Fast Belfast

Dans son blog Fast Belfast, le journaliste Jean-Baptiste Allemand raconte l'Irlande du Nord onze ans après la signature des accords de paix entre catholiques ou protestants. L'actu d'une nation jeune et volontaire encore déchirée par un conflit sanglant. L'histoire de communautés prises entre désir de réconciliation et maintien des barrières. Le tout sur fond d'incidents armés persistants...

Irlande du Nord : des élections qui ringardisent les extrêmes

Publié le 11/05/2011 à 15h45

Les résultats des élections locales, assurant la réelection des 118 députés du parlement nord-irlandais, ont conforté la coalition en place depuis 2007. Le DUP (unioniste protestant) et Sinn Féin (républicain catholique), qui partagent le pouvoir, ont remporté respectivement 38 et 27 sièges. Ils restent les deux principaux partis du territoire, face à l’UUP (16 sièges, unioniste protestant) et le SDLP (16 sièges, nationaliste catholique).

Certains petits signes laissent espérer qu’un jour, un nationaliste pourra voter pour un candidat unioniste (et l’inverse), même si la normalisation de la vie politique n’est pas encore pour demain.

La défaite de la violence

En avril, les dissidents républicains ont assassiné Ronan Kerr, un policier catholique, avant de menacer, dans un appel public, de commettre d’autres meurtres. Tout cela aurait pu faire monter la tension, il n’en a rien été : ces élections ont été une des plus calmes depuis des décennies.

« Ce meurtre, au lieu de diviser les communautés, a au contraire pu les ressouder », déclare Adrian Guelke, politologue à la Queen’s University of Belfast. Symbole de cette union : Peter Robinson, le chef victorieux du DUP, a dédié sa victoire à Ronan Kerr.

La violence verbale entre politiciens qui faisait partie du jeu tend aussi à disparaître. Pendant la proclamation des résultats, Tom Eliott, chef de l’UUP, a assimilé certains supporters du Sinn Féin à de la « crasse “. Attaqué de toutes parts, notamment dans son propre parti, il risque fort d’être éjecté de la place de leader.

Le centre progresse et les extrêmes

Le parti centriste Alliance, qui prône un rapprochement entre les communautés, continue sa progression. Après avoir détrôné le premier ministre nord-irlandais en 2010 de son poste de député à Westminster, il a remporté huit sièges au Parlement local. C’est seulement un de plus qu’en 2007, mais son résultat global est bien meilleur : 7,7% au lieu de 5,2%. Dans la circonscription de Belfast-Sud, Anna Lo est devenue la première personne d’origine asiatique à être élue comme députée. Un exemple de la tolérance locale envers les étrangers.

Les partis populistes, comme le TUV (unioniste radical) et le BNP (extrême-droite britannique), ont eux été laminés, seul le TUV obtenant un représentant au Parlement.

Des difficultés qui rassemblent

Paradoxalement, les difficultés économiques énormes du voisin sud-irlandais rendent son voisin plus serein. Elles refroidissent les velléités d’unification brandies par les républicains nord-irlandais, ce qui rassure les unionistes dans leur désir de rester britanniques.

L’Irlande du Nord a pourtant subi des coupes budgétaires terribles qui venaient du gouvernement britannique. A l’élection du premier ministre britannique David Cameron, DUP et Sinn Féin avaient parlé d’une seule voix pour dénoncer ces coupes.

La vie politique vers la normalisation

En 2010, avec la crise de la décentralisation de la justice et de la police, le gouvernement bi-partisan avait failli disparaître. Mais il a continué à fonctionner tant bien que mal, et il semble que ses représentants aient pris goût au pouvoir. Adrian Guelke explique :

‘Au lieu de voir un affrontement partis nationalistes/partis unionistes, on a vu une entente inattendue entre le DUP et Sinn Féin pour conserver le pouvoir, contre les petits partis.’

Une autre évolution vers la normalisation politique, paradoxalement, est un taux d’abstention historiquement haut de 55%. Traditionnellement, la profonde division politique du pays pousse les électeurs à voter massivement pour leur ‘clan’. Pour le Guardian, cette indifférence montre que le pays ‘évolue loin des traditions tribales’.

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  • pegaze
    pegaze
    ingé
    • Posté à 16h20 le 11/05/2011
    • Internaute 25303
      ingé

    Il y a déjà plus de 10 ans beaucoup de jeunes nord-irlandais en avaient plus que ras le bol de ce clivage socio-politique. Il reste quoi, 5% de la population qui sont extrémistes ? Le temps joue contre les extrémistes en Irlande du Nord, et c’est tant mieux.

  • Féline
    Féline
    fée
    • Posté à 18h57 le 11/05/2011
    • Internaute 111221
      fée

    Les conclusions de cet article ne seraient-elles pas très exagérées ?

    Quand on regarde les résultats de cette élection par rapport à celle de 2007, il n’y a quasiment aucune différence :

    DUP : + 2 sièges
    Sinn Féin : - 1 siège

    UUP : - 2 sièges
    SDLP : aucune différence

    Alliance : + 1 siège

    Sur un total de 118 sièges, il faut vraiment faire preuve de mauvaise foi pour penser qu’il s’agit d’une évolution notable ou significative.

    La seule grande évolution de cette élection est le score très élevé de l’abstention. Et, c’est tout de même étrange, mais on a presque l’impression que l’auteur de l’article s’en félicite.

    • Jean-Baptiste Allemand
      Jean-Baptiste Allemand répond à Féline
      Journaliste
      • Posté à 00h43 le 12/05/2011
      • Journaliste 93627
        Journaliste

      Justement, la bonne nouvelle ici réside dans le fait qu’il y a eu peu de changements : la coalition au pouvoir a été confortée et ici, on n’a pas souvent connu une telle stabilité politique.

      En 2007, faire partager le pouvoir entre ex-ennemis jurés d’hier (Sinn Féin = aile politique de l’IRA, DUP = parti du pasteur anti-catho Ian Paisley) était un sacré défi. Il y a eu des moments de tensions énormes comme l’an dernier, il y en aura d’autres. Mais ce pouvoir co-partagé tient la route et Sinn Féin et DUP n’ont plus des relations aussi détestables qu’autrefois.

      Quant à l’abstention, elle est évidemment une mauvaise nouvelle en soi. Mais ici, la vie politique ne ressemble pas à celle des autres pays, elle est profondément sectaire. Les Nords-Irlandais se montrent de plus en plus lassés par ces divisions, et ça se voit aussi par l’abstention. A mes yeux, il vaut mieux une indifférence du peuple envers la politique plutôt qu’une mobilisation sectaire pour éviter que les « ennemis d’en face » ne l’emportent, comme ça a pu être le cas.

  • gill68
    gill68
    videaste
    • Posté à 20h52 le 11/05/2011
    • Internaute 43608
      videaste

    merci pour ces infos.
    Que devient John Hume ? (est-il impliqué dans Alliance ?)

    • Jean-Baptiste Allemand
      Jean-Baptiste Allemand répond à gill68
      Journaliste
      • Posté à 00h57 le 12/05/2011
      • Journaliste 93627
        Journaliste

      John Hume s’est retiré de la vie politique en 2004, et maintenant il s’est reconverti dans le « business » en montant une agence de relations publiques.

      Le SDLP tourne désormais sans lui (même si entre temps, le parti s’est définitivement fait supplanter, du côté nationaliste, par Sinn Féin).

      • gill68
        gill68 répond à Jean-Baptiste Allemand
        videaste
        • Posté à 08h16 le 12/05/2011
        • Internaute 43608
          videaste

        merci.
        Un grand bonhomme, si vous parveniez à l’interviewer ça ferait un bon sujet..

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