Ella vu, ella aimé

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« Les toits de Paris », chronique de la vieillesse ordinaire

Publié le 21/11/2007 à 11h29

C’est par une plongée en carte postale sur les toits gris de la capitale que le plus kurde des réalisateurs parisiens, Hiner Saleem, ouvre son sixième long métrage « Les toits de Paris ». La lumière franche et sans artifice éclaire la ville, à l’image de tout ce qui doit suivre. Sous ces « toits de Paris », lorsqu’on est vieux et pauvre, comme Marcel, on attend.

On attend le jour de piscine (du coup, celui de la toilette) avec son voisin de palier Amar, qui ne pense qu’à rentrer dans son pays ; on attend le fils qui vous a oublié et ne se déplacera pas ; Thérèse, qui travaille à la brasserie du coin et vous apporte toutes les semaines des macarons, un peu de chaleur en même temps qu’elle se réfugie, aussi, dans vos bras rassurants...

Et on n’attend plus rien, sinon que le temps passe, comme il a déjà passé et filera encore. En été, sous l’ardoise, la chaleur est insupportable ; tandis qu’en hiver, le froid impitoyable s’infiltre à travers les fissures du mur où à travers la fenêtre qui ne ferme plus. Comment grimper chaque jour les hautes marches de service qui mènent à votre petite chambre ? Comment dire et donner à comprendre sa souffrance -à qui ? - quand, vieillard et démuni, vous n’êtes plus livré qu’à vous même ? Initiative magnifique D’Hiner Saleem de s’être tourné vers les vieillards abandonnés et condamnés de nos sociétés capitalistes, oublieuses ; déjà dans « Vodka Lemon » le réalisateur se plaçait ainsi en observateur des systèmes humains, de leurs faiblesses, plus qu’en dénonciateur.

« La richesse des pays développés produit des sas où sont entassés ceux qui ont perdu toute valeur. Quand on a dépassé l’âge où on est productif et indépendant, on entre dans la salle d’attente... Les humains sont étiquettés comme des denrées périmées, et parqués avant le passage des poubelles. Comment, en Occident, le bien-être des certains peut-il cohabiter avec autant de souffrance. (...) Mais le film n’a pas l’ambition de dénoncer quoi que ce soit. Personnellement, je n’ai pas de monde meilleur à proposer. Je me contente de raconter les êtres. »

Intention d’autant plus méritoire ici que le regard porté sur les vieux de Paris est celui d’un étranger, d’un exilé, d’un Kurde. Michel Piccoli a souligné, lors de l’une des avant-premières du film, à quel point il lui avait été agréable de travailler avec l’intelligence et l’ouverture d’esprit de quelqu’un qui avait tant voyagé... Exil pour exil.. ?

« Nous sommes faits comme ça. Je pense que nous sommes très misérables, mais que cette misère est sublime. »

Ainsi, pour dépeindre le combat (« sublime » ?) de l’homme (ne mourir ni de faim, ni de froid, ni de dénuement), Hiner Saleem a fait appel à Michel Piccoli, exceptionnel, prix d’interprétation au Festival de Locarno. Maurice Bénichou, Mylène Demongeot, Marie Kremer, pudiques, lumineux, peuplent la solitude de Marcel.

Si quelques intentions frisent parfois le « trop de poésie », le silence des gestes et des regards fait de ce naufrage muet et si digne, un incontestable voyage de cinéma.

« Les toits de Paris » de Hiner Salee, avec Michel Piccoli, Mylène Demongeot, Maurice Benichou, Marie Kremer. Durée : 1h38.

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  • Anonyme

    qui produit ce film ?

    merci

    • Ella Marder
      Ella Marder
      Rue89
      • Posté à 16h10 le 21/11/2007
      • Internaute 2307
        Rue89

      Le film est coproduit par Dominique Barneaud et Robert Guédiguian.

  • Anonyme

    on ira

  • Anonyme

    La citation de votre article est si juste, elle depeind si bien la direction que prend notre societe avec les sarkozy et consorts, je vis aux Usa mais je ne manquerai pas d’aller voir ce film lors de ma venue en France.
    Ps Bravo aux grevistes et au peuple francais qui est descendu dans la rue, vous montrez au monde que vous ne vous laissez pas faire.

    • Anonyme

      Merci à vous. Etes vous français(e) ? Une telle lucidité, venant d’une personne vivant aux USA, rassure... ELN

      • Anonyme

        Il n’y a pas de quoi.
        Lucidité je ne sais, disons plutôt réalisme.
        Un franco étasunien.....

  • Anonyme

    j’avais vu la proj de ce film au festival de Locarno, film magnifique, Ella, et Piccoli n’avait pas vacillé, son engagement politique public toujours aussi intelligent, nous avait offert, le lendemain, une conf’ brillante, sérieuse et drôle où monsieur Sarkozy était cloué au mur. jubilation, respect. Piccoli a 80 ans, et 20 dans la tête. sublime dans le film d’Hiner. sublime dans la vie.

    xxx

  • Ella Marder
    Ella Marder
    Rue89
    • Posté à 23h10 le 21/11/2007
    • Internaute 2307
      Rue89

    Je suis touchée de susciter des réactions bienveillantes, et heureuse de partager le même point de vue sur ce film.
    A bientôt,
    e

  • Anonyme

    Michel Piccoli est absolument prodigieux. je suis resté stupéfait par un talent aussi IMMENSE.

  • pikasso02
    • Posté à 11h48 le 28/11/2007
    • Internaute 10134

    Je réponds ici, ne pouvant pas répondre, sur l’autre site VIE à Ella Marder. Pourquoi ? Mystère.
    Si Rosalie Evelyn a une technique qui permette l’écoute de son propre corps, pourquoi la critiquer ! Toute écoute se faisant en partie par les sens, ce n’est pas négligeable.

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