En pleine culture

Chaque semaine, une chronique sur l'économie de la culture par Françoise Benhamou, professeur d'économie à Paris-13.

Des artistes heureux parce qu'ils aiment le numérique ?

Françoise Benhamou
Professeur d'économie à Paris-XIII
Publié le 16/06/2011 à 12h49

Il faut lire le « Portrait des musiciens à l’heure du numérique » paru il y a peu aux Editions Rue d’Ulm. Les trois auteurs, Maya Bacache-Beauvallet, Marc Bourreau et François Moreau, y rendent compte d’une étude qu’ils ont menée sur les musiciens-interprètes. 4 000 artistes inscrits à l’Adami ont reçu un questionnaire très complet sur leurs revenus, le type de musique composée et interprétée, leur rapport au numérique ; 20% y ont répondu.

Cette étude émane de chercheurs indépendants ; elle bouscule nombre d’idées reçues sur l’industrie musicale et sur les artistes. Parmi de nombreux éléments, quatre résultats valent vraiment la peine d’être mentionnés.

1

Le revenu moyen augmente

Les revenus moyens des artistes musiciens se sont légèrement améliorés entre 2000 et 2010, alors même que le chiffre d’affaires de l’industrie s’effondrait. C’est vrai aussi des artistes du Top 20.

Les artistes qui ont une forte activité scénique s’en sortent le mieux : tout se passe en effet comme si l’argent perdu du côté de la musique enregistrée était plus que compensé par l’argent gagné grâce aux spectacles et aux tournées.

2

Le piratage divise les artistes

Tous les artistes ne partagent pas le même point de vue au sujet du piratage. Loin d’être horrifiés par cette pratique, nombre d’entre eux la regardent avec indulgence, parce qu’elle participe de la création de leur notoriété, et qu’elle permet d’accroitre le nombre de ceux qui vont à leurs spectacles.

3

Appropriation du numérique

Les artistes les plus à l’aise ont su prendre le tournant du numérique. Ils s’en sont approprié les avantages : home studio, page web, etc. Pour ces artistes, le prix librement fixé par l’internaute et l’abonnement avec téléchargement illimité font aujourd’hui partie du paysage musical, même si ces deux modèles ne résument pas les possibilités nouvelles de valoriser la musique.

4

Une vision pessimiste du numérique

Les auteurs proposent une critique très pertinente de la politique publique en matière musicale. Leur principal reproche est qu’elle ne traite du numérique que sous l’angle du piratage et des moyens de le contrer. Au lieu de soutenir les artistes dans leur effort d’appropriation de ces technologies, elle voit dans le numérique la source de tous les maux qui s’abattent sur le monde de la musique enregistrée.

Les auteurs montrent que pour certains artistes, ceux qui rencontrent les plus fortes difficultés, la dénonciation du numérique est un exutoire. Pour d’autres au contraire, le numérique est une chance d’accroître leur notoriété.

A la lecture de l’étude, on est frappé par la variété des positions et des opinions d’un monde qui nous est trop souvent présenté comme monolithique et tout entier dressé contre les internautes/pirates. Comme le notent les auteurs :

« Le débat législatif autour de la protection des artistes en France a opéré une double réduction : la réduction des enjeux du numérique à ceux du piratage et la réduction du groupe des artistes à une figure typique de créateur pillé dans ses droits. »

En revanche, on peut regretter que l’étude, tout en critiquant tous ceux qui parlent des artistes comme d’un monde homogène, n’ait pas plus étudié la variété des pratiques de téléchargement illégal, depuis le sampling jusqu’au téléchargement massif et aux pratiques parfois mafieuses de certains sites. De même, on aurait aimé une écriture moins académique, qui assume de s’adresser à un public large et laisse en annexe les éléments plus techniques.

Mais ces critiques demeurent marginales face aux apports importants de ce travail qui va à rebours de nombre d’idées reçues. Les auteurs n’hésitent pas à s’aventurer avec pertinence dans le débat sur les politiques publiques et le devenir d’un secteur aux prises avec les dangers et les opportunités du numérique.

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  • yurgh
    yurgh
    architecte
    • Posté à 13h46 le 16/06/2011
    • Internaute 118187
      architecte

    En tant qu’artiste interprète (puisque c’est comme ça qu’on dit... mais je joue dans un groupe de punk) toutes ces histoires sur la piraterie numérique ne me font que doucement rigoler...

    Car à qui profite le crime ?

    Pour nous, à notre petite échelle, internet est une chance : nous avons ainsi pu diffuser notre musique, ce qui nous a permis d’organiser 3 tournées en Europe de l’Est et une nouvelle cette année.

    A partir du moment où vous tournez, vous engrangez de l’argent (cachet de la salle et vente de T-shirt et CD/LP sur place) et vous gagnez une notoriété... Qui vous permet ensuite de continuer à tourner, enregistrer... jouer quoi !

    Alors oui c’est préjudiciable si on veut faire la tournée des SMAC en France (un des pires pays pour organiser des concerts vu que c’est comme pour trouver un job, on ne veut que des confirmés sans risques, pas de place au nouveau).
    Ca ne fait pas tourner « l’industrie du disque » vu qu’on ne passe pas par eux pour diffuser mais plutôt par les organisateurs de nos concerts, à qui on envoie juste un lien à diffuser un mois avant que l’on vienne
    Pour nous, en tant que personnes, ça nous aura permis de voyager à moindre frais, de nous faire plein de nouveaux potes et de partager notre musique dans presque une douzaine de pays.

    Un « artiste » qui veut vivre de sa musique devrait envisager son travail comme un artisan plutot que de tout sous-traiter à une industrie qui ne se soucie pas de ses artistes mais uniquement de son portefeuille...

  • C. Creseveur
    C. Creseveur
    D'actualité, de dessin surtout
    • Posté à 14h03 le 16/06/2011
    • Internaute 7715
      D'actualité, de dessin surtout

    Beaucoup d’artistes ont oublié le temps où eux-mêmes étaient jeunes, et où ils enregistraient les disques des copains sur cassette.
    Je pense en particulier à Benabar.
    Je serais curieux d’apprendre que, ado, il achetait tout ses disques.

    Aujourd’hui il en va de même. Les ados d’aujourd’hui restent les plus gros consommateurs de musique. Et comme leurs aînés ils n’ont pas les moyens de se payer tout ce qu’ils écoutent.
    Si le prix d’un album était raisonnable, je serais prêt à parier qu’ils dépenseraient plus.

    L’industrie de la musique a été trop gourmande.
    Elle en paye le prix.

    • 101.7
      101.7 répond à C. Creseveur
      Promeneur
      • Posté à 14h14 le 16/06/2011
      • Internaute 59121
        Promeneur

      « L’industrie de la musique a été trop gourmande.
      Elle en paye le prix. »

      Et c’est pas fini !

      Quand arrivera, dans pas très longtemps, l’époque où les individus qui aiment la musique iront directement du producteur « l’artiste » au consommateur, mot mal choisi, l’industrie ira se brosser avec des Hadopi.

      Les industriels et l’art ce sont deux mondes différents, les artistes médiatiques qui n’ont qu’à avoir un bon producteur en marketing et des produits dérivés sans se casser le bol à exercer vraiment leur art vont avoir du mal.
      Comme ceux qui sont tombés en désuétude ou en disgrâce et qui retournent dans des petits galas en s’asseyant sur leur prétention.

      Les jeunes qui téléchargent de façon « illégale » sont ceux qui achètent le plus.
      Bientôt ils n’achèteront plus et on les comprend.

      Pour acheter un MP3 d’une daube infâme avec une qualité sonore déplorable, faut vraiment rouler sur l’or.

      Acheter un CD ... oui, à condition que tous les titres soient à la hauteur et pas du remplissage de mauvaises maquettes.

      Payer pour une place de spectacle, de concert oui... c’est là le vrai métier de l’artiste, pas faire du playback dans des émissions de télé infiltrées par des producteurs ou des financiers de l’industrie du disque.

      • yurgh
        yurgh répond à 101.7
        architecte
        • Posté à 14h29 le 16/06/2011
        • Internaute 118187
          architecte

        il suffit d’aller à un concert. un bon groupe qui fait un vrai show n’a pas à se soucier du prix de ses CD, ils savent qu’ils les vendront à la sortie de la salle.
        Même des groupes (de punk) ricains ne vendent pas leur CD plus de 15€ quand on se déplace à leur concert... Pour donner une idée, avec nos moyens très limités (petits tirages, autoproduction) on arrive très bien à faire du bénef’ avec des vinyls à 8€ et des CD à 5€...

        Quand à coté de ça on doit débourser 23€ pour le même produit (sans le poster/autocollant/badge gratos) en grande distribution, on se dit qu’on est vraiment des vaches à lait pour maison de disque.

        Pour ce qui est du piratage, oui je télécharge énormément, mais à chaque concert auquel je vais (1 à 4 par mois) je prend un cd ou vinyl pour soutenir directement les groupes que j’ai découvert grâce au téléchargement.

        « Dinosaurs will die » disait une chanson de NoFX à ce propos

         
        • mick69
          mick69 répond à yurgh
          • Posté à 17h16 le 16/06/2011
          • Internaute 2907

          500 cd à 5€, ça fait un budget prévisionnel de 2500 € de recettes. Plutôt 2200€, si on enlève les cd gratuits distribués un peu partout

          Avec ça, pas de quoi faire un enregistrement très soigné, non ?

          • yurgh
            yurgh répond à mick69
            architecte
            • Posté à 17h27 le 16/06/2011
            • Internaute 118187
              architecte

            système D, on a un pote ingé du son qui fait des prix d’ami, pour les vinyls, on a été aidé par des micros labels qui nous les « pré-commandent » donc ça le fait aussi (là on a mis la main à la pâte pour financer un studio « pro »)

            mais ça se fait (y’à des boites en Rep Tchèque et en Espagne qui bossent bien pour pas cher)

            edit : un split 7 » 500 exemplaires, c’est 3€ prix coutant (bon les inserts c’est photocopié au boulot)

        2 autres commentaires
  • raudi
    • Posté à 14h07 le 16/06/2011
    • Internaute 2358

    Bel article, merci

  • unagi-
    unagi-
    卑語
    • Posté à 14h22 le 16/06/2011
    • Internaute 24252
      卑語

    La croyance générale prétend que la propriété est un moteur d’innovation. La propriété intellectuelle traditionnelle considère qu’il faut récompenser les créateurs pour les inciter à innover. Il faut qu’ils puissent être rémunérés sur chaque copie inspirée de son idée originale. Or, malgré la quasi-absence d’une telle forme de protection en mode, ce secteur est l’un des plus innovants et des plus créatifs. La mode bénéficie de cette absence de protection et connait un succès critique et économique incontestable.

    Contrairement à des secteurs comme la sculpture, la musique, la photographie, le film ou la peinture, grâce à l’absence de protection, les couturiers peuvent copier n’importe quel échantillon d’un modèle préexistant pour l’intégrer au leur et ainsi élever un produit considéré comme utilitaire en objet d’art.

    quel serait le modèle de protection le plus approprié en cette ère numérique, afin de préserver la création et l’innovation ?

    Ce qui me plaît dans cette réflexion, c’est d’imaginer que l’Art puisse être considéré comme un bien essentiel. En partant du principe que le critère d’un produit utilitaire est qu’il soit essentiel à la survie c’est, selon moi, une définition très juste de l’Art, trop souvent considéré comme un « supplément d’âme ». Certains pourraient cependant se sentir offensés que l’Art soit mis au même rang que la nourriture, l’habillement ou la fourniture de maison. J’ai souvent répété aux musiciens de mon entourage, obsédés par l’idée qu’on puisse leur voler leurs idées, que s’ils étaient copiés, c’était tout d’abord l’indication que leur production était de qualité. De même, si des extraits de leurs productions finales étaient copiés, en aucun cas ces « voleurs » ne seraient capable de s’approprier leur talent.

    Nous entrons dans ce que j’appelle l’ère de l’original. En cette ère numérique où la production de copies n’existe quasiment plus, ou du moins, où la copie n’a plus de valeur, l’époque de l’infobésité où il est difficile de satisfaire le consommateur et d’attirer son attention, c’est de l’original qu’on consommera. Composer beaucoup et de manière toujours plus originale, c’est à cela que revient une ère sans copies. Certes, un bon retour en arrière mais comme le disait Alain Frey, leader du groupe Aloan :

    « Comment vivre de la musique ? » Je pense que cette question se pose depuis toujours mais la vraie question serait plutôt : « comment a-t-on fait pour générer des millions avec la musique ? »

    Afin de pouvoir récolter les fruits de nos idées et profiter au plus vite des opportunités offertes par les nouvelles technologies, il est urgent de dépasser certains a priori, défendre l’innovation contre les acquis. La création et l’innovation ne sont pas incompatibles et c’est en ce sens que nous indiquons des pistes pour réfléchir sur une relation nouvelle entre l’œuvre et son auteur.

    ––––––––––

    Il y a ceux qui se morfondent à constater la crise actuelle de l’industrie musicale et qui croient naïvement que la loi Hadopi va résoudre leurs problèmes. Et puis il y a les autres, comme le chanteur Curt Smith (Tears for Fears ), qui nous expliquent calmement et sereinement en quoi les licences Creative Commons sont un choix contemporain simple et pertinent, pour ne pas dire « naturel », quand on souhaite autoriser la diffusion de sa musique sous certaines condition.

    Depuis Curt Smith[2] poursuit une carrière solo et a donc placé son dernier album Halfway, pleased sous licence Creative Commons By-Nc-Sa. Il s’en explique dans cette interview vidéo donnée le mois de novembre dernier sur le site de Dave Harris RetroRewind.

    ––––––––

    Creative Commons Record Labels
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    Creative Commons Music Communities
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  • PhiLyon
    PhiLyon
    In tartiflette we trust !
    • Posté à 14h26 le 16/06/2011
    • Internaute 2729
      In tartiflette we trust !

    Tout cela n’est pas nouveau pour quiconque s’intéresse à la musique et surtout au vécu des musiciens. Mais c’est sûr que ça va mieux qu’en s’est dit pas des profs d’économie… ; -)
    Blague à part, c’est clair que les problèmes de droits et de piratages ne concernent essentiellement que les artistes qui tournent en boucle dans les charts. Les autres vivent surtout des concerts et de la vente directe (disques, t-shirt…) et de débrouille. Et c’est l’immense majorité. C’est sur que c’est plus confortable d’empocher des royalties sur la vente d’album mais combien en vivent vraiment aujourd’hui ? Assez peu en fait. Et ce n’est pas nouveau. Le piratage vient juste agacer des mecs qui gagnent déjà beaucoup mais qui ont les nerfs parce qu’ils auraient pu gagner plus…
    Dans ce débat, on oublie pourtant souvent un acteur : les labels/producteurs indépendants. Eux ne gagnent de l’argent que sur les disques. c’est pourtant dans ces milieux que se fait un vrai travail de découvreur de talents (que les majors pillent ensuite). Eux subissent le piratage de plein fouet (cf Jarring Effect sur Lyon). Toute nouvelle politique musicale devrait trouver un moyen de les aider.

  • unagi-
    unagi-
    卑語
    • Posté à 14h44 le 16/06/2011
    • Internaute 24252
      卑語

    La surenchère de moyens de surveillance à mettre en œuvre, outre le fait qu’elle est susceptible de soulever de manière récurrente de nombreuses questions relatives à la protection de la vie privée et au respect des libertés publiques, risque d’engendrer des coûts bien plus rédhibitoires à terme que le manque à gagner des ayant droit lié au piratage en ligne. Le seul coût de mise en œuvre de la riposte graduée française, évalué entre 70 M€ et 100 M€, est déjà nettement supérieur à toutes les aides dont bénéficie la filière musicale, qui n’est certes pas la seule concernée.
    « Ce serait irréaliste de penser que cette loi va nous permettre de réaliser + 20 % l’an prochain », nous confiait il y a quelques mois Vincent Frérebeau, président de l’Upfi (Union des producteurs français indépendants) et p-dg du label tôt Ou tard. Tout comme il serait illusoire d’imaginer qu’un retour au statu quo ante, à la situation qui prévalait à la fin des années 90, lorsque l’industrie du disque était florissante, soit encore possible. Car le ressort de cet âge d’or est définitivement cassé.

    « Le business du disque était parfait. C’était une industrie parfaite », explique le gourou du marketing en ligne américain Seth Godin dans la transcription, publiée sur le web, d’une conférence donné à l’occasion de la parution de son dernier essai, Tribes, sur les nouvelles tribus du Web. Et d’énoncer tous les ingrédients qui contribuaient à cette perfection : entre autres, un nombre limité de médias, dont toute une partie du spectre était consacrée à la promotion de ce que l’industrie du disque produisait ; quelques puissantes compagnies en situation d’oligopole, incontournables pour produire et distribuer un disque au niveau national comme international ; des chaînes de détaillants qu’elles ne possédaient pas entièrement dévouées à la vente et à la promotion de leurs produits…

    Sans parler du florilège de magazines spécialisés dédiés à leur prescription ; d’un système de mise en avant du classement des meilleures ventes favorisant essentiellement le haut de la pyramide ; ou d’un support physique qui ne pouvait pas être copié et avait tous les attributs d’un bien rival, que l’on ne pouvait pas échanger sans en être dépossédé.

    « Désormais, si je donne un enregistrement, je le détiens toujours, poursuit Seth Godin. Et ça change tout. Je ne dis pas que c’est mieux, je ne dis pas que c’est pire. Je ne dis pas que c’est moral ou immoral. Je dis seulement que ça change tout et que nous devons l’accepter. »

    Les nouveaux médias, comme les détaillants en ligne, prolifèrent sans aucune limite. Le marketing de masse cède le pas à un mode de communication de pair à pair beaucoup plus social. L’accent est mis de plus en plus sur les marchés de niche et de moins en moins sur les hits. Les frontières entre ceux qui produisent la musique et ceux qui la consomment sont de plus en plus perméables. Le cycle de vie des produits de cette industrie est beaucoup plus court. Ses lignes de produits elles-mêmes éclatent et ne sont plus limitées par des contraintes de fabrication mais par l’imagination. Et l’essentiel des investissements porte aujourd’hui sur l’innovation, plutôt que sur la promotion.

    « Il n’y aucun moyen de passer de l’ancienne économie de la musique à la nouvelle avec un retour sur investissement garanti et des assurances écrites, ça n’existe pas »

    Lien

  • Jadore
    Jadore
    verseau
    • Posté à 15h06 le 16/06/2011
    • Internaute 127928
      verseau

    Ben voilà qui montre ce que tout le monde savait sauf les majors obsédées de profit et les canailles politiques. Enfin, ça fait pas mal de le répéter pour certains abrutis à écharpe qui auraient échappé au chèque sous la table gracieusement fourni par les lobbyiste de l’industrie musicale.

    Accessoirement, un aspect essentiel du problème, totalement occulté par la politique fasciste mené ici comme dans tous les domaines d’intervention de l’état sarkozyste : le prix prohibitif oeuvres musicales et des matériels dédiés à leur écoute, enregistrement, etc.

  • Schrödinger
    Schrödinger
    Poli et gentil. Très rue89.
    • Posté à 17h09 le 16/06/2011
    • Internaute 41709
      Poli et gentil. Très rue89.

    Vous nous parlez pas d’artistes mais d’entrepreneurs... Leurs problèmes de compta, on s’en bat...

  • funkystefffff
    funkystefffff
    écolo antipathique
    • Posté à 10h53 le 17/06/2011
    • Internaute 55257
      écolo antipathique

    Vous voulez dire que pour qu’un artiste gagne de l’argent, il faut qu’il joue devant son public ? ? ? mais où va-t-on ? ? ?

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 19h20 le 18/06/2011
    • Internaute 45067
      Littéral

    Nous le savons bien que le business de la musique enregistrée n’a pas grand chose à voir avec la création et le spectacle.

    L’effondrement du marché de la musique sur support matériel a commencé bien avant les échanges entre internautes des fichiers musicaux sous droit.

    Les investisseurs qui avaient cru faire une bonne affaire en raflant les majors et les principaux labels pour rationaliser ce secteur économique du divertissement par une concentration sans précédant et les économies d’échelle qui vont avec, ont manqué d’être suivi par les clients qui se refusent depuis toujours à payer si cher la musique enregistrée, aux alentour de 20 € le CD des célébrités.

    La diminution des achats de musique enregistrée profite à d’autres type d’achat, par exemple, les mélodies de sonneries pour téléphone mobile qui est un secteur en forte croissance depuis plus de 5 ans.

    D’autre part, l’Ipod a fait le lit d’Apple et les lecteurs mp3 font le bonheur d’Amazon et d’autres sites de vente de fichiers numérique moins chers que les CD ou même que I-store.

    Et puis les échanges de fichier de lecteur à lecteur sont considérés comme de la copie privée.

    De plus, le goût de la fête et du spectacle vivant amène beaucoup de personne à se payer des places de concert plutôt que d’écouter la musique sur CD.

    Les radios et les télévisions continuent de fournir en boucle la réécoute et la vision des clips des principaux morceaux à la mode et, apparemment, cela suffit aux consommateurs de musique mainstream.

    Les autres amateurs de jazz et de musique classique ont bientôt fait de fuir le marché française de détail aux tarifs exorbitants pour se procurer légalement des CD à l’export.
    D’autant que beaucoup d’éditions disponibles à l’étranger sont introuvables en France tant les principaux distributeurs se foutent de la diversité de leur offre et essayent, sans grand succès décidément de vendre les mêmes interprétations amorties depuis des décennies.

    Sachant que les budgets de promotion des majors ont été divisé par trois en dix ans, on peut comprendre que le marché français se porte mal  :

    Contrairement à ce qu’affirme M. Lévy de Vivendi, propriétaire d’Universal, les ventes de musique enregistrée continuent à baisser en France, -12% en 2010 et déjà -5% pour le premier trimestre de 2011.

    Il n’y a pas d’effet Hadopi malgré 400.000 avertissments  ! Ce qui démontre par le fait qu’il n’y a pas de corrélation entre les échanges de fichiers sous droit et la baisse continue des ventes de musique enregistrée.

    La réalité de la création en France se résume à ce fait majeur qu’il n’y a plus de financement de la nouveauté.

    Le majors signent beaucoup moins avec de nouveaux artistes, l’état se désengage du financement des aides à la création au profit de la marchandisation du patrimoine du domaine public comme nouvelle eldorado de la communication politique.

    Il en va de même dans tous les secteur de l’art et de la littérature où l’idéologie de l’exception culturelle française d’inspiration fasciste, a réduit comme peau de chagrin, l’invention et la création faute d’y investir.

    Tous les acteurs économique du secteur des arts, de la culture et du divertissement se livrent un lobbying constant pour qu’on renforce les réglementations protectionnistes et s’en remettent à l’état pour compenser leur abandon de responsabilité du soutien aux nouveaux créateurs.

    Le dernier avatar de cette politique suicidaire,c’est la tentative des éditeurs relayée par la droite la plus dure de bloquer le prix du livre numérique aux tarifs les plus élevés, ceux des livres brochés.

    L’eau a coulé sous les ponts depuis l’invention du livre de poche qui avait relancé, et comment ! la lecture.

    Comme en 1830, malgré les avantages des technologies qui abaissent les coûts de production des exemplaires, les éditeurs se refusent à assumer une baisse des tarifs moyens du livre et continuent de spolier les auteurs par des contrats d’éditions qui ne leur permettent plus de financer leurs prochains textes.

    Le gouvernement conservateur, mal conseillé en l’occurrence, profite de l’absence de débat et de la mauvaise réputation d’Internet que les médias principaux calomnient, assimilés au effets négatifs de la mondialisation, pour tenter de juguler la liberté de circulation d’information.

    Du moins de s’en assurer le contrôle total, comme si c’était possible, même le gouvernement chinois malgré des moyens considérables, ne parvient pas à s’assurer la domination absolue de la circulation des informations, mais n’importe, les tentatives de contrôle administratif qui tend à faire de l’internet une zone de non-droit en éliminant la possibilité de l’arbitrage judiciaire font florès dans les démocraties libérales et, malheureusement particulièrement en France.

    Ainsi le eG8, n’a été que la tentative d’officialiser la politique de contrôle policier des flux d’information en faisant passer cela pour de la régulation, terminologie en vogue, depuis qu’on a cessé de vouloir réguler les flux financier plus que jamais off-shore.

    D’autre part, la Hadopi qui parait si engagée pour les intérêts d’une petit nombre d’acteurs du divertissement n’a pas réussi à s’imposer comme une instance indépendante et légitime de régulation.

    Son parti pris évident et sa composition essentiellement umpiste ne laissent plus d’autre choix que d’exiger l’assurance qu’aucun de ses membres n’a de conflit d’intérêts dans le secteur économique qu’elle est sensée réguler.

    Le plus sage serait d’arrêter les frais de la Hadopi, très important, ubuesque même en regard du manque à gagner, d’une répression de la jeunesse inefficace, contre productive, politiquement injustifiable.

    D’autant plus que la campagne de communication, scandaleuse, présente des jeunes personnes comme victimes des échanges de fichiers sous droit alors que la cible principale de la Hadopi, c’est bien de réprimer les habitudes échangistes des jeunes adolescents.

    Le cynisme de la campagne de Marie-Françoise Marais dépasse le second degré de l’abjection propagandiste par la médiocrité des messages et leur idéologie si loin de la réalité du secteur économique qu’elle prétend soutenir.
    Quel gâchis !

    Mais les conservateurs se fichent sans doute de la jeunesse qui ne vote pas pour eux

    • nikopik
      nikopik répond à egide
      Employé
      • Posté à 22h37 le 20/06/2011
      • Internaute 160738
        Employé

      La veille j’ai regardé l’excellent documentaire « Copier n’est pas voler » (que vous pouvez retrouver ici en téléchargement 100% légal, pas besoin de label PUR) qui rejoint pas mal mes opinions sur le sujet.

      En gros, copier n’est pas voler. Le vol, c’est la soustraction frauduleuse de la chose d’autrui (définition du code pénal, maintenant que l’on risque en théorie la prison, haha, en téléchargeant un MP3 de Lorie).

      Or aujourd’hui les textes de loi définissent certaines idées, créations, œuvres de l’esprit comme étant des « propriétés intellectuelles ». Cette notion de propriété a été mise en place pour éviter que les éditeurs de livres ne reversent pas de droits à l’auteur, ou que ce ne soient que les acteurs d’une pièce de théâtre (et pas son auteur) qui touchent de l’argent. Ce système était conçu pour protéger l’artiste contre les gens qui font commerce de son œuvre.

      Dans le cas du partage de musiques avec un ami, suis-je en train de faire commerce avec lui ? Est-ce que je gagne ma vie sur le dos de l’artiste ? Non. On voit bien que la notion de propriété intellectuelle a été détournée par Hadopi pour nous faire tous devenir des criminels en puissance...

      De plus cette notion s’étendait à très peu de choses et concernait très peu de gens. Et au vue des proportions que la propriété intellectuelle prend aujourd’hui dans la vie quotidienne, elle est clairement inadaptée...

      Interpréter sa version d’une chanson sur Youtube par exemple est interdit ! Il y a des millions de « covers » sur Internet interpréter par des gens devant leur webcam, qui veulent juste chanter, faire partager à d’autres personnes une chanson qui les a fait vibrer, leur montrer qu’une autre manière de les chanter est possible...

      Si on pousse la logique hadopienne plus loin, aura-t-on seulement le droit de faire des références à une œuvre, ou faire une parodie, sans contrevenir à la loi ? Des siècles de créations humaines basées sur la réinterprétation d’idées, leur détournement, balayées par une loi du 20e siècle qui veut forcer les nouvelles pratiques de partage du 21e siècle à rester dans le passé... Rien que pour ça, Hadopi est condamnée ! Les gens sont déjà passés à autre chose et on ne les forcera plus à revenir en arrière, c’est déjà trop tard.

      Il y avait aussi dans le documentaire un passage très intéressant sur la différence entre l’économie de rareté et l’économie d’abondance.
      L’économie de la rareté est l’économie des biens matériels. Si je donne ma voiture à quelqu’un, je n’ai plus de voiture. L’économie de l’abondance, c’est l’économie du savoir. « Un prof qui fait cours, une fois qu’il a finit son cours, n’est pas plus ignorant à la fin qu’au début. Il n’a pas perdu son savoir. »

      Si on compare cela avec la loi de l’offre et de la demande : sachant que la demande est forte, que l’offre illégale ne coûte rien, qu’elle est illimitée et qu’elle présente moins de contraintes techniques que l’offre légale, notamment grâce aux DRM (en français, gestion des droits numériques) que les grandes majors du disque et du cinéma voudraient bien nous imposer.

      Pour rappel, les DRM servent à (définition de Wikipédia) :

      restreindre la lecture du support à une zone géographique prévue (par exemple les zones des DVD) ;
      restreindre ou interdire la copie privée du support (transfert vers un appareil externe)
      restreindre ou verrouiller certaines fonctions de lecture du support (désactivation de l’avance rapide sur certains passages d’un DVD) ;
      identifier et tatouer numériquement toute œuvre et tout équipement de lecture ou enregistrement (pour faciliter le pistage des copies non autorisées).

      Tout pour favoriser l’émergence de la créativité quoi ^^.

      Comment voulez-vous qu’une offre payante, limitée et contraignante gagne les faveurs du public ? Ce n’est tout simplement pas possible, on ne peut pas contraindre les gens à acheter s’ils n’en ont pas envie.

      J’ai un ami qui collectionne les films qui lui ont plu, ainsi que certains CD de musique. Quel est son comportement ? Il télécharge d’abord le film, ou il va le voir au cinéma, et si le film lui plaît, il l’achète. De même pour la musique, il veut d’abord écouter l’album sans contrainte, pour décider après de son achat s’il l’a jugé de qualité.
      Et bien du point de vue d’Hadopi, mon ami est un criminel qui tue la création... Alors qu’il participe pleinement au financement des artistes. Quelle belle logique.

      Un intervenant dans le documentaire compare la situation actuelle avec l’émergence de l’imprimerie :
      Qui était concerné à cette époque par cette révolution majeure ? A l’époque, les moines copistes détenaient le monopole de la culture écrite, et ils se sont retrouvés au chômage, n’ayant aucun avantage à offrir par rapport à l’imprimerie.

      Qui est aujourd’hui concerné par la disparition progressive des supports physiques dans le milieu de la culture ? Ce ne sont pas les artistes, mais les éditeurs. De vrais moines copistes de DVD ^^

      D’ailleurs beaucoup d’artistes engagés sont bien entendu contre Hadopi. Il n’y a que certains « gros » artistes confortablement installés, qui s’aperçoivent que vivre d’une rente sans rien faire de nouveau marche de moins en moins.

      Les VRAIS créatifs et artistes sont aujourd’hui principalement sur Internet et ils arrivent très bien à vivre de leur travail. Regardez le documentaire (sisi j’insiste, c’est vraiment à ne pas louper) pour voir par exemple le travail de la fondation Blender pour éditer des films d’animation en 3D de haut niveau, ou le travail de Nina Paley, qui a créé un film d’animation qu’elle a offert à la communauté, qui le lui rend bien...

      Autre chose aussi : si vous voulez faire des mixages, des bootlegs ou des compilations de chansons rares qui ne sont plus éditées, c’est impossible car il faut demander l’autorisation à plusieurs « ayants droits » qui peuvent vous la refuser sans raison valable. Ce qui nous donne certaines musiques, films, jeux vidéos qui tombent dans l’oubli et dont personne ne peut plus profiter.

      J’espère que je vous aurais donné envie de voir ce documentaire et que j’aurais sensibilisé quelques personnes aux problématiques qui se posent avec notre chère Hadopi, qui défend des valeurs d’un autre temps et fait tout sauf favoriser la création, mais défend plutôt les intérêts d’une minorité qui veut garder le contrôle de la culture.

      En tout cas c’est mon avis et celui des intervenants du documentaire « Copier n’est pas voler » ; -)

      Si cela vous a intéressé : Lien

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