Cabinet de lecture

L'actualité des livres, par Hubert Artus.

Un Salon du Livre 2008 sous très haute tension

Publié le 13/03/2008 à 11h04

Inauguration aujourd’hui du Salon du Livre, avec Israël en invité d’honneur, sur fond de boycott et de polémiques.


Auteurs et couvertures (DR).

Au Salon du Livre qui sera inauguré ce soir, Israël est le pays invité d’honneur. Suite au boycott de certains éditeurs arabes, aux polémiques, et en pleine visite de Shimon Peres à Paris, cette vingt-huitième édition risque d’être la plus chaude. Malgré l’engagement des écrivains invités contre leur propre gouvernement. Un Salon aussi tendu qu’attendu.

Comme chaque année, en mars, se tient le Salon du Livre de Paris. Comme chaque année, le Salon met à l’honneur un pays. Cette année, ce pays s’appelle Israël, à l’occasion du soixantième anniversaire de la création de l’Etat hébreu.

Souvent, le pays invité pour cet événement culturel a engendré la polémique : l’Italie en 2002, la Chine en 2004, la Russie en 2005. Mais, à quelques heures de l’inauguration de l’édition 2008 -par Christine Albanel et Shimon Peres-, jamais les auteurs invités n’avaient bénéficié d’autant d’attentions. De toutes sortes, les attentions.

Des faits

C’est le poète qui alluma la mèche. En décembre dernier, Aaron Shabtaï, un des plus éminents poètes israéliens contemporains, adresse une lettre aux organisateurs du Salon du Livre de Paris. Il décline ainsi l’invitation :

« Je ne pense pas qu’un Etat qui maintient une occupation, en commettant quotidiennement des crimes contre des civils, mérite d’être invité à quelque semaine culturelle que ce soit. Ceci est anticulturel. » « 

Dans la foulée, il refuse l’invitation pour la Foire du Livre de Turin (8-12 mai) qui a également eu l’idée d’inviter… Israël. Des quarante auteurs invités à Paris, Shabtaï sera le seul à refuser.

Son refus ouvre le match de la polémique. Qui prend en quelques jours des allures de typhon diplomatico-culturel. En janvier, le Liban, pièce capitale de la francophonie dans le monde arabe, annonce son boycott du Salon. Suivi par l’Egypte. Dans la foulée, le président de l’Union des écrivains palestiniens déclare :

“Il n’est pas digne de la France, le pays de la Révolution et des droits de l’homme, d’accueillir dans son Salon du livre un pays d’occupation raciste.”

Tunisie, Algérie, Maroc et Iran se rallient au boycott. Début février, la tension est à son comble. Le Quai d’Orsay intervient, trouvant le boycott “ extrêmement regrettable” . Puis le Syndicat national de l’édition (SNE), organisateur du Salon, pour qui c’est “ la littérature israélienne qui est invitée, et non l’Etat d’Israël en tant que tel” .

Le Salon du Livre devient aussi celui du paradoxe. Tariq Ramadan, qui s’est invité dans la polémique, annonce qu’il s’y rendra quand même, faisant la distinction entre l’Etat d’Israël et les romanciers israéliens. L’écrivain égyptien Alaa el-Aswani viendra, mais prévient qu’il distribuera “ des photos d’enfants palestiniens ou libanais victimes de la politique israélienne” . L’Algérien Yasmina Khadra, auteur d’un “ Attentat” (2005) pourtant au cœur de la question, et auteur prisé lors des dédicaces, a finalement choisi “ le boycott à titre personnel” . L’écrivain et directeur du Centre culturel algérien de Paris expliquait hier :

“ Inviter Israël n’est pas un acte culturel, c’est un acte politique. Or, je ne veux pas que les politiques se mêlent de la littérature, seul havre de paix qu’il nous reste.”

Peu après les récentes incursion de Tsahal à Gaza, le conflit israélo-palestinien sera de tous les débats.

Des chiffres

Résultat : les procédures de sécurité ont été très renforcées (portiques, contrôles et fouilles à tous les accès du Salon), pour les visiteurs, mais aussi pour les auteurs, les éditeurs, et les exposants. Même pendant le montage, ces procédures systématiques ont été appliquées. Du jamais vu.

Cette année, vous laisserez vos objets encombrants dans des consignes, comme à la gare. Et vous sortirez vos papiers d’identité autant que votre carnet de dédicaces. D’une centaine d’agents de sécurité les années précédentes, on passe cette année à deux cent ( » visibles, et non visibles » , ajoute le responsable de la question au Salon, qui admet n’avoir « voulu prendre absolument aucun risque » ). L’exemple fera-t-il jurisprudence pour les années à venir ? Des langues

Le cœur du problème, c’est la langue. Que le choix du pays invité ne soit pas totalement indépendant de questions politiques, c’est une hypothèse sérieuse. Mais c’est par sa décision de n’inviter que des auteurs israéliens écrivant en hébreu que le SNE s’est attiré les foudres. Ecartant ceux qui écrivent en arabe, en russe, en français. Ce faisant, le Salon ouvrait la porte au débat « culture nationale ou culture identitaire ? “ . Le président du SNE, Serge Eyrolles, dénonçant ‘ la politique de la chaise vide’ des éditeurs qui boycottent, déclarait hier :

‘ Le choix du pays a été fait par le Quai d’Orsay, le ministère de la Culture, et l’ambassade israélienne à Paris. Quant au choix des auteurs et de la langue, il a été mûrement réfléchi.’

Jean Mattern, responsable des acquisitions de littérature étrangère chez Gallimard -et éditeur d’Amos Oz, entre autres auteurs invités-, invoque Cioran (” Un écrivain n’habite pas un pays, il habite une langue » ) pour fustiger une « non-question » :

« Quand les Pays-Bas et la Belgique étaient les pays invités (en 2002, NDLR), seuls les auteurs néerlandophones étaient invités, et ça n’a pas crée de problème ! “

Un écho complété par Liana Levi, fondatrice des éditions du même nom, maison en pointe sur la question israélo-palestinienne :

‘ Il y a des auteurs Arabes israéliens invités (un seul en fait : Sayed Kashua, Arabe israélien qui écrit en hébreu, et qui s’est lui aussi demandé s’il devait venir, NDLR). Ils écrivent en hébreu, et c’est leur choix. Pourquoi ne pas se réjouir, au contraire, que les auteurs arabes se sentent à l’aise dans la langue du pays dans lequel ils vivent ? N’est-ce pas là l’amorce d’existence d’une communauté pluriculturelle, seule porte de sortie de ce conflit ?

Olivier Cohen, patron des éditions de L’Olivier (éditeur d’Appelfeld et Kashua) conclut :

L’absence presque totale d’écrivains arabes israéliens s’explique par le nombre infime de publications dues à ces auteurs et à l’absence (regrettable) de traductions de leurs ouvrages en France.’

Des lettres

Amos Oz avait, au début, menacé de boycotter le Salon si aucun auteur palestinien et arabe israélien n’y était invité. Il sera finalement présent. Avec les grands noms (Grossman, Appelfeld, Yehoshua), avec la jeune génération (Leshem, Hilu, Keret, Zaidman…), avec Zeruya Shalelv, Alona Kimhi, et tous les autres. Soit, au total, une quarantaine de noms très fermement opposés à la politique du gouvernement israélien. Et qui ne s’en cachent pas. Traductrice et directrice de la collection ‘ Lettres hébraïques’ chez Actes Sud, Rosie Pinhas-Delpuech tonne ainsi :

‘ On ne peut boycotter des auteurs qui se sont engagés de façon si radicale ! Songez que Grossman a perdu son fils au Liban deux jours après avoir été porter à Olmert une lettre exigeant la fin des combats (au début favorable à l’intervention de Tsahal au Liban, l’écrivain s’était ensuite rangé dans les opposants à l’invasion ; en août 2006, son fils cadet, sergent dans l’armée, trouve la mort au Sud-Liban quand son tank est touché par un missile du Hezbollah, NDLR). Les gens qui boycottent ne savent pas ce qu’ils boycottent.’

Il est, certes, important de souligner le manque de vision globale dont témoigne cette ‘ affaire israélienne’ . Pour autant, n’est-ce pas le rôle d’une manifestation culturelle d’inviter des pays qui sont, à cause de certains de leurs dirigeants, ‘ à risques’ ? Dans un clin d’œil politique autant que culturel, Olivier Cohen conclut :

‘ On ne voit pas pourquoi Israël serait la seule nation à ne pas bénéficier de la légitimité à laquelle elle a droit, alors que nous accordons généreusement cette légitimité à un certain nombre de régimes non démocratiques, qu’ils soient militaires, islamiques ou ex-communistes.’

Les écrivains sont les premiers critiques de la société israélienne, et les opposants les plus fidèles au pouvoir. 2008, c’est, peut-être, au Salon du Livre, l’année où la notion d’universalité de la littérature sera poussée à son plus haut degré de réflexion et de mise à l’épreuve. Le Cabinet de lecture vous proposera des entretiens avec de nombreux auteurs israéliens invités à Paris (Amos Oz dès ce week-end). Et pourra ainsi vous donner la température d’un Salon du Livre bien spécial. Où la littérature aura plus que jamais son rôle.

Boualem Sansal : ‘Je fais de la littérature, pas la guerre.’
Retrouvez le Cabinet de lecture au Salon du Livre
► Pour tout renseignement sur le Salon du Livre (dédicaces, rencontres, accès, etc) : www.salondulivreparis.com

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  • 118 réactions
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  • Tyb
    Tyb
    (par ici, par là)
    • Posté à 11h07 le 13/03/2008
    • Internaute 24914
      (par ici, par là)

    « On ne voit pas pourquoi Israël serait la seule nation à ne pas bénéficier de la légitimité à laquelle elle a droit, alors que nous accordons généreusement cette légitimité à un certain nombre de régimes non démocratiques, qu’ils soient militaires, islamiques ou ex-communistes. »

    il y a une erreur ce n’est pas « alors que » c’est « puisque »

    bon ceci dit sur le fond je ne suis pas très favorable à ce boycott, mais la visite de Shimon Pérès redonne du grain à moudre aux partisans de celui-ci.

    • Camille D
      Camille D répond à Tyb
      www.tsubaki.ouvaton.org
      • Posté à 11h56 le 13/03/2008
      • Internaute 7885
        www.tsubaki.ouvaton.org

      Israël ne vit pas sous un régime non démocratique. C’est donc bien « alors que ».

      • Tyb
        Tyb répond à Camille D
        (par ici, par là)
        • Posté à 12h37 le 13/03/2008
        • Internaute 24914
          (par ici, par là)

        ah bon ?

        marrant j’avais pourtant l’impression que certains de ses citoyens n’avaient pas la même liberté que les autres et n’étaient même pas libres de circuler comme ils le souhaitent. quand ils ne sont pas emprisonnés arbitrairement sans jugement pendant des années.

         
        • alzaz
          alzaz répond à Tyb
          • Posté à 13h43 le 13/03/2008
          • Internaute 15310

          Il faudrait argumenter le terme « arbitrairement »

        • rahil
          rahil répond à Tyb
          • Posté à 13h51 le 13/03/2008
          • Internaute 31623

          ou tues. les attentats cibles a eux seuls meritent le boycot de tte l’humanite...

          • nrolland
            nrolland répond à rahil
            • Posté à 17h39 le 15/03/2008
            • Internaute 26446

            vous confondez, attentat c’est quand on essaye de tuer de maiere indiscriminee des personnes choisie precisement pour etre de la societe civile.

            ce dont vous parlez consiste en des executions extra-judiciaires.

            or si l’on pense que la personne en question est ou va etre responsable de morts, la legitimite se discute, car les victimes potentielles de ces monstres ont une legitimite a cet action.

            ce qui n’est evidemment pas le cas des victimes d’attentats, dont la mort n’epargne aucun acte malveillant...

            L’utilisation que vos faites du mot attentat est falllacieuse.

        • Camille D
          Camille D répond à Tyb
          www.tsubaki.ouvaton.org
          • Posté à 15h11 le 13/03/2008
          • Internaute 7885
            www.tsubaki.ouvaton.org

          Quel rapport avec la démocratie ?

        4 autres commentaires
    • pablico
      pablico répond à Tyb
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
      • Posté à 18h29 le 13/03/2008
      • Internaute 14278
        À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

      on peut en déduire que les livres n’ont pas perdu leur pouvoir subversif.

      Ni les anti Israël,les anti palestiniens, et autres souffleurs sur les braises de la haine et de la guerre.

      De grâce, soufflez sur les braises de la paix, c’est plus productif, et cela fera moins de morts. Et l’on peut en être fier.
      On en a pas eu assez de morts ? Il en faut combien pour se calmer ?

      • Capasca
        Capasca répond à pablico
        • Posté à 08h40 le 14/03/2008
        • Internaute 29212

        Tout-à-fait d’accord, d’autant plus qu’un argument de poids devrait pousser les démocraties européennes à mener le processus de paix : leur responsabilité historique dans ce carnage.

  • A déménagé le 2 mai 2011
    A déménagé le 2 mai 2011
    Délinquante au coin de la rue
    • Posté à 11h17 le 13/03/2008
    • Internaute 26137
      Délinquante au coin de la rue

    Tout est dit dans cette phrase de Aaron Shabtaï :

    « Je ne pense pas qu’un Etat qui maintient une occupation, en commettant quotidiennement des crimes contre des civils, mérite d’être invité à quelque semaine culturelle que ce soit. Ceci est anticulturel. » »

    Il n’y a rien à rajouter.

    Du respect pour tous les écrivains quelles que soient leur patrie ou leur langue. Mais évitons de mêler la politique à la culture.

    • compte supprimé 24
      • Posté à 11h49 le 13/03/2008
      • Internaute 8330

      Aaron Shabtaï résume tout, tu as raison eelisa...

      Mais la culture, c’est politique. À tel point que la majorité des dirigeants des dictature et même des prétendues démocraties ont toujours tout fait pour l’anéantir ou la récupérer.

      Je n’irais pas au Salon, de toute façon c’est chiant, on peut même pas cloper et les pingouins qu’y s’y dandinent n’ont aucun intérêt ; en plus ils se la pètent. La littérature est dans les livres ou sur le Net, pas dans les murs.

      Cyp Luraghi

      • pikasso02
        • Posté à 14h04 le 13/03/2008
        • Internaute 10134

        D’accord avec vous.
        L’important est que les livres d’auteurs israëliens puissent se retrouver dans les librairies de France et dans les bibliothèques.

      • jacob kinski
        jacob kinski répond à compte supprimé 24
        citoyen du monde
        • Posté à 17h08 le 13/03/2008
        • Internaute 27621
          citoyen du monde

        Je vous donne entièrement raison , la culture est dans l’esprit de chaque individu selon son éducation , nous somme dans un monde constament en évolution , un monde qui bouge , ou les barrières de l’ignorance commence à tombé , et tant mieux , Cependant moi qui suis un juif-allemand , je rêve bien souvent que tous les hommes et les femmes devraient agirent encore bien plus pour la culture et la connaissance .
        Sachant que le seul moyen d’obliger les hommes à dire du bien de nous c’est dans faire .
        Kinski

    • françoise.V
      françoise.V répond à A déménagé le 2 mai 2011
      p'tite lyonnaise
      • Posté à 12h21 le 13/03/2008
      • Internaute 4967
        p'tite lyonnaise

      C’est un serpent qui se mord la queue : faut-il refuser la littérature israelienne au motif de la politique d’Israel ?
      Si j’habitais Paris, j’irais certainement au salon, parceque justement je ne connais pas les écrivains israeliens, mais aussi parceque ce sont dans leur grande majorité des opposants.

      • Eliyahou
        Eliyahou répond à françoise.V
        étudiant
        • Posté à 20h38 le 13/03/2008
        • Internaute 23220
          étudiant

        c’est d’une paresse intellectuelle de ne lire que des écrivains avec qui vous êtes d’accord. Je trouve cette fermeture d’esprit consternante.

         
        • nrolland
          nrolland répond à Eliyahou
          • Posté à 17h42 le 15/03/2008
          • Internaute 26446

          la consternaton est une reaction assez frequente en lisant les niaiseries des forum des bien pensants

        1 autres commentaires
    • Thiery
      • Posté à 13h04 le 13/03/2008
      • Internaute 17021

      Culture et politique sont indissociables.

    • Imbert
      • Posté à 13h49 le 13/03/2008
      • Internaute 23362

      Je ne suis de mon coté absoluement pas d’accord avec les propos que vous citez de cet auteur israëlien. Cette polémique est dérisoire et contre-productive. Ce salon n’a pour but que de présenter la litterature israêlienne contemporaine au public. Ecrivains israêliens d’ailleurs souvent opposés au gouvernement en place (à tort ou à raison la n’est pas la question).
      Donc ici ou joue sur la sémantique pour boycotter un salon sous prétexte qu’il mettrait l’ETAT d’Israêl à l’honneur... Alors qu’il ne met à l’honneur que la litterature Israëlienne, ou les écrivains israëliens si l’on préfère cette terminologie (peut-être maladroite vu le contexte actuel, mais dans le fond dérisoire).

      Bref, l’écrivain israëlien « boycotteur » que vous citez souhaite sous des pretextes purement politiques empécher la tenue d’un salon dont le but est d’ouvrir culturellement le public à une litterature et donc à une culture, à une diversité, à des hommes, à des senbilités, à des idées etc. A mon avis il ne fait que le jeu des extrèmes (et est rejoint en cela par tous les états anti-israëliens pour ne pas dire plus du monde).

      En boycottant un salon à vocation culturelle sous des pretextes politiques nous ne faisons qu’attiser la haine et le dénigrement. Peu importe qu’il s’agisse de la Chine, de la Russie, de Cuba, ou même de la Corée du Nord dans la mesure ou des écrivains « libres » y sont présentés (et c’est le cas pour Israêl). L’important est de nous ouvrir et en cela de nous rapprocher d’autres cultures, d’autres hommes, d’autres idées et pourquoi pas de se trouver des héros aux quatre coins du monde (car le génie n’a pas de frontière) et non pas de rester ancré dans ses petits préjugés aussi bien-pensants soient-ils.

      • sup. à la demande du riverain 24.09.09
        • Posté à 13h01 le 14/03/2008
        • Internaute 30981

        Le fait que Shimon Peres vienne inaugurer ce salon, est dérangeant. Un écrivain n’est pas là pour cautionner une politique. Si Condoleeza Rice venait inaugurer le salon avec comme invité d’honneur les Etats Unis, je ferais la même réflexion.

  • peuapeu
    • Posté à 11h26 le 13/03/2008
    • Internaute 30375

    « 
    Le président du SNE, Serge Eyrolles, dénonçant “la politique de la chaise vide” des éditeurs qui boycottent, déclarait hier :

    “Le choix du pays a été fait par le Quai d’Orsay, le ministère de la Culture, et l’ambassade israélienne à Paris. Quant au choix des auteurs et de la langue, il a été mûrement réfléchi.”

    L´Ambassade israelienne à Paris décide, ou bien accepte ?

  • piggy75
    piggy75
    trentenaire à Montmartre
    • Posté à 11h29 le 13/03/2008
    • Internaute 27927
      trentenaire à Montmartre

    Pour justifier l’absurdité du boycott, bcp invoquent le fait que les auteurs invités sont les 1er à critiquer la politique de leur gvt... Et ils ont en partie raison, mais même si ce n’était pas le cas, serais-ce une raison pour bouder le salon du Livre ?

    Je vous renvois à un article de Sayed Kashua traduit en français :

    Lien

  • pikasso02
    • Posté à 11h40 le 13/03/2008
    • Internaute 10134

    Parmi les quarante invités israëliens, j’espère qu’il y a d’autres poètes que Aaron Shabtaï. Dommage qu’il ne vienne pas ! Pourquoi ? J’adore la poésie ! La politique, vis à vis d’un pays n’a selon moi, aucune importance pour celles et ceux qui ont choisi de vivre dans le monde des mots et de la pensée. C’est de littérature et de poésie qu’il est question dans un tel Salon. S’il était possible de parler de ce qui ressort de l’écriture israëlienne, plutôt que de politique, ce forum ne s’en porterait-il pas mieux ?

    • Anonyme répond à pikasso02

      PROMENADE DE PICASSO (Prévert)

      Sur une assiette bien ronde en porcelaine réelle
      une pomme pose
      Face à face avec elle
      un peintre de la réalité
      essaie vainement de peindre
      la pomme telle qu’elle est
      mais
      elle ne se laisse pas faire
      la pomme
      elle a son mot à dire
      et plusieurs tours dans son sac de pomme
      la pomme
      et la voilà qui tourne
      dans une assiette réelle
      sournoisement sur elle-même
      doucement sans bouger
      et comme un duc de Guise qui se déguise en bec de gaz
      parce qu’on veut malgré lui lui tirer le portrait
      la pomme se déguise en beau bruit déguisé
      et c’est alors
      que le peintre de la réalité
      commence à réaliser
      que toutes les apparences de la pomme sont contre lui
      et
      comme le malheureux indigent
      comme le pauvre nécessiteux qui se trouve soudain à la merci de n’importe quelle association bienfaisante et charitable et redoutable de bienfaisance de charité et de redoutabilité
      le malheureux peintre de la réalité
      se trouve soudain alors être la triste proie
      d’une innombrable foule d’associations d’idées
      Et la pomme en tournant évoque le pommier
      le Paradis terrestre et Ève et puis Adam
      l’arrosoir l’espalier Parmentier l’escalier
      le Canada les Hespérides la Normandie la Reinette et l’Api
      le serpent du Jeu de Paume le serment du Jus de Pomme
      et le péché originel
      et les origines de l’art
      et la Suisse avec Guillaume Tell
      et même Isaac Newton
      plusieurs fois primé à l’Exposition de la Gravitation Universelle
      et le peintre étourdi perd de vue son modèle
      et s’endort
      C’est alors que Picasso
      qui passait par là comme il passe partout
      chaque jour comme chez lui
      voit la pomme et l’assiette et le peintre endormi
      Quelle idée de peindre une pomme
      dit Picasso
      et Picasso mange la pomme
      et la pomme lui dit Merci
      et Picasso casse l’assiette
      et s’en va en souriant
      et le peintre arraché à ses songes
      comme une dent
      se retrouve tout seul devant sa toile inachevée
      avec au beau milieu de sa vaisselle brisée
      les terrifiants pépins de la réalité.

  • Camille D
    Camille D
    www.tsubaki.ouvaton.org
    • Posté à 11h54 le 13/03/2008
    • Internaute 7885
      www.tsubaki.ouvaton.org

    « Soit, au total, une quarantaine de noms très fermement opposés à la politique du gouvernement européen. »
    Ou peut-être plutôt, le gouvernement israélien ?

  • www.laguerredesmots.com-yannick
    • Posté à 11h55 le 13/03/2008
    • Internaute 24872
      pays de gex

    Ca alors, Turin et Paris choisissent tous deux israël la même année, quelle coincidence !
    Pour ceux que ça intéresse et qui parlent anglais, je vous conseille le documentaire de la BBC, century of self. Pour ceux que ça intéresse pas : vous n’avez même pas le droit de vous plaindre.

    • Eliyahou
      • Posté à 21h02 le 13/03/2008
      • Internaute 23220
        étudiant

      Turin et Paris choisissent Israel l’année des 60 ans de sa création , oh quelle coincidence ! ca s’appelle le calendrier grégorien commun à l’Europe occidental

  • Prolo du livre
    • Posté à 11h56 le 13/03/2008
    • Internaute 12784

    L’article sur l’appel au boycott du Salon par Benny Ziffer, le directeur du supplément littéraire d’Haaretz qui signalait pour les auteurs l’existence d’un contrat avec l’ambassade d’Israel est impossible à retrouver sur le site. Et il est dommage qu’Hubert Artus n’en fasse pas ici mention.

    Tout d’abord, le Salon est organisé, non pas par le SNE, mais par Reed Exposition, LA multinationale du salon et de l’expo, à la demande (et sur contrat) du SNE.
    Il est impossible de penser que les organisateurs (quels qu’ils soient, ministère de la culture, Quai d’orsay, SNE, ou Reed, n’aient pas pensé à la polémique que cela allait créer. C’est donc un choix extrêmement politique.
    Lorsque l’on fait ce choix politique, il ne faut pas s’étonner de recevoir en échange un appel un boycott. Et donc l’on peut considérer que cette polémique est volontairement provoquée.
    Habituellement je déplore le manque d’engagement politique des professions du Livre. Je devrais me réjouir de cet engagement, même si il ne va pas dans mon sens, au moins cela nous permet de prendre position.
    Mais que ces choix politiques, et culturels, soient pris par le gouvernement, cela me reste en travers de la gorge.
    Le SNE, les éditeurs, et les libraires tenant les stands, n’ont donc plus la capacité d’innover et de provoquer le débat ? Ils sont obligés de faire les moutons devant un gouvernement ? Ils ne font donc plus leur travail de « bougeur d’idées ». Ils n’ont donc aucune légitimité à faire la morale sur le bien fondé, ou pas d’un boycott, n’ayant pas provoquer le débat eux-même ! ! !

    Il est loin le temps où Maspéro, le Seuil, Lyndon, prenaient position et provoquaient le débat, au risque de choquer. Les éditeurs innovants actuels, Libertalia, Agone, La Fosse aux ours, j’en oublie surement, eux sont loin de ces considérations bobos parisiennes, lèche-bottes, démago, se gavant de petits-fours en dissertant. Attention à la cuite de ce soir au cocktail d’ouverture.
    Beaucoup de mépris.

    • Hubert Artus
      Hubert Artus répond à Prolo du livre
      Rue89
      • Posté à 12h01 le 13/03/2008
        rédacteur
      • Journaliste 56
        Rue89

      @Prolo du Livre : Pour votre information, Reed Exposition n’est pas l’organisateur du Salon du Livre, mais le commissaire du Salon. Il gère la partie com’, le Journal du Salon, l’intendance et organise les débats. Celui qui choisit les invités, c’est bien le SNE.

      • Prolo du livre
        • Posté à 12h08 le 13/03/2008
        • Internaute 12784

        Hum... Faut savoir :
        « Le choix du pays a été fait par le Quai d’Orsay, le ministère de la Culture, et l’ambassade israélienne à Paris. Quant au choix des auteurs et de la langue, il a été mûrement réfléchi. »

        C’est pas moi qui le dit : Serge Eyrolles... Faudrait se décider...

      • Prolo du livre
        • Posté à 12h16 le 13/03/2008
        • Internaute 12784

        Mais vous avez raison...
        Milles excuses pour les nuances.

    • leconcombrevert
      leconcombrevert répond à Prolo du livre
      La vraie vérité > : -))
      • Posté à 12h10 le 13/03/2008
      • Internaute 8843
        La vraie vérité > : -))

      « L’article sur l’appel au boycott du Salon par Benny Ziffer, le directeur du supplément littéraire d’Haaretz qui signalait pour les auteurs l’existence d’un contrat avec l’ambassade d’Israel est impossible à retrouver sur le site. Et il est dommage qu’Hubert Artus n’en fasse pas ici mention. »

      Cher Prolo, rue89 a dévancé vos souhaits ici :

      Lien

    • Pascal Riché
      Pascal Riché répond à Prolo du livre
      Redchef Rue89
      • Posté à 08h34 le 14/03/2008
        éditeur
      • Journaliste 7
        Redchef

      L’interview de Benny Ziffer dans nonfiction.fr :

      Lien

  • FabiendeMénilmontant
    FabiendeMénilmontant
    journaleux - blogueur
    • Posté à 12h01 le 13/03/2008
    • Internaute 14145
      journaleux - blogueur

    Outre le boulot de Hubert, je signale POUR CELLES ET CEUX QUI N’HABITENT PAS PARIS ou qui disposent de davantage de temps qu’il y a ceci :
    Lien
    en kiosques et à la télé, et sur Internet pendant une semaine.

    Fabien
    Lien

  • Leokaj
    Leokaj
    Vermine estudiantine
    • Posté à 12h01 le 13/03/2008
    • Internaute 35385
      Vermine estudiantine

    C’est être naïf que de penser que l’on puis s’extraire de tout contexte politique dans un salon consacré à la littérature. Qu’il s’agisse de poésie ou sous une autre forme, écrire n’est pas un geste annodin et léger, et reste un acte pour moi eminemment politique. Ou alors, si l’on cherche à se dégager de l’histoire dans l’écriture (et de l’histoire de l’écriture), l’on est écrivant plutôt qu’écrivain...

    • Imbert
      Imbert répond à Leokaj
      • Posté à 14h04 le 13/03/2008
      • Internaute 23362

      Vous avez raison, écrire est un geste politique, et chaque écrivain vit un contexte politique particulier qui influence son écriture (forcément).
      Mais est-ce parce que l’on est contre la politique de tel ou tel état qu’il faut boycotter ses écrivains libres ?

  • patrick114
    patrick114
    psychiatre à st anne
    • Posté à 12h14 le 13/03/2008
    • Internaute 33205
      psychiatre à st anne

    libérer SALAH HAMOURI franco palestinien détenus depuis bientot 3 ans dans les geoles israeliennes pour motif très très flou

  • alex75
    • Posté à 12h19 le 13/03/2008
    • Internaute 35654

    J’irai au Salon du Livre. Parce que j’aime la littérature et aussi pour protester contre ce boycott absurde. J’irai donc en partie pour des motifs politiques et je l’assume. Quand des gouvernements arabes, hautement démocratiques, appellent au boycottent, ça me fait sourire. Israel est le seul pays démocratique de cette zone. Oui il faut faire progresser la paix mais ce n’est pas en niant ce pays qu’on le fera. Car il faut ouvrir les yeux : ceux qui appellent au boycottent appellent indirectement à la négation de l’Etat d’Israel. Car boycotter une littérature, une langue, c’est nier un pays et un territoire.

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 12h27 le 13/03/2008
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    C’etait completement previsible qu’ il allait forcement etre sous haute tension, non ?

    Ils esperaient quoi ?

  • Camille D
    Camille D
    www.tsubaki.ouvaton.org
    • Posté à 12h28 le 13/03/2008
    • Internaute 7885
      www.tsubaki.ouvaton.org

    J’entends dire et je lis que l’invitation de la Chine et celle de la Russie au Salon du livre n’avaient pas fait l’objet de boycott ou d’appel au boycott : est-ce exact ?

    • Hubert Artus
      Hubert Artus répond à Camille D
      Rue89
      • Posté à 12h40 le 13/03/2008
        rédacteur
      • Journaliste 56
        Rue89

      C’est vrai pour la Russie, et faux pour la Chine

  • leconcombrevert
    leconcombrevert
    La vraie vérité > : -))
    • Posté à 12h51 le 13/03/2008
    • Internaute 8843
      La vraie vérité > : -))

    À lire aussi :

    Israël au Salon du livre, le non-sens d’un boycottage (10/03/2008) par David Chemla
    réponse de David Chemla à l’article de Tariq Ramadan intitulé « Le sens d’un boycottage »

    Lien

    Mon boycott français (26/02/2008) par Sayed Kashua
    Sayed Kashua, les Arabes et les Juifs en Israël, l’écriture et le boycott éventuel d’Israël au prochain Salon du Livre à Paris. Sur le mode de l’absurde et de l’ironie, comme (...)

    Lien

    • FabiendeMénilmontant
      FabiendeMénilmontant répond à leconcombrevert
      journaleux - blogueur
      • Posté à 13h09 le 13/03/2008
      • Internaute 14145
        journaleux - blogueur

      @ le concombre pas en rondelles,
      c’est exactement ce que je mettais plus haut :
      Lien
      pour signaler les choses à lire et à voir… à la télé comme sur la Toile.

      Fabien
      Lien

      • leconcombrevert
        leconcombrevert répond à FabiendeMénilmontant
        La vraie vérité > : -))
        • Posté à 13h11 le 13/03/2008
        • Internaute 8843
          La vraie vérité > : -))

        C’est bien connu, cher Fabien, que deux fois valent mieux qu’une !

        Entièrement vôtre

  • Anthropia
    • Posté à 13h14 le 13/03/2008
    • Internaute 17441

    Ecoeurée que cette question ne se pose que pour Israël, et pas pour la Chine, qui n’est pas un parangon de vertu en matière de droits humains.

    Ce qui est valorisé dans un Salon du Livre, ce n’est pas un gouvernement et sa politique, c’est la culture, c’est le contexte culturel, la richesse de pensée d’une langue. Penser en hébreu moderne, c’est tisser des liens avec une langue ancestrale et en même temps s’inscrire dans une contemporanéité teintée d’orient et d’occident, dans une sorte de symphonie dynamique.

    Lire Appelfeld quand il raconte son enfance, ses sensations d’enfant abandonné dans la forêt, une langue d’avant la langue justement, une langue des perceptions, d’une nouveauté splendide. Ou Zeruya Shalelv, qui nous emmène dans la complexité des relations. Enfin Amos Oz, cet auteur magistral, une poésie quasi biblique pour parler de la ville, de la famille, de l’amour.

    Alors nous permettre une ballade dans la culture hébraïque, oui c’est un bonheur.

    Comme cela le sera quand on nous proposera une ballade dans la poésie ou la prose de tel ou tel pays, du Maghreb au Moyen Orient ou à l’Extrême. Pourquoi nous mettre en situation de choisir, d’exclure, de refuser ?

    La culture est précisément cet espace où tous les esprits se rencontrent, sans ostracisme. Ne nous laissons pas menacer par les oukazes d’où qu’ils viennent.

    • Adéménagé le 3 janvier 2011
      • Posté à 13h30 le 13/03/2008
      • Internaute 29846
        menuisier

      Tout à fait d’accord avec vous. On boycote (quel mot affreux) des oranges, pas des écrivains, en tous cas pas en raison de leur nationalité. Un salon de la littérature est un lieu d’échange, en exclure tel ou tel pour la politique mené par son gouvernement ne fait que scléroser un peu plus une situation dramatique.

  • alzaz
    • Posté à 13h50 le 13/03/2008
    • Internaute 15310

    Si selon Cioran la préoccupation de l’écrivain est la langue et non le pays qu’il habite alors il faut admettre que c’est l’hébreu et non Israël qui est l’invité. Rien à voir non plus avec la religion juive puisque des arabes israëliens se produisent. La polémique est réductrice et empêche les évolutions.

  • skalpa
    skalpa
    actif et militant ?
    • Posté à 15h56 le 13/03/2008
    • Internaute 7181
      actif et militant ?

    Petite suggestion aux organisateurs de ce salon « sous haute tension », pourquoi ne pas installer un mur autour ?

    Lien

  • rahil
    • Posté à 14h04 le 13/03/2008
    • Internaute 31623

    ce qui me rends perplexe c’est que tous les articles de presse semblent insinuer que le boycott est stupide, entre aytres, parce que les auteurs sont critique de leur gouvernement.
    parfois j’ai l’impression que tous les israelens veulent la paix, aiment les palesteniens, veulent faire des compromis. alors je me demande, qui fait la guerre ? qui construit des colonies ? qui fait des barrages, financent le Mur, etc.

    bientot on va me faire croire que les seuls fans de peres sont Sarkozy et Delanoe....

  • kdb
    kdb
    • Posté à 14h12 le 13/03/2008
    • Internaute 29729

    je me souvient que Alain Soral a eu aussi ce genre de probleme avec BHL donc (aussi)avec le monde du livre.....

    • andriouchka
      andriouchka répond à kdb
      • Posté à 23h46 le 13/03/2008
      • Internaute 34387

      heueueu, il ne faudrait pas trop parler d’Alain Soral, plutôt brun sur lui ...

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