Theatre et Balagan

Chronique ambulante d'un amoureux du théâtre, d'un amateur de l'Est et plus si affinités.

Daniel Jeanneteau face à l'énigme « Bulbus » d'Anja Hilling

Publié le 31/01/2011 à 10h31


« Bulbus“(Elizabeth Carecchio)

Comment parler de la pièce de l’Allemande Anja Hilling (née en 1975) et de la mise en scène qui en a été faite par Daniel Jeanneteau ? On sort de cette soirée avec un sentiment réjouissant de dépaysement – a-t-on jamais vu sur scène plusieurs scènes se passant sur une piste de curling ? –, mais aussi l’impression d’être passé à côté, oui, mais de quoi ?

Le mystère de la scène froide

C’est un peu comme si on devait décrire un glaçon et qu’au fur et à mesure que l’on s’échine à le faire, ledit glaçon fond, ne ressemble plus à ce qu’il était, s’échappe et, quand on achève la description, le glaçon a disparu. C’est ce qui se passe avec ce spectacle insaisissable qu’est ‘ Bulbus ’. Quand, au retour du théâtre, on lit la pièce que l’on vient d’entendre, elle nous échappe tout autant.

Il n’y a cependant rien d’incompréhensible. Alors quoi ? On ne peut pas incriminer le traducteur, Henri Christophe, même si le metteur en scène a modifié ici et là sa version française.

Ni la scénographie que signe également le metteur en scène. Comme toujours chez Daniel Jeanneteau, la proposition est radicale : une piste circulaire blanche comme glacée avec au centre un îlot de verre. Le tout produit une étonnante impression de fraîcheur dans une salle (la grande salle du Théâtre de la Colline) habituellement surchauffée.

Deux corps nus pris dans la glace


‘Bulbus’ (Elizabeth Carecchio)

Les acteurs portent souvent un anorak et on ne peut pas dire qu’ils ne donnent pas de la chaleur à leur personnage. Autour du couple que forment Amalthéa (Eve-Chems de Brouwer) et Manuel (Julien Polet), évoluent Jutta qui tient une épicerie (Dominique Frot) et chez qui travaille le vieux Markidis (Serge Maggiani), Albert Ross, le patron d’une pension (Johan Leysen) et Rosa, un agent de police comme on en voit rarement (Marlène Saldana).

‘Bulbus’ est le nom de la petite ville où cela se passe. Elle aurait pu être touristique mais les cars ne passent plus depuis des années. Un village ordinaire comme retiré du monde, avec son train-train quotidien entre l’épicerie et la piste de curling, les ragots du jour, mais un village où tombent deux corps nus pris dans la glace comme un glaçon dans une soupe.

Cow-boy et curling

Il ne faut pas se fier aux apparences, surtout pas au théâtre. Dominique Frot donne à son personnage la complexité d’une déesse. Amalthéa parle peu, son corps parle pour elle, mais elle est aussi capable de dire ‘ tais-toi connard ’.

Le vieux Markidis possède l’imputrescible sagesse des anciens, ‘ j’ai un certain sens des mystères ’, assure-t-il et c’est vrai. Manuel est comme un type qui essaie de recoller les morceaux d’un puzzle auquel manque toujours une pièce. ‘ Bulbus ’ ne cesse poser un voile de mystère sur les choses les plus ordinaires : un magasin Ikea, une piste de curling, une paire de patins à glace ou l’usage du mot ‘ Cow-boy ’.

Tout se renverse dans l’écriture d’Anja Hilling qui, en s’attaquant à l’écriture de sa pièce, note :

‘ Vu d’en dessous, le glissement des palets sur la glace rappelle le mouvement de la pupille sur la rétine. Je vais approfondir cette observation. ’

C’est peut-être le meilleur résumé que l’on puisse faire de ‘ Bulbus ’ et tout autant de la mise en scène de Jeanneteau, qui tente une traduction scénique de l’écriture incernable d’Anja Hilling. Tous comptes faits, ‘ Bulbus ’ apparaît comme un conte pris dans les glaces d’un songe. Une persistante énigme.

Bulbus au Théâtre de la Colline - jusqu’au 12 fév. - du mer. au sam. à 20h30, le mar. à 19h30, le dim. à 15h30 - 9/27€ - Rens. 01-44-62-52-52. La pièce est éditée aux Editions Théâtrales, 58p, 9€.

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  • kam-kam
    kam-kam
    juriste
    • Posté à 15h00 le 31/01/2011
    • Expert 135320
      juriste

    Mouais... Le sens du mystère évoqué ici correspond plus à un écran de fumée permettant de cacher le peu d’intérêt du texte. Anja Hilling nous apprend que des habitants d’un village sans histoire peuvent avoir des secrets inavouables..., l’étranger suscite un sentiment contradictoire d’attirance/répulsion.... la société du spectacle transforme les drames humains en divertissement....les secrets de l’enfance finissent par ressortir...
    Pour rajouter au mystère on découpe le texte en bribes, on le secoue, on le met dans le désordre et ça nous donne des comédiens qui entrent chacun leur tour pour dire une réplique qui sera reprise plus tard dans son contexte... on nage dans les brumes...
    Enfin, une scénographie reprenant l’idée de la pupille (comme symbole du spectateur omniscient : comme c’est original..) par l’intermédiaire d’un plateau circulaire où les comédiens font du patinage car il faut bien que ca serve à quelque chose un plateau circulaire.

    Avec peu, on peut faire beaucoup de mousse...

    Au final de l’ennui, partagé, il me semble, au regard des départs avant la fin, de soupirs et d’applaudissement très mous.

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