Le blog du Poulpe

"Vous seriez pas flic par hasard ? Parce qu'on est jamais flic par hasard"

Le Poulpe revient sur Rue89 : Café la police

Publié le 09/02/2008 à 12h26

Chaque samedi, Rue89 publie un épisode des aventures de Gabriel Lecouvreur. Première étape à Paris avec Jean-Bernard Pouy.


Le poulpe : pour l’attendrir, il faut taper dessus (XcBiker/Flickr).

Ce matin, c’était comme tous les matins. Avec, depuis quelques temps, une variante. Gérard astique son zinc et sert les cafés, un clope éteint coincé aux commissures. Ça le rend quasi muet, voire pusillanime, de ne plus fumer. Tout l’énervement du bonhomme s’est réfugié dans le regard. Mais il tient.

De temps en temps, la serviette sur l’épaule, il sort sur le trottoir pour en griller une. Si jamais un passant, un habitué, lui fait une remarque, n’importe laquelle, comme quoi ça craint pour le trou dans l’ozone, il pète un plomb.

Et, depuis deux jours, il avait l’air d’avoir vu le loup. Je le comprends. En faisant son marché il était tombé sur une escouade droitière (des sarchofagistes, comme il dit), distribuant des tracts en couleur, auréolés par l’ineffable présence de Panaf’ soi-même.

Alors, en boucle, il hurlait que, théoriquement, le Dimanche, c’est aussi le jour de la chasse. Et qu’il regrettait amèrement de ne pas avoir pris son flingot, comme ça il aurait pu se payer une pintade à roulettes.

Moi, depuis deux jours, j’essaie de le calmer en lui assurant qu’il y a une logique. Si la droite a choisi la plus nulle, c’est pour perdre, un point c’est tout, il suffit d’attendre, même si c’est incompréhensible.

Ce matin, moi aussi, j’étais à cran. Je ne sais pas trop pourquoi. Peut-être parce que c’était un mardi. Le lundi, c’est ravioli. En boîte. Le mardi, c’est sodomie. En boîte aussi. Alors, quand le décérébré au croissant/bière, juste à côté de moi, m’a pris la tête en ramenant Carla Bruni sur le devant du comptoir, c’est moi qui ai craqué.

D’abord, je l’ai traité de veau. En citant le Général, ça fait plus sérieux. Après, je l’ai traité d’esclave. Ça fait toujours du bien. Pour finir, je l’ai traité de lâche et de mort-vivant. Deux en un, comme les shampoings. Et que s’il voulait remplacer Voltaire et Rousseau par Panaf’ et Carla, il n’avait plus qu’à changer de bistrot.

Puis j’ai enfoncé le clou dans sa petite tête de lézard fumé en faisant la liste de ce qu’il devrait se passer en France pour que, tous les matins, nos compatriotes puissent se regarder dans la glace sans se découvrir du persil dans les oreilles. En peaufinant la métaphore animale. Ce n’était pas parce qu’on est des veaux qu’il faut, en plus, bêler comme des moutons.

D’abord établir la règle de 5. Pourquoi 5 ? Je sais pas. Dans toutes les administrations et les entreprises, le plus gros salaire, généralement celui du patron, ne devra pas dépasser le plus bas salaire multiplié par 5. Et si le boss veut se payer plus, il est libre, il n’aura qu’à augmenter les autres, tous les autres, c’est tout. Et d’une.

Ensuite, les impôts. C’est ce que tout le monde verse pour que ça lui revienne sous forme de bien collectif. Donc, chacun paiera ses tiers en précisant où son bel argent va aller et à quoi ça doit servir. Il suffira de prévoir dix postes : éducation, santé, culture, recherche, habitat, etc… On aurait des surprises, de sacrés surprises, à mon avis, la Grande Muette aurait des soucis à se faire…

Pareil pour les Municipales. Les routes auraient du souci à se faire et les géraniums devant la mairie aussi. Finies les vestes Prada pour la Carlapanaf’, ce n’est pas grave, en fait, elle ne veut, avec Cavada, qu’une chose, c’est le premier rôle dans un feuilleton médical sur une télé publicompatible.

Ensuite, régler ce foutu problème du travail. A bas le travail ! Travaille qui veut ! Travaille qui peut ! Pour cela une seule solution : l’allocation de vie. Ça a été déjà chiffré, et c’est possible. Financé en plus par tous ceux qui nous enfoncent dans la tombe, les labos pharmaceutiques, les autoroutes, les fabricants d’armes, de bagnoles, de gadgets, de télés, et ainsi de suite, la liste est longue. Aussi longue que la gueule que vous faites, mon cher…

A ce moment, le mec a failli dire, là, monsieur, vous êtes en pleine science-fiction… Et heureusement qu’il ne l’a pas fait, parce qu’alors, ça aurait été un déluge du genre Jacques Attila, comme quoi ce ne sont pas les départements qu’il faut supprimer, ce sont les pays, les nations, les états souverains. Plus d’immigrés, que des citoyens du monde.

Ce n’est pas la laïcité qu’il faut défendre, il faut redistribuer les biens de toutes les églises. Ceux qui veulent un réconfort dans la religion, le trouveront dans leurs têtes et baste.

Et, avant que le type, battu, n’envoie les pièces jaunes, je lui ai asséné que tant qu’on n’aura pas réglé ces questions primordiales, on pourra toujours pédaler. Pédale, camarade, le vieux monde est derrière toi.

Le mec s’est évadé du rade. Gérard m’a regardé en se tâtant pour ne pas appeler le 15. Et puis il m’a finement demandé si je ne venais pas de m’engueuler avec Cheryl. Comme je ne répondais pas, il a changé de sujet :

« Dis-moi, Gabriel, c’est une rumeur ou c’est vrai, qu’en 68, Panaf sortait avec Cohn-Bendit ? “

Gabriel Lecouvreur, alias Le Poulpe (PCC : Jean-Bernard Pouy).

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  • 47 réactions
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  • skalpa
    skalpa
    actif et militant ?
    • Posté à 12h41 le 09/02/2008
    • Internaute 7181
      actif et militant ?

    Yep !
    Merci à vous...
    La tradition du roman feuille-thon reprend du service !
    Vivement samedi Prochain...

    « Pour l’attendrir, il faut lui taper dessus »

    Lien

  • Crevette2000
    • Posté à 12h47 le 09/02/2008
    • Internaute 11343

    Ça réveille les idéaux comme un « p’ti noir bien serré » secoue les papilles !

    « Gérard, tu m’en sers un autre quand t’auras fini ta clope.. ? »

  • Tophee
    Tophee
    en haut a gauche
    • Posté à 12h49 le 09/02/2008
    • Internaute 2159
      en haut a gauche

    Merci Gabriel de revenir nous voir !

    Depuis son annonce, j’attendais cette contribution, je ne suis pas decu.

    Il y as des jour ou Paris et ses Bistros, ses marches me manquent, mais pas ses chauffeurs de Taxis, ni ses Tiberis...

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 13h03 le 09/02/2008
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    Merci. Le style alerte et rigolo et mine de rien, les problèmes de sociétés posés, les atteintes à nos libertés.

    A bientôt, Le Poulpe. Bonne semaine.

     ;)

  • Zontar
    Zontar
    étudiant
    • Posté à 13h50 le 09/02/2008
    • Internaute 12286
      étudiant

    Très bonne idée ça un feuilleton !
    Merci à vous !

  • Bardamu
    Bardamu
    difficile
    • Posté à 14h22 le 09/02/2008
    • Internaute 25491
      difficile

    D’avoir bien pourri ce locdu m’avait donné soif, content de moi, je m’apprétais à téter un peu de rouquin, quand une voix caverneuse se répandit dans le troquet : « Dis-moi, pine d’huître, t’as une bien grande bouche pour ta carrure de ticket de métro... »

    Ca venait de l’ombre, dans un coin du rade... J’allais la ramener style « de quoi, de quoi, qu’on n’a pas été présentés », mais le gars a commencé à me rentrer dans le lard :

    « T’es gentil avec ta thune x 5, mais moi j’ai pas envie de vivre dans une poubelle comme tézigue, tu vas faire quoi ? Me couper une main, que je puisse pas bosser pendant que tu te paluches au fond de ton gourbi ? Fais ta vie parmi les morbacks, mais viens pas me les briser, comme qui dirait que j’ai des réflexes incontrôlables... »

    J’étais en renaud, j’ai ouvert la bouche, mais le gerce me coupa le sifflet :

    « C’est comme tes impôts à la carte, faut que tu fasses gi : si j’ai le choix, crois-moi, j’irai pas subventionner des branleurs dans ton genre : ton “allocation de vie”, t’iras la retirer chez plumeau ! »

    Y commençait à me courir, le gadjo,, mais j’osais pas trop en balancer : le gus se confondait avec la pénombre, je savais pas trop si je pourrais le dérouiller au cas où notre aimable échange de vues tournerait vinaigre.

    Après, bon, j’ai un peu frissonné, parce qu’il s’est mis à se fendre la gueule, et c’était du sépulcral, le cercueil de monsieur est avancé, et il a enchaîné, tout jouasse :

    « Pareil pour tes clandos, j’espère que t’as de la place dans ton égoût, parce que c’est là que je les enverrai quand ils auront les crocs, tu leur expliqueras qu’ils sont “citoyens du monde”, mais qu’y te reste plus qu’une seule boîte de fayots, tu verras comme ils entraveront bien. »

    Et voila t’y pas qu’il lève son verre pour me trinquer à la gueule ? Bon, j’ai rien dit. Chacun ses idées, non ? Et j’ai eu le temps de voir que sur son biceps droit y avait tatoué « anticonstitutionnellement » en lettres gothiques...

    Ca se respecte.

    • thierry reboud
      thierry reboud répond à Bardamu
      • Posté à 15h04 le 09/02/2008
      • Internaute 20923

      Certes, il y a du style et, sous ce rapport, je ne suis pas déçu.
      En revanche, que ce style fleure si bon les anées 50 et Simonin, on pourrait y voir comme un paradoxe spatio-temporel sur le plan littéraire.
      Mais surtout, SURTOUT, suggérer que Gabriel Lecouvreur puisse téter du rouquin, alors là... Ce n’est plus une faute de style, c’est un attentat.
      (Néanmoins, ça vaut largement 5 boulettes, rien que pour le plaisir de la lecture.)

    • Hubert Artus
      Hubert Artus répond à Bardamu
      Rue89
      • Posté à 15h29 le 09/02/2008
        rédacteur
      • Journaliste 56
        Rue89

      Contactez le cabinet de lecture si vous voulez écrire un « opus » prichainement, vous êtes sur la bonne lancée !

  • Kereven
    • Posté à 14h29 le 09/02/2008
    • Internaute 29900

    Lien pour les autres aventures

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 14h34 le 09/02/2008
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    Sacré vieux Ploup ! Toujours aussi naïf et en rogne !

    Pour équilibrer , vous devriez demander à Gérard de Villiers de nous écrire un SAS en parallèle ..

    Chez Cartier , Place Vendôme , Malko Linge , qui avait accompagné pour ses achats sa maitresse , la divine Comtesse Van Katastroff ,jetait nerveusement un œil doré sur sa Rollex doré .
     » bon sang , il ne faut pas que j’ arrive en retard a mon rendez vous secret avec Bill Balantine au Fouquet’s . L’ avenir du monde libre en dépend .. »

    Sorcellerie ! Rue 89 vient d’ incorporer un correcteur d’ orthographe dans les commentaires !

    • Arnaud Aubron
      Arnaud Aubron répond à Numerosix
      Les Inrocks (et ex-Rue89)
      • Posté à 14h38 le 09/02/2008
      • Internaute 77
        Les Inrocks (et ex-Rue89)

      Euh, alors là, soit quelque chose m’a échappé, soit il s’agit du correcteur d’orthographe de Firefox, soit je suis à court d’explication.
      Par ailleurs, le fait que vous ayez écrit : « Sacré vieux Ploup » m’incite à penser qu’il n’y a pas de nouveau correcteur d’orthographe sur Rue89... ; -)

      • Numerosix
        Numerosix répond à Arnaud Aubron
        Prisonnier dans le village (...)
        • Posté à 14h41 le 09/02/2008
        • Internaute 14499
          Prisonnier dans le village (...)

        Merci , Arnaud . Bon sang , mais c’est bien sur ! Effectivement , c’est seulement FireFox qui vient de m’envoyer sa dernière version par porteur spécial ..

  • A déménagé le 13-01-2012
    • Posté à 14h40 le 09/02/2008
    • Internaute 18368

    C’est court mais c’est bon !
    À samedi...

  • pfff
    • Posté à 16h17 le 09/02/2008
    • Internaute 3614

    vivement samedi prochain, merci

  • Humain
    • Posté à 17h54 le 09/02/2008
    • Internaute 21387

    Aïe Aïe Aïe Aïe,

    Il ouvre son bar et nettoie le zinc, avec un « mégot » au bec.

    Hors la loi ! ! Hou là là ....
    C’est grave !

    Le mégot n’est pas allumé , mais ne serait-ce pas une incitation à la conso de tabac ! ! ? ?

    Cela l’énerve ! ! C’est doncune incitation à contester un loi ! !

    Veuillez me mettre ce monsieur avec Jérôme Kerviel...

    Allez hop ! Tout le monde en examen !

    Sinon continuez, un polar comme cela ca se délecte !
    Merci.

  • soixantehuit
    • Posté à 19h03 le 09/02/2008
    • Internaute 25866

    La panaf à dany c’était pas une mi-soffe ? En tout cas les deux ont mal tourné

  • catalaburro
    • Posté à 19h16 le 09/02/2008
    • Internaute 30325

    C’est avec PANIF que COHN-BANDAT ? ? ? ?
    Tiens-donc ! !

  • Ga
    Ga
    Dessineux
    • Posté à 19h34 le 09/02/2008
    • Internaute 16780
      Dessineux

    Il faut dire que depuis quelques temps, Cheryl etait devenue chiante.
    Vraiment chiante.

    Et c’est vrai, que ses nouvelles lubies avaient eu un peu tendance à me les briser menu, et autant dire, que connaissant ma capacité à encaisser sans broncher les discours des manges-burnes ces derniers temps, là, elle avait tapé fort.

    Fini le salon de coiffure, fini les petites coupes rafraichissantes à 10 euros, terminé les teintures gratuites aux vieilles peaux,ciao la galére, et bonjour la belle vie, maintenant Cheryl voulait plus, plus grand, plus vite, plus cher...
    En un mot, comme sans, Cheryl voulait aggrandir son petit salon , quitte à racheter une licence.
    Bref, pour moi, elle etait atteinte de Sarkonite aigue.
    Contaminée.
    Point barre.

    Je l’avais même entendue dire au détour d’une conversation avec ses vieilles rombiéres, où plutôt reussir le tour de force à placer dans une phrase,le désormais lénifiant et soporifique « travailler plus, pour gagner plus ».

    Ma Cheryl à moi.

    Aussi inconcevable que cela puisse parraitre, ma petite nymphe allumée, aux gouts simples, et accessibles surtout, se voyait déjà aux manettes d’une grande industrie de la chevelure, une ambition que même mon allopecie galopante n’arriverait jamais à rattraper.

    Bien sur, il fallait un peu s’y attendre, je l’avais vu, glisser progressivement vers des rêves d’horizons plus « bleus » comme elle disait, mais de là à ce qu’elle le troque contre mon quotidien rouge, là, je ne m’y attendais pas.ça m’a mis une claque.

    J’avais pourtant essayé de la raisonner, de la faire revenir à la réalité, de ne pas ceder aux chants des sirénes liberales, hélas, ma prose manquait encore de conviction, étant peu habitué à échanger ce genre de propos avec mes amis, tout acquis à ma cause, j’avais méchamment foiré mon coup.
    Et Cheryl était restée sur ses positions, c’est à dire de l’autre coté de la ligne.

    Et ce matin, ce fut la vague bleue qui fit deborder le pot aux roses...

    Cheryl s’était pointé ce matin dans la piaule, les mains sur les hanches, le menton fier et l’oeil brillant, l’air de la minette qui a un truc a vous annoncer, mais du genre qui vous tabasse la gueule avant même d’avoir eu le temps de penser à fuir boire son kawa, sans clope, au troquet du coin.
    Et je ne croyais pas si bien le penser...

    -« Ca y’est Gabriel ! , je vais l’avoir mon salon de coiffure avec écran plat dans la salle d’attente ! »

    Je ne relevait même pas la naive et consternante propension qu’elle avait en ce moment à cumuler les poncifs crétins et autres analogies débiles et demanda aussi séchement que mon gosier :
    - » Et c’est quoi ton plan foireux cette fois ci ? »

    - » Et bien j’ai rencontré un gars à la Banque, qui est vachement pointu sur le sujet, et il est prét à m’aider pour foutre de la thune dans le machin, et assurer derriere pour eviter que j’ai à raquer si ça se casse la gueule...en gros »

    -« Mais c’est qui ce gonze ? , et d’ou il le sort son fric, quelles sont tes garanties ? ...enfin j’veux dire...t’as fait quoi EN ECHANGE ?

    -“Ha ben rien, qu’est ce que tu va croire toi ? traite moi de pute tant que tu y es ! ...Non ça fait parti d’un programme pour aider les jeunes entreprises, ou chais pas quoi, enfin ça c’est la partie de son charabia que j’ai pas trop écoutée, savoir pourquoi il etait prét à me filer des ronds, j’m’en foutais un peu, c’est la deuxieme moitié qui est interressante.”

    -“C’est à dire” murmurais je, sentant comme une sorte de rechauffement climatique sur le haut de mon crâne, ma calotte glaciére etait en train de se répandre le long de mon dos, sans que je puisse être capable de réagir.Figé que j’étais.

    -“Ca, ça va te faire marrer,en fait, ce mec est pote avec un autre mec qui connait un gars qui bosse à la Mairie, et y aurait moyen de s’arranger pour que mon dossier y passe sur le dessus de la pile tu vois ? et ensuite il m’a proposé de placer une partie de mes économies dans un truc de bourse, comme ça j’aurais toujours du fric a REINJECTER dans ma boite...haha ça t’en bouche un coin hin, j’commence même à connaitre le vocabulaire”

    -“Ta...ta boite ?”

    -“Bon, bien sur, ce plan là, y marche que si la Mairie passe à droite evidemment...”

    Je n’avais plus qu’un objectif, la sortir de là,et vite, et boire une biére.
    Bon, ça fait deux, mais quand on aime, on ne compte pas.

  • sefero49
    sefero49
    Soldat mugissant
    • Posté à 20h08 le 09/02/2008
    • Internaute 12260
      Soldat mugissant

    Bon début. Question : Rue 89 laissera-t-il les futurs« épisodes précédents » sur le site ? ? ?

    • Hubert Artus
      Hubert Artus répond à sefero49
      Rue89
      • Posté à 23h01 le 09/02/2008
        rédacteur
      • Journaliste 56
        Rue89

      Oui, bien sûr. Ils seront archivés dans le Blog du Poulpe.

      • Humain
        Humain répond à Hubert Artus
        • Posté à 15h40 le 10/02/2008
        • Internaute 21387

        Merci c’est bien...

        Sinon avec un copain, Jérôme Kerveil, on faisait un enprunt à la Société Générale pour acheter les droits.

        Continuez.

        .

  • scalp
    • Posté à 21h36 le 09/02/2008
    • Internaute 3388

    je suis content virginie que cet episode t’es plus.
    en esperant que la semaine prochaine celui-ci soit tout aussi criant de vérité cinique.

  • miss
    • Posté à 21h52 le 09/02/2008
    • Internaute 9525

    c’est pas ça...gabriel se fout des autres. Ou an moins s’il a des idées il les garde pour lui
    Je suis très déçue.

  • FO le dire
    FO le dire
    Nantes
    • Posté à 22h30 le 09/02/2008
    • Internaute 24404
      Nantes

    Merci pour tout c’bonheur

  • papacrabe
    • Posté à 23h46 le 09/02/2008
    • Internaute 25982

    C’est ça , c’est ça, colporte des ragots, puisque t’as le même prénom que le frangin, mets les donc tous dans le même panier, ça s’arrange. Tu serais pas un rien frustré Gaby d’annoner des trucs pareils avec ton air dubitatif et tes sardines à l’huile. Toi aussi, comme dirait l’autre, tu les as eu les boutons d’acnée bien rouges et bien gros, et y’avait pas papa biactol pour te redonner forme humaine. J’suis sûr que t’as du être le bon pote d’une demi douzaine d’allumeuses très connes qui comptaient la profondeur de leur avenir au nombre de leurs soupirants asthmatiques.
    T’es un cave Gaby, tu l’as toujours été. Et arrêtes de te prendre pour un penseur idéologue dogmaticien de la bouche, t’as pas les biceps à Rodin.
    C’est un peu comme si c’était mardi tous les jours pour toi. T’es le Titeuf des vieux.

    Ton pote, Dany.

  • jac le rat
    jac le rat
    aventurier
    • Posté à 23h50 le 09/02/2008
    • Internaute 29819
      aventurier

    Je venais y chercher un peu de chaleur.
    Accoudé au bar, je méditais, sur le monde et sur moi.
    Ce type fou furieux m’est tombé dessus.
    Encore une grande gueule, j’ai pensé.
    Avant d’entrer dans ce rade, j’étais gauchiste.
    J’ai lâché l’affaire. J’ai filé à ED m’acheter ma dose.

  • compte désactivé 2
    • Posté à 08h39 le 10/02/2008
    • Internaute 29938

    Mais c’est nul ce texte ! Je suis de plus en plus déçu par Rue89 qui est une vulgaire officine antisarkozyste. Mais il est là Sarko ! Et i y est pour 5 ans ! Et ensuite il sera triomphalement réélu !

    • pfff
      • Posté à 09h20 le 10/02/2008
      • Internaute 3614

      non gaétan il n’est pas nul ce texte, qui es tu pour juger, c’est simplement que tu n’as pas compris, en meme temps c’est normal puisque tu portes en triomphe sarko.

    • Ga
      Ga répond à compte désactivé 2
      Dessineux
      • Posté à 12h34 le 10/02/2008
      • Internaute 16780
        Dessineux

      -« Mais c’est nul ce texte ! Je suis de plus en plus déçu par Rue89 qui est une vulgaire officine antisarkozyste. Mais il est là Sarko ! Et i y est pour 5 ans ! Et ensuite il sera triomphalement réélu ! »

      Le type qui venait de nous eructer à la gueule ses grandes verités transgéniques à la porte du café , avait tout de l’allure du jeune sarkozyste decompléxé et sur de lui.
      Grosse montre, cheveux sur la nuque, regard fuyant, tout coincé dans son costard trop ajusté, arborant fierement une cravate rouge qui se demandait ce qu’elle pouvait bien foutre là.
      Le mauvais gout, et le complexe de supériorité avait toujours fait des ravages.
      Des comme ça, on en croisait tout les jours maintenant, des branleurs qui nous faisait regretter les bas du front d’antan, qui avaient au moins le merite d’avoir honte de temps en temps, et selon mon humeur, j’avais toujours eu le choix entre les ignorer, ou les mepriser..ou les deux.

      Mais je crois que le pire dans tout ça, ça n’etait pas tant de devoir se coltiner cette France aigri, moisie, nécrosé, replié sur elle même, froide et raciste.

      Non, ça, j’avais pris le pli depuis le temps, et j’arrivait encore à conserver suffisament d’oxygéne pour ne pas me faire pomper l’air ,non, le pire, c’etait de se rendre compte à quel point certains partisans de droite s’epanouissait ,comme des fleurs, dans ce terreau contaminé.

      Nicolas le jardinier avait fait du bon boulot, et les derniéres lois anti-fauchage nous promettait une moisson pourrie.

      Je m’appretait à laisser croupir ce bouffon transgénique dans sa morve de crétin acnéeique, quand, dérriére lui, j’ai vu se decouper une silouhette familiére dans l’embrasure de la porte.
      Trop familiére.
      De celles qu’on connait suffisament bien pour les avoir explorés à mains nues.

      Cheryl.

      -« Ha ! et bien je vois que vous avez commencé à faire connaissance tout les deux. »

      C’etait encore plus grave que ce que je pensait, et ma neutralité innée venait d’en prendre un méchant coup dans sa gueule.

      Agir.
      Vite.

    • Humain
      • Posté à 15h50 le 10/02/2008
      • Internaute 21387

      Vous avez raison, hélas.

      Que Sarkosy soit réélu, cela est possible...
      Surtout si nous n’avons à lui opposer qu’un succédané de social par un possible DSK ou une Ségolène Royal, qui abuseront de la gauche pour nous amadouer avec un programme de « gôche » qui n’en aura que le nom.

      Quand à affirmer cher « Gaetan » que Rue89 est une officine antiSarko, je n’en suis pas vraiment convaincu.

      Mais, on peut, et on a le droit de l’écrire, c’est déjà pas mal non ?
      .

      • compte désactivé 2
        • Posté à 22h48 le 10/02/2008
        • Internaute 29938

        J’apprécie le ton modéré et conciliant de votre post et je fais mon mea culpa. Je ne suis sans doute pas si loin que cela de vous. Bravo !

  • Ga
    Ga
    Dessineux
    • Posté à 10h13 le 11/02/2008
    • Internaute 16780
      Dessineux

    -« Vous avez raison, hélas.Que Sarkosy soit réélu, cela est possible...
    Surtout si nous n’avons à lui opposer qu’un succédané de social par un possible DSK ou une Ségolène Royal, qui abuseront de la gauche pour nous amadouer avec un programme de “gôche” qui n’en aura que le nom.
    Quand à affirmer cher “Gaetan” que Rue89 est une officine antiSarko, je n’en suis pas vraiment convaincu.
    Mais, on peut, et on a le droit de l’écrire, c’est déjà pas mal non ? »

    -« J’apprécie le ton modéré et conciliant de votre post et je fais mon mea culpa. Je ne suis sans doute pas si loin que cela de vous. Bravo ! »

    Le tatoué du fond avait pris a parti notre echange, et s’incustrait mechamment dans la conversation, sur laquelle rebondissait avec joie mon jeune sarkozyste ampoulé.

    j’avais pas encore bu que j’étais déja saoulé.

    Et puis, c’est Gerard, que je sentais bouillir derriere moi depuis un moment ,qui a pris la reléve.

    -« Ha alors c’est ça ? si on est pas de “droidroite”, on est forcément de “gogoche”, les pros Sarko, contre les pros ségo ? c’est ça hin ? vos petits cerveaux reptiliens n’arrivent pas concevoir les choses autrement qu’a travers le prisme de votre conception manichéene de la vie, et si on est ni socialos, ni pro PMU, on est forcément au centre, ou coco, allez rangeons tout ce petit monde dans des petites cases,c’est bien plus facile, et ça vous rassure, et vous conforte dans l’idée que tout est noir ou blanc, le gris c’est bien trop compliqué pour vous ce genre de nuances.
    Et en plus, vous avez le culot de venir nous les briser en nous taxant d’heritiers de Mai 68, pourtant,vos Devedjian, Sarkozy et compagnie, se sont construits là dessus si ma mémoire est bonne, pas du même coté de la barricade certes, mais ce sont les seuls aujourd’hui a renier cet heritage, qui les as pourtant amenés là ou ils sont aujourd’hui.
    Vous avez construit votre idéologie de nains à coups de tonfa, rien de surprenant à ce que vous surfiez sur la vague bleue de la repression aujourd’hui.Pathetique.Pathétique et tellement prévisible.
    Engoncés que vous étes dans vos certitudes de vieux réacs hase been, vous avez l’impression de vous refaire une jeunesse en vous prenant pour des rebelles de la pensée unique, et comme la politique de votre nain, n’est ni convaincante, ni defendable, votre seul argument consiste à taper sur la gauche, parceque c’est tout ce qu’il vous reste.
    Vous avez la bouche pleine de mots que vous ne comprenez même pas, “democratie”, “citoyen”, “liberté”, mais la vraie liberté ne s’achete pas, Mai 68 est un acquis pour vous...pour d’autre, c’est inné, comme la connerie.
    et moi, ma liberté, c’est celle de pouvoir me boire un kawa, et m’fumer une clope sans qu’on vienne me faire chier avec des discours aussi depassés et obsolétes que celui des socialos »

    Je me retenais bien de lui faire remarquer que sa liberté venait d’être amputé de sa moitié, tout subjugué que j’étais par les efforts de vocabulaire que venait de faire mon Gérard.je ne le recconnaissait plus, soit il s’etait mis à lire les blogs militants sur internet,ce dont je doutais, soit un mec etait caché derriere le comptoir pour lui souffler les reponses, ce qui me parraissait déja plus plausible.

    Gerard repris sa saillie, le rouge au front,les veines saillantes,le mégot machouillé , qui n’en avait plus que le non,aux lévres, passant frénetiquement d’un coté à l’autre de sa bouche.

    -« Et vous voulez que je vous dise un truc les mecs, les derniers dinosaures à attendre quelquechose de la gauche, c’est VOUS, parcque sans elle vous n’existez pas.Nous, on est pas encore suffisament cons pour ça.
    La voilà la vérité.
    Et maintenant vous payez vos consos, et vous caltez fissa d’mon rade avant que j’appelle les gardes champêtres ! »

    J’allais applaudir des deux mains la prose enflammé de mon pote, quand je vis du coin de l’oeil, le tatoué, qui jusqu’ici n’avait pas pipé mot, se lever tout doucement de sa chaise, et sortir de sa pénombre.

    -« Ha ! ça va cogner » me dis je.

  • bondurant
    • Posté à 12h49 le 11/02/2008
    • Internaute 25934

    J’adore ! C’est vrai que les derniers évènements sont une mine de matériaux pour le Poulpe. Aux mots, citoyens.

    • Eddy COM
      Eddy COM répond à bondurant
      • Posté à 10h29 le 14/02/2008
      • Internaute 31230

      Si tu veux voir le poulpe évoluer dans un contexte très actuel : élevages industriels, OGM, et autres désécurisations alimentaires (mon cher Watson) lis « la guerre des truies n’aura pas lieu » de Rémi Dedours. Vertiges de labours...

  • papacrabe
    • Posté à 22h44 le 11/02/2008
    • Internaute 25982

    Ga, bouteille de gaz qu’on dit ici. T’aimes te la donner, hein, ta leçon de savoir vivre ampoulpée, qui entrave que dalle, mièvre, emphatique, avec l’impéritie à la boutonnière, et la morgue aux lèvres du « revenu » qu’on oppose au « parvenu ».
    « Si j’avais su », c’est ça, tu les comptes encore tes boutons ?
    Ta blondinette est passée à l’ennemi, et ça te fait encore sentir tout chose ? T’as pas chopé l’habitude, hein, pour un dubitatif de service tu te poses en morveux de néantderthal, vas te moucher. Vas te raser. Vas te doucher surtout. Et contemple, dans le silence, ce que le monde porte encore d’admirable. Et un petit rayon d’horizon sur ton front, comme une ride verticale, une proue bien symétrique, tendance fen shui ou déco nihiliste.

    Tu veux que je te dises : chapon !
    P.

  • papacrabe
    • Posté à 23h03 le 11/02/2008
    • Internaute 25982

    Et l’tatoué il a des lettres, et l’tatoué il t’emm*.

    Tu crois quoi avec tes diatribes à deux mal, que ça te donne des tripes de faire la loi dans l’rade de l’impasse des preux buveurs d’vinasse. T’articules rien, tu crois en rien, t’as l’front si bas et la bouée bien pleine que même tes pieds tu sais plus où ils sont sur l’équiquier politique. Tu t’es mis au go dans ta tête, ga, tu t’encercles tout seul, en cherchant le téton d’une maman qui veuille bien te border.

    T’as pas dépassé les petits pois en boîte et t’ouvres ta gueule comme un resto gastronomique.

    Prends des vacances vieux, va jouer le colon graisseux, le colon descendant, sous les tropiques du cancer. Ta vision latérale t’aidera à progresser, en crabe, entre les cocotiers. Et lorsque tu plongeras tes coups d’soleil dans le lagon, que tu croiseras les murènes et les poissons pierres, tu verras que tout libertaire que tu es, t’es encore capable de t’émerveiller.

    T’as la croûte rabougrie. Il est temps que tu t’aères. Déambules, divagues, fous le camp, on aura des vacances, et t’auras l’air moins con.

    Et laisse le sarkophage servir de ver au bout de la ligne de ta blonde, tu verras qu’elle saura s’en servir de sa belle cravate rouge, et qu’avec toutes les maladies que t’aurais bien aimer lui refiler, elle va ternir l’éclat du bling bling triomphant.

    L’amour toujours. Et parles pas du mois de mai, t’étais trop bourré pour t’en souvenir, tu jouais les situationistes à la petite semaine, sans savoir si t’allais finir à Katmandu ou à Culba, et t’es là, face au zinc, à jouer au despote de comptoir, en foutant du Mariano dans le jukebox. T’es pathétique.

    Pas plus qu’un coq j’te dis : chapon !

  • Mademoiz Aile
    Mademoiz Aile
    Institutrice en Seine-Saint- (...)
    • Posté à 23h17 le 11/02/2008
    • Internaute 25733
      Institutrice en Seine-Saint- (...)

    Je suis contente que le poulpe repointe à nouveau ses tentatules. Et j’apprécie également les annexes offertes par Ga.

    • Eddy COM
      Eddy COM répond à Mademoiz Aile
      • Posté à 10h36 le 14/02/2008
      • Internaute 31230

      Si tu veux voir le poulpe évoluer dans un contexte très actuel : élevages industriels, OGM, et autres désécurisations alimentaires (mon cher Watson) lis « la guerre des truies n’aura pas lieu » de Rémi Dedours, un esthète le l’art.

  • Ga
    Ga
    Dessineux
    • Posté à 11h29 le 12/02/2008
    • Internaute 16780
      Dessineux

    Sorti de l’ombre, le tatoué avait l’air vachement moins impressionnant.
    Je n’avais pas pour habitude à avoir à rendre de compte, j’ai été élévé comme ça, et j’avais appris que mes silences étaient parfois bien plus efficaces qu’une bonne repartie, laissant ainsi l’imagination de mes interlocuteurs faire le reste du travail.

    Seulement celle de mon nez-de boeuf etait visiblement en congé, et il avait apparemment encore quelques verres de bave à remplir.
    J’avais eu ma dose, c’etait déja le troisieme à venir me vomir dans les oreilles depuis que j’étais arrivé à la Sainte-Scolasse ce matin, et je commençais sérieusement à chauffer.

    En tout cas il avait raison sur un point, j’entravais queud’chi à c’qu’il disait.

    J’aurais aimé prendre le temps de lui expliquer qu’il allait lui en falloir des doses d’optimisme, à ce camé au bonheur, pour affronter les mois à venir, qu’il pouvait se shooter à l’amour jusqu’a overdose si ça lui chantait, ça fera surement mieux passer la suite, parce aprés t’avoir sucé jusqu’a la moelle ce qui te reste de dignité, c’est tout ce que tu auras en guise de prélimaines.Aprés c’est sans vaseline.

    ...mais pour le coup, j’ai préferé synthetiser, et lui ai collé un bourre pif histoire d’abreger la conversation.

    Allongé par terre le tatoué se tenait le nez en beuglant comme un buffle blessé.
    Avant que Gérard ne mette sa menace à éxecution, je preferais laisser la situation en l’etat, et sortir recuperer Cheryl qui avait profité de l’interlude pour se carapater avec son minet minable.
    Mais, juste avant d’extirper ma grande carcasse du troquet, sous les invectives de Gérard, j’avais eu le temps de voir que c’était pas « “anticonstitutionnellement” qu’il y avait écrit sur le bras du vieux bab allumé..c’etait “anticons”...

  • Ga
    Ga
    Dessineux
    • Posté à 09h32 le 13/02/2008
    • Internaute 16780
      Dessineux

    Dehors il pleuvait des trombes.
    Paris venait de se couvrir de son voile gris et triste, il était 9 heure du matin passé et on se serait déja cru au crépuscule.
    La capitale suintait l’ennui,puait l’envie.
    On aurait dit que tout le monde s’accordait à penser que la journée était foutue avant même d’avoir commencée.
    Torpeur sur la ville.
    Déprimant.
    Pendant que je remontais la rue, trempé jusqu’aux os, je gambergeais à propos de ce qu’avait dit le tatoué.Il n’avait pas tapé loin le con.
    C’est vrai que j’avais manqué de confiance vis à vis de Cheryl, et je m’en voulais.
    Pourtant je savais bien qu’elle etait championne pour se sortir de la mouise toute seule.Elle avait même un don pour ça.
    Mais depuis quelques temps l’humeur moribonde des parisiens (pléonasme) avait déteint sur moi, et j’avais la haine à fleur de peau, la rage aux lévres, ça me collait au cul comme un vieux calecon moite.Impossible de m’en debarrasser.

    A la Sainte-Scolasse je m’étais senti comme un vieux roc usé sur lequel quelques nihilistes naufragés etaient venus briser leurs illusions.Et maintenant j’avais l’impression de me noyer dans mes certitudes.
    C’est vrai que les choses avaient changés ces dérniéres années, et j’avais encore suffisament d’amour propre pour ne pas encore me considérer comme un vieux con nostalgique.
    La France avait déja connu cette morosité ambiante plusieures fois déja, un cancer social necessaire, mais j’étais toujours passé au travers, et j’en étais même arrivé à avoir une certaine empathie pour ces englués du cerveau qui se faisait baiser la gueule à chaque fois sans broncher.
    Faut dire que cette fois, ils avaient mis le paquet ces raclures.De la bonne grosse machine de guerre bien huilé, programmé pour te faire bouffer de la merde à la louche sans que tu t’en apercoives, de l’outil de bourrage de mou haute précision que c’etait devenu.Du decervelage haute technologie.Une arme de destruction passive.

    Je pouvais comprendre donc.
    Mon regard n’avait pas changé, il s’était adapté.

    J’arrivais aussi à comprendre que Cheryl puisse , elle aussi, se sentir lassée par cette léthargie contagieuse, forcément, ça mine à force, et arrive un moment où on à envie de tout envoyer balader.
    Mais je n’aimais pas le chemin que prenait ses ambitions ça ne lui ressemblait pas, et j’aimais encore moins ses nouvelles fréquentations, elles ne me ressemblaient pas.
    Mais aprés tout, étais-je vraiment objectif ?
    Je manquais sans doute encore un peu de recul.

    Je ne m’étais jamais consideré comme un justicier investi d’une mission, ni comme un redresseur de tort, je m’étais toujours contenté d’intervenir quand j’estimais qu’une injustice menaçait l’equilibre cosmique de mon univers, mais cette fois ci, je me demandais si cette affaire ne me regardait pas en fin de compte.

    Je m’engouffrait dans le métro, chopant au passage un de ces journaux gratuits propagandistes qui viennent grignoter les derniéres lueurs de lucidité de millions de voyageurs endormis tout les matins.
    Tandis que ma rame se mit en branle, je me plongeait dans la lecture des faits divers, seule information plus ou moins fiable, puisque les pisses-copies de ces torchons ne prenait même pas la peine de rédiger les dépeches AFP.De l’info froide et concise, réduisant toute tentative d’analyse à néant, mais qui avait au moins le merite d’être brut de decoffrage .
    Une bréve attira mon attention.
    Il s’agissait du témoignage d’une prof de lycée en Seine-St-Denis, qui affirmait, à qui voulait l’entendre, qu’un député UMP avait volontairement mis en scéne une agression raciste afin de s’attirer les faveurs éléctoralistes de citoyens soucieux de leur sécurité.
    Banal et répétitif.Une info qui sera dementie par l’interressé,le président lui témoignera tout son soutien lors d’une conférence de presse ultra médiatisée, et on entendra plus jamais parler de l’histoire sauf pour denoncer les méfaits de la calomnie du peuple, ou les vertus de la vérité gouvernementale.
    D’ailleurs pour l’occasion, le journal s’etait fendu d’une conclusion sous forme de sentence implacable, qui reussissait le tour de force, de ne laisser planer aucun doute sur l’integrité de l’elu, en retournant la situation à son avantage, tout en mettant en doute la crédibilité de l’institutrice, avec le petit cirage de pompe pro gouvernementale de rigueur en prime :

    « ...néanmoins, il est trop tôt pour affirmer avec certitude la véracité de ces propos, aucune enquête n’ayant été ordonnée pour l’instant, fautes de preuves.
    Selon la loi, Mr Laguigne pourrait poursuivre l’auteur de cette rumeur pour diffamation, tant qu’elle n’est pas prouvée, ce ne serait d’ailleurs pas le premier, de nombreux élus UMP ont été la cible de fausses rumeurs depuis que la politique energique du gouvernement s’est mise en place. »

    Mais un détail m’avait intrigué, l’affaire se passait dans la cité des francs-moisins, et je connaissait suffisament bien l’ambiance délétére qui y régnait en ce moment, pour savoir qu’il ne restait plus qu’à allumer la mêche avant que ça n’explose.

    Le plus étrange, c’est que deux jours plus tot, une depêche similaire signalait la découverte d’un corps dans le canal de l’Ourq, celui la même qui longe la cité.La victime etait un journaliste indépendant qui faisait un reportage sur la cité des Francs-Moisins pour un de ces nouveaux blogs à la mode d’information interactive et citoyenne qui fleurissait comme du chienlit sur internet.

  • papacrabe
    • Posté à 01h09 le 14/02/2008
    • Internaute 25982

    Ga, pffiu, tu m’as fait courir.
    Il est plus à tes basques le lourdaud libertaire qu’à le pivoine incrusté au pif ?

    ...

    Rien qui ne soit déprimant comme la complaisance de l’époque pour sa propre paresse, tu as raison. On a beau vouloir se secouer, l’appel du canapé est le dernier sursaut de sauvagerie dont nous sommes encore capables. La peur et le conformisme font lever le soleil tous les matins, sur ce canal de l’Ourq polaire, où les chiens de traineaux n’ont plus l’instinct de la meute que par réaction nerveuse, comme la dépouille de l’adolescent suicidé que tu conserves dans ton placard, et qui bouge encore parfois, les soirs de grands vents.

    Je sais bien que t’aime fouiller les caniveaux des bas quartiers pour étayer ta thèse qu’ils sont nécessaires à l’épanouissement des bo-bling (bis repetita placente) de services, qui y vont tremper leurs guêtres comme on recherche le paradis perdu dans les bouquins de Geneviève Dormann. Comme disait l’autre : « Être français, c’est vivre dans un beau pays où il n’y a pas de guerres, de volcans, de tremblements de terre ou de cyclones, seulement des manifestations », et encore, on y est mou par habitude.

    Dans ta cité des francs machins, frangin, y’a quelqu’un qui m’a dit que tu m’aimerais encore et qu’un des jardins ouvrier aurait le potager tout rutilant, et que le gars qui bine serait ce joyeux drille de Dany, qui cherche à savoir s’il a conservé le pouce vert.

    Maintenant faut décoder. Je suis pas sûr que littéralement Le Rouge empoigne quelque bêche que ce fût, où peut-être pour y faire croître de l’OGM, juste pour enquiquiner la bonne société de St Denis et rappeler que l’interdit d’interdire à ses bornes départementales.

    Ce serait fendard. Cependant je le vois mal couler un journaleux, même numérique, pour cacher ses penchants pervers, comme de se faire livrer un mac do par semaine pour rester popu envers et contre tout.

    Mais bon, Gaby, tu l’sais Dany est un pote. Si t’y touches, c’est moi qui t’étripes, de ma pince gauche. Et puis de nos jours, pour amorcer une enquête faut épeler des SMS comme chez l’ophtalmo. Et si t’arrives à dénicher le poteau rose dans c’merdier, je cotiserai pour toi au prochain téléthon. C’est pas de l’intimidation. C’est juste pour que tu saches que je suis sur tes traces, comme un buck affamé.

    Et comme dirait ta maîtresse : « Dans cette vallée de larmes, le mieux est encore de se moucher dans un chèque ».

    Je suis là, au besoin.

  • Ga
    Ga
    Dessineux
    • Posté à 14h52 le 14/02/2008
    • Internaute 16780
      Dessineux

    -« T’es complétement à coté tes pompes Gabriel ! ...Quelques millions de décérébrés, atrophiés de la mémoire, ont décidés, de leur plein gré, de décoller le cul de leur putain de télé pour aller se vider les urnes, et tout ça pour accoucher de ce qui s’est fait de pire dans le genre demi-portion hysterique depuis Berlusconi, et tu te raménes avec ta gueule de chien battu parceque ta gonzesse te fait tourner casaque ? Cet éspéce de caricature de rase bitume despotique est en train de nous faire passer les vomissures du Front national pour de la lecture de salon, et toi tu viens me polluer l’air avec tes amourettes de tabloïds ? Mais reveille toi bordel ! La droite bien dure et bien raide est de retour, et elle est train de nous la mettre bien profond ! C’est du fascisme lyophilisé qu’on nous injecte au quotidien, de la dictature en sachet, prêt à être consommé, du concentré de...de.. »

    Pedro était penché sur son etabli, ralant, toussant, crachant, ses mains virvoltaient au dessus de ce qui semblait avoir été un moteur de Triumph F 750 à cadre Rob North reconditionnée de A à Z. Ce gars là avait un don pour ressuciter les trois cylindres de légende, et elle serait prête à être livrée le jour même à un client et ami.Du travail d’orfévre.
    Depuis qu’il s’était rangé des rotatives, le catalan anarchiste avait conservé son atelier clandestin et faisait des merveilles avec ses doigts, sa façon à lui de continuer à se battre, jusqu’au bout, pour contribuer à rendre le monde, un peu, meilleur.Ses mains, rongées par l’arthrite, arrivaient encore à faire des miracles, mais on sentait que l’homme donnait ses derniéres représentations, le bout d’la route n’etait plus trés loin.

    J’avais du mal à me concentrer sur ce que me disait Pedro, quelquechose me turlupinait.

    Tout à l’heure dans le métro, j’avais eu la désagréable sensation d’être suivi et je n’arrivais pas à me convaincre que ce n’etait que le fruit de mon imagination.Je m’étais senti observé durant tout le trajet.Et cette impression ne m’avait pas laché depuis que j’étais arrivé ici.

    - »...de ! Cabron ! , Ha, regarde les ,faire les fiers, ils sont tous éxcités comme des mômes à l’idée de pouvoir essayer toutes les fonctions de leur nouveau joujou, ils n’en reviennent toujours pas d’être arrivés là où ils sont, même eux y pensaient pas que le peuple serait suffisament con pour les r’mettre au pouvoir ! , y doivent se pisser d’sus rien qu’a l’idée.
    Et y peuvent.
    Le régne de l’arrogance, et du mépris, le triomphalisme exacerbé du culte de l’ignorance et de la médiocrité, l’individualisme forcené et la haine de l’autre pour idéologie, le profit et la réussite comme unique art de vivre, voilà où nous en sommes « , dit-il en se tournant vers moi.Il attrapa un vieux chiffon qui trainait sur le tas de morceaux de ferailles hétéroclites, qui aurait trés bien put se vendre tel quel dans une galerie d’ “ârt môderne” du quartier du marais.
    Pedro me fixa droit dans les yeux, et poursuivit en s’essuyant les mains.

    -“La France est en train de crever Gabriel, je ne l’ai jamais vraiment porté dans mon coeur, tu m’connais, et puis moi mon truc c’est les brunes, mais là ça me fait vraiment mal au cul de la voir se faire prendre dans la tournante, j’en ai la gerbe, ils ne respectent plus rien gaby, ils sont en train de tout foutre en l’air, les derniers vestiges d’humanité qui nous restait viennent d’être pietinés, ce qui faisait de nous des hommes, dignes de ce nom est en train de disparaitre...et c’est pas avec ces larves individualistes et lobotomisés que ça va changer, ces sous merdes prêts à tout pour faire briller leurs petites vies mornes et tristes, comme on leur a appris, se lustrer le trou d’balle pour eviter de regarder la merde qu’on te fait bouffer, c’est pas sur eux qu’il faut compter.” dit il en designant d’un geste large ce qui devait representer, au bas mot ,53% de la population française.

    -“Gabriel...il faut faire quelque chose.”

    J’avalais une gorgée de Desesperado, en ésperant chasser ce gout amer que m’avait laissé la derniére phrase du viel anar.
    Les mots avaient claqués dans le silence et resonnaient encore à mes oreilles.
    Pas besoin d’appronfondir, c’était clair, net précis, de l’argument affuté comme une lame de rasoir.
    Pedro me demandait ni plus ni moins de faire ce que je savais faire de mieux, foutre ma merde.

    Mais pas n’importe quelle merde, il s’agissait du modéle grande taille, on ne parlait plus d’un souk façon Poulpe, non là c’était de l’ambitieux, du lourd, du bordel de grande envergure, du genre qui fait trembler la république, de ceux qu’on grave dans l’Histoire.
    Sous cette phrase anodine, se cachait un rêve, un rêve eternel, celui de toute une vie de lutte, le dernier souhait d’un homme qui avait consacré sa vie à combattre l’injustice, l’ordre et l’autorité, et qui voulait finir en beauté.

    Pedro voulait voir tout flamber avant de mourir, et je prenais ça comme une mission divine.J’étais investi.

  • Ga
    Ga
    Dessineux
    • Posté à 10h06 le 15/02/2008
    • Internaute 16780
      Dessineux

    J’étais passé rue Popincourt, au salon de coiffure, pour voir si Cheryl n’y était pas, avant de repartir bredouille vers la piaule.
    J’avais les clés, sorte d’accord tacite entre nous, je venais quand je voulais, et elle était là si ça lui chantait.

    Mais son studio était aussi vide qu’une caisse de l’Etat un lendemain d’élection présidentielle.

    J’étais décu, j’aurais aimé pouvoir partager cet instant de grâce avec elle.
    J’étais requinqué, et Pedro avait reussi à rallumer la flamme libertaire qui couvait en moi depuis quelques temps, je ne tenais plus en place et je comptais bien en faire profiter Cheryl.
    Je fouillais machinalement le deux piéces, sans grande conviction,puis redescendit les escaliers quatre à quatre, direction le troquet d’en face.

    J’avais besoin de me remettre les idées en place, et justement, la biére belge en pression que proposait la carte était tout indiquée pour ce genre d’exercice.
    Tout en savourant mon demi, je fis un récapitulatif du programme.

    -Trouver Cheryl.
    -Lui rendre la foi.
    -Faire exploser la République.

    Ecrit comme ça, c’etait déja vachement plus clair

  • papacrabe
    • Posté à 11h37 le 15/02/2008
    • Internaute 25982

    T’as tellement le nez dans ton nombril gamin que je pourrais verser mon pastis pur dans ta mousse que tu t’en apercevrais même pas.

    J’aime bien ta prose - ça me rajeunit, on dirait un Tillinac de gauche, un truc mystique, incantatoire, le soliloque du potache.

    J’crois bien que tu vas pouvoir la chercher longtemps ta brune, et puis j’ai marqué ton vieil hidalgo histoire que tu te sentes plus libre, pour te révéler à toi même loin de toutes ces petites contingences pénibles, ces attaches tellement pathétiques qu’elles ont presque finies par te rendre transparent.

    Cheryl, je me demande bien si on va aller lui faire cultiver le pré carré de Dany... Pour rire.

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