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Comment sauver les « malles bleues » des photographes maliens ?

Publié le 04/05/2010 à 10h52

Combien de fonds photographiques africains ont péris dans des incendies de studios, ont disparus dans la nature après la mort du photographe, ne sont plus entretenus ou s’abiment inexorablement à cause du climat local ?

Que faire pour sauver ce patrimoine souvent conservé dans de grandes malles métalliques bleues, celles que l’on trouve sur les marchés de Bamako ou d’ailleurs ?

Gobelins, l’école de l’image a conçu en 2009 un projet de numérisation et de préservation des photographies anciennes du Mali en collaboration avec l’Institut national des arts de Bamako. Ils sont intervenus sur trois fonds, trois époques et trois points de vues.

1

Celui de l’Institut fondamental d’Afrique noire, ancien Institut français d’Afrique noire mis en place par Théodore Monod après la Seconde Guerre mondiale, pour des images datées des années 1930 et 1940.


IFAN vers 1938 

2

Le fonds du plus célèbre « studiotiste » malien Seydou Keita (1921-2001), constitué de négatifs en noir et blanc reproduisant la dernière période d’activité de son studio (1960-64), alors ouvert au « tout-Bamako ».

Ces clichés gélatino bromure (de format 13x18 cm et 9x12 cm) étaient en fort mauvais état de conservation.


Seydou Keita

3

De nombreux clichés 6x6 cm d’Adama Kouyaté, de Ségou, toujours actif, dont l’œuvre mal connue, réalisée dans les années 1970, est étonnante et originale ; notamment ses séries au contenu ethnographique sur de jeunes enfants et leurs mères.


Adama Kouyate

Les équipes françaises d’étudiants de Gobelins et maliennes de l’INA, dirigées par les professeurs photographes Jérôme Jehel et Alioune Bâ, ont réussi à sauvegarder plusieurs centaines d’images.

Une fois écartés les problèmes délicats inhérents à la protection des droits des auteurs -des photos signées de Seydou Keita se commercialisent plusieurs milliers d’euros dans les galeries internationales-, il ne suffit pas de cliquer sur la souris, comme l’explique Jérôme Jehel :

« La restauration numérique d’un fonds ancien n’est pas une opération neutre, cela suppose des choix techniques, qui, dès le départ, auront des incidences sur la restitution des photographies et donc sur leur perception.

Pour une part, il s’agit d’une étape très voisine du tirage traditionnel : choix d’un contraste, d’une densité, d’un rendu des valeurs pour corriger un défaut ou pour prolonger le sens d’une image... Un choix tranché est donc impossible et la notion parfois avancée de “ brut de scan ” est erronée car un scan n’est jamais brut. »

Ce projet porte in fine le constat de l’importance du numérique léger en Afrique. Si dans des secteurs divers du continent, la souplesse de cette technique peut faire accélérer un développement différent, cette technologie peut aussi en sauvegarder rapidement la mémoire, le patrimoine.

Pour avoir un aperçu du travail collectif et professionnel entrepris à Bamako, on peut voir ce petit film sur les ateliers numériques locaux. (Voir la vidéo)

Plus de soixante photographies restaurées sont présentées -efficacement encadrées- à la galerie Gobelins, l’école de l’image, à Paris.

La malle bleue et les autres... Galerie de Gobelins l’école de l’image - 73, boulevard Saint-Marcel 75013 Paris - jusqu’au 19 mai - du lun. au ven. - de 10 heures à 18h30 - entrée libre.

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  • batila-
    • Posté à 11h13 le 04/05/2010
    • Internaute 34191

    Ces photos font parties du patrimoine africain, mais elle doivent être restaurées comme un patrimoine de l’humanité.
    J’ai eu l’occasion de voir des photos privées en très bon état de l’Afrique des années 50, et c’est assez émouvant de voir le quotidien de ces personnes tout en connaissant les ravages des guerres et des famines qui ont détruit tout ça.
    Bien à l’abri dans leur malle bleue, ces clichés sur papier ont survécu. Il faut les protéger en se servant des Nouvelles Technologies...

  • Charles Mouloud
    Charles Mouloud
    Bras gauche de la Vénus de (...)
    • Posté à 12h22 le 04/05/2010
    • Internaute 12542
      Bras gauche de la Vénus de (...)

    Il y a de nombreux talents au Mali, et parmi eux , d’excellents photographes.

    Lors de mon dernier séjour , j’ai eu la chance de visiter une exposition de Adama Kouyaté , chez Chaab et Katherine, au Carpe diem , à Ségou.
    J’en profite pour saluer Chaab..grand lecteur de rue89 ; :)
    Lien

    Actuellement , aux Champs Libres de Rennes , une exposition sur les « Femmes au Mali », visible jusqu’en octobre prochain, permet entre autres , de découvrir le travail photographique de :

    Seydou Keïta (1921 – 2001)
    Photographe installé à Bamako de 1949 à 1977, il a laissé un ensemble exceptionnel de portraits de la société bamakoise de cette époque.

    Malick Sidibé (né en 1935)
    A l’instar de son aîné Seydou Keïta, Malick Sidibé a réalisé de multiples portraits en studio. Il a également été le témoin de la vie nocturne et diurne de la jeunesse bamakoise. Il exerce toujours son activité dans le même studio à Bamako.

    Ce studio est fidèlement reconstitué dans l’exposition.
    ...ainsi qu’un reportage photographique sur les femmes du plateau dogon par Fatoumata Diabaté, jeune photographe malienne.

    Aperçu du cadre de l’expo :

    PS : Adama Kouyaté se serait fait « dépouillé » de quelques unes de ses oeuvres , par des « amis » bien intentionnés , photographes français et « esthètes »....

  • Rivendell
    Rivendell
    Suppot de satan
    • Posté à 13h11 le 04/05/2010
    • Internaute 102483
      Suppot de satan

    Comme d’hab’ quand il s’agit de préserver la culture ne venant pas de pays occidentaux, on fait ça au rabais, par charité...

    Il est incroyable de voir à quel point la culture de ces pays est ignorée, ou traitée avec beaucoup moins de respect.

    Quand on voit qu’on n’enseigne pas un poil de littérature ou de philosophie venant de ces pays dans nos écoles, ou même dans les classes préparatoires, c’est vraiment faire preuve de dénigrement.

  • mlctn
    mlctn
    etudiant
    • Posté à 20h54 le 04/05/2010
    • Internaute 110548
      etudiant

    Pour précisions, c’est une très belle expo, où les images ont été traitées avec respect par les étudiants. Il ne s’agit pas d’un pillage mais d’un échange : les étudiants ont eu la chance de travailler et de mettre en pratique leurs connaissances en scan, restauration et tirage photo sur de belles et précieuses images tandis que les images du fond photographique vont ainsi connaître une deuxième vie. Les étudiants de Bamako ont aussi appris à scanner avec cet échange. Pas d’argent en jeu, juste une transmission, un échange de savoir et de services entre les étudiants des Gobelins et de Bamako !

    (une étudiante)

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