Ras la fraise des fruits consommés hors saison

Dessin : Charb.
En ces premiers jours de printemps, s’il y en a une qui ferait mieux de ne plus la ramener jusqu’à l’été, c’est la fraise. Du moins pas à Genève, berceau du calvinisme et du mouvement de protestation Ras la fraise ! . Car ce cri de révolte, poussé il y a tout juste une semaine sur la toile, est déjà repris en cœur par plus de mille signataires d’une pétition réclamant des fraises, oui, mais en saison.

AYATOLLAH n. m.Sorte d’écologiste barbu qui égorge rituellement des 4x4 dans sa baignoire
La fraise a donc commencé par une timide apparition, en février, occupant une surface restreinte de 4 barquettes par 2. Depuis dix jours, en revanche, elle a pris la tête des gondoles suisses. En cette semaine Pascale, elle est même bradée à moitié prix. Signe d’abondance.
Ras le blog
Ce trafic n’a pas échappé à Sandrine Rudaz, originaire des montagnes du Valais. Un premier coup de gueule sur son blog culinaire Dans la cuisine des frangines -qui connaît une jolie notoriété (1200 visiteurs/jour)– n’a pas suffit. Le 17 mars, la Genevoise d’adoption lançait le site Internet et la pétition Ras la fraise ! , « parce que j’en avais assez de m’énerver dans mon coin ».
Au-delà du simple mouvement d’humeur de consommateur, on y trouve une synthèse bien faite des conséquences de la consommation de fruits et légumes hors saison :
« Ils ne sont pas bons, ni éthiques. Ils sont polluants et nous coupent du rythme des saisons. »
Les plus belles « contradictions des distributeurs », piochées dans leurs journaux promotionnels, sont même exposées sur le site. Pour autant, Sandrine Rudaz se défend de toute action politique :
« Mon but est simplement d’informer les gens ; qu’ils s’approprient ensuite un comportement d’achat en connaissance de cause. »
Sandrine Rudaz, créatrice du site Ras la fraise
La jeune femme est d’ailleurs la première surprise par l’engouement suscité par son initiative, qui n’a bénéficié, jusqu’à présent, que du bouche-à-oreille. Comment l’expliquer ? « Les distributeurs ont calculé que l’offre engendrerait la demande. »
A tort. Car la fraise est un aliment plaisir, indissociable de l’été, qu’il faut se garder d’agiter à la face du consommateur à toute heure. Ce sont les retrouvailles avec le fruit que convoitent tant ses amoureux, qui ne souhaitent en aucun cas en prendre à perpétuité.
Ce qui frappe d’emblée, au rayon des commentaires des pétitionnaires, c’est l’expression de soulagement : « Enfin quelqu’un qui bouge pour faire bouger les choses. » A croire qu’ils attendaient Ras la fraise ! comme le messie. Les quelques signataires français en viendraient même à envier les « petits » suisses (la confédération helvétique ne compte « que » 7,6 millions d’habitants) :
- Nicolas G. : « Ici un Français qui encourage les Suisses à résister. Chez nous, on aura bientôt les œufs carrés et les carottes rectangulaires […]. Vive la Suisse. »
- Guy G. : « Je vis à Bordeaux (France). […] Comment faire pour lancer cette action ? “
A bon entendeur
Cette alerte à la consommation de fruits et légumes hors saison n’est pourtant pas nouvelle. Le réalisateur autrichien Erwin Wagenhofe l’évoque, parmi d’autres, dans un documentaire percutant, ‘We feed the world’. Sorti l’année dernière, le film aurait pu faire passer l’envie de consommer des fraises en mars, s’il avait été plus vu (29000 entrées en Suisse ; 150000 en France). Une séance de rattrapage est toujours possible, le DVD sortant ce mois-ci. Le message du cinéaste :
‘Nous n’avons pas besoin d’avoir des tomates et des fraises à Noël. Nous n’avons pas besoin qu’on leur fasse parcourir 3000 km jusqu’à nous. [… ] Et si ce n’est pas nous qui agissons, qui agira à notre place ?
Sandrine Rudaz approuve : Arrêter d’acheter, c’est tout simple mais c’est encore ce qu’il y a de plus concret.’ Quant aux distributeurs suisses, ils seront informés du résultat de la pétition :
‘Mais je ne m’attends pas à grand-chose de leur part. Les fruits et les légumes en magasin ne sont pas vendus pour leur goût.’
Consommateurs et femmes enceintes, soyez prévenus : vous avez les fraises que vous méritez. Et celles de mars, originaires d’Espagne, n’ont jamais connu la terre.
Fraises d’hiver, misère
Au fait, quel goût ont-elles ? Sandrine Rudaz a volontiers endossé la fonction de taste-fraise. A la vue : ‘Elles pourraient faire illusion.’ Au toucher : ‘Elles sont dures.’ A la dégustation : ‘Acide ! Nécessite le pack sucre-chantilly ! Reconnaissons que ce fruit débonnaire, qui sait si bien mettre de bonne humeur, mérite l’attente jusqu’en juin. Aussi est-ce vaillamment, virilement, bref, helvétiquement, qu’il convient de s’indigner : Ras la fraise !
Dessin : Charb
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C’est sûûûr !
Si on ne dit pâs au com-er-çaant de retirer leurs sâales fraises -ou bien- des étalages ils ne risquent pas de le faire par eux mêmes.
Les fruits hors-saison c’est comme les JO en chine : il n’y a que le boycott qui marche.
Il y aura toujours des importateurs pour acheter un produit et le revendre plus cher là où il est rare. Des transporteurs pour les transporter grâce au fuel de leurs moteurs. Des distributeurs pour les faire circuler. RUNGIS. Des grandes surfaces pour les vendre. Des actionnaires dans tout ce circuit pour toucher des dividendes, et mettre la pression.
La seule inconnue de l’équation c’est le consommateur.
Un consommateur bien informé continuera-t-il à se permettre un plaisir si coûteux écologiquement, ou bien ?
Pas sûr...
C’est bien là la supériorité du système démocratique hélvétique : La possibilité d’une interdiction de la distribution de fruits issus d’une agriculture non-écologique pourrait faire l’objet d’une votation dans les cantons.
Le consommateur-électeur est sans doute plus menaçant pour les businessmen de l’agroalimentaire que le simple consommateur...
Allez ma petite Sandrine, il te reste quelques dizaines de milliers de signatures à aller chercher pour pouvoir faire de cette nécessité de protéger notre écosystème, une loi.




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