Des artistes heureux parce qu'ils aiment le numérique ?
Il faut lire le « Portrait des musiciens à l’heure du numérique » paru il y a peu aux Editions Rue d’Ulm. Les trois auteurs, Maya Bacache-Beauvallet, Marc Bourreau et François Moreau, y rendent compte d’une étude qu’ils ont menée sur les musiciens-interprètes. 4 000 artistes inscrits à l’Adami ont reçu un questionnaire très complet sur leurs revenus, le type de musique composée et interprétée, leur rapport au numérique ; 20% y ont répondu.
Cette étude émane de chercheurs indépendants ; elle bouscule nombre d’idées reçues sur l’industrie musicale et sur les artistes. Parmi de nombreux éléments, quatre résultats valent vraiment la peine d’être mentionnés.
Le revenu moyen augmente
Les revenus moyens des artistes musiciens se sont légèrement améliorés entre 2000 et 2010, alors même que le chiffre d’affaires de l’industrie s’effondrait. C’est vrai aussi des artistes du Top 20.
Les artistes qui ont une forte activité scénique s’en sortent le mieux : tout se passe en effet comme si l’argent perdu du côté de la musique enregistrée était plus que compensé par l’argent gagné grâce aux spectacles et aux tournées.
Le piratage divise les artistes
Tous les artistes ne partagent pas le même point de vue au sujet du piratage. Loin d’être horrifiés par cette pratique, nombre d’entre eux la regardent avec indulgence, parce qu’elle participe de la création de leur notoriété, et qu’elle permet d’accroitre le nombre de ceux qui vont à leurs spectacles.
Appropriation du numérique
Les artistes les plus à l’aise ont su prendre le tournant du numérique. Ils s’en sont approprié les avantages : home studio, page web, etc. Pour ces artistes, le prix librement fixé par l’internaute et l’abonnement avec téléchargement illimité font aujourd’hui partie du paysage musical, même si ces deux modèles ne résument pas les possibilités nouvelles de valoriser la musique.
Une vision pessimiste du numérique
Les auteurs proposent une critique très pertinente de la politique publique en matière musicale. Leur principal reproche est qu’elle ne traite du numérique que sous l’angle du piratage et des moyens de le contrer. Au lieu de soutenir les artistes dans leur effort d’appropriation de ces technologies, elle voit dans le numérique la source de tous les maux qui s’abattent sur le monde de la musique enregistrée.
Les auteurs montrent que pour certains artistes, ceux qui rencontrent les plus fortes difficultés, la dénonciation du numérique est un exutoire. Pour d’autres au contraire, le numérique est une chance d’accroître leur notoriété.
A la lecture de l’étude, on est frappé par la variété des positions et des opinions d’un monde qui nous est trop souvent présenté comme monolithique et tout entier dressé contre les internautes/pirates. Comme le notent les auteurs :
« Le débat législatif autour de la protection des artistes en France a opéré une double réduction : la réduction des enjeux du numérique à ceux du piratage et la réduction du groupe des artistes à une figure typique de créateur pillé dans ses droits. »
En revanche, on peut regretter que l’étude, tout en critiquant tous ceux qui parlent des artistes comme d’un monde homogène, n’ait pas plus étudié la variété des pratiques de téléchargement illégal, depuis le sampling jusqu’au téléchargement massif et aux pratiques parfois mafieuses de certains sites. De même, on aurait aimé une écriture moins académique, qui assume de s’adresser à un public large et laisse en annexe les éléments plus techniques.
Mais ces critiques demeurent marginales face aux apports importants de ce travail qui va à rebours de nombre d’idées reçues. Les auteurs n’hésitent pas à s’aventurer avec pertinence dans le débat sur les politiques publiques et le devenir d’un secteur aux prises avec les dangers et les opportunités du numérique.
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architecte
architecte
En tant qu’artiste interprète (puisque c’est comme ça qu’on dit... mais je joue dans un groupe de punk) toutes ces histoires sur la piraterie numérique ne me font que doucement rigoler...
Car à qui profite le crime ?
Pour nous, à notre petite échelle, internet est une chance : nous avons ainsi pu diffuser notre musique, ce qui nous a permis d’organiser 3 tournées en Europe de l’Est et une nouvelle cette année.
A partir du moment où vous tournez, vous engrangez de l’argent (cachet de la salle et vente de T-shirt et CD/LP sur place) et vous gagnez une notoriété... Qui vous permet ensuite de continuer à tourner, enregistrer... jouer quoi !
Alors oui c’est préjudiciable si on veut faire la tournée des SMAC en France (un des pires pays pour organiser des concerts vu que c’est comme pour trouver un job, on ne veut que des confirmés sans risques, pas de place au nouveau).
Ca ne fait pas tourner « l’industrie du disque » vu qu’on ne passe pas par eux pour diffuser mais plutôt par les organisateurs de nos concerts, à qui on envoie juste un lien à diffuser un mois avant que l’on vienne
Pour nous, en tant que personnes, ça nous aura permis de voyager à moindre frais, de nous faire plein de nouveaux potes et de partager notre musique dans presque une douzaine de pays.
Un « artiste » qui veut vivre de sa musique devrait envisager son travail comme un artisan plutot que de tout sous-traiter à une industrie qui ne se soucie pas de ses artistes mais uniquement de son portefeuille...




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