Theatre et Balagan

Chronique ambulante d'un amoureux du théâtre, d'un amateur de l'Est et plus si affinités.

Françon fignole une folie Feydeau sans fioritures

Publié le 04/01/2008 à 16h06


’L’Hôtel du libre-échange’, au théâtre de la Colline

Depuis le 27 décembre, le théâtre de la Colline est à la fête. Le docte directeur de l’établissement, Alain Françon, met en scène un chef d’oeuvre délirant trop peu jouée de Georges Feydeau : « L’Hôtel du libre-échange » .

Et il le fait avec la précision chirurgicale du maître du vaudeville. Ce dernier passait pour un être mélancolique ; Françon, abonné aux pièces d’Edward Bond, n’a pas non plus la réputation d’un boute-en-train ou d’un faiseur de bons mots. Ces deux-là étaient faits pour s’entendre.

Françon monte Feydeau comme il monte Bond, sans fioritures, sans béquilles. C’est comme du Bond, mais à l’envers, impitoyablement drôle, de plus en drôle au fur et à mesure que la machinerie infernale que met en place Feydeau se ramifie et s’accomplit dans les moindres recoins.

Les Pinglet, les Paillardin, une bonne, un neveu puceau, un bègue...

Au premier acte, Feydeau tricote du vaudeville : Les Pinglet, un couple marié depuis plus de vingt ans où le mépris a depuis longtemps remplacé l’amour ; leurs voisins, les Paillardin, plus jeunes mais le mari est en amour une « moule » , et délaisse son épouse, laquelle met en rut le vocan qu’est Pinglet, entrepreneur en travaux public et à ce titre partenaire de son voisin Paillardin, architecte.

Ajoutez à cela la bonne des Pinglet, nommée Victoire -qui, à la fin de la pièce sera défaite de tout et qui en pince pour un neveu puceau des voisins. Enfin, en provenance de Valenciennes, arrive Mathieu -bègue quand il pleut et volubile par temps sec-, une relation des Pinglet. Il entre bientôt rejoint par ses quatre filles, et les Pinglet essaient de se débarrasser de cette glu provinciale.

Histoires de couples mal assortis, jeux de mots, mesquineries, cruautés domestiques, mépris. Un joli tour de chauffe où les acteurs -Clovis Cornillac (Pinglet), Anne Benoit (Angélique, son épouse), Irina Dalle (Marcelle Paillardin), Eric Berger (son époux), Maud le Grévellec (Victoire), Gilles Privat (Mathieu)- accèlèrent progressivement le rythme.

« Recommandé aux gens mariés... ensemble ou séparément »

Non, on ne racontera pas toute la pièce, d’ailleurs elle est irracontable. Ce moteur infernal qui réunit l’excellence d’une Rolls Royce, la mélodie pétradante d’un antique Solex et les accélarations d’une puissante moto Kawasaki, la dramaturge Noëlle Renaude a eu envie de le démonter pour en percer sinon le mystère, du moins la fabrication.

Dans un article remarquable publiée dans « Lexi » , la revue du théâtre de la Colline, elle essaie de « mettre à plat » le déroulé de la pièce, d’en raconter l’action pas à pas. Mais c’est trop complexe, cela part trop dans tous les sens, elle finit par renoncer.

Cependant, elle pointe bien le moment pivot de la pièce, apparemment anodin : un main froisse un prospectus qui fait la pub en ces termes :

« Sécurité et discrétion ! Hôtel du libre-échange, 220, rue de Provence ! Recommandé aux gens mariés...ensemble ou séparément. »

Le burlesque de situations aussi vraies qu’invraisemblables

Tout se met en vrille au deuxième acte (il y est d’ailleurs question d’un vilbrequin), lorsque tout ce monde là se retrouve pour diverses raisons à l’Hôtel du libre-échange où surgissent d’autres personnages à commencer par le tenancier blasé de l’établissement (Jean-Yves Chatelais qui offre à son personnage des faux airs de Sacha Guitry).

La pièce atteint là des pics de burlesque à travers des situations et des répliques aussi vraies qu’invraisemblales, un désordre lesté d’une logique imparable mais aberrante. Et le troisième acte ira encore crescendo, jusqu’à atteindre un théâtre de la cruauté bourgeoise, via un cynisme, une lâcheté et une prime à la traitrise et au mensonge -autant d’ingrédients qui nous ramènent fissa au sarkozisme ambiant.

« Une étrange anomalie de logique implacable et de folie débridée »

Henry Gidel, qui connaît Feydeau comme personne, résume ainsi la formule magique du dramaturge : « Une étrange anomalie de logique implacable et de folie débridée entraînant une action au mouvement irresistible. » On ne saurait mieux résumer en une phrase le génie de Feydeau dont « L’Hôtel du libre-échange » est des plus beaux fleurons.

L’un des secrets de l’auteur, c’est sa méthode. Contrariement à ce que l’on pourrait penser tant sa mécanique est subtile et sa construction diabolique, Feydeau ne faisait pas de plan (du moins on en a retrouvé aucun). La pièce avançait en marchant. Et l’auteur en parlant à haute voix, seul ou avec un partenaire (cette pièce comme d’autres fut écrite avec un sparting patrner, Maurice Desvallières).

Enfin l’auteur, gros bosseur et noceur, avait été acteur, et sa façon de cingler les répliques part de la scène. Avant de sombrer dans la folie, Feydeau eut le temps de repérer Raimu, et même de songer à écrire pour Chaplin, après avoir vu « Charlot soldat » .

L’hôtel du libre-échange de Georges Feydeau, mise en scène Alain Françon - théâtre de la Colline, 15, rue Malte-Brun, Paris XXe, métro Gambetta - jusqu’au 24 février - du mer. au sam. 20h30, mar. à 19h30, dim. à 15h30 - 13€/27€ - Rens. : 01-44-62-52-52 - plan.


’L’Hôtel du libre-échange’, au théâtre de la Colline

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  • PierreAdrien06-
    • Posté à 16h49 le 04/01/2008
    • Internaute 25405

    Ici on ne replie pas ou alors faudra m’expliquer ! ! !

  • PierreAdrien06-
    • Posté à 19h22 le 04/01/2008
    • Internaute 25405

    Toujours là et pas replié ?

    Bizarre ! ! !

    Là j’ai dit bizarre ! ! ! peut être un mot de trop...

  • PierreAdrien06-
    • Posté à 22h24 le 04/01/2008
    • Internaute 25405

    Hello...

    J’avais bien dit BIZARE ! ! !

    Finalement j’ai rêvé...

  • A déménagé le 13-10-2012
    • Posté à 09h36 le 05/01/2008
    • Internaute 19357
      non connue

    Ça va ,tu te sens pas un peu seul ? ? ? Tu as des problèmes de repliage ? ? ?
    Ça à pas l’air d’interresser grand monde le Théââââtre ! !
    AH Monsieur ,le Théâââtre ,quoi de plus neuf que Molière ! ! !
    AH Monsieur ,le chevâââââl ,vous ne montez pas ? ? ? ? ?
    AH Monsieur ,la Voile ,vous me régatez pas ? ? ? ?

    • CyrilM
      • Posté à 11h15 le 05/01/2008
      • Internaute 22596

      Moi ça m’a donné envie de voir la pièce même si je n’ai survolé que très rapidement l’article, justement parceque j’avais envie de voir la pièce et que je préfère avoir une vision plus personnelle pour ensuite la confronter éventuelle avec d’autres. Ma place est prise j’y reviendrais donc.

      • FabiendeMénilmontant
        FabiendeMénilmontant répond à CyrilM
        journaleux - blogueur
        • Posté à 00h11 le 07/01/2008
        • Internaute 14145
          journaleux - blogueur

        @CyrilM,

        au risque de me faire mal voir aux voeux du maire du 20e et à ceux des habitants que je représente, je me permets de te donner un conseil : revends ta place !

        Fabien
        Lien

  • StéphaneGomot
    StéphaneGomot
    Etudiant en Arts du spectacle
    • Posté à 11h41 le 05/01/2008
    • Internaute 27202
      Etudiant en Arts du spectacle

    Monsieur Thibaudat, votre « critique » qui ouvre des perspectives. La presse française ne sait d’ordinaire plus le faire. Merci.

  • PierreAdrien06-
    • Posté à 11h55 le 05/01/2008
    • Internaute 25405

    Tout à fait raison,

    Moi même je n’aime pas que l’on me téléguide comme une marionnette...

    Une vision personnelle est préférable , après on peut débattre.

    Le théâtre ? les humains penchent plutôt pour le cirque ...

    J’entends bien par cirque « cirque politique »

    Ici sur Nice une nouvelle pièce théâtrale « Peyrat/Estrosi »

    Finalement le théâtre a de l’avenir...

  • CyrilM
    • Posté à 12h04 le 05/01/2008
    • Internaute 22596

    A noter que « balagan » est aussi un mot hebreu très courant qui signifie tout simplement « bordel », ce qui n’est pas très loin du sens russe d’ailleurs apparement et en découle probablement. C’est un terme que j’utilse souvent avec mes amis israeliens, en anglais « the big balagan », ça sonne plutôt bien : -) et ça va bien avec le monde dans lequel on vit.

  • FabiendeMénilmontant
    FabiendeMénilmontant
    journaleux - blogueur
    • Posté à 00h08 le 07/01/2008
    • Internaute 14145
      journaleux - blogueur

    Je ne comprends pas trop l’intérêt de nous parler de Feydeau.

    Lors de la représentation de samedi soir, heureusement que les acteurs ’étaient pas mauvais, car le public n’était visiblement pas ravi.

    Nous devons désormais, dans le 20e, où nous avons deux Théâtres nationaux, nous fader les goûts de Sarko… tout ça pour que Albanel reste un peu plus en place.

    Je ne veux pas jouer « la grand-mère à moustaches », mais « c’était mieux avant ».

    Fabien
    Lien

  • gratiane
    • Posté à 10h30 le 08/01/2008
    • Internaute 27737

    J’étais à la première.
    C’était la première fois que je voyais du Feydeau.
    Je ne crois pas mettre autant ennuyé au théâtre depuis ....
    et quand je lis dans l’article de J.P. Thibaudat : ’’un chef d’oeuvre délirant..’’ je m’interroge, mais en lisant plus loin ’’Ce moteur infernal qui réunit l’excellence d’une Rolls Royce, la mélodie pétradante d’un antique Solex et les accélarations d’une puissante moto Kawasaki,..’’ je crois mieux comprendre pourquoi nous n’avons pas vu la même pièce.

  • dufoyer
    • Posté à 17h57 le 08/01/2008
    • Internaute 27816

    Monsieur Thibaudat,
    Vous pétillez comme le champagne à Vienne !
    La promesse de lectures, la pertinence de vos propos, la clarté des verres de vos lunettes. Bref, me voici.
    Merci monsieur Thibaudat.
    O Dufoyer.

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