l’assimilation des immigrés).

      Liberté pour la dernière colonie d’Europe (là je ne suis plus objectif, c’est le crie du coeur d’un Dublinois : -)) ! ! !

      • femmedesbois
        femmedesbois répond à Gontran Abdelkader-Kowalski
        dans sa forêt
        • Posté à 14h38 le 02/05/2010
        • Internaute 93115
          dans sa forêt

        C’est vrai que c’est l’anglais la langue ultra-dominante en Irlande, sans doute parce que c’est aussi la langue véhiculaire internationale et il est difficile de lutter contre... Si les irlandais avaient été envahis par un peuple parlant une langue super rare, je pense qu’il aurait été plus facile d’imposer le gaélique à nouveau.

        Pour ce qui est du comportement des anglais à l’étranger, j’ai bien peur qu’il ne soit guère pire que celui d’autres beaufs européens en vacances, comme j’habite dans une région hyper touristique, j’ai une certaine expérience. Mais il y a un fait qui m’avait très choqué quand j’étais étudiante, j’avais rencontré un étudiant anglais du genre un peu « décadant », une fois il avait racconté une blague débile où un irlandais était le crétin de service, malaise dans l’assistance... Ca explique aussi le ressentiment des irlandais si de nombreux anglais ont ce comportement.

  • Anarchosaurus
    Anarchosaurus
    râleur à plein temps
    • Posté à 16h33 le 01/05/2010
    • Internaute 9849
      râleur à plein temps

    Bon article qui montre que les raisons ethniques et/ou religieuses offrent souvent (presque toujours) une lecture simpliste des conflits. Même pour les fameuses guerres de religion des XVIe et XVIIe siècles en Europe.

    Et pour l’Irlande, il est possible d’ajouter qu’au XIXe siècle, certains représentants des Irlandais catholiques autonomistes à la chambre des Communes étaient des protestants d’origine anglaise !
    Ex. : le grand propriétaire terrien Charles Steward Parnell (1846-1891) qui utilise la nouvelle tactique du boycott et les recours de procédure parlementaire pour s’opposer à la domination britannique. Il est surnommé « le roi non couronné d’Irlande ».

    Il aurait fallu également aborder la grande famine de 1846-1849 qui fit 1,5 millions de morts essentiellement chez les petits paysans et journaliers majoritairement catholiques tandis que les grands propriétaires exportaient du blé vers l’Angleterre. Il y a donc bien aussi et surtout un problème social et agraire. La maladie de la pomme de terre et les différences religieuses n’expliquent pas tout.

    • LienRag
      LienRag répond à Anarchosaurus
      • Posté à 17h31 le 01/05/2010
      • Internaute 34767

      Il aurait été bien aussi amha de recommander « Le vent se lève » de Ken Loach qui explique bien, et en tous cas illustre bien, certains aspects du conflit et notamment la terrible violence coloniale exercée par les forces de répression anglaises.

    • femmedesbois
      femmedesbois répond à Anarchosaurus
      dans sa forêt
      • Posté à 22h05 le 01/05/2010
      • Internaute 93115
        dans sa forêt

      la tragédie de la Grande Famine est juste une conséquence de l’économie coloniale et j’ai bien peur que les famines « modernes » (en Afrique par exemple) aient les mêmes causes, la colonisation.

  • Mon-Al
    Mon-Al
    roturière : -)
    • Posté à 16h36 le 01/05/2010
    • Internaute 24219
      roturière : -)

    Très intéressant article qui remet les pendules à l’heure ... A part les « guerres de religions “ qui ensanglantèrent les siècles lointains, il est bien certain que les conflits plus récents ne sont pas basés sur la religion, mais sur des données plus économiques ... La religion est un prétexte. Et l’Irlande est dans le même cas ...même si les religieux irlandais veulent le contraire !

    • geantdefer
      geantdefer répond à Mon-Al
      L'horreur est humaine (coluche)
      • Posté à 17h34 le 01/05/2010
      • Internaute 31641
        L'horreur est humaine (coluche)

      « A part les “guerres de religions ‘ qui ensanglantèrent les siècles lointains’
      l’histoire vous contredit... les gens se battent pour partager des richesses pas pour de la fiction...

      Si les protestants avaient été pauvres on leur auraient foutu la paix....

      Si les occitans avaient été pauvres à crever de faim dans un désert l’église (dictature de l’époque) leur aurait foutu la paix...

      les bretons auraient été protestants, les révoltes des arbres aux pendus suite à la grande trahison de paris auraient été définie comme une guerre de religion...

      N’oublions pas que l’histoire est écrite par les gagnants qui prefèrent faire croire qu’ils se sont battus pour de nobles cause (la religion) plutot que pour le plaisir de piller et de violer en étant certains de récupérer les richesses (villes, recoltes, villages, cours d’eau, paysans et paysannes)....

      Alors que c’est beaucoup plus compliqué de faire la paix et d’engager des négociations pour partager au risque de partager (hi hi hi)...

      Toutes reflexions qui pourtant apparaissent au 18eme avec les lumières...

      mais au fait... QU’EST CE QU’ON FOUT EN AFGHANISTAN AVEC INTERDICTION DE S’ATTAQUER AUX CHAMPS DE PAVOTS ET AUX CONVOIS BLINDÉS DE TRANSPORT D’OPIUM ?

      mais oui, au fait ?

      • Mon-Al
        Mon-Al répond à geantdefer
        roturière : -)
        • Posté à 17h50 le 01/05/2010
        • Internaute 24219
          roturière : -)

        Merci de ces précisions, que je partage bien évidement. Le partage des richesses et le pouvoir qu’il ne faut pas oublier. Et les croisades, soit disant pour « délivrer le tombeau du Christ » !

        Et la réponse à votre question est la même que celle-ci : mais que font-ils donc en Irak ? Le pétrole, mais c’est bien sûr ... en Afghanistan, c’est l’opium ...

        On en sortira jamais.

    • Anarchosaurus
      Anarchosaurus répond à Mon-Al
      râleur à plein temps
      • Posté à 19h28 le 01/05/2010
      • Internaute 9849
        râleur à plein temps

      Et non ! Comme je l’ai écrit, même les guerres de religion étaient avant tout des conflits politiques et sociaux où la religion sert d’élément déclencheur et de prétexte.
      Sinon, par exemple, comment comprendre qu’un roi catholique comme Henri III de France ait fait assassiner le duc de Guise, chef du parti catholique, en 1588 ?
      C’est qu’il y avait ici un fort enjeu politique concernant notamment le pouvoir du roi par rapport aux grands nobles.

  • Elle anonyme
    Elle anonyme
    Béotienne
    • Posté à 16h41 le 01/05/2010
    • Internaute 24737
      Béotienne

    Merci pour cet article très intéressant qui permet de remettre les choses en perspective et évitera, je j’espère, de réduire le conflit nord irlandais à une guerre de religion.

    Je me permettrai juste une correction : l’Irlande du Nord ne fait pas partie de la Grande Bretagne (Angleterre, Pays de Galles, Ecosse et quelques confettis) mais du Royaume Uni (de Grande Bretagne et d’Irlande du Nord).

  • Anarchosaurus
    Anarchosaurus
    râleur à plein temps
    • Posté à 16h50 le 01/05/2010
    • Internaute 9849
      râleur à plein temps

    Plus particulièrement pour l’Ulster, c’est une région qui s’est industrialisée très tôt, parallèlement à la région de Glasgow dans l’Ecosse voisine.

    Aussi les industriels protestants ont eu massivement recours à la main d’oeuvre bon marché offerte par les petits paysans catholiques chassés des campagnes par la misère et les inégalités agraires.

    Et ces mêmes grands industriels ont tout fait pour limiter l’industrialisation du reste de l’Irlande afin d’éviter la concurrence.
    D’où la situation très clivée qui existe en Ulster d’autant que les employeurs ont ensuite joué de la concurrence entre ouvriers protestants et catholiques.

    Diviser pour mieux régner.
    Toujours le problème socio-économique.

  • plataneforever
    • Posté à 16h52 le 01/05/2010
    • Internaute 67389

    super article ! merci !

  • Anastaze
    Anastaze
    inconsolable
    • Posté à 17h51 le 01/05/2010
    • Internaute 53186
      inconsolable

    Une chance que les « protestants » n’aient pas été « anglicans », car c’eut été un conflit entre « catholiques » et « catholiques réformés “ ou entre ‘catholiques papistes’ et ‘catholiques autocéphales’.

    Bref, vous avez dit ‘histoire’ ? Lien‘L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes. ’

  • geantdefer
    geantdefer
    L'horreur est humaine (coluche)
    • Posté à 17h21 le 01/05/2010
    • Internaute 31641
      L'horreur est humaine (coluche)

    Pour avoir vécu à Belfast, j’ajouterais que parmi ces « protestants » émigrés en Ulster il y avait des huguenots français (breton : -) qui on participé à l’industrialisation de la production textile... C’est curieux, je dis ceci de mémoire parce que les irlandais avec qui j’ai vécu me l’on raconté et en cherchant sur le web je trouve uniquement ceci (en français) : Lien...

    Cela dit, même dans le langage courant unioniste et nationaliste se dot souvent dans le comté des voitures rouges... Après avoir fait cette distinction il aurait été bon de ne plus employé les termes religieux...

    Je suis aller vivre là bas, jeune journaliste tout content de sa caret de presse toute neuve, pour comprendre pourquoi tout prêt de chez moi (en bretagne) des gens se battaient... C’était en 1988, j’y suis resté presque deux ans...

    Il est bon de savoir que ce sont les nationalistes qui ont appelé l’armée anglaise après les émeutes de Londonderry en 1969 pour mettre un terme à la ségrégation et aux violences dont ils faisaient l’objet... J’ai trouvé ça à ce sujet... Lien Oui Gilles Caron.... Oui....

    J’ai compris, parce que les gens me l’ont expliqué en long en large et en travers que cette guerre n’a rien à voir avec la religion mais tout avec une affaire de pognon et de partage des ressources (logement, travail, formation, santé, éducation)... En 69 date des émeutes de Derry (vous n’en parlez pas mais c’est une date majeure doublée de celle du second bloody sunday de 1972) les nationalistes, irlandais de souche, sont des citoyens de seconde zone...

    Pour faire vite, j’en ai tiré la conclusion suivante (confirmé par ce que j’ai vu et fait ensuite ailleurs) : les gens ne se battent pas pour la religion mais pour du pognon ! la religion peut être un prétexte comme au cachemire, mais c’est toujours une histoire de partage des richesses entre des communautés distinctes... C’est humain...

    A ma question : « d’accord les gars, vous vous battez pour le partage des richesses mais aujourd’hui que tout le monde mange à sa faim, que les boulots sont un peu partagés, un peu je dis, pourquoi vous vous battez encore ? » Mes potes du boulot dans le resto ou je bossais me confient la chose suivante en 1988 : « On se bat pour se venger, parce qu’on a tous eu un frere, un oncle, un cousin assasiné par les brits, alors on venge, c’est le sang qui veut ça.... »

    that’s war ils me disaient à voix basse dans les pubs de fallsroad ou j’apprenais à jouer au snooker...

    Je pense à sorj chalandon que je ne connais pas, à ses articles et à son livre terrible « mon traitre »...
    Je pense à l’irlande, aux autres guerres, ailleurs, toujours cette question du partage des richesses...P’tete même que c’est pour ça qu’on dit la guerre économique... à la vengeance du sang... L’affaire Stalker, les tués de Gibraltar, Bobby Sands...

    Alors la religion, malgré le bon paquet d’eglise qu’il y a à belfast, malgré la provoc des orangistes et des fondus (j’étais au cimetière en fin mai 88 quand, tout le monde désarmé, un unioniste fou furieux à jeter des grenades et tiré au pistolet sur nous tous) j’ai vite admis que ce n’était qu’un pretexte...

    Merci pour cet article qui donnera peut être envie à ceux qui veulent en savoir plus de s’y rendre pour y boire des coups à la santé de la paix !

    • Syd97
      Syd97 répond à geantdefer
      étudiant
      • Posté à 06h27 le 02/05/2010
      • Internaute 88641
        étudiant

      D’accord avec vous sur presque tout. Je suis plus sceptique sur la conclusion qui consiste à dire que c’est « pour le pognon ». Je vois bien les raisons qui vous poussent à faire un tel bilan, mais pour être allé en Irlande du nord à quelques reprises, j’aurais tendance à lier les causes qui ont fait éclater le conflit, dans la deuxième moitié du XXe, aux autres raisons que vous citez : l’ancienneté du conflit, le déni de la réalité vécue par les catholiques et de leurs souffrances, une certaine forme de ségrégation dont les inégalités de richesse sont un effet. Car la ségrégation sociale, ce n’est pas exactement qu’une affaire de pognon. Après le Bloody Sunday, les familles des victimes ont reçu des lettres de dirigeants paramilitaire protestants (type UDA) disant en substance : « votre fils est mort et c’est bien fait pour sa gueule ». Alors, le pognon, la dedans...
      Très bon commentaire ceci dit !
      Salutations

      • geantdefer
        geantdefer répond à Syd97
        L'horreur est humaine (coluche)
        • Posté à 08h17 le 02/05/2010
        • Internaute 31641
          L'horreur est humaine (coluche)

        Merci. Les lettres que vous évoquez ne me surprennent pas tant la haine des deux communautés étaient (et j’en suis persuadé est encore dans certaines familles) présente. C’est ce que j’avais compris dans la notion de vengeance du sang... A ceci s’ajoute les trafics en tout genre d’une économie gangrénée par la guerre, avec ses profiteurs et sa mafia... Jusqu’a l’absurde : l’histoire de ces deux types partis aux USA pour acheter des armes chacun pour son camp et qui se retrouvent ensemble chez le même fournisseur le même jour ! Des histoires comme ça il y en plein.... Jusqu’aux bidonnages organisés par la presse pour avoir de bonnes photos de gosses avec les cocktails molotov dans les mains... Mais c’est un autre sujet qui me fait penser à ce film qui m’a tant tapé à clermont ferrand en 2007 « Le dernier chien du Rwanda, de Jens Assur » auquel je pense encore.... Une autre histoire de ségrégation d’une population par une autre.....
        J’ajouterais que pour celles et ceux qui veulent avoir une idée de l’ambiance des années 70 en Ulster, le film de Paul Greengrass « bloddy sunday » est remarquable de justesse...

         1 autres commentaires
  • Anonyme

    Très bon article, toutefois, même si la religion n’est pas la principale cause, c’est quand même un très gros morceau parmi les raisons du conflit.

    Quand Cromwell débarque, l’Irlande est en plein dans les guerres confédérées irlandaises, résultat de « la Guerre des 3 Royaumes ». Irlande, Ecosse, Angleterre sont dirigées par Charles Ier d’Angleterre qui avait fait naître des désaccords énormes sur le droit à choisir sa propre religion, et non celle ordonnée par le roi...

    A l’arrivée de Cromwell au pouvoir, les cathos sont persécutés tandis que les sectes protestantes fleurissent. Ces sectes recrutent parmi les soldats du Lord Protecteur. Cromwell, ses soldats et ses officiers recherchent la meilleure manière de servir leur dieu, à travers la guerre, pour le gouvernement du pays.

    Les Irlandais catholiques sont obligés de reconnaitre l’anglicanisme comme religion officielle de leur pays.
    ça n’a pas arrangé les choses...

  • Saturnin-julius
    • Posté à 18h03 le 01/05/2010
    • Internaute 25565

    Cet article incite à rappeler quelques petites choses que tout le monde sait inconsciemment :

    - la religion est instrumentée par la politique

    - les conflits religieux sont en fait des conflits politiques (problèmes culturels et sociaux)

    - aucun pays ne devrait se définir à partir d’une identité religieuse (risque de conflit difficile à résoudre)

    - pour résoudre un conflit religieux, il faut :
    1 séparer la religion et la politique
    2 régler le sous-jacent politique du conflit

    - la solution d’un conflit politique doit être simple et robuste (trop de subtilité ne dure pas)

    exemple : l’Afghanistan :
    - son problème de violence est extérieurement religieux
    - Il se présente comme (et est historiquement) un état national Pachtoune
    - la moitié de sa population (concentrée dans une zone géographique précise, le nord et l’ouest) n’est pas Pachtoune
    - la majorité des Pachtounes, habitent l’état voisin (le Pakistan) qui se définit par la religion, car il regroupe des nations différentes
    On voit, en creux, la façon de résoudre ses problèmes.
    Malheureusement ce n’est pas ce qui est fait...

  • Ylv
    Ylv
    ...
    • Posté à 18h22 le 01/05/2010
    • Internaute 25671
      ...

    et la Guiness dans tout çà ?

    • thierry reboud
      thierry reboud répond à Ylv
      • Posté à 18h29 le 01/05/2010
      • Internaute 20923

      La Guiness mergitur nec fluctuat.

    • Scotian
      Scotian répond à Ylv
      • Posté à 22h17 le 01/05/2010
      • Internaute 71808

      C’est vrai, ça faisait bizarre un article sur l’Irlande sans cliché. Ca manquait, merci.

    • antonh
      antonh répond à Ylv
      curieux
      • Posté à 08h11 le 02/05/2010
      • Internaute 50096
        curieux

      j’aurais dit : le trait d’union...

    • geantdefer
      geantdefer répond à Ylv
      L'horreur est humaine (coluche)
      • Posté à 08h28 le 02/05/2010
      • Internaute 31641
        L'horreur est humaine (coluche)

      à boire avec un short de Bushmills... At the Lavery’s.... : -)

  • zzzut
    zzzut
    étudiant
    • Posté à 18h52 le 01/05/2010
    • Internaute 78406
      étudiant

    les anglais en général, et les descendants des colons actuellement en irlande, sont-ils protestants ? dans mes souvenirs, la religion anglicane reste très proche du catholicisme, notamment par certains aspects du rite, le fait d’avoir un chef (la reine), etc... au départ le schisme de l’angleterre avec l’église catholique romaine n’était pas non plus essentiellement religieux.
    et puis petite précision sur la forme : rien de plus agaçant que ce tic journalistique d’écrire l’histoire au futur. c’est moche et c’est un contresens total sur le sens intellectuel de cette discipline. vous n’êtes pas madame irma et rien n’était écrit d’avance et prévisible (ce que laisse supposer l’emploi du futur). merci.

    • Jean-Baptiste Allemand
      Jean-Baptiste Allemand répond à zzzut
      Journaliste
      • Posté à 23h47 le 02/05/2010
      • Journaliste 93627
        Journaliste

      Les anglicans sont un cas très particulier, puisqu’ils se disent à la fois catholiques et réformés.

      Effectivement, leur séparation d’avec l’Eglise catholique romaine n’a rien à voir avec celle de la Réforme protestante. Pourtant, si on devait les « classer », je dirais que leur refus de l’autorité du pape les rapproche plus du protestantisme, bien qu’ils aient une doctrine très proche des catholiques romains.

      Sinon quant à votre remarque sur l’emploi du futur, je trouve que ça permet de mettre en valeur les conséquences d’évènements marquants de l’Histoire. Ca les distingue des faits secondaires, qu’on mettra au passé.
      Hé puis, tous les goûts sont dans la nature ;)

    • Zaratoustra7
      Zaratoustra7 répond à zzzut
      citoyen oméga
      • Posté à 23h27 le 03/05/2010
      • Internaute 113620
        citoyen oméga

      « rien de plus agaçant que ce tic journalistique d’écrire l’histoire au futur »

      La discipline exercé par un journaliste c’est le ... journalisme, pas l’Histoire, il y a une nuance profonde, même si les deux disciplines sont soeurs. Un journaliste peut s’adonner à la spéculation et à l’interprétation des faits, donc à l’usage du futur, contrairement à l’historien.

      • zzzut
        zzzut répond à Zaratoustra7
        étudiant
        • Posté à 08h50 le 05/05/2010
        • Internaute 78406
          étudiant

        non, pas dans le cas présent : que je sache, cet écrit a beau être un article, c’est aussi et d’abord un exercice d’histoire. ce n’est pas un éditorial, il n’y est pas question de spéculation et je ne vois pas en quoi l’interprétation de faits passés justifierait le recours au futur.
        comprenez-moi : c’est un contresens total.

  • pianoman
    pianoman
    musicien
    • Posté à 19h00 le 01/05/2010
    • Internaute 51684
      musicien

    même dans les conflits qui à l’origine ne sont pas d’abord des guerres de religion, on a youjours pu compter sur les dignitaires religieux pour mettre de l’huile sur le feu , ou pour détourner les véritables raisons...A votre avis, pourquoi, lors de la colonisation de l’Afrique et de l’ Asie, a-t-on envoyé D’ABORD les missionnaires, qui se tiraient la bourre (’entre autres), parpaillots ou cathos ? Entre premiers coupables et premiers complices, la distinction est parfois mince...

  • Sickwidit
    Sickwidit
    Checkin'it out
    • Posté à 19h19 le 01/05/2010
    • Internaute 84961
      Checkin'it out

    « l’Irlande sera envahie par ses voisins anglais dès le XIIe siècle, puis conquise vers 1650 par le tristement célèbre Cromwell. »

    C’est un peu court et facile (voir les lois Poynings de 1494, les lois pénales de début du XVIIIe, les lois Gardiner de la fin XVIIIe, jusqu’à l’union en 1801), mais l’article est très bon

    • Jean-Baptiste Allemand
      Jean-Baptiste Allemand répond à Sickwidit
      Journaliste
      • Posté à 23h36 le 02/05/2010
      • Journaliste 93627
        Journaliste

      Oui, vous avez raison, la conquête a commencé bien avant.
      Je voulais dire que c’est la campagne de Cromwell qui a définitivement éteint la résistance militaire qui empêchait les Anglais de prendre le contrôle total de l’Irlande.

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