Cabinet de lecture

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La Série Noire détient le fils de Bérurier

Publié le 05/06/2007 à 11h22

Aime-moi Casanova d'Antoine Chainas Deux ans après son ravalement de façade (passage du format semi-poche au grand format en 2005, changement de directeur de collection), la Série Noire continue de montrer l’étendue et la qualité de sa nouvelle devanture. L’opération n’était pas évidente, et faisait elle-même suite à un très opportun changement de ton opéré dans les années 90. Depuis deux ans, l’essentiel des parutions est composé de (forts bon) romans anglo-saxons ou scandinaves, allant du thriller efficace au roman historique en passant par des récits venant tout droit des Etats-Unis. Mais depuis deux ans, on y lisait très peu de polars français. En cause, l’attirance des auteurs pour le thriller à l’américaine et la place absolue des Editions Rivages, meilleur éditeur de polars en France. N’oublions pas cependant Caryl Férey, assurément la plus belle apparition du roman noir français depuis dix ans.

Mais à la Série Noire, il y a maintenant Chainas. Antoine Chainas. Un type dont la quatrième de couverture nous signale qu’il a fait mille métiers, et que « décédé en 1999, il travaille depuis dans une grande administration française », ce qui donne la mesure du ton du livre…

Il s’agit en fait du premier roman d’un jeune trentenaire. Qui remet les pendules à l’heure dans le roman de flic à la française. En effet, depuis la fin de la vague néo-polar, le roman français avait eu tendance à angéliser quelque peu la figure du policier, comme le firent ensuite les fictions télé. Si l’entreprise est louable (les flics, comme nous tous, ont leur part claire et leur côté obscur), elle avait finit par générer des romans légèrement semblables, et surtout littérairement moins efficace. Bérurier n’était plus. Il est revenu en 2007. L’esprit Béru’ est donc soluble dans la France d’après. Et dans un premier roman sévèrement burné : « Aime-moi, Casanova ».

Milo Rojevic, aussi surnommé Casanova ou le Poinçonneur des Lilas ou encore Machine Gun, est flic dans une ville indéterminée qui évoquera aussi bien Marseille que Paris, peut-être Nice. C’est un obsédé qui commence à devenir fatigué, lessivé, carbonisé. Mais qui reste un dur à cuire. Et il a intérêt, car il passera la plus claire partie du livre à s’en prendre tellement à travers le portrait que ce dernier évoquera bientôt plus la tomate, le chou-fleur, voire la pizza, qu’un visage humain. C’est que notre homme n’a pas peur de prendre le réel dans la face.

L’histoire est très simple : Casanova ne vient jamais au bureau, en bon flic de terrain. Mais le seul supérieur qui couvrait ses absences disparaît. Le flic doit alors, officieusement, le retrouver. Officieusement, car il va devoir plonger est un réseau sous-terrain où grouillent les plus hauts responsables de sa brigade : jeux, boîtes échangistes et SM, dresseuse de chiens aveugle et zoophile. Notre homme, qui en connaissait déjà long sur la vie underground de certains membres de la police, va découvrir une réalité inexplorée par les plus fou de ses fantasmes. Et les plus folles de ses peurs.

Car c’est aussi devant ses peurs que se dresse notre homme. Comme tout personnage de roman noir, il a un passé encore vivant, encore fumant, avec une culpabilité dans un drame perso majeur. Qui revient ici comme une ritournelle.

Ce roman noir est construit en narration double, ce qui donne du corps au roman. C’est un vrai hard-boiled (version polar de « dur à cuire »), avec un anti-héros qui passe le plus clair de son temps à prendre des coups, un roman porté par un ton sec, efficace, cynique et provoc’. Un langage fait de maîtrise et de mauvaise foi qui rappellera la verve d’ADG, lequel est au polar de France ce que Céline est à sa littérature en général : un talent brut, mais d’extrême droite. Chainas balance sur la vie underground des flics français. Du coup, le roman se fait parfois populiste dans sa façon de peindre du même noir le quotidien des flics ripoux, on en revient alors à une des veines du polar français depuis… Bérurier.

Par son ironie, Chainas laisse au lecteur le choix de croire ce qu’il croit crédible. Ce polar racé fait du bien au polar français : suffisamment burlesque pour être crédible, suffisamment bien goupillé pour être un grand plaisir, suffisamment investigué pour être réaliste. Ici, le polar redevient underground, tout en restant puissamment littéraire.

Aime-moi, Casanova d’Antoine Chainas (Série Noire / Gallimard, 250 p, 13,90€).

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  • Anonyme

    « le roman français avait eu tendance à angéliser quelque peu la figure du policier »

    Nous ne devons pas lire les mêmes auteurs... reste à définir l’angélisme.
    Chainas n’invente rien, il agglomère, il surcharge, il accumule, il « démesure ». Cette surenchère fait de l’image mais pas de consistance. Les clichés, récupérations, outrances deviennent risibles. Ça sent la systématisation, la fabrication, le très « tendance ».

    C’est de la serié B, sans écriture particulière, sans profondeur.

    n’est pas Ken Bruen (par exemple) qui veut.

  • Anonyme

    Il est vrai que la série noire s’est requinquée face a la montée de RIvages
    notemment avec Larry Brown cet ancien pompier et son chef d’oeuvre steinbeckien Joe.ET elle a tout interêt la série noire
    a engager de bons traducteurs,nerveux,c’est un peu par là qu’elle pêchait face a Rivages.A titre d’exemple,comparer le peuple des tenebres d’HIllerman devenu le peuple de l’ombre chez RIvages et vous verrez toute la différence...Maintenant les auteurs français fors HUgue Pagan qui a reellement un style
    ont toujours cette narration plate et journalistique type Daenninck JOnquet qui affadit ,et c’est dommage ,leurs propos souvent extremement étayés.
    L’impression generale du polar français c’est qu’il ne demarre pas en laissant de la gomme sur le bitume comme chez Ellroy,James lee Burk

  • Anonyme

    Je trouve que vous tapez un peu trop fort sur le roman policier français. Nous n’avons probablement pas les mêmes gouts car je déteste quand l’auteur se croit obligé de décrire des scènes terribles scencées nous angoisser ou de surenchérir dans l’abject pour faire peur, ou encore pire, pour faire vrai... Pourtant,j’aime ellroy, mais par exemple je déteste maxime chatam.

    Pour revenir au bon roman noir français, les éditions Viviane Hamy dans leur collection chemin nocturne éditent beaucoup de très bon romans policiers français. J’en ai lu beaucoup et ils m’ont tous plu. En fait je suis fan et j’attends toujours avec impatience les nouvelles sorties. Evidemment,pour la gomme sur le bitume, on repassera !

    • Anonyme

      Il est vrai qu’Ellroy a eu beaucoup de suiveurs...quel n’est pas le polar ou le film sans son serial killer...c’est presque devenu un passage obligé.Ce que je voulais dire c’est que les auteurs français se regardent ecrire,il y a un côté confiné, dans un genre ou justement où il faut s’oublier,risquer

  • Anonyme

    La série noire a surtout opéré l’escrocrie très à la mode en ce moment de multiplié son prix par 2.
    Cela m’a dégouté pour longtemps.

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